samedi, octobre 19, 2019

The day of days for Boris

Ce soir, nous saurons si la politique d'Alexander, dit Boris, Johnson pour le Brexit a réussi ou si la Grande-Bretagne repart pour un tour d'incertitude, ce qui ne serait pas la fin pour Boris, mais tout de même un grave revers.

S'il réussit, ça sera un exploit digne d'entrer dans l'histoire : renverser une négociation mal engagée, sur un sujet essentiel, et faire passer le nouvel accord alors qu'on n'a plus de majorité. On peut compter sur les doigts de la main d'un menuisier maladroit le nombre de Premier sMinistres qui ont ce niveau de réussite.

Evidemment, ça ne sera pas la fin, ni même le commencement de la fin, mais la fin du commencement, puisqu'il restera une période de de deux ans pour négocier un tas de points en suspens.  Mais les choses seront enfin engagées.

Je relis la biographie de Churchill par Johnson. Bien sûr, en parlant de Winston, Boris parle aussi de lui.

C'est brouillon, quelquefois erroné, et Boris révèle une certaine lâcheté en essayant de tirer Churchill vers le politiquement correct. Mais l'essentiel y est.

L'histoire est très souvent tragique. Dans ces cas là, les « raisonnables » sont en vérité des mous, et, la plupart du temps, des traîtres. En effet, quand le drame pointe son nez, le plus raisonnable, à court terme, est de se coucher. Comme dit George Orwell, le moyen le plus rapide de mettre fin à une guerre, c'est de la perdre.

Autour de cette question du caractère tragique de l'histoire, il y a une dialectique du court terme et du tactique, contre le long terme et le stratégique.

Revenons à Winston Churchill.

Fin mai 1940. Depuis quelques jours, le ministre des affaires étrangères, « raisonnable », Halifax pousse ses pions pour une paix négociée avec Hitler. Il ne l'aime pas, mais c'est la solution qui lui paraît la plus responsable, alors que les nouvelles catastrophiques de cette guerre mal engagée se succèdent d'heure en heure. Les discours grandiloquents de Churchill lui tapent sur les nerfs.

Winston n'arrive pas à arrêter Halifax au War Cabinet, faute d'appuis politiques suffisants. Il sent le sol se dérober sous ses pieds. Le 26 mai au soir, il est tellement angoissé qu'il ne mange ni ne boit et que ses amis osent à peine lui adresser la parole.

Le 28 mai, il fait ce que certains historiens ont qualifié de coup d'Etat. Sous un prétexte oiseux, il réunit le War Cabinet au parlement, à Westminster, au lieu du 10 Downing Street. Puis, il se débrouille pour réunir dans une petite salle le cabinet élargi, l'Outer Cabinet, dont beaucoup de membres sont au parlement pour les débats. Et là, il se fait acclamer sur un discours jusqu'au boutiste. Il vient de renverser la table. Halifax est battu.

Halifax pouvait magouiller dans le dos du War Cabinet, qui ne s'opposait pas à lui franchement, mais il ne peut plus aller contre la volonté si bruyamment exprimée de l'Outer Cabinet. Churchill a gagné par surprise.

Quand l'affaire est mal engagée, il ne faut pas changer de place à table, il faut renverser la table, y compris physiquement (Churchill commence par changer le lieu du conseil de cabinet). Il faut changer de pied, introduire une rupture nécessairement violente, pour casser la pente fatale.

J'ai déjà eu cette conversation cent fois avec des électeurs de second tour de Macron, qui sont trop bêtes, ou trop lâches ou pas assez patriotes, pour admettre que la France a besoin de cette rupture avec la pente qui nous tue, pente que représente à merveille Macron, et que, si cette rupture passe par le vote pour Marine Le Pen, malgré tous ses défauts, qu'il en soit ainsi.

Boris Johnson l'a très compris. Sa rupture est d'avoir pris au sérieux « no deal is better than a bad deal ». Theresa May le disait aussi mais donnait l'impression par tous ses actes de ne pas y croire un seul instant, d'être toujours prête à tout céder pour éviter un no deal.

Johnson a donné des signes concrets qu'il y croyait, Il s'est mis dans une attitude kamikaze, obligeant ses ennemis à sortir des faux-semblants. Le renversement de table, c'est quand il a osé acter qu'il avait perdu la majorité en virant de son parti 21 MPs Remainers. Depuis, il n'a cessé de monter dans les sondages, ce qui terrifie ses adversaires.

Cette évolution vers la fermeté a forcé l'UE, qui a montré tout du long son opposition à la démocratie, sa mauvaise foi et son impérialisme, à sortir de sa position intransigeante. Les Remainers, qui disaient que c'était impossible (tout est toujours impossible, quand on n'a pour seule envie de se coucher), se sont trompés de bout en bout.

Nous vivons une époque où des politiciens se remettent à faire de la politique, Trump, Johnson, Salvini, Poutine, Erdogan ...

Nous n'en sommes pas là en France, où le débat reste a-politique, toujours posé en termes moraux qui arrangent la classe dominante. Voter Le Pen n'a pas tel avantage ou tel inconvénient, c'est mal, ça rappelle les zeureslesplussombres.

Le seul personnage public qui fait de la politique au niveau où elle doit être, c'est-à-dire tragique et de long terme, c'est Zemmour. Il est courageux, mais ça ne fait pas lourd au milieu des plus de mille parlementaires et ministres qui politicaillent minablement.

A 7h00, heure française, les pointages sont : 320 pour le deal de Boris, 312 contre (composition : 638  votants + 11 non-votants + 1 suspendu = 650. Majorité à 320 votants. Le Speaker , non-votant, peut voter en cas de match nul). Le suspense est entier.


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