mercredi, juin 17, 2020

Juin 1940 (G. Ragache)



Encore un auteur pétainiste ou, disons, anti-gaulliste (malgré la couverture du livre). Quand je vous dis que l'historiographie pétainiste a gagné la guerre de la mémoire ...

Ragache dit beaucoup de mal de Churchill, sans se donner la peine de comprendre sa position délicate. Et il présente De Gaulle comme un rêveur (1).

Sur Pétain, il est discret, point de louanges. Je vais être plus précis : plus qu'un pétainiste pur et dur, Ragache est surtout un anti-gaulliste (un peu comme Saint-Exupéry).

Il a une page sur les avantages qu'Hitler retire de l'armistice, qui met à bas la thèse pétainiste que l'armistice aurait été un piège pour le dictateur nazi. Si la France n'avait pas capitulé, Hitler se serait retrouvé dans une impasse politique pire que celle provoquée par la résistance churchillienne, qui a fini par entrainer sa perte.

Le souci des populations sur les routes a beaucoup pesé sur les politiques. Mais, tout de même, il ressort de cette histoire que la classe gouvernante française, politique et militaire, a été d'une grande faiblesse. Plusieurs politiciens ont témoigné qu'ils pensaient vivre une crise ministérielle classique et Paul Reynaud n'a pas agi autrement. Et ce crétin de Weygand, obsédé par un coup d'Etat communiste et ne cessant de répéter que l'Angleterre aurait le cou tordu comme un poulet ...

La partie la plus intéressante du livre : les combats entre le 17 juin et 25 juin, auxquels le père de l'auteur a participé (ce qui explique sans doute qu'il ne soit pas un grand laudateur du Maréchal).

Assurément, ces combats n'ont plus aucune importance politique, puisqu'ils ne préparent pas un déménagement des autorités en Afrique du Nord (mais ce récit renforce l'idée que c'était faisable).

Malgré le discours démobilisateur de Pétain le 17 juin, les Français continuent de se battre, sur la Loire, sur le Cher, sur l'Indre, et même sur la Dordogne, sur la ligne Maginot, dans les Alpes. Notre artillerie remporte plusieurs succès notables. La retraite a joué le rôle de tamis : ne combattent encore que les plus motivés et les plus débrouillards. En conséquence, les derniers combats sont très durs.

Jehan Alain, 29 ans, organiste, compositeur pour orgue de génie (d'après les spécialistes, dont je ne suis pas), père de trois enfants. Comme Marc Bloch, la tête de l'intello binoclard. Le 20 juin, patrouillant à moto, il tombe sur un groupe d'assaut allemand, il en abat plusieurs (on dit 16), avant d'être lui-même abattu. Les Allemands lui rendent les honneurs. Pas tout à fait le genre à mettre un  genou à terre devant des racailles.

Ah, si cette belle énergie avait été mieux employée ...

Les gaullistes ont ignoré cette histoire puisque, pour eux, rien d'intéressant ne s'est passé en France entre le 17 juin 1940 et le 26 août 1944. Quant aux pétainistes, cette résistance met à mal leur veule discours sur l'impossibilité de continuer la guerre. Et les communistes étaient alliés avec Hitler.

Mais, si vous regardez les immeubles près des ponts de la Loire, à Orléans et à Gien par exemple, vous remarquerez qu'ils datent des années 50. Vous savez pourquoi, maintenant.




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(1) : la difficulté pour les historiens actuels à comprendre à quel point la position de De Gaulle en juin 40 était rationnelle en dit beaucoup sur leur manque de profondeur intellectuelle. De Gaulle a parié que les Anglais suivraient leur politique traditionnelle, contre Louis XIV, contre Louis XV, contre Napoléon, ... et contre Hitler,  « pas de puissance dominante sur le continent ». Ce n'est pas par hasard si le Brexit a lieu quand l'Allemagne est redevenue hégémonique.

Pierre Gaxotte, historien à l'ancienne, maurrassien, de la trempe de Bainville, a immédiatement refusé la Collaboration. Ses raisons sont nettes : il fait la même analyse que De Gaulle (qui n'est pas très loin de celle d'Hitler !). Dès 1940, il pense que la guerre va se prolonger et que l'Allemagne va finir par la perdre (Hitler était très embêté de ne pas pouvoir faire de paix avec l'Angleterre et plusieurs indices montrent qu'il était très tendu à la veille de l'attaque de l'URSS. Le caporal autrichien avait conscience, probablement plus que ses généraux, que le morceau était très gros, peut-être trop).


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