jeudi, novembre 09, 2006

Airbus : Gribouille à la rescousse. Sauve qui peut !


Dans les dépêches d'agences, on lit de ces choses :

Le premier ministre, Dominique de Villepin, a annoncé hier à l'Assemblée nationale qu'il se déplaçait mardi à Toulouse chez Airbus « pour trouver des solutions » aux difficultés de l'avionneur européen. Il a assuré que le gouvernement ne laisserait « tomber ni Airbus ni les salariés ». Cela n'empêche pas le groupe PS au Sénat d'exiger des comptes. Il a annoncé hier qu'il demandait la création d'une commission d'enquête sur « les raisons des retards de production et de livraison du groupe Airbus ».

Il ne pouvait rien arriver de pire à Airbus. J'imagine ça d'ici, DDV, hyper-compétent en matière d'industrialisation (il est énarque donc hyper-compétent en tout) « trouvant des solutions ».

Vous remarquerez ce vocabulaire délicieusement modeste, DDV ne cherche pas des solutions, il en trouve.

J'attends avec impatience une démonstration de riveteuse par notre grand con de premier ministre.

Et le PS va émettre son avis d'expert sur « les raisons des retards de production et de livraison du groupe Airbus ».

Les socialistes ne sont pas foutus d'assembler un programme électoral qui tienne la route et ils voudraient assembler un avion. Mon prochain voyage, je prends le bateau (pas le train, on y est à la merci de staliniens).

Airbus se languit, se meurt peut-être, du mélange empoisonné de politique et d'industrie. Et dans leur grande sagesse, nos politiciens de tous bords feignent de croire, ou -pire- croient vraiment, que more of the same résoudra les difficultés dont ils sont la source.

On en revient à deux citations que j'ai hélas trop d'occasions d'utiliser à propos des maux de la France :

Bossuet : « Le Ciel se rit des prières qu'on Lui fait pour écarter de soi des maux dont on persiste à vouloir les causes. »

Einstein : « Il ne faut pas espérer résoudre des problèmes avec ceux qui les ont créés. »

Deux citations d'évidence, me direz-vous ? Hé bien, ça me prouve que vous n'êtes pas énarque !

Un énarque n'envisage pas qu'il puisse être la source d'un problème. Jamais nous ne verrons DDV ou JC déclarer : « Excusez nous, les gars, on a merdé, on s'est mêlé d'un truc auquel on connaissait que dalle et on a foutu un boxon pas possible. Promis, craché, juré, on n'y touche plus. »

Pourquoi est-ce impossible ? Parce que si ils ne s'occupaient que des domaines où ils sont compétents, ils ne s'occuperaient plus de grand'chose et, horreur, angoisse, flatulence du Très-Haut, perdraient du pouvoir.

Si EADS et Airbus s'en sortent, ce que j'espère de tout coeur, ça sera malgré les politiciens, et non pas grâce à eux.

JL Crémieux-Brilhac écrit, dans Les Français de l'an 40, à propos de l'industrie d'avant-guerre, que « le pays mit une espèce de fureur d'irrationalité à ne pas tirer le meilleur parti de ses ressources limitées. »

Je ne puis m'empêcher d'appliquer ce propos à la France de 2006 : nos ressources limitées en hommes, nous les gaspillons en chomage ; nos ressources limitées en finances, nous les dissipons en inefficacité étatique. Mais, c'est aussi net dans des cas particuliers comme celui d'Airbus : quelle était la rationalité de perturber la fermeture nécessaire de la Sogerma ? Quelle était l'urgence de provoquer une guerre interne pour le simple bonheur de donner satisfaction aux ambitions personnelles d'un ex-conseiller de Chirac ?

Espérons qu'EADS et Airbus reposent sur des bases suffisamment solides pour laisser passer la tempête, ce gaspillage et ces perturbations. Pour l'instant, je n'ai guère de raisons d'être optimiste.

Les raisons d'être optimiste viendront, si elles viennent, dans un an ou deux : organisation basée sur les compétences et non sur la nationalité, A 380 qui se vend, programmes A400M et A350 se déroulant bien.

Rassurons nous tout de même. Les hommes d'Airbus ont su commercialiser, concevoir et produire de très bons avions. Le coup de patte ne doit pas être totalement perdu.

Libé, journal bobo : les socialos sont des rigolos

A propos du journal Libération au bord de la faillite, florilège de conneries :

Jean-Marc Ayrault :

"La disparition de Libération serait un jour noir pour le mouvement des idées dans notre pays."

Propos un rien outré, non ? Bien des journaux ont disparu sans que les idées disparaissent dans notre pays. D'ailleurs, il faudrait qu'on m'explique ce que Libération, toujours en retard d'une avant-garde mais toujours en avance d'une mode bobo, apporte à la vie des idées.

Arnaud Montebourg :

"Comme par hasard, un projet qui cherche à sauver le journal en affichant une ligne éditoriale de gauche, ouvertement anti-Sarkozy, et en garantissant l'indépendance rédactionnelle, ne trouve pas d'argent."

Naïf que je suis, je croyais que le journal ne trouvait pas d'argent parce qu'il mangeait la grenouille. Mais non, ce sont d'ignobles capitalistes qui se refusent à investir dans un journal florissant, au mépris de leurs intérêts, pour défendre Nicolas Sarkozy. Chapeau bas, messieurs, devant tant d'altruisme !

Anne Hidalgo :

Elle propose de "réfléchir à un plafonnement des recettes publicitaires de la presse gratuite".

Au nom de quoi ? Pourquoi ? Gagner sa vie est infamant quand on n'est pas de gauche ? Seuls les journaux de gauche ont le droit de gagner leur vie et d'être lus ?

Elle ajoute "une refonte des aides à la presse, de façon qu'elles aillent en priorité à des journaux réellement indépendants et qui permettent de faire vivre le pluralisme".

Ainsi, être propriété d'un marchand (d'armes ou d'autre chose), c'est être prisonnier, dépendant.

Mais être subventionné à fonds perdus par l'Etat, à la merci de l'humeur d'un ministre, c'est être indépendant. Curieuse conception de l'indépendance, qui passionnera les contribuables mis à l'amende. J'imagine la tête d'un lecteur de Minute qui saura qu'il participe malgré lui à sauver Libé.

D'ailleurs, si Minute était au bord de la faillite, je ne doute pas que ces belles âmes se battraient aussi fort pour sauver "l'indépendance" et le "pluralisme" de la presse française.

Ceux qui appellent à profiter de l'Etat pour leurs intérêts particuliers (car, Ben Hur, arrête ton char, la presse française peut se passer de Libé, seuls quelques socialos à la gomme ne peuvent pas) vérifient un fois de plus Bastiat : "L'Etat est une fiction à travers laquelle tout le monde essaie de prendre de l'argent à tout le monde."

Les socialistes, puisqu'il s'agit là de leur conception fondamentale de la vie en société, excelle à ce jeu, mais les conservateurs ne sont pas mal non plus.

Comme cette mentalité de voleur, même mondain, même énarque, ne me plaît pas, je propose une autre solution : que ceux qui ont envie de sauver Libé cassent leur cochon-tirelire (rose) et en achètent des parts, c'est légal, c'est moral et ça n'augmente pas les impots de tous ceux (dont je suis) qui se contrefoutent de l'avenir de Libé (et de Minute) comme de leur premier J'aime lire.

Pourquoi les français haïssent leur économie ?

Comme l'auteur de l'article ci-dessous, extrait des Echos, je vois mal de qui peut venir le sursaut.

En effet, les choses étant ce qu'elles sont, le sursaut viendrait très probablement d'un Président de la République, or je ne connais aucun des candidats potentiels alliant les deux qualités requises :

> capacité manoeuvrière

> vision stratégique intelligente ie libérale (les idéees des socialistes et des souverainistes nous enfoceraient encore plus)

Nicolas Sarkozy se rapprocherait le plus mais de très loin, il a encore beaucoup à prouver en matière de cohérence.

Bref, sursaut en 2012 ou 2017 ?

LE GRAND DIVORCE. POURQUOI LES FRANÇAIS HAÏSSENT LEUR ÉCONOMIE

Pourquoi les Français haïssent leur économie ? Michel Turin n'y va pas par quatre chemins pour nous répondre : les Français n'aiment pas leur entreprise, la Bourse, l'argent (des autres), parce que les syndicats parlent toujours du « grand soir », que les politiques n'aident pas vraiment, que des abus ont lieu dans la communauté financière, avec sa large part d'énarques, parce que les enseignants sont hostiles et/ou peu compétents, les journalistes pas mieux, les prêtres pareil, les intellectuels itou, les structures non capitalistes florissantes, Colbert toujours là, les jacobins au mieux de leur forme et que tout ceci entre dans une « reproduction simple » à la Marx version Bourdieu. Vient le temps où il faut payer le prix de cette sarabande et l'addition est salée : peu de croissance mais des déficits, peu de PME mais des fonctionnaires, peu de fonds de pension mais des fortunes qui vont à l'étranger. Le livre de Michel Turin, le responsable du service patrimoine des « Echos week-end », est clair, précis, documenté, courageux en attaquant certaines vedettes de notre temps en politique, finance ou économie. Il fourmille d'informations pour étayer le dossier de ce grand divorce. On comprend que l'analyse est à charge et on sera à 90 % d'accord.

Pourquoi ce pourcentage ? Réponse : pour en sortir ! Le lecteur se demande en effet comment tout ceci va évoluer : vers un plus grand divorce, au sein d'une Europe qui fonctionne à l'envers de cette logique, ou bien par un retour au foyer ?

Les bases du sursaut


On comprend que plus le temps passe, plus il sera dévasté, mais on ne voit pas les raisons du revirement. Volontairement, l'auteur ne parle pas des candidats à la présidentielle. Mais on imagine qu'ils ont dû se reconnaître en énarque(s), « politique(s) », gauchiste(s) ou antilibéraux de gauche ou de droite... La pente est plutôt mal inclinée : faudra-t-il une grande crise ? Mais laquelle, mais comment ? La tendance semble plutôt au « dernier village gallo-soviétique » selon l'auteur, et les ingrédients réunis pour compléter l'étrange localité. Si vient la crise, on imagine les années de réformation qu'il faudra mener, avec un chef à la hauteur. La question est donc celle des bases du sursaut : l'amour du pays, nous dit Michel Turin au dernier mot du livre, encore faudra-t-il avoir le courage de cet amour. Ne désespérons pas, car le système coopératif décrié n'est au fond pas si antimarché que cela, les jeunes plus concrets qu'on ne le pense, les enseignants souvent conscients de l'impasse dans laquelle ils sont. Et, avec ce livre, le thème de la rupture est (bien) lancé.

JEAN-PAUL BETBÈZE professeur à l'université Paris-Panthéon-Assas

mercredi, novembre 08, 2006

Le réchauffisme dans Les Echos

Le texte suivant extrait d'une tribune des Echos peut passer pour une synthèse de tout ce que je vous ai déjà raconté sur ce blog à propos du réchauffisme. J'aime bien la citation finale de JF Revel.

Réchauffement ou échauffement des esprits

Sarko l'écolo

Délicieuse tribune de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro. Que propose-t-il ? Des impôts écologistes, certes avec tant de prudence qu'on peut espérer que ça sera une promesse de campagne oubliée aussitôt qu'il sera élu.

Cependant, c'est suffisant pour éveiller en moi une envie de moquerie : voici le candidat auto-proclamé de la rupture prêt à prendre tous les trains, à suivre toutes les modes, à courir en tous sens tel un poulet décapité.

Mais j'ai tort de me moquer : Ségolène et Nicolas font une course au ridicule (honneur aux dames : Mme Royal a pour l'instant une longueur d'avance) et ça marche, au moins jusqu'à maintenant.

D'après un sondage (on fait avec ce qu'on a), la majorité des "sympathisants socialistes" considérerait la madonne du néo-socialisme comme la plus crédible en matière internationale. On aura vraiment tout vu ! Je ne vois qu'une explication : le mystère de la foi, les voies du Socialisme sont impénétrables.

Les Bienveillantes

Il s'agit de ce roman racontant la vie et les réflexions d'un bourreau nazi. Il est encensé par les critiques et vient d'ontenir le prix Goncourt.

Je l'ai acheté, c'est vite fait un clic sur Amazon. Mais je ne l'ai pas lu, j'ai été retenu par un scrupule, et je ne le lirai pas.

Les raisons en sont parfaitement expliquées dans l'article suivant par quelqu'un qui lui l'a lu :

Les Bienveillantes, un canular déplacé

Etrange société que la nôtre ! Prête à s'offusquer et à tomber dans l'intolérance totale pour des crimes mineurs, par exemple des insultes racistes, homophobes ou misogynes, mais freinée par nulle décence quand il s'agit de faire un triomphe à un texte malvenu, pourvu qu'il soit voyeuriste ou exhibitionniste.

mardi, novembre 07, 2006

Bientôt le pétrole à 20 $ le baril ?

Non, je ne me suis pas trompé d'un zéro.

En effet, le pétrole n'est pas une substance magique.

Il est négocié sur des marchés mondiaux, son prix obéit à la loi de l'offre et de la demande, spéculation comprise.

Simplement, il faut prendre en compte que les investissements sont énormes et les délais très longs.

Les décisions d'aujourd'hui auront des conséquences dans quelques années.

Les phases de baisse et de hausse sont parfaitement connues (même si il y a des exceptions, qui comme toujours, confirment la règle) :

> Le mécanisme de hausse : prix bas aujourd'hui => pas d'investissements pétroliers et croissance mondiale facilitée => quelques années plus tard, offre limitée et demande accrue => hausse des prix pétroliers

> Le mécanisme de baisse : prix hauts aujourd'hui => investissements pétroliers massifs et croissance mondiale entravée => quelques années plus tard, offre abondante et demande limitée => baisse des prix pétroliers.

Comme l'offre et la demande se rééquilibrent lentement, les mouvements, à la hausse comme à la baisse, sont longs et profonds et donnent à penser qu'ils sont irréversibles. Les mêmes qui nous promettaient un baril à 10 $ il y a dix ans nous promettent aujourd'hui un baril à 200 $.

De nombreux signes laissent à penser que nous sommes à la fin d'un cycle de hausse, auquel cas il n'est pas idiot d'envisager un baril à 20 $ dans quelques années.

Bien sûr, le pétrole étant une ressource finie (1), son extraction passera nécessairement par un maximum après quoi il y aura décroissance jusqu'à zéro. Les prix augmenteront alors, à moins qu'à cette époque, nous ayons appris à nous passer de pétrole.

Jusqu'à ce que ce maximum d'extraction soit atteint, il n'y a aucune raison que le prix du pétrole soit tendanciellement à la hausse, la course entre offre et demande continuant avec chacun des deux compétiteurs en tête à tour de rôle, sans limitation ni pour l'un ni pour l'autre.

Mais avons nous déjà atteint ce maximum ? Certains le croient. Je n'en sais fichtre rien.

De plus, même si l'offre de pétrole diminuait, la course entre offre et demande ne serait pas terminée : il "suffirait" qu'un produit de substitution s'impose pour que la demande chute plus vite que l'offre et que la tendance longue soit baissière. C'est même l'hypothèse la plus probable à long terme : on apprendra bien un jour à se passer du pétrole.

Cependant, même si nous étions entrés dans la période longue de hausse tendancielle des prix pétroliers, cela n'empêcheraient pas les réactions à la baisse sur de plus courtes périodes, du fait des décalages temporels entre variations de l'offre et variations de la demande.

C'est pourquoi je vous fais part sans trop d'inquiétude de mon hypothèse de prix pétroliers nettement plus bas qu'aujourd'hui, mais ma boule de cristal n'est pas assez performante pour vous dire exactement quand et combien. Dommage, il y aurait une fortune à faire !

Bon évidemment, il s'agit là de mécanismes élémentaires dans une économie de marché, mais, justement, il m'avait semblé comprendre que les Français ne sont pas très familiers de l'économie libre, d'où ce rappel !


(1) : il y a tout de même des gens qui font l'hypothèse que le pétrole serait généré continument par la pression et la température des entrailles de la terre, auquel cas il serait en quantité quasi-infinie à l'échelle humaine. Ca paraît assez farfelu.

Enfin une demi-bonne nouvelle

Crash du mont Sainte-Odile : le tribunal correctionnel de Colmar prononce une relaxe générale

Le président du tribunal, Pierre Wagner, a estimé, mardi, que les prévenus - cinq anciens cadres de l'aéronautique et un contrôleur aérien - n'avaient "pas commis de faute pénale", aucune "faute caractérisée" n'ayant été relevée à leur encontre. Le procureur de la République avait pourtant estimé que l'accident de l'Airbus A320 d'Air Inter, qui avait fait 87 morts le 20 janvier 1992, en Alsace, était dû à "un enchaînement de causes" liées à des "fautes caractérisées". (Avec AFP)

Pourquoi je considère que c'est une bonne nouvelle ? Parce qu'il est bien qu'un tribunal ne trouve pas forcément des coupables. Mais enfin, Airbus et Air France sont condamnés au civil et devront payer des indemnités.

La "judiciarisation" de la vie en communauté a ses cotés ridicules, mais, au fond, tout le monde a le droit de faire un procès. Par contre, et c'est heureux, il n'est écrit nulle part que tout le monde a le droit d'être dédommagé des malheurs de la vie et de considérer que le responsable, forcément coupable, c'est toujours quelqu'un d'autre que soi.

Ma foi, prendre l'avion est un risque parmi d'autres, et, oui, il arrive qu'un avion tombe sans qu'il y ait un coupable.

lundi, novembre 06, 2006

20 % de chômeurs en France

Je trouve l'article de Jacques Marseille plein de vérité, mais allez donc expliquer à un fonctionnaire que la surprotection dont il jouit, et l'inefficacité étatique qui en découle, provoque la précarité des exposés. Il ne vous écoutera même pas.

Il ne faut donc pas essayer de convaincre, c'est inutile, mais agir.

Ainsi, réduire les effectifs de fonctionnaires en redistribuant aux restants une partie des gains ainsi obtenus ne nécessite aucune explication, aucune discussion ésotérique sur les causes du chomage et sur les méfaits et les bienfaits comparés du libéralisme et du soviétisme.

20 % de chômeurs en France

Jacques Marseille

A la veille de l'élection présidentielle de 2007, il est fort probable que le taux de chômage en France ne sera plus que de 8,6 % de la population active, peut-être même moins. Est-ce pour autant que le pari de Dominique de Villepin et de Jean-Louis Borloo aura été gagné et que la France aura presque rejoint à cette date le peloton des pays qui ont su réduire ce fléau ? Rien n'est moins sûr, tant l'indicateur utilisé pour mesurer cette performance convient mal aux structures de l'emploi et aux spécificités du « modèle social » français.

Certes, apparemment, la mesure du chômage selon la définition qu'a proposée le Bureau international du travail est la même dans tous les pays de l'OCDE, sauf qu'aucun pays de l'OCDE n'a un pourcentage de personnels à statut protégé aussi fort que celui de la France.

Ainsi, sur les 22 millions d'emplois salariés que compte le pays, il faut soustraire tous les emplois qui ne sont soumis à aucun risque de chômage : les effectifs des agents de l'Etat et ceux des établissements publics nationaux (SNCF, RATP, Banque de France...), les effectifs de la fonction publique territoriale et ceux des établissements de santé. On arrive ainsi à environ 15 millions d'emplois salariés marchands. Et encore en comptant large, car ce chiffre inclut les employés des banques et des groupes d'assurances mutualistes ou encore des organismes paritaires comme la Sécurité sociale, où le risque de perdre son emploi est pratiquement nul.

Considérons donc malgré tout que 15 millions de salariés en France peuvent être au chômage.
Par ailleurs, aux 2 310 000 demandeurs d'emploi recensés à la fin de l'année 2005, il faudrait aussi ajouter une partie des bénéficiaires du RMI qui, retirés des statistiques du chômage dans la mesure où ils sont en fin de droits, sont toutefois des Français supposés en recherche d'« insertion » par le travail.

En fin de compte, on arrive à un taux de chômage effectif de 20 % (3 millions sur 15 millions) de ceux qui, à des degrés divers, craignent pour leur emploi. Un taux qu'il faudrait ensuite comparer à ceux des pays où le nombre de fonctionnaires et d'emplois protégés est bien plus faible qu'en France. Ainsi, au Royaume-Uni ou en Allemagne, le pourcentage de fonctionnaires avoisine seulement 15 % de la population active. Un simple calcul permet de comprendre la différence. Sur les 28,5 millions d'emplois salariés que compte le Royaume-Uni, on recense 4,5 millions de fonctionnaires et assimilés. Le dernier taux de chômage officiel, soit 5,4 % (de 28,5 millions), est en fait de 6,4 % (1,5 million de demandeurs d'emploi sur 24 millions d'emplois « à risque »). Même si, comme en Suède, on ajoute à ces chômeurs les adultes « handicapés » exclus des statistiques du chômage, on mesure le formidable écart entre nos deux pays : un écart qui n'est pas de 5,4 % à 8,6 % mais de 6,4 % à 20 %.

Un taux qui reflète mieux que l'indicateur officiel l'anxiété d'une population qui, à l'encontre des producteurs officiels de statistiques, mesure l'emprise du risque sur son existence. Une enquête menée en 2001 par le Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie) avait ainsi révélé que 34 % des Françaises et des Français avaient connu le chômage au cours des dix dernières années contre 25 %... seulement (!) en 1988. Encore fallait-il ajouter que l'enquête portait sur l'ensemble des Français de plus de 18 ans, y compris les étudiants, les inactifs et les retraités qui, par définition, sont loin du chômage. Si l'enquête avait porté sur les seuls actifs « à risque », le nombre de personnes concernées aurait été encore plus important. D'ailleurs, à cette autre question posée par le Cevipof (Centre d'étude de la vie politique française) : « Dans le passé, depuis la fin de vos études ou de l'école, avez-vous déjà été vous-même au chômage ? » 53 % des femmes actives et 46 % des hommes avaient répondu avoir connu, à un moment ou à un autre, le chômage.

Des chiffres qui amènent à relativiser sérieusement les taux de chômage qu'on nous annonce aujourd'hui et qui mesurent l'emprise de ce fléau dans une société duale, où les plus bruyants et les plus revendicatifs sont souvent les mieux protégés, et les plus silencieux, tous ces chômeurs de l'ombre qui échappent aux définitions officielles.

Autant dire surtout que, pour s'attaquer au cancer qui ronge notre société depuis maintenant plus de vingt-cinq ans, mieux vaut affiner les statistiques que brandir comme des bulletins de victoire des baisses de virgules qui sont autant de contes à dormir debout.

© le point 02/11/06 - N°1781 - Page 99 - 765 mots

Le mystère Ségolène expliqué par un Américain

La popularité de Ségolène Royal paraît être une bulle médiatique que rien n'arrive pourtant à percer.

Un journaliste américain dont je n'ai pas retenu le nom en donne l'explication suivante :

> les Français se sont enfermés et ont été enfermés par leurs politiciens dans une bulle d'irréalité, faites de mensonges sur la mondialisation, l'Etat-providence et l'Europe. Cela finit par susciter le syndrome de l'Etat maternant, la Big Mother, où, plutôt que d'affronter les difficultés du monde, on pourrait (illusoirement) se réfugier dans un (vain) protectionnisme étatique.

Ségolène Royal n'est, par son image comme par son discours, que cette illusion maternante personnifiée. Ségolène Royal, en faisant croire que l'expérience et la compétence comptent pour rien, prolonge cette bulle maternelle qui négligerait l'extérieur, le monde.

Pour percer la bulle Ségolène, il faudrait donc percer la bulle des illusions maternelles régressives des Français, ce qu'aucun socialiste ne fera, et peut-être Sarkozy non plus.

Comme je le disais, les adversaires de Ségolène Royal possèdent une arme toute-puissante qu'ils ont, hélas, renoncé par avance à utiliser : la vérité.

C'est pourquoi je crois de plus en plus à la possible victoire de Ségolène Royal. Louis Mexandeau a écrit que, dans ce cas, on entrerait dans une période noire du socialisme français, dérivant comme dans les années 20-30, vers le social-nationalisme.

Et ça serait une période rose pour la France ?

dimanche, novembre 05, 2006

Et si nos gouvernants n'étaient pas si bêtes ? (2)

Comme le réchauffisme est à la mode, tout le monde en parle, voici un texte de Nigel Lawson, je vous le résume pour les non-anglophones :


THE ECONOMICS AND POLITICS OF CLIMATE CHANGE : AN APPEAL TO REASON

> la réalité du réchauffement climatique est sujet à débat (j'ajoute que la notion même de climat global est contestable).

> en admettant que le réchauffement soit réel, la contribution d'origine humaine est difficile à évaluer.

> or, le coût de la diminution des rejets de C02 est gigantesque.Vu l'incertitude autour du réchauffement climatique, il est idiot de faire d'énormes efforts sur des bases aussi incertaines.

> la démarche la plus rationnelle consiste donc à pallier les conséquences néfastes du réchauffement climatique si il arrive et quelles qu'en soient les causes. En effet, réagir plutôt qu'anticiper présente plusieurs avantages :

>> résoudre le problème des incertitudes sur la réalité et sur les causes : on ne réagira que si le réchauffement arrive, que les causes soient humaines ou non, et que là où c'est nécessaire.

>> garder les conséquences positives de l'éventuel réchauffement (bien sûr qu'il y en aura)

>> permettre d'aider les pays du tiers-monde, alors qu'une récession mondiale engendrée par les efforts de diminution du CO2 toucherait d'abord les pays pauvres.

La question du réchauffement climatique étant réglée rationnellement, on est bien obligé de constater que les solutions proposées par les partisans du réchauffisme sont très éloignées de la rationalité.

Le réchauffisme a en réalité un caractère religieux net, religion dont les prêtres se font payer en notoriété (N. Hulot), en pouvoir (J. Bové, T. Blair, A. Gore) ou en crédits de recherche.

Les religions ne sont pas condamnables en soi tant qu'elles laissent l'incroyant en paix. Elles tendent quelquefois à paraître un rien ridicules à l'agnostique, mais ce n'est pas très grave.

Cependant, le réchauffisme recèle trois risques, par ordre croissant de profondeur :

> l'incitation à de mauvaises mesures (exemple type : le protocole de Kytoto)

> l'antilibéralisme, alors que l'on sait bien que la libéralisation des échanges fait la richesse des nations et des hommes.

> l'irrationalisme, c'est-à-dire le contraire de tout ce qui a fait le progrès depuis quatre siècles.

Pourquoi aucune manifestation pour Mama Galledou ?

Mama Galledou est cette jeune femme brulée à 70 % dans un bus par des vandales. Elle a eu droit à une manifestation silencieuse qui n'a pas fait de bruit (désolé pour le calembour).

Quand deux crétins en situation louche s'électrocutent en fuyant la police, c'est le branle-bas de combat, la République en danger, les footballeurs et les stars se déplacent et tout et tout.

Pourquoi cette différence de traitement ?

J'y vois bien sûr une faillite morale. Mais pourquoi cette faillite morale ?

samedi, novembre 04, 2006

De l'intérêt historique du réchauffisme

Le réchauffisme est la doctrine politique qui dit que la Terre se réchauffe, pour des causes liées aux activités humaines, et qu'il est important de lutter contre ces phénomènes.

Cette doctrine politique aux fondements pseudo-scientifiques (1) en rappelle d'autres, par exemple l'eugénisme pour réprendre une comparaison de Michael Crichton.

Or, elle rencontre un grand engouement parmi les politiques, les journalistes et le public.

Je trouve beaucoup d'intérêt à observer cette mode, cela me permet de mieux comprendre des phénomènes politiques du passé qui aujourd'hui nous paraissent irrationnels, voire incompréhensibles.

Bien sûr, il y a le fascisme : ses partisans le montraient comme l'évidente voie de l'avenir, ils présentaient comme irresponsable d'envisager autre chose ; c'est d'ailleurs pourquoi la citation tronquée sur le "Reich de mille ans" est restée dans les mémoires.

(1) : voir les précédents messages de ce blog sur les fondements du réchauffisme.

La vérité sort de la bouche ... des abonnés du Monde


Suite à un article sur la prétendue disparition des poissons d'ici 2050 (1), "si rien n'est fait d'ici là" (2) bien entendu :-) , voici deux réactions d'un abonné (c'est moi qui souligne) :

Parce qu'enfin, toutes ces menaces écologiques, climatiques, démographiques disent la même chose, seule une économie planifiée basée sur la gestion et non plus sur l expansion permet de résoudre ces problèmes. Mais justement, un paradigme étant une suite de conséquences liées les unes aux autres, partir de ces problèmes ci-dessus exige l abandon du modèle économique actuel. Ce que peu de gens veulent. D'où continuer la politique de l ignorance volontaire. C est pourtant simple à comprendre ! Non ?

L'humain est la pire espèce qui ait jamais existé, la plus prédatrice et la plus destructrice. Si un dieu existe, il est grand temps qu'il invente mieux que l'espèce humaine.

Et moi qui me fatigue depuis des mois à expliquer sur ce blog que les écolos sont des gauchistes misanthropes post-soviétiques déguisés. Il suffit de lire les forums du Monde pour les voir sans déguisement ! C'est à décourager de tenir un blog.

Si ils continuent sur leur lancée, les écolos vont finir par me rendre les conducteurs de 4X4 sympathiques, ce qui n'est pas un mince exploit, les 4X4 à Paris étant de la goujaterie montée sur roues.

(1) : sur la question, une émission C dans l'air, débat contradictoire bien plus instructif qu'un article orienté d'un gauchiste du Monde avait fait rssortir les points suivants :

> nous savons très peu de choses sur la population de poissons et son évolution

> certaines espèces sont à coup sûr menacées mais pas l'ensemble de la population de toutes les espèces

> le mécanisme des prix (ce qui est rare est cher) joue un rôle régulateur

(2) ce "si rien n'est fait d'ici là" qui revient sempiternellement dans tous les articles catastrophistes écolos signifie en réalité "si on ne cède pas au chantage à la catastrophe des écolos pour nous imposer leur volonté"

Contre le protectionnisme, exemple : Alstom et Bombardier


Par acquis de conscience, je vous reproduis ci-dessous un article extrait du Figaro sur le "patriotisme économique" (1) à propos d'Alstom.

Frédéric Bastiat, en trois pages lumineuses sur les oranges du Portugal, a démontré tout le mal que l'on peut penser du protectionnisme. Ses arguments n'ont été invalidés par aucune étude économique faite depuis.

Comme cette démonstration date des années 1840, je conclus que ceux qui ne la comprennent toujours pas sont soit vraiment trop cons soit vraiment malhonnêtes, dans les deux cas, il n'y a rien à en tirer (2).

Le patriotisme économique, arme d'exclusion

(1) ": "pariotisme économique", cette expression est d'autant plus malheureuse qu'elle mêle une chose noble mais qui souffre déjà en ce moment, le patriotisme, à la sordide défense de rentes de situation.

(2) quelques années après la mort de Bastiat, Bohm-Bawerk démontrait les erreurs conceptuelles de la "lutte des classes". C'était avant la grande vogue du marxisme. Comme quoi la véracité ou la fausseté d'une idée ont peu d'influence sur sa carrière politique (voir à ce sujet R. Boudon).

Quelques mots d'Eric Le Boucher

Voici cid-dessous un extrait d'un article du Monde par Eric Le Boucher à propos d'un communiqué du Cercle des économistes sur les enjeux de 2007.

Fidèles lecteurs de ce blog, vous n'y verrez qu'évidences et truismes.

Tel n'est pas le cas des abonnés du Monde qui réagissent dans le forum associé : je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils ont l'écume aux lèvres et le couteau entre les dents, mais, tout de même, ils semblent sincèrement choqués que "Un autre monde est possible" passe aux yeux de ELB et du Cercle des économistes pour une fadaise. Si la bêtise nourrissait, il n'y aurait plus de faim dans le monde.

La réflexion du Cercle des économistes est pourtant très instructive pour autre chose. Les trente professeurs politisent à tort les solutions mais ils replacent judicieusement le projecteur sur les bonnes questions. Ils listent, en préambule, cinq "contraintes" qui doivent être considérées comme des données alors qu'elles sont encore au centre des débats "politiques".

Ces cinq faux débats, dont il est temps de se débarrasser, sont :

1 - La mondialisation : "Aucun pays européen pris individuellement ne peut rien changer à l'ouverture des échanges". Dès lors, les restrictions à l'importation, le freinage réglementaire des délocalisations, et les mesures qui relèvent d'une "approche défensive" sont "impraticables". Tout accroissement de la protection de l'emploi est " irresponsable" ;

2 - L'exigence de rentabilité du capital des entreprises : "On voit difficilement l'Europe ignorer les règles "anglo-saxonnes" du capitalisme, de la comptabilité, de la gouvernance" ;

3 - Le budget : la "redoutable combinaison" de la concurrence fiscale engagée dans l'Union européenne et de la dette nationale va interdire toute facilité budgétaire. "Les riches paieront", "les entreprises paieront" ou "les enfants paieront" (par la dette) sont des mensonges ;

4 - Le vieillissement : "Tout programme qui ne mentionnerait pas les moyens d'accroître la durée du travail sur la vie (...) ne pourrait pas être pris au sérieux" ;

5 - Jean-Claude Trichet : "Le mandat de la Banque centrale européenne ne sera pas modifié, pas plus que le traité de Maastricht ou la sociologie de son conseil." A tort ou à raison, il est temps d'arrêter d'agiter une illusoire relance monétaire.

Le Cercle des économistes ouvre ensuite les "vrais débats", autour d'"arbitrages" modernes, massifs et, au sens plein, "politiques". Retenons en trois :

1 - Le revenu ou le temps libre ? La France est au 27e rang sur trente dans l'OCDE pour la quantité de travail par personne active. Voilà autour de quoi devraient tourner les colloques sur le pouvoir d'achat ! La gauche préfère le temps libre ? Qu'elle le dise. La droite le revenu ? Qu'elle abroge les 35 heures.

2 - La mondialisation creuse les inégalités. Pour éviter que les bas salaires ne décrochent de plus en plus, la France a instauré des défiscalisations et la prime à l'emploi. Le coût est très lourd. Gauche et droite devraient dire le degré d'inégalités qu'elles souhaitent et qu'elles demandent de payer aux contribuables.

3 - Le risque de perte d'emploi. Que "la sécurisation du parcours professionnel" fasse unanimité de la CGT à l'UMP est suspect. Gauche et droite "devraient expliciter leur projet et dire comment répartir la charge du risque entre l'individu et la collectivité", bref indiquer où elles mettent le curseur entre le modèle danois et le modèle libéral.

Si la France évacuait une bonne fois pour toutes ces faux débats pour les vrais, elle avancerait. Mais tel n'est pas le cas, la droite et la gauche continuant d'aligner d'antiques promesses intenables.

vendredi, novembre 03, 2006

Que faire ? Agenda 2007

Nicolas Baverez, avec son humour décliniste percutant, essaie de tracer une feuille de route pour les candidats aux élections de 2007.

Il y est moins bon que dans le diagnostic, un peu trop "yaka fokon" mais il est tout de même assez plaisant.

Il a le mérite de souligner deux choses :

> le déclin n'est pas inéluctable (voir Jeanne d'Arc, Henri IV, De Gaulle)

> le redressement n'est pas automatique. Je suis hanté par le spectre de l'Argentine, qui fut une grande puissance économique entre les deux guerres : j'ai quelquefois la conviction que les Français réagissent de même, accusant l'extérieur, le monde tel qu'il va, et s'y trouvant de fausses justifications à leur refus de se battre. Le monde n'est ni bon ni mauvais, il est ; à nous de nous battre.

Je vous mets un extrait du livre, volontairement choisi dans le domaine du diagnostic afin de ne pas vous gâcher le plaisir de lire les recommandationssi vous l'achetez.

La liberté, une idée neuve

Les ravages du libéralisme en Amérique Latine


Certains pays d'Amérique Latine sont dans la crise, les causes en sont essentiellement :

> un populisme plus soucieux de s'assurer le pouvoir et de se remplir les poches que de gérer le pays

> une bourgeoisie compradore qui fait de l'investissement à l'étranger un hobby

> une propension à accuser l'étranger de maux qui ne viennent que de soi

Comme vous voyez, il s'agit là des ravages de l'affreux libéralisme vampire.

Est-ce si grave ?

Je vous copie le bloc-notes d'Ivan Rioufol de ce jour.

Bien qu'étant d'accord avec lui sur le fond, j'ai du mal à me convaincre que ça soit si grave. Peut-être le ton alarmiste de Rioufol me contrarie-t-il. Comme l'humour de JF Revel me manque ...

Le bloc-notes d'Ivan Rioufol : La barbarie, ses soutiens

LE BLOC-NOTES d'Ivan Rioufol irioufol@lefigaro.fr.
Publié le 03 novembre 2006



Une barbarie s'installe en France : vite, parlons d'autre chose ! Samedi, à Marseille, Mamou Galledou, brillante étudiante d'origine sénégalaise, a été grièvement brûlée dans l'incendie d'un bus dont elle était passagère : un acte de terreur, perpétré par cinq mineurs d'une cité voisine. L'attaque, si elle avait été commise par des « petits Blancs », aurait fait descendre dans les rues les citoyens horrifiés. Cette haine ethnique serait-elle excusable ?

Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, estime que le drame « est le résultat d'une frustration, d'une humiliation liée à la ghettoïsation » : des propos qui conduisent à valoriser ces guérillas contre la République et tout ce qui la symbolise. Le chômage et les discriminations entretiennent bien sûr le ressentiment des cités. Mais ces sauvageries mimétiques font aussi le jeu de ceux qui poussent à imposer la peur.

La gauche conforte les alibis victimaires, quand elle accuse Nicolas Sarkozy d'être responsable des tensions ou exige ses « excuses » aux familles de Zyed et Bouna, morts à Clichy il y a un an en fuyant la police. Il n'est jamais venu à l'idée du PS de demander des excuses à ceux qui ont lapidé Godfran Hadaoui à Marseille, brûlé Chahrazad Belayni à Neuilly-sur-Marne, lynché Jean-Claude Irvoas à Épinay, tué Jean-Jacques Le Chenadec à Stains, martyrisé Ilian Halimi à Bagneux.

Derrière les réprobations de circonstance, demeure une mansuétude pour les encapuchonnés. Ces fauves, enfantés par une démission collective et un obscurantisme qui a eu raison de l'École, sont présentés comme les symboles du mal-être des banlieues, alors qu'ils devraient être leur repoussoir. Qu'attend Marseille pour manifester pour Mamou Galledou et se désolidariser de ces nazillons, qui déshonorent la ville et l'islam ?

Plus généralement, les revendications sociales des banlieues s'accommodent de comportements qui portent le spectre de la guerre civile. Or, personne n'ose désigner le rôle de l'islamisme révolutionnaire dans son désir d'affronter l'État. Cette idéologie est certes portée par une minorité, mais c'est elle qui fait basculer l'histoire. Aussi revient-il aux musulmans modérés, majoritaires, de mettre en garde les plus vulnérables contre le fanatisme. À eux de défendre le modèle français qui les a accueillis. L'heure est venue.

Autopsie d'une subversion

L'apathie devant l'emprise de l'islamisme sur nombre de jeunes - dénoncée par le préfet de Seine-Saint-Denis (« Bloc-notes du 29-9 ») - est le meilleur allié de cette idéologie conquérante et de son entreprise de subversion. Dans les années 1970, l'universitaire Roger Muchielli avait analysé les conditions de réussite d'une telle stratégie (La Subversion, Éditions CLC). Il en voyait trois : « Démoraliser la nation visée et désintégrer les groupes qui la composent ; discréditer son autorité et ses défenseurs ; neutraliser les masses pour empêcher toute intervention spontanée en faveur de l'ordre établi ». « Ces buts, ajoutait-il, sont accessibles seulement par l'utilisation des mass media ; sans presse, sans radio, sans télévision, la subversion est impuissante. »

Ces buts sont atteints. En témoignent ces médias pour qui l'islamisation des cités est un fantasme. En témoignent ces repentances d'une République honteuse de son passé, de sa culture et n'osant plus affirmer son autorité sinon auprès des automobilistes, délinquants dociles. « Convaincre l'homme que, sinon lui-même, du moins ceux qui sont de son côté commettent des actes immoraux, injustes, c'est amener la désintégration du groupe auquel il appartient », disait Jacques Ellul. Oui, nous y sommes.

C'est ainsi que le mouvement des Indigènes de la République a pu faire croire à des « nouveaux Français » qu'ils étaient victimes, à leur tour, de la France coloniale : une oppression justifiant les actuelles intifadas. Trop rares sont les compatriotes musulmans qui, comme Messaoud Bouras (1), dénoncent ceux qui visent « à faire d'un Français vivant sur le sol de ses ancêtres un colon, un occupant illégitime, une personne à combattre et, si possible, à chasser ».

Sexe des anges

Constantinople assiégée, ses élites discutaient encore du sexe des anges. Ce que fait Dominique Strauss-Kahn, quand il explique que « la crise que nous vivons en France est fondamentalement économique et sociale », enfourchant le conformisme de ceux qui ne veulent voir dans l'islamisme qu'une humeur liée au chômage. Mais comment expliquer sa percée dans l'entreprise, notamment dans la grande distribution et la construction automobile ? « L'islam est en train de remplacer la CGT comme soutien des salariés musulmans dans leurs revendications contre la hiérarchie », écrivait Éric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement, dans un rapport de septembre 2005. Encore un fantasme ?

Nulle part n'affleure, chez les candidats, la prise en compte du séparatisme qui menace la nation (« Bloc-notes » de la semaine dernière). Ségolène Royal feint de croire en l'efficacité de ses fumeux « adultes référents uniques », tandis que la droite ne sait répondre qu'en durcissant des lois qui ne sont que partiellement appliquées par une justice en opposition avec la police. « J'appelle Français ceux qui ne veulent pas que la France meurt », disait Malraux. Ne pourrait-on débattre des conditions de sa survie ?

Victimes du devoir

Un lecteur (Dr Antoine Denis, Albi) s'indigne qu'aucun hommage n'ait été rendu aux docteurs Pierre-Olivier Denué et Benjamin Ramus, tués le 19 octobre dans un accident d'avion alors qu'ils assuraient le transport d'urgence d'un transplant hépatique destiné à une greffe. Ces victimes du devoir auraient bien droit, elles aussi, à leur stèle.


(1) Blog de Messaoud Bourras

mercredi, novembre 01, 2006

Et si nos gouvernants n'étaient pas si bêtes ?


J'entends les pires critiques sur l'inaction de nos gouvernants concernant la lutte contre le réchauffement climatique. Comme les mots ne coûtent rien, certains parlent de "crime contre l'humanité".

Pourtant, j'y vois une forme de sagesse : la contribution humaine au réchauffement climatique, dont on ne sait même pas dire où et comment et dans quelle proportion il serait négatif ou positif (1), est très mal connue, par contre, le coût ahurissant en termes de développement et de bien-être des mesures préconisées par les écologistes est parfaitement saisi.

Il y a donc un bon sens évident à considérer qu'il est urgent d'attendre. Ceci explique d'ailleurs l'hystérie des partisans de la lutte à tout prix contre le réchauffement climatique : moins sa cause est fondée, plus il convient de faire de bruit.

On ne sera donc pas étonné de retrouver en tête de la surenchère écologiste celui dont toute la carrière est bâtie sur des discours creux vides de bon sens : Jacques Chirac (2).

En prenant ce train, Tony Blair confirme son pire défaut : le goût de l'épate médiatique.

(1) : les écologistes sous-entendent que toute évolution de la température, réchauffement ou refroidissement, serait maléfique ; c'est croire que l'état actuel de la nature est optimal pour la vie humaine, ce que rien ne nous permet d'affirmer (à supposer d'ailleurs que cet "état optimal pour la vie humaine" ait un sens, ce qui est douteux vu la capacité d'adaptation de l'homme : à état de nature donné, l'homme s'arrange pour en tirer le meilleur). On en revient toujours à cette idée que l'écologisme irrationnel repose sur le culte de Mère Nature, intrinsèquement bonne et souillée par l'homme.

(2) : l'homme qui promettait de baisser les impots ET le déficit ET d'augmenter la dépense publique !