mercredi, décembre 22, 2004

L'argent, ça ne compte pas

J'ai déjà commis un message sur le sujet intitulé A propos des "raisonnements purement financiers", mais je reste surpris du nombre de gens qui m'expliquent à propos des problèmes financiers collectifs (retraites, déficits, etc ...) que "l'argent, ça ne compte pas". Deux hypothèses :

1) Je me trompe et, effectivement, l'argent de la collectivité, ça ne compte pas, j'ai tort de m'inquiéter

2) J'ai raison, la France s'appauvrit, mais plutôt que de se bouger, il est plus facile de dire que l'argent ça ne compte pas et que, par conséquent, l'appauvrissement est simplement comptable, sans effet réel.

Quoi qu'il en soit, je propose aux partisans de "L'argent de l'Etat, ça ne compte pas" le raisonnement suivant :

a) L'argent de l'Etat ne compte pas

b) L'argent n'a pas d'odeur. Un euro, que son propriétaire soit M. Tartemuche ou l'Etat, est toujours un euro.

c) Donc, conséquence de a+b, l'argent quel que soit son propriétaire ne compte pas.

Les partisans de "L'argent de l'Etat, ça ne compte pas", ne pouvant qu'adhérer à ce raisonnement à la logique implacable, voudront bien me communiquer leur adresse afin que je leur envoie un RIB pour le versement mensuel de leur salaire sur mon compte courant. Je les en remercie par avance.

Pour ma part, je préfère : "Il n'y a pas que l'argent qui compte, mais igorer l'argent, c'est se condamner à l'impuissance".

Les Anglais ont-ils raison et les Français tort ?

Les enchères montent entre Francfort et Paris pour racheter la bourse de Londres, pourtant plus grosse. Les Anglais, loin de notre obsession des champions nationaux, ne semblent pas traumatisés outre mesure par la nationalité des propriétaires. Déjà, ils ont laissé filer leur industrie (Rolls Royce Cars acheté par BMW). Or, leur économie ne s'en porte pas plus mal.

A contrario, nous avons un champion national du jeu video, Ubisoft, qui va se faire manger tout cru par l'américain Electronic Arts. Lui, contrairement au cinéma qui reçoit tant de subventions (souvent au copinage et à la notoriété), n'a jamais été aidé par l'Etat. Pourtant l'industrie du jeu video était naissante il y a peu d'années, donc en position d'exploiter au mieux les aides, a un contenu artistique (il y a -bientôt, on dira "il y avait"- une "french touch") et réalise maintenant un chiffre d'affaires supérieur au cinéma.

Qu'en conclure ?

1) Qu'une politique de champions nationaux n'est pas nécessaire à la prospérité, peut-être lui est elle contraire.

2) Mais, si on mène une politique économiquement nationaliste, autant la mener bien.

Malheureusement, l'Etat aime ce qui est gros, ce qui se voit, ce qu'il connaît, les méga-plans genre "objectif 2027"alors que l'aide est la plus profitable aux industries naissantes, pas encore très connues. Les frères Guillemot, fondateurs d'Ubisoft, ne sont ni polytechniciens, ni énarques, ils n'ont pas commencé par pantoufler dans un ministère. Dommage pour eux.

Le fond de ma pensée est que l'Etat est inapte à aider les industries naissantes, les régions le font bien mieux. Mais la vraie décentralisation en France, ce n'est pas pour demain.

Suggestion de cartes de voeux

Une idée si vous cherchez des cartes de voeux

Lien : Aviation sans frontières

Résultat du jeu concours

Le gagnant est Sébastien Rougeyron

Il a gagné le droit d'avoir la trouille de sa vie en avion, avec moi comme pilote.

Douglas Bader était un pilote cul-de-jatte suite à un tonneau tourné un peu en-dessous du niveau du sol en Bristol Bulldog. Bien entendu, il a eu droit à "Mon pauvre vieux, l'aviation c'est fini pour toi."

Ce qui ne l'empêcha nullement de remporter plusieurs victoires en combat aérien.

Il jouait au golf. Ca reste un mystère pour moi comment on peut jouer au glof avec des jambes artificielles.

mardi, décembre 21, 2004

Oh oui, Fais moi mal ! (séance de sado-masochisme économique)

Ceci est extrait d'une lettre d'un lecteur des Echos :

On peut s'étonner que le benchmarking, cette technique d'études comparatives très pratiquée en management industriel, soit si peu utilisée par nos instances officielles pour des comparaisons chiffrées concernant les mesures des « performances » inter-étatiques (dépense, fiscalité, emploi...). Pour le domaine sensible du chômage, le rapport de la commission Camdessus illustre parfaitement ces manques méthodologiques. On regrettera en effet ici que la mesure du poids des causes du chômage, ainsi que le chiffrage exact des incontournables remèdes nécessaires, soient tous deux absents des conclusions. Les techniques numériques citées auraient permis d'obtenir ces informations, tout en ancrant les conclusions dans la plus objective des réalités chiffrées.

Poussant plus avant la question, j'ai entrepris l'étude comparée de nos principaux voisins (ensemble : FR, GB, ITA, ALL) + zone euro + USA sur le thème de l'emploi pour l'actuelle décennie. Ce benchmarking s'est avéré très concluant. Ici le modèle établit le dosage précis des médications à appliquer. Par exemple : sur quels axes devrions-nous progresser, et de combien, pour gagner deux points de chômage ? Notons que ce gain dont nous allons voir le prix ne représente que 40 % de notre handicap par rapport aux meilleurs du lot (USA, GB). Le processus rigoureux de calcul établit que cette amélioration nécessiterait l'ensemble des mesures, étalées sur 15 à 16 ans, qui suit :


1. Baisser la dépense publique d'environ 8 points de PIB, soit 15 % de réduction relative (idem pour le train de vie de l'Etat et la fonction publique !). Le rythme proposé serait une réduction de 0,5 point de PIB par an pendant 16 ans.


2. Augmenter le temps de travail de 8 % (soit retour progressif au 38 heures !).


3. Gagner de 3 à 4 % de taux d'emploi (reculer l'âge de la retraite effective de 3 à 4 ans, intégrer plus précocement nos jeunes dans les entreprises...).


4. Pour clore cette liste, baisser aussi dans le même mouvement nos coûts salariaux d'environ 12 %. Ce gain, progressif lui aussi, serait rendu possible en majeure partie par les progrès précédents. Au final, ces quatre médecines feraient passer notre potentiel de croissance de 1,8 % à 2,1 % par an, en moyenne décennale, ce qui aiderait aussi au bonus visé. Ces réajustements « herculéens », nécessaires et rigoureusement calculables seraient politiquement incorrects, voire suicidaires, chez nous. Et telle est bien toute notre impasse, car tel est le prix exact à payer, pour rattraper une partie de notre retard, et tenter de modérer la dette que nous mijotons pour notre descendance depuis plus de vingt ans.

Pascal Lamy, ex-commissaire européen, pense que, dans l'Union européenne, « il y a des petits pays comme la Suède, la Finlande, le Danemark, l'Irlande, où la conscience se répand assez vite que les comportements non coopératifs peuvent faire naufrager l'esquif. Il en va tout autrement dans les grands paquebots comme la France et l'Allemagne. Pour réagir plus vite, ces deux pays doivent réorganiser leurs pouvoirs en profondeur ».

lundi, décembre 20, 2004

Un avion, une histoire : le Supermarine Spitfire

J'ai décidé de commencer cette rubrique "Un avion, une histoire" pour vous parler en quelques lignes des avions que j'aime sans, j'espère, vous barber.

Bien sûr, à tout seigneur, tout honneur, commencer par sa majesté le Spitfire est une évidence.
Un des rares avions capables d'arracher des larmes à un flegmatique anglais. En plus, d'être le symbole de la Bataille d'Angleterre, "plus belle heure" du peuple britannique, c'est une superbe machine, digne héritière des avions de course de la coupe Schneider.

Les belles ailes en ellipse, les sonorités harmonieuses et distinguées du Rolls Royce Merlin, il
suffit de voir une fois en meeting un Spitfire, un Spit pour les intimes, pour comprendre.

Lien : paire de Spits au décollage à Duxford (c'est mieux avec le son à fond ou sur la chaine hifi !)

L'histoire commence en 1935.

Supermarine, avec ses hydravions S6B équipés de moteurs Rolls Royce, vient de gagner pour la troisième fois consécutive la coupe Schneider, l'emportant définitivement.

Les bruits de bottes se font entendre dans toute l'Europe. Un vieux politicien, fini, usé, retiré dans sa propriété de Chartwell, se ronge les sangs, hurle dans le désert : Winston Churchill.

Heureusement, il a deux atouts : un accès quasi-illimité aux informations gouvernementales car le Premier Ministre a donné un peu négligemment l'ordre "d'informer Winston de tout ce qu'il demande, il peut toujours servir" et Winston demande beaucoup. Ce qui fera, cas unique dans l'histoire, qu'un retraité, bête de travail, connaitra mieux les dossiers que le chef du gouvernement ! Le deuxième atout : un cercle de fidèles, restreint mais entreprenant, prêt à lui fournir un appui, y compris financier.

C'est pourquoi, alors que le gouvernement britannique tergiverse, l'ingénieur Reginald Mitchell et Supermarine reçoivent discrètement de quoi développer un avion de chasse à partir des hydravions de course. Il aura une hélice à pas variable, un train rentrant, huit mitrailleuses (Quoi ! Deux suffisent bien !) et un pare-brise blindé (Comment ça ! Le pilote n'aura pas la tête au vent ? Dangereuse innovation !) et surtout ces ailes en ellipse, le dessin aérodynamique parfait d'après Prandlt, qui travaille à la même époque sur le Messerschmidt 109, et un moteur V12 Rolls-Royce. Trait d'humour britannique, le nom choisi "spitfire" veut dire "mégère" mais aussi "cracher le feu".

Pour bien se rendre compte du bond en avant, il faut se rappeler que l'avion de chasse britannique de première ligne de l'époque est le Gloster Gladiator, biplan ouvert à train fixe.
La mise au point est difficile, tout est à inventer ou à réinventer. Le P-51 Mustang, autre merveille dont je vous parlerai une autre fois, est conçu, du premier trait au premier vol du prototype, en neuf mois, mais c'est, en 1940, les équipements modernes sont maîtrisés.
Dans l'immédiat avant guerre, certains contestent encore l'utilité de la radio à bord des avions. Le premier vol est assez rapide (5 mars 1936), mais avec un train qui rentre quand il veut, une hélice en bois à pas fixe et un moteur Merlin à la fiabilité légère légère. Reginald Mitchell, pressé par l'urgence, se sachant malade, travaille d'arrache-pied, passant treize à quatorze heures par jour à sa table à dessin, après quoi, le devoir accompli, il meurt du cancer.

Les premiers Spits entrent en service mi-1938, pilotés par les "pilotes de club" qui disent "Il faut bien s'occuper hors de la saison de la chasse au renard." Les mêmes diront, après la fameuse phrase de Churchill "Jamais tant d'hommes ne durent autant à si peu d'entre eux" (never so many due so much to so few) : il doit évoquer nos notes de bar.

Les escadrilles de la Bataille d'Angleterre étaient surtout équipées de Hawker Hurricane mais le Spit a une silhouette marquante qui le rend inoubliable.

Il n'a pas que des qualités : moteur refroidi par liquide donc circuit sensible aux impacts de balles, autonomie réduite, un peu mou en roulis, train étroit, manche peu ergonomique. Mais, preuve indéniable de la qualité de base de la conception, il a pu être amélioré constamment jusqu'en 1946, il est resté en service (dans l'armée israelienne) jusqu'en 1957.

A ma connaissance, il en reste une dizaine en état de vol dont un biplace. Bien que cela soit, à
proprement parler, vu l'étroitesse du marché et aussi pour la charge sentimentale qu'il porte, un avion inestimable, je pense qu'un prix minimum de 2.5-3 M€ n'est pas farfelu.

Vous pouvez en voir en vol à la Ferté-Alais ou à Duxford.

Christophe Jacquard avait un Spit XVI, à Darois, en face les usines Robin, je ne sais pas si il l'a toujours. Le son du Griffon , descendant du Merlin, faisait sortir les curieux des ateliers.



(Le prix d'un Mustang, même moteur Merlin, qui est moins rare -50 en état de vol-, tourne autour de 1.3 M$. A l'autre bout de l'échelle, l'un des deux P38 en état de vol a été enlevé sous 20 m de galce au Groenland et restauré pour 20 M$ ! Le prix des warbirds dépend de la passion et de la fortune de l'acheteur. Quelques milliardaires, dont Paul Allen, le co-fondateur de Microsoft, font grimper les prix aux arbres.)




Petit jeu-concours

Le pilote sur la photo ci-dessous s'appelle Douglas Bader, il était chef d'escadrille pendant la Bataille d'Angleteterre et il avait une particularité tout à fait remarquable.

Quelle est cette particularité ? (Les gagnants feront un tour d'avion gratuit avec moi. Youpi !)


Répondez via les commentaires

Recette : salade de saumon à l'avocat

Attention, tout le secret de cette recette est dans le matériel : il faut avoir un cuiseur vapeur. Tout le reste, cocotte, poële, four, micro-ondes, brutalise ou asséche le saumon.

Vous mettez des darnes ou des tranches de saumon (éventuellement surgelées ajoutez trois minutes dans ce cas) dix minutes dans le cuit vapeur, pas plus, n'oubliez pas de mettre un litre d'eau. Il vaut mieux que ça soit pas assez cuit que trop.

Vous mélangez ensuite à des avocats coupés en tranches (autant d'avocats que de tranches de saumon) et à des tomates cerises coupées en deux.

Sauce style vinaigrette avec jus de citron et huile d'olive. Vous pouvez ajouter de l'aneth.

Mangez avant que le saumon refroisse.

Une recette simple, rapide et excellente.

Evidemment, il faut un cuiseur vapeur, mais si vous êtes amateur de poissons ou de légumes, c'est un bon investissement puisque c'est le meilleur moyen de cuire sans sécher.

Cinéma : Ocean's twelve

FF

Ce n'est pas le film du siècle, mais il y a pas mal d'humour et c'est mieux que le premier. Ensemble assez confus mais ça passe.

Y -at-il un gouvernement libéral (ultra, forcément ultra) en France ?

Je suis surpris d'entendre des gens de gauche me parler de la politique sournoisement libérale du gouvernement actuel.

A mon avis, ce qui explique cette position contraire à la réalité que je vois, est que le meilleur moyen d'exister est de diaboliser l'adversaire."Libéral", surtout pour la gauche française, est autant une insulte que "pédophile", son emploi est tout naturel. C'est trop compliqué et trop risqué de définir un projet, mieux vaut dire du mal du gouvernement.

La politique prétendue libérale du gouvernement ? D'aussi loin que remonte ma mémoire du gouvernement Raffarin, je ne me souviens pas de mesures libérales. Clientélistes, oui, droitières, oui, libérales, non. (Les privatisations sont lancées depuis longtemps, peut-être l'abolition des 35 h ?)

Même si j'ai cherché sincèrement, il se peut que j'ai oublié, si vous en connaissez, ça m'intéresse.

Est-ce à dire que la politique du gouvernement est incohérente ?

Non, elle est cohérente par défaut, ce qui donne cette impression justifiée de sournoiserie.

Dans tous les cas, le gouvernement, sous la pression des évènements, cherche la ligne de moindre résistance, celle qui bouscule le moins. Or, la moins mauvaise solution pour répondre à ce critère, dans un système à l'efficacité déclinante, réside dans l'adoption de mesures techniques obscures qui n'intéressent personne, sans toucher au système : augmenter un peu plus l'assiette de cela, modifier le calcul du droit à ceci, tripatouiller tel taux, réviser le barème machin etc ... Par là-dessus, se rajoutent quelques mesures clientélistes , pour les buralistes ou pour les médecins, destinées à faire croire qu'on agit.

Le tableau d'ensemble est le suivant : diminution des prestations sociales saupoudrée de clientélisme.

Cette situation ne découle pas à mon avis d'une intention machiavélique mais au contraire d'une incapacité à définir une politique, comme un filet d'eau suit une pente prédictible et définie, parce que justement il n'a aucune volonté, parce qu'il se soumet à la loi de la gravitation.

Au fond, les intentions du gouvernement comptent peu : qu'il soit machiavélique ou incapable, qu'importe ; seul le résultat compte. Sur ce point, je rejoins les communistes et les socialistes, ce gouvernement est néfaste.

Les Français sont pris en étau entre un monde qui change sans leur demander leur avis et des structures inadaptées héritées du passé. Aujourd'hui, ils se crispent sur le passé parce que personne ne leur propose un avenir séduisant.

Une politique clairement posée est nécessaire pour rassurer les Français. Le secret de la popularité de Noicolas Sarkozy n'est pas à chercher ailleurs : il annonce ce qu'il va faire et il le fait (ou donne l'impression de le faire).

Qu'ancun autre homme de droite n'essaie de reprendre cette méthode pourtant si simple est peu flatteur pour la droite, je passe.

La gauche joue le retour au pouvoir par balancier électoral. C'est de bonne guerre électoraliste, mais que c'est court par rapport aux enjeux nationaux ! Que c'est court !

Une interview parmi d'autres

J'ai entendu une interview du nouveau ministre des finances Alain Gaymard : c'est stupéfiant ce qu'il a pu parler pour rien dire. C'est clair, c'est une profession !

Je retiens les points suivants :

_ il est important de lutter contre le chomage
_ le social est important
_ on va baisser les impots si c'est possible
_ tous les ministres sont très courageux, travaillent très fort et sont admirables
_ l'eau tiède se fait avec un volume d'eau froide dans un volume d'eau chaude (ou le contraire)
_ c'est difficile de faire sans dépenser plus mais on va essayer

Bis, bis. Encore ! Ca, c'est un chef !

Foie gras, industriel ou traditionnel ?

On reste effaré devant le manque de civilisation de Governator Arnold (et de certains défenseurs des animaux -on est plus tolérant envers les animaux qu'envers les traditions des hommes) qui veut punir de 1000 $ d'amende la consommation de foie gras en Californie. Comme le foie gras est peu exporté, les Californiens en souffriront plus que les producteurs français.

Je trouve qu'il y a un anthropomorphisme affligeant dans nos relations avec les animaux - appeler une chienne Océane ou un chien Hervé ! Ce n'est pas parce qu'un homme souffre à être gavé qu'un canard souffre. Respectons le canard en tant que canard !

Albert mange du foie gras et il est content : c'est un homme. Daffy mange de la merde et il est content : c'est un canard.

Le canard est un animal migrateur qui fait des réserves, c'est étudié pour (merci, mère nature). Les rares études sur le sujet montrent qu'il n'est pas stressé par le gavage à condition de ne pas être brutalisé. Il paraît même que certains canards se présentent spontanément au gavage (les gourmands).

La question est : comment reconnaître un foie gras traditionnel d'un foie gras industriel ?

La mention "canards nourris au maïs grain entier" signale un foie gras traditionnel : le procédé n'est pas industrialisable, car si le canard avale un grain de travers, il s'étouffe, d'où la nécessité d'une intervention humaine.

Dans tous les autres cas, vous êtes dans l'incertitude.

samedi, décembre 18, 2004

Pourquoi je n'ai pas confiance dans les journalistes, spécialement PPDA et ses clones

"147 ados japonais se suicident en gobant une poche de silicone pour protester contre la sortie tardive d'un jeu vidéo". Libé et France 2 tombent dans le panneau !

Tout commence par une brève potache sur le site de Xbox Mag en mars 2004.Le chroniqueur blague sur le report d'un jeu vidéo de Tecmo "Dead or Alive" et fait référence à ses héroïnes virtuelles fortement poumonées :"DoA Online repoussé au Japon par Ed_Warne.rLa nouvelle a provoqué un drame au pays du soleil levant : 147 otakus se sont suicidés en gobant des poches de silicone pour protester contre ce report de la part de Tecmo. Le jeu de baston online de Tecmo est ainsi repoussé à l'été. Il semble que Tecmo veuille peaufiner le code réseau du jeu pour qu'on n'ait pas à souffrir d'infâmes lags qui pourraient affecter le mouvement mammaire des combattantes. Il va sans dire que le pack Xbox Kasumi Chan est lui aussi repoussé, et on me signale à l'instant que les fanas d'import qui avaient précommandé la bête viennent d'être retrouvés pendus avec un soutif géant..."La fin de l'article ne laisse pourtant planer aucun doute quant au côté humoristique de son contenu.

"L'info" est alors reprise par Libération lors d'un sujet sur les suicides collectifs au Japon. Le journal a depuis fait son mea culpa :"A nos lecteurs: le texte ci-dessous est la version corrigée d'un article publié le 1er novembre 2004 qui comportait une erreur. Après l'énoncé de nombreuses statistiques, nous écrivions que «147 collégiens et lycéens s'étaient suicidés en gobant des poches de silicone» après le report de la commercialisation d'un jeu vidéo. Xbox-mag.net nous signale qu'il s'agit d'une «blague» lancée sur son site en mars. Toutes nos excuses à nos lecteurs."Bien qu'ils nous aient habitués à plus de sérieux et de recoupements sur leurs sources, il faut bien reconnaître qu'une fois l'affaire démentie, la mise à jour sur leur site fût rapide et l'autocritique complète et immédiate.

Entre-temps (le 21 novembre), au JT de 20h sur France 2, un reportage consacré aux dramatiques suicides des jeunes nippons est introduit par des images de jeunes otaku (fans de jeux vidéo) dans leur milieu naturel - une immense salle de jeux - et il est fait mention de cette "anecdote croustillante". Le journaliste a très certainement récupéré l'information sur Libération et n'a effectué aucune vérification ultérieure.Comme il est précisé sur l'article qu'Xbox Mag a publié depuis : "c'est tristement grave pour l'état du journalisme". D'autant plus que le préjudice causé à l'industrie du jeu vidéo n'est pas négligeable. France 5 (par le biais de l'émission Arrêt sur images) corrigera en affirmant que le taux de suicide chez les jeunes japonais n'est pas plus important dans la communauté des otaku. Mais alors pourquoi le reportage a-t-il démarré dans une salle de jeux ?Encore une fois, nous voila en présence d'un amalgame sur des sujets dérangeants : les suicides et les jeux vidéo ! Un raccourci d'autant plus facile que cela se passe au pays du soleil levant, pays fantasmagorique aux yeux des occidentaux.

Concernant le JT, c'est d'autant plus grave qu'il ne s'agit pas d'une émission de divertissement mais bien de la grand messe du 20h, censée diffuser une information sérieuse, vérifiée et fiable.

Du moins le croyait-on jusqu'à il y a quelques temps...Fait aggravant pour France 2 qui persiste dans la mauvaise foi lors de son édition du 29 novembre 2004. En effet, David Pujadas, mis devant le fait accompli, n'a eu guère d'autre choix que de rectifier le tir. Pour justifier l'erreur, il a réussi le tour de force de garder son sérieux en annonçant aux téléspectateurs que l'erreur originale n'était pas du fait de la rédaction, mais provenait d'un magazine asiatique anglophone !
A contrario de Libération (qui, répétons-le, a joué la transparence), la rédaction du JT, plutôt que d'admettre son manque de rigueur professionnelle, a préféré rejeter la faute sur un autre (asiatique, c'est plus loin, plus crédible et moins facilement vérifiable). On a pensé que ça valait bien un petit article, afin que les internautes soient clairement informés des pratiques en cours chez certains "journalistes".

Le crime ne paie pas, surtout quand on est con

John était bien décidé à faire un hold up. Malheureusement, il a accumulé les choix désastreux :

1) Il a attaqué une armurerie

2) A une heure de pointe. Il y avait six clients, tous armés, dont un policier en uniforme. D'ailleurs, John a du contourner la voiture de police pour entrer dans le magasin.

3) Il est entré en hurlant au hold-up et a tiré dans le plafond

John est mort transpercé de 18 balles tirées par cinq personnes. Les clients ont acheté des boites de munitions supplémentaires.

Grand danger : homosexualité, allumette et hamster

"Après coup, craquer l'allumette a été ma grosse erreur. Mais j'essayais seulement de récupérer le hamster", a raconté Eric Tomaszewski aux docteurs stupéfaits du département des Brûlures Sévères de l'hôpital de Salt Lake City. Tomaszewski et son partenaire homosexuel Andrew Kiki Farnum ont été admis pour un traitement d'urgence après qu'un rapport eut sérieusement mal tourné. "J'ai poussé un tube en carton dans son rectum et glissé Raggot, notre hamster, à l'intérieur" a-t-il expliqué. "Comme d'habitude, Kiki a crié Armageddon pour indiquer qu'il en avait assez. J'ai essayé de récupérer Raggot mais il ne sortait pas, j'ai donc regardé dans le tube et craqué une allumette, pensant que la lumière pouvait l'attirer".

A une conférence de presse, un porte-parole de l'hôpital a décrit ce qui s'est passé ensuite. "L'allumette a enflammé une poche de gaz intestinal et une flamme a jailli du tube, enflammant les cheveux de M. Tomaszewski et brûlant sévèrement sa figure. Elle a aussi mis le feu au pelage du hamster, qui, à son tour, a enflammé une poche plus grande de gaz plus loin dans l'intestin, propulsant le rongeur comme un boulet de canon. Tomaszewski a été brûlé au deuxième degré et a eu le nez cassé par l'impact avec la gerbille, tandis que Farnum a été brûlé au premier et au deuxième degrés à son anus et sur la partie inférieure de son intestin."

On n'arrête pas le progrès : les appartements rotatifs

SAO PAULO, Brésil, 16 décembre (Reuters) - Les appartements d'un immeuble de onze étages de la ville brésilienne de Curitiba peuvent tous effectuer un tour de 360 degrés sur eux-mêmes, à droite et à gauche.

"C'est le seul immeuble au monde dans lequel chaque appartement tourne ainsi individuellement", explique Joao Carlos Peters, directeur marketing du groupe qui a construit l'édifice.

La projet a mis 10 ans à aboutir et les suites d'appartements, qui occupent chacune un étage entier de l'immeuble circulaire, ont été mis en vente jeudi à un prix unitaire de 300.000 dollars (226.000 euros).

La rotation de cette construction est activée par commandes vocales. Faire tourner entièrement chaque appartement de 300 mètres carrés prend une heure.

"On ne peut aller plus vite car la rotation doit être douce", explique Peters./SD

A mort l'utopie !

Plus on s'occupe d'un monde meilleur idéal, moins on s'occupe de travailler à améliorer celui-ci, avec tous les compromis, les renoncements, les adaptations, que cela suppose.

On ne dira jamais assez à quel point le mythe révolutionnaire du "grand soir" entrave l'action politique en France.

Parce qu'il y a eu un jour une Révolution Française qui est passé comme une météorite dans l'histoire, tous les nains français se croient appelés à devenir des géants.

Quand on n'a pas tout bouleversé, on n'a rien fait.

François Hollande vu par Baverez

Encore un article de Baverez dont je me sens proche.

François Hollande ne tranche pas l'idéologie socialiste, il refuse de verser franchement dans le réformisme, de tuer l'utopie de la sortie du capitalisme.

Il se contente d'opposer les "éléphants", en sachant bien que, suite au choc d'avril 2002 et vu la bêtise du gouvernement actuel, le candidat du PS a de bonnes chances de l'emporter en 2007.

Ainsi, il pourra remporter les élections avec un parti socialiste qui est le seul en Europe à ne pas avoir abandonné les vieilles lunes si néfastes du marxisme.

C'est d'autant plus dramatique que la droite s'enlise dans l'insignifiance.

Comme Mitterrand, comme Chirac, avant lui, il se rend service mais il ne rend pas service à la France.

Cela continue à alimenter mon inquiétude : les hommes politiques issus du système actuel, y ayant fait carrière, ont-ils les qualités, le caractère, pour sortir la France de l'ornière ?

Il ont des ambitions pour eux-mêmes : conquérir des places, humilier l'adversaire de toujours souvent "ami de trente ans" (1), faire parler en bien d'eux, donner une bonne "image", prendre quelques mesurettes pour laisser leur nom à une loi.

Mais, dès qu'il s'agit d'avoir une ambition pour la France, il n'y a plus personne, leur imagination, si vaste pour imaginer des manoeuvres politiques, se tarit soudain, leur, courage, qui leur fait supporter tous les échecs et toutes les humiliations pour conquérir LA place, s'évanouit en un instant, leur opiniatreté, qui leur permet de repartir pendant trente ans à l'assaut, s'effondre.

Pauvre France !
Lien : François Hollande ou l'opium du socialisme

Ferry et le gyroscope

Petit texte plein d'intérêt de Luc Ferry pour l'institut Montaigne. Il démontre par là qu'il est meilleur penseur que ministre.

Je vous en donne le titre : Le syndrome du gyroscope. Mondialisation et dépossession démocratique.

Pour lui, la mondialisation à l'extérieur, la médiatisation à l'intérieur, règne du marché et règne de l'audimat, sont les deux faces d'une dépossession de la démocratie, dont l'impuissance grandissante de l'Etat est un symptôme.

L'Etat est de plus plus incapable de maîtriser un monde complexe et pourtant c'est vers lui que nous nous tournons pour faire vivre la collectivité. Cela génère la montée du sentiment démocratique actuel le plus puissant : la peur.

Pour Ferry, les victoires de Bush et Chirac aux dernières élections, basées sur la peur, ne sont pas des accidents.

Montée des sentiments de frustrations et de peurs liée à l'impuissance de l'Etat, vous retrouvez là un thème qui m'est habituel.

A la question que je pose : "Comment faire vivre une communauté dans une société de plus en plus individualiste ?", il ajoute "et dans un monde de plus en plus complexe et menaçant."

Il latte un bon coup les alter-mondialistes, en disant qu'ils ont bien compris les racines de la peur contemporaine, d'où leurs succès, mais qu'ils y apportent des réponses délirantes : soit nostalgie, aisément réactionnaire (l'antisémitisme d'une bonne frange des écolos est bien connues) soit utopie.

Or, pour Ferry, l'utopie est génératrice d'impuissance ou de totalitarisme. Il faut travailler sur le présent, "travailler aux interstices" pour plus de d'égalité et de justice.

Plutôt que d'avoir un Etat qui se mêle de tout, mal ; avaoir un Etat qui concentre son énergie.

Je ne vous résumerai pas ce papier d'une trentaine de pages, je me contente de vous dire : il vaut le coup d'être lu. Ceux qui ne s'intéressent pas à ces sujets ne liraient pas un résumé de toute façon, ceux qui s'y intéressent peuvent bien y consacrer vingt minutes.


Lien : Le syndrome du gyroscope

Turquie : bravo Chirac

Il est assez rare que je dise du bien de Chirac, mais, sur la Turquie, pour une fois qu'il va à contre-courant de l'opinion, il a été à la hauteur.

Depuis quelques temps, on entend des arguments indignes. Mettons de coté De Villiers. On sait d'expérience que ceux qui, en politique, se réclament de la religion et des "valeurs" sont les plus hypocrites.

Mais un éditorialiste a écrit : "Les Turcs ne sont pas de la même pâte que nous." C'est proprement stupéfiant, à l'inverse d'une longue tradition française, de Montaigne à Camus, en passant par La Déclaration universelle des droits de l'homme, qui considère que les hommes peuvent avoir des histoires et des cultures différentes, qu'ils sont néanmoins des hommes, précisément, de la même pâte.

L'espoir de l'adhésion de la Turquie, c'est l'enrichissement mutuel à travers le long processus qui la précède : la Turquie qui se démocratise et se modernise, l'Union Européenne qui accroit son rayonnement.

La France déçoit. Elle ferait bien de se rappeler son histoire et de s'en montrer à la hauteur.
Comme il est loin le temps où la France était un symbole de liberté, de force et d'ouverture.
Rue de l'Odéon, il y a une plaque qui dit "A Thomas Paine, Anglais de naissance, Américain d'adoption, Français par décret de l'Assemblée Nationale" A cette époque, la France n'avait pas froid aux yeux, ni peur de son ombre, ni peur des étrangers. Elle avait tellement confiance en elle qu'elle croyait que le monde entier allait venir se jeter dans ses bras. On disait : "Chaque homme a deux patries : la sienne et la France."

Quand elle retrouvera cette générosité, la France sera capable de proposer un processus d'adhésion à la Turquie à la fois ambitieux dans on but et ferme dans ses principes.