dimanche, janvier 02, 2005

Bouquin : Le chomage, fatalité ou nécessité ?

FFFF

Un livre qui fait le point sur ce que les différentes études, surtout étrangères, révèlent du chômage.

Le principal reproche que les auteurs font aux responsables français est d'ailleurs de refuser d'étudier sérieusement le chômage, de s'en tenir aux a-priori dans un sens ou dans l'autre.

Or, justement, la connaissance des mécanismes économiques et sociaux du chômage a beaucoup progressée.

Chaque jour, en France, 10 000 emplois sont détruits... et 10 000 emplois sont créés.

Un phénomène qui concerne tous les pays industrialisés. Connu des experts, il change la manière de penser le chômage, mais aussi les politiques pour le combattre.

Quitte à bousculer les idées reçues, il est clair que, non :

_ non, le chômage n'est pas une fatalité due à la mondialisation et au capitalisme financier

_ non, un bon salaire minimum n'est pas toujours l'ennemi de l'emploi (démonstration faite par une étude sur les employés de fast-foods américains)

_ non, la législation sur les licenciements ne protège pas l'emploi

_ non, il ne faut pas beaucoup attendre de la formation professionnelle (car formation initiale =3 x formation continue : 1 année d'études supplémentaires ouvre les m^mes possiblités d'emplois que 3 années de formation continue)

_ non, le travail ne se " partage " pas, car il se recompose par d'incessants mouvements de créations et de destructions d'emploi.

À ce titre, si paradoxal que cela puisse paraître, le chômage est nécessaire : il est indispensable à la croissance.

Voilà ce qu'enseignent les recherches les plus récentes, fondées sur des enquêtes de terrain conduites en France et dans de nombreux pays.

Il est urgent d'évaluer les résultats des politiques publiques d'emploi à la lumière de ces découvertes.

Il y a quantité de pistes intéressantes.

Car le temps n'est pas encore venu de dire que l'on a " tout essayé " pour combattre le chômage. Les auteurs vont même jusqu'à dire qu'on n'a encore rien essayé puisqu'on a rien mesuré, évalué, suivi, perfectionné.

samedi, janvier 01, 2005

Les piètres performances de la zone euro

Résumé (article complet avec le lien)

Les autorités européennes auraient tout juste [en politique économique], et les autorités nationales tout faux. Peut-être est-ce vrai, mais cela mérite au moins d'être débattu. C'est précisément là où réside le problème. Il n'existe pas d'espace public où un débat sur la politique de la tutelle [européenne] puisse être organisé et soumis à l'arbitrage des électeurs.

Certes, le Parlement européen fait ce qu'il peut, mais ses pouvoirs en ce domaine sont des plus limités, et la réélection de ses membres n'est que très faiblement corrélée (c'est un euphémisme) à leur capacité à infléchir la politique macroéconomique de l'Europe.

L'indépendance suppose la responsabilité, et la responsabilité la sanction de la démocratie. Une telle novation ferait de la zone euro le modèle de coopération renforcée dont l'Europe a tant besoin pour dessiner son avenir.

Lien : Les piètres performances de la zone euro

jeudi, décembre 30, 2004

Bouquin : La traversée des fontières (JP Vernant)

FFF

Un ancien résistant, prof de civilisation greque au Collège de France, fait un petit point, léger et modeste au soir de sa vie. Des menus propos fort stimulants.

Ex-communiste, il pense qu'avoir été communiste lui a appris à regarder le monde d'une certaine manière ignorée par la plupart et que d'avoir quitté le PC lui a appris à résister aux embrigadements idéologiques. Il ne regrette ni dêtre entré, ni d'être sorti.

Il revient sur l' "affaire Aubrac" : en 1997, des historiens, appélés par le journal Libération, à débattre avec les Aubrac d'un livre les mettant en cause dans l'arrestation de Jean Moulin, se sont peu à peu, au cours de la journée de débats, érigés en tribunal inquisitorial des Aubrac.

On notera que la transplantation de l'historien de son milieu naturel (l'université) à un univers qui lui est étranger (les medias) a joué son rôle.

Cette dérive, où des historiens ont prétendu être plus légitimes que les acteurs de l'histoire, devrait nous éveiller et nous inciter à méditer quelques instants : dans ce monde où les experts sont de plus en plus nombreux et influents, il convient qu'ils soient des conseils mais qu'ils n'aient pas de pouvoir.

Seul le peuple, en dernier ressort, est souverain, au risque assumé de l'erreur.

Pour enfoncer le clou, il raconte l'anecdote suivante : un camarade résistant s'est évadé grâce à un faux télégramme du ministère de l'intérieur demandant sa libération. L'affaire était combinée de telle sorte qu'il se retrouve libéré avant que le directeur de la prison puisse vérifier auprès du ministère.

Quelques années plus tard, il a demandé sa pension d'ancien combattant. Elle lui a été refusée par l'administration : le faux télégramme qui a fini dans son dossier semblait prouver qu'il était au mieux avec un ministre collaborateur. Il a fallu le témoignage de plusieurs résistants pour que l'administration se résolve à ne pas croire son dossier.

Cela montre bien que l'élément humain est primordial et que les papiers et les dossiers mentent toujours un peu.

C'est pourquoi la seule source de lumière admissible et légitime est le débat public.

mercredi, décembre 29, 2004

Terreur et médiocrité

Je ne sais pas si vous avez remarquer, mais les pros de la terreur sont plutôt des médiocres :

- Robespierre, sentencieux et barbant
- Staline, indicateur tsariste de bas étage et individu d'intelligence moyenne
- Hitler, artiste manqué, vociférateur
- Pol Pot, petit prof éradicateur
- Ben Laden est chiant comme la pluie

Peut-être que la banalité et la médiocrité sont des atouts, elles facilitent l'identification par les masses à mouvoir.

De plus, la haine exige de la rusticité intellectuelle. Le sage ne se laisse pas aller à la haine des hommes. Il hait quelquefois des idées mauvaises, pas les hommes.

Conclusion : méfiez-vous des médiocres et des peine-à-jouir.

mardi, décembre 28, 2004

Humour juif

J'aime beaucoup l'humour juif, réponse intelligente aux vicissitudes de l'histoire.

Ca se passe dans un café d'une petite ville polonaise . Un homme entre, essoufflé :

_ Ca y est, on va exterminer tous les juifs et tous les coiffeurs.

Les clients, en choeur : _ pourquoi les coiffeurs ?

Pause

La plupart du temps, j'écris de sujets très sérieux, "prise de tête" comme dirait les décébrés de la Star AC'.

Mais là, j'ai juste envie de vous dire que je suis en vacances, qu'il fait beau et que je vais voler. La vie est belle.

Bicentenaire instructif

En 2004, c'était le bicentenaire du code civil.

A l'adresse ci-dessous, vous trouverez des extraits du discours préliminaire lus par Robert Badinter. Vous constaterez une fois de plus qu'une réflexion générale intelligente ne veillit jamais.

Par exemple, " il ne faut point de lois inutiles ; elles affaibliraient les lois nécessaires; elles compromettraient la certitude et la majesté de la législation.". Nos députés légiférant compulsivement ont oublié ce principe fondamental.

Lien : Discours préliminaire du code civil

Identité européenne ?

Plus le temps passe, plus je trouve que les arguments contre l'adhésion de la Turquie à l'UE puent : il exhalent des odeurs de racisme (condamnation morale) et d'étroitesse de vue (condamnation politique).

Le coté "ces gens-là ne sont pas comme nous" me fait monter la moutarde au nez car je me souviens que nous avons dit tour à tour la même chose des Italiens, des Polonais, des Allemands et j'en passe.

En fait, le problème de la France, ce n'est pas la Turquie, c'est la trouille.

Si nous avions un peu plus confiance en nous et en nos valeurs, nous n'aurions pas peur de quelques Turcs.

Voici un article de François Ewald :

Identité européenne ?

Il y a bien une relation entre le débat sur la ratification du projet de Constitution européenne et celui sur l'adhésion de la Turquie. Elle apparaît en particulier dans la nature des arguments de ceux qui plaident que l'engagement du processus d'adhésion de la Turquie devrait polluer celui sur la Constitution. En question : la nature de l'Europe que nous voulons « constituer ». Le débat turc a fait apparaître combien le « oui » (ou le « non ») au projet de Constitution pouvait être ambigu et exprimer deux visions antagoniques du projet européen. Ils divisent aussi bien la gauche que la droite. On découvre ainsi que Jacques Delors ne partage pas la même vision de l'Europe que Robert Badinter, et Jacques Chirac que l'UMP.


Le clivage ne recoupe pas celui que Laurent Fabius avait voulu introduire en posant la question de la nature plus ou moins sociale du projet de Constitution européenne. La question de l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne a brusquement renvoyé au second rang ce débat pour un autre autrement plus profond : il oppose les tenants d'une vision identitaire, protégée et presque séparée de l'Europe aux partisans d'une Europe universaliste, ouverte, principe de paix perpétuelle.


« Nos familles, disent certains identitaires s'adressant aux Trucs, ne sont pas de même pâte. » Pâte ? Le terme, selon « Le Robert », signifie dans son sens métaphorique : « Tempérament, constitution d'une personne ». On reste stupéfaits. Les Européens auraient donc une nature propre telle que ceux qui ne la partagent pas devraient en être exclus. Pas de mariages mixtes. En 1914-1918, les meilleurs intellectuels français et allemands se déniaient réciproquement d'appartenir à la même humanité. Cela n'a pas empêché le couple franco-allemand d'être, depuis cinquante ans, au coeur du projet européen, précisément né pour construire une vision de l'humanité affranchie de pareilles considérations. L'humanisme européen s'arrête-t-il aux frontières de l'Europe ? Etre européen, est-ce revendiquer qu'on est d'une certaine « pâte », et la défendre contre ce qui pourrait la pervertir ?


« L'Europe, écrit un autre, s'est construite contre la Turquie. » [je rappelle que François 1er s'est allié à la Turquie]On s'interroge : de quelle Europe parlons-nous ? Certainement pas de la nôtre puisque, pratiquement dès l'origine, ses pères fondateurs ont engagé le processus d'adhésion de la Turquie. Outre que le propos est historiquement contestable, s'agit-il pour l'Europe que nous cherchons à constituer de poursuivre demain les combats d'hier ? Mais c'est la logique de l'argument qui surprend : l'Europe se construit-elle « contre » ce qu'elle ne serait pas ou « pour » mettre en oeuvre une nouvelle vision des rapports entre les peuples.


« Si la Turquie était en Europe, cela se saurait. » Après l'histoire, la géographie. Plus précisément une vision de la géographie qui rappelle la notion de frontières naturelles chères aux nationalismes du XIXe siècle. Mais, outre le fait qu'il est difficile de trouver des frontières naturelles à l'Europe, pointe occidentale du continent eurasien, la question est justement de savoir si, par Europe, il s'agit de constituer une grande nation bornée dans son territoire comme la France de Vidal de La Blache dans son Hexagone, ou de construire un ensemble politique ouvert, affranchi de la notion de frontières.


Le débat sur l'adhésion de la Turquie révèle qu'il y a donc bien chez les partisans du « oui » (comme du « non ») au projet de Constitution deux visions de l'Europe. Elles n'opposent pas tenants d'une Europe zone de libre échange contre partisans d'une Europe puissance, mais d'une part, une vision identitaire de la fermeture et du repli, exprimée quelques fois avec les accents de la supériorité du colonisateur sur le colonisé, d'autres fois avec le souci de se préserver, par zones tampons interposées, des grandes lignes de conflits mondiaux, le Moyen-Orient en particulier, et d'autre part une vision universaliste et ouverte où le projet européen met en oeuvre le projet d'une paix perpétuelle formulée par Kant à l'époque des Lumières. C'est celle que Jacques Chirac a rappelée, lors de son intervention télévisée, en soulignant qu'il fallait « sortir d'une réflexion qui conduit forcément au manque de respect des autres, à la guerre des religions, des civilisations ».


L'idée de l'Europe, ce qui en fait la grande idée politique du XXIe siècle, est qu'elle offre la possibilité de construire, sur la base de l'adhésion, et donc de la réciprocité des droits et des devoirs, un ensemble politique, affranchi de toutes les formes d'identités raciales, ethniques, religieuses ou civilisationnelles, destiné à constamment s'élargir parce qu'assis sur les principes libéraux qui permettent l'extension d'un marché commun. La grande idée de l'Europe est d'asseoir la communauté politique sur les libertés du marché. C'est ce qui lui permet de dépasser les formes politiques qui, jusqu'alors, ont engendré guerres, conflits et rapports de puissance. C'est ce qui en rend l'idée si séduisante pour ses voisins. L'Europe n'a pas d'identité ; elle est une promesse. Elle est destinée à s'ouvrir : à l'Ukraine demain, et pourquoi pas, après-demain, aux pays du Maghreb. Quel plus grand espoir pour le siècle qui vient ?


FRANÇOIS EWALD est professeur au Conservatoire national des arts et métiers.

lundi, décembre 27, 2004

Le témoignage des otages

Le témoignage des deux otages français en Irak est sans ambiguité :

- leurs ravisseurs se réclamaient d'un programme islamiste et avaient Ben Laden pour guide. L'indépendance de l'Irak leur importait peu.

L'Irak n'est pas seulement le problème des Américains, c'est, par ses conséquences économiques et politiques planétaires, notre problème à tous.

L'indifférence des Français est une marque de pusillanimité (et de bêtise ?)qui ne me rassurre pas.

Un démagogue en action

Un député, Lucien Degauchy, estime que les radars automatiques sont du "racket".

Que les accidents diminuent de 10 %, que la peur du gendarme et des radars automatiques n'y soit pas pour rien, ne compte pas à ses yeux face à un autre argument, dont, dans sa connerie ou dans son cynisme, il ne se cache pas : "Les radars automatiques repoussent les électeurs."

Il n'est pas besoin d'insister sur la bassesse, par contre sa profonde bêtise me surprend :

_ les radars sont interprétés par les citoyens comme du volontarisme politique (il n'y a aucune ambiguité dans les sondages), ils obtiennent des résultats, revenir en arrière serait interprété à juste titre comme une lâcheté

_ l'individu qui râle parce qu'il a été flashé était en infraction. Lui râle peut-être mais ça rassure ceux que les Fangio effraient.

Le député en question a lui-même été flashé. L'histoire ne dit pas si il a tenté de faire sauter son PV, ça serait un comble pour un député, mais "les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît." (Audiard)

J'ai comme un doute

Je suis sûr que si quelque chose de vraiment bien se fait pour la France, ça sera autour de mes idées (Etat plus efficace, moins envahissant, plus juste, grande décentralisation). Pourtant, par le fait même que mes idées sont raisonnables et justes, je sais qu'elles ont peu de chances d'être adoptées.

Je relis les orateurs de la Révolution Française et je songe à Malouet : ses avertissements, dès août 1789, comme quoi déclarer abstraitement le peuple souverain et refuser de lui donner des intermédiaires mène à la dictature de quelques populistes, habiles manipulateurs (bonne définition de Robespierre à mes yeux) sont étonnament justes. Et pourtant, il a fini par être un des hommes les plus impopulaires de la Constituante car il ne flatttait pas le peuple.

Le mot du journaliste Mallet du Pan s'applique à Malouet et, j'en ai bien peur, à mes raisonnements : "Nous qui raisonnons juste, nous ne rencontrons presque jamais avec précision aucun évènement, parce que les actions des hommes ont fort peu de ressemblances aux bons raisonnements."

samedi, décembre 25, 2004

Les lettres de la Mer Rouge : vive Arte !

Les "fictions de proximité", ces téléfilms où l'on montre des héros auxquels les téléspectateurs peuvent s'identifier (flics chargés de famille, profs dévoués z'et attentionnés, etc ...) m'ont toujours paru très vulgaires dans leur principe même (normal, par défaut, la télé est vulgaire) : elles supposent que les spectateurs sont narcissiques, voire vaniteux, et dénués de curiosité. Ils s'intéresseraient avant tout à ce qui leur ressemble, à ce qui leur parle d'eux.

Arte, qui est une chaine qui ne prend pas les téléspectateurs pour des cons ("La fiction ne peut se réduire aux faits de société français contemporains." d'après le directeur d'Arte) tente de remettre à l'honneur la fiction exotique et d'aventures avec un téléfilm à épisodes prévu fin 2005, inspiré de la correspondances entre Henry de Monfreid et sa femme.

La vide de Monfreid est plaine de rebondissements et les aventures exotiques à souhait. De plus, c'est un intéressant support à réflexions.

Bref, si les films sont réussis, nous aurons de la télé à la fois intelligente et distrayante. Ca change.

Lien : site Henry de Monfreid

En attendant, je vous conseille très vivement de lire ou de relire les livres d'Henry de Monfreid aux éditions Grasset. Ils ont toutes les qualités : pas chers, vite lus, captivants, dépaysants, ce petit ton suranné qui décale dans le temps comme les aventures dans l'espace, belles couvertures d'Hugo Pratt. Des bouquins idéaux pour les vacances ou le farniente (par exemple avec un petit cocktail rhum+ananas+lait de coco+glace+sucre en rentrant du boulot - bin ouais, si vous vous collez devant la télé après toutes les activités domestiques et professionelles, ça ne m'étonne pas que vous tourniez abrutis !)

Les premiers de la série (il y a un ordre presque chronologique) sont Les secrets de la Mer Rouge et Aventures de mer.

Bouquin : Les abus de la mémoire (Tzevtan Todorov)

FFF

Livre fort intéressant. D'après l'auteur, le devoir de mémoire, dont on nous tympanise sans grande intelligence, peut devenir une fuite devant les responsabilités du présent, en se donnant bonne conscience au passé. Pensée avec laquelle je suis totalement en accord. Pendant qu'on rejoue le petit anti-fasciste à peu de frais, on ne lutte pas contre les abus du présent (voir mon message Les fascistes irakiens).

La mémoire historique est un stock de référence, nullement un gage d'éthique. Les nazis n'étaient pas antisémites par manque de connaissances historiques.

De plus, une nation se construit autant par ce qu'elle oublie collectivement que par ce qu'elle se rappelle.

Un bon exemple en est les relations européennes qui sont passées par l'oubli, ou au moins l'atténuation, des guerres réciproques. Deux mauvais exemples sont les guerres balkaniques et les guerres israelo-palestiniennes qui s'alimentent du souvenirs sans cesse ravivées des injures et des blessures.

Plutôt qu'un devoir de mémoire, volontiers passéiste, il y a un devoir de curiosité, au passé, au présent, au futur.

Je reviendrai sur la curiosité, ma qualité préférée.

Bouquin : Suite française (Irène Nemirovski)

FFF

Ce livre rencontre un gros succès, à juste titre d'après moi.

Ecrit par une femme cosmopolite, naviguant dans les milieux intellectuels, réfugiée à Paris pendant la guerre, il a été redécouvert et édité par sa fille une fois la douleur de la déportation et de la mort surmontées.

Inachevé, il s'effiloche sur la fin. Il raconte de manière particulièrement forte l'exode de juin 1940 et peint un vif tableau de la France, avec ses mesquineries et ses petitesses, et aussi ses courages.

Nemirovski a une pensée qui me paraît actuelle et qui était aussi celle de De Gaulle : les pauvres sont plus patriotes que les riches car tout ce qu'ils ont à perdre se trouve sur le sol de France alors que l'argent des riches, et leur coeur aussi, est voyageur.

Le patriotisme démontratif, le souci de "leur" France, dont se drapent les grands bourgeois ne présage pas de leur attitude devant l'épreuve. Ce "patriotisme" de pacotille a d'ailleurs servi à justifier une prise de pouvoir avec l'appui de l'ennemi.

vendredi, décembre 24, 2004

Les prélèvements obligatoires sont très minorés

Evidemment, les gens qui pensent que parler d'argent, c'est ouvrir la boite à gros mots vont me reprocher d'avoir copié cet article de Paul Fabra dans Les Echos. Tant pis pour eux.

Dans un article récemment publié dans les éditions européennes du « Wall Street Journal », Milton Friedman attirait l'attention sur un paradoxe peu remarqué. Il a trait au décalage entre d'une part la croyance assez largement partagée aux Etats-Unis et dans le reste du monde que l'économie de marché a triomphé de l'intervention de l'Etat et, d'autre part, l'accroissement de la place effective occupée par le secteur public dans le PNB.

Le célèbre économiste a beaucoup contribué au retournement d'opinion qui s'est produit à partir de la fin des années 1960. La confiance dans l'action du gouvernement a fait progressivement place à l'engouement pour les marchés libéralisés et pour un Etat minimal. Notre auteur d'ajouter aussitôt : « Pendant la même période, le rôle effectif du «gouvernement» aux Etats-Unis a changé du tout au tout - mais précisément dans la direction opposée. » De 1945 à 1955, le pourcentage des dépenses publiques (engagées tant par l'Etat fédéral que par les Etats fédérés et les municipalités) de caractère civil absorbaient en moyenne 11,5 % du revenu national. En 1983, la proportion était montée à 30 % où en gros, elle se trouvait encore en 2003.

Vu le thème qu'il a choisi, le théoricien du néolibéralisme (au sens européen du terme) a tort de laisser de côté, dans ses évaluations, les dépenses militaires. Bush Jr les a considérablement augmentées. Faire dépendre des commandes militaires l'activité d'une fraction de plus en plus importante de l'industrie, c'est réduire le champ de l'économie régie par les lois du marché. La remarque vaut au moins autant pour la France.

Un autre trait commun aux deux pays ressort de la constatation rétrospective suivante : combien discrète était en France l'intrusion des pouvoirs publics dans la sphère du privé pendant les années réputées du dirigisme militant ! On pourrait illustrer ce point de mille façons.

Vous pouviez à l'époque rebâtir un corps de bâtiment délabré vous appartenant. On n'avait pas introduit cette perle de l'ingérence de l'autorité : l'autorisation administrative pour des travaux « exemptés de déclaration » ! Plus généralement, la première marque de non-intervention de la collectivité dans la gestion de la vie quotidienne est l'importance de la part disponible du revenu.
A la fin des années 1950, les dépenses publiques au sens large représentaient environ 32 % du PIB, à quoi correspondait un pourcentage équivalent de « prélèvements » (impôts et cotisations sociales). Les finances publiques venaient d'être remises à l'équilibre. La proportion est depuis lors montée pour les dépenses publiques à plus de 54 %, le total des prélèvements obligatoires (PO) s'élevant à près de 44 %. Cette différence de l'ordre de 10 % fait problème. Elle se compare au déficit dit de Maastricht évalué cette année à 3,5 % ! A quoi tient ce gros écart ?

Notre explication est qu'elle est surtout due à l'absence de prise en compte des dépenses dites fiscales, autrement dit des allègements d'impôt (ou de cotisations) accordés à telle ou telle catégorie d'assujettis sans abaissement concomitant des dépenses budgétaires (ou de la Sécu). On doit y voir une subvention budgétaire à travers laquelle le bénéficiaire transfère sur d'autres contributeurs, via le budget, la charge dont il est exempté. L'allégement ne s'est pas traduit par une baisse à due concurrence des prélèvements obligatoires. Ces derniers n'ont pas, globalement, été affectés par l'allégement reconnu à telle ou telle catégorie de contribuables ou de cotisants.

Par exemple, tel est le cas pour les entreprises qui sont « subventionnées » pour avoir à payer 39 heures de travail leurs salariés passés à 35 heures. La subvention est allouée sous forme d'un dégrèvement de charges. Conséquence, l'évaluation des prélèvements que le gouvernement se targue d'avoir abaissés devrait être révisée en hausse ! Tout semble fait pour brouiller la vision du public. Le mode de calcul des PO n'est pas le même que celui pour évaluer le déficit déclaré à Bruxelles. Celui-ci fait apparaître un taux de PO plus élevé.

Pour la raison évidente qu'elles doivent être réglées comme l'est n'importe quelle dépense, les dépenses déficitaires rendent nécessaire l'appel à des ressources au-delà des sommes fournies par les contribuables ou les cotisants. En termes pratiques, les épargnants souscrivent des contrats d'assurance-vie fiscalement avantageux. Les organismes placent en OAT les sommes recueillies. Les plus riches peuvent échapper légalement à l'impôt (non sans risque au moment de la succession).

Comme chaque contrat est une transaction voulue par l'épargnant, le transfert de pouvoir d'achat qui en résulte en faveur du Trésor public n'est pas compté comme prélèvement obligatoire. Cependant, l'afflux d'épargne opéré de cette façon vers les caisses publiques est aussi automatique et régulier, la loi des grands nombres jouant, que s'il était opéré par le procédé coercitif de l'imposition ! Un comble : le déficit public, qui est un facteur majeur de détournement de l'épargne, fait apparaître les prélèvements publics sur le revenu national comme inférieurs à ce qu'ils sont en réalité ! Autant de moins pour le financement en fonds propres des entreprises ! Personne ne voit que ce détournement par le déficit budgétaire est la cause principale du chômage !

La fiscalité ne peut être ni rationnelle ni juste dans un pays où les dépenses publiques atteignent plus de la moitié du PIB et où le cinquième des dépenses sont financées par l'emprunt. Deux anomalies fiscales énormes contribuent largement au malaise français. D'un côté, une fiscalité directe très progressive (IR, IS, ISF, etc.) pèse lourdement sur les revenus moyens et élevés. L'exode (minimisé systématiquement) serait encore plus saignant si des échappatoires n'étaient pas offertes à leur titulaires. D'un autre côté, la fiscalité indirecte obère dramatiquement les petits budgets, contribuant à l'appauvrissement de millions de foyers. Elle fausse complètement les prix... du marché, plus gravement qu'ils ne l'étaient par les contrôles d'antan (heureusement) abolis. On leur a substitué désormais des distorsions autrement plus destructrices.

La démocratie et la peur

Tocqueville se méfiait des "passions démocratiques".

Nos hommes politiques ont trouvé la formule électorale magique, la plus puissante des passions démocratiques actuelles : la peur. Chacun son style : Bush en sherif qui tire d'abord et pose les questions après, Chirac qui compatit à tout, qui fait "part de sa vive émotion" à propos d'un rien, une vraie cellule de soutien psychologique à lui tout seul.

D'autres ont compris. Sarko : la France va à la catastrophe si vous n'élisez pas un réformateur (c'est à dire Nicolas S.) ; Hollande : la France va à la catastrophe si la droite reste au pouvoir. Etc ...

Le citoyen qui ne s'y laisse pas prendre a de quoi être effaré. Kerry avait dit pendant la campagne électorale que le terrorisme ne devait pas obséder les Américains, que c'était une nuisance à prendre au sérieux, mais au point de changer la vie. Ce propos de simple bon sens a été repris de volée par les conservateurs pour faire de Kerry un allié de Ben Laden.

Je me sens désemparé : la France est dans une situation difficile mais pas désespérée, donc passionnante, les choix à faire dans tous les domaines devraient être exposés, débattus, soupesés. Au lieu de ça, on se balance à la tronche des scénarios plus apocalyptiques les uns que les autres. A gauche, l'avenir rendra Zola ridicule si la droite reste au pouvoir ; à droite, l'URSS sera un paradis par rapport à la France de dans dix ans si la gauche revient au pouvoir.


jeudi, décembre 23, 2004

Restaurant : Le café Marly

C'est un de mes chouchous à Paris.

C'est un restaurant de bon goût. Le cadre est exceptionnel puisqu'on est dans le Louvre avec vue soit sur la pyramide soit sur l'aile Richelieu, il y a une terrasse fort sympathique (l'hiver on s'y caille les miches comme on dit à la campagne). Le décor est classique d'inspiration empire, le service sans problème. La cuisine y est raffinée, légère et droite, pas de triple saut périllleux arrière, pas de sardines à la fraise et au chocolat. Non, carpaccio de saint Jacques à l'huile de truffes, lomo bellota caramal et coco.

Deux inconvénients : ces saloperies de touristes ! Après le mois de mai, il faut se battre pour une place. Et le prix, comptez 60 € par personne.

Mais, au diable l'avarice, ce restaurant vaut bien un petit sacrifice de temps en temps. De plus, il s'intègre très bien dans un programme culturel : le Louvre le matin, café Marly le midi, promenade digestive sur les quais ou au Palais Royal.



Ouvert 7/7 de 8h à 2h.

Café MarlyCour Napoléon
93, rue de Rivoli75001 Paris
Tél : 01 49 26 06 60
Fax : 01 49 26 07 06
Email : s.a.marly@wanadoo.fr

Métro Palais Royal - Musée du Louvre

Restaurant : Le music-hall

Soyons francs : si je n'avais pas entendu en dire du bien à la radio, en dépit de son premier abord, je ne serai jamais entré dans ce restaurant. Il a tout du repoussoir à Franckie : décor fluo, musique (on ne va pas au restaurant pour écouter de la musique), carte aux associations excentriques, bref le genre pour cadres trentenaires friqués branchouillés qui confondent l'excentricité et l'originalité, le décalage et la personnalité, le hors-sujet et la créativité, le prix et la qualité. Bref un restaurant pour jeunes barbares du XVIème arrondissement.

Mais une fois le haut-le-coeur initial surmonté, j'avoue qu'il y a des trouvailles qui dépassent la vaniteuse pirouette culinaire. La lotte au lard, sans être révolutionnaire (j'avais déjà mangé de la langoustine au pied de porc, même genre d'association), est bienvenue.
La fricassée de Saint-Jacques aux cèpes à l'arabica est judicieuse.

Les desserts eux valent franchement le détour, ce qui est plutôt rare. Comme ce resto fait aussi salon de thé, vous pouvez en profiter plainement. Il y a une poire pochée, glace au café et feuille de tabac frite particulièrement réussie.

Le service est brouillon.

Ca manque encore de quelques ajustements mais ça change. Le plus gros inconviénient sur le long terme pourrait bien être le coté bruyant de la salle.

Un restaurant si vous avez envie de sortir de l'ordinaire.

Compter 65 € par personne au diner, 15 € salon de thé

Lien : Le music-hall

Vers une reprise de l'inflation en France

Les déficits publics se creusent. Une augmentation des impôts est inenvisageable car elle serait économiquement suicidaire. La réforme d'l'Etat, pourtant si nécessaire à plus de justice sociale, ne semble toujours pas d'actualité et ne le sera peut-être jamais, faute de volonté politique.

La solution : l'inflation. Il y a encore un an, j'avais des doutes car je pensais qu'elle entrainerait une difficile sortie de l'euro, que je voyais vers 2010. Mais on sent bien que le laxisme budgétaire délibéré s'installe dans les grands pays de l'Euroland (Allemagne, France, Italie) et tant pis pour les petits pays qui ont été vertueux. La Suède et le Danemark se féliciteront de ne pas être entrés dans l'Euro.

Les retraités, qui vont constituer une part de plus en plus importante de la population, vont souffrir.

Comment profiter de l'inflation ? Endettez vous à taux fixe.

Les fascistes irakiens



J'ai toujours trouvé ridicules et déplacées ces manifestations anti-FN en France au son du Chant des partisans. C'est facile et inutile, voire nuisible, de jouer avec 70 ans de retard au petit héros anti-fasciste. De plus, il y a à la un sacrilège : il y a 60 ans, ceux qui chantaient le Chant des partisans risquaient la torture et la mort, ceux d'aujourd'hui risquent de se fouler une cheville en dérapant sur le glissant pavé parisien.

Par contre, il existe aujourd'hui des gens qui sont des cousins des fascistes, de vrais totalitaires, qui voudraient régenter toute la vie de leur concitoyens, y compris leurs pensées.
Vous les voyez sur la photo ci-dessus en train d'assassiner deux irakiens préparant les prochaines élections. Pourquoi personne ne manifeste-t-il contre eux ? C'est le moment, pourtant.

Sommes nous si anti-américains (anti-américanisme : socialisme des imbéciles) que nous préférons voir les Américains échouer, au prix de la prise du pouvoir par des théocrates ?

Sommes nous si faibles que nous nous détournons de toute situation de violence ?

Sommes nous si bêtes que nous ne savons pas différencier nationalisme et fanatisme religieux ?

Nous sommes tombés bien bas.

Oui, les Américains ont menti, ont fait un tas de conneries, ont pris une fouletitude de décisions idiotes.

Oui, mais cela nous dispense-t-il de penser, de choisir, face à la situation actuelle ?

Il ne s'agit pas de tomber dans le manichéisme américain (puisqu'ils sont les diables, nous sommes les saints) mais, justement, voulons nous peser sur affaires du monde, faire entendre notre voix, ou, loin des yeux loin du coeur, preférons nous lâchement -les prétextes ne manquent pas- laisser Américains et islamistes se démerder entre eux ?

Finalement, une fois encore, Tony Blair fait des déclarations qui sonnent juste. Il reste à mes yeux le plus grand (ou le moins petit !) des dirigeants européens.

Peut-être suis je influencé par ma relecture actuelle (Histoire de la Révolution Française, de Michelet), je pense que nous ne sommes pas la hauteur de nos généreux ancêtres.