jeudi, mars 14, 2024

Charles V (Françoise Autrand)

Les échos contemporains de la biographie de Charles V paraissent étonnants au premier abord, pourtant, c'est tout simple : les Français des années 1960 défont, méthodiquement, avec acharnement, ce qu'ont bâti les Français des années 1360. Jugez en.

Contexte général

Les 4 millions d'Anglais peuvent faire la guerre aux 20 millions de Français parce qu'ils sont entrés dans une ère pré-capitaliste qui leur permet d'entretenir leurs célèbres archers.

Le père et le fils

Quelquefois, les pères éduquent les fils par le contre-exemple qu'ils leur donnent.

Jean II, dit à tort le Bon parce qu'il a été fait prisonnier par les Anglais à Poitiers, est émotif, fragile, colérique, brutal et secret. Son fils, Charles V, né 1338, s'efforcera d'être tout le contraire : pondéré, ouvert et lisible.

La France est soumise à deux fléaux :

1) la guerre de Cent ans, les « chevauchées » anglaises qui ravagent le royaume, suite au règne désastreux de Philippe le Bel et à ses conséquences.

2) le manque d'unité du royaume et les « compagnies » de mercenaires.

Les « chevauchées »

Les « chevauchées » sont des raids de pillage lancés à partir des possessions anglaises en France, Calais et la Guyenne.

La réponse militaire est évidente : s'enfermer dans les villes et attendre que ça passe, parce que l'armée française n'a pas de riposte aux redoutables archers anglais.

Mais, politiquement, c'est désastreux : le roi donne l'impression d'abandonner son peuple.

Alors, de temps en temps, le roi va combattre les Rosbifs et ce sont les désastres de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Le problème ne sera complètement résolu qu'au temps de Charles VII et de Jeanne d'Arc, par l'artillerie des frères Bureau (évidemment, arc contre canon, ça marche moins bien). Mais c'est bien Charles V qui commence à investir dans l'artillerie.

Charles, présent à 18 ans à Poitiers et traumatisé, prendra la contre-pied de son père et dira que « le plat pays ne vaut pas de perdre le roi et ses chevaliers », décision dure mais judicieuse. Cette tactique réussit politiquement : en 1360, Edouard III, fou de rage, passe du pillage à la politique de la terre brûlée, s'aliénant la population. La conscience française  s'élabore.

Le manque d'unité du royaume

Une lecture rétrospective fait du parti royal le bon parti et des autres partis des partis de la trahison.

En réalité, le parti royal n'est qu'un parti comme les autres et le comportement secret de Jean II aggrave considérablement les divisions. Ainsi, on ne sait toujours pas aujourd'hui pourquoi il a fait emprisonner Charles de Navarre. On se doute bien, mais il n'y a pas de déclaration royale nette, factuelle et juste.

Là encore, Charles V fera l'inverse : ses décisions seront expliquées et compréhensibles par tous.

Les « grandes compagnies » et le consentement à l'impôt

Les « compagnies » sont des bandes de gens d'armes qui écument le pays, pillant et rançonnant.« Des brutes nées de la guerre», comme dit Maurice Biraud dans Un taxi pour Tobrouk.

C'est un fonctionnement mafieux, ce qu'on appelle aujourd'hui « le crime organisé » : elles mettent une région, qui constitue leur territoire, en coupe réglée. Leurs chefs ont des noms, surnoms, pittoresques : l'Archiprêtre, Messire Gaillard Vigier, le Bâtard de Breteuil, Naudon de Bagerand, etc. (oui, ce ne sont pas des Mouloud et des Roms).

Le roi Jean II, décidément néfaste à tous égards, recourt à la facilité de les recruter épisodiquement pour sa guerre contre les Anglais. Il ne peut donc en même temps les combattre.

Avec son fils, tout change : comme de Gaulle à la Libération, son obsession est « L'ordre, l'ordre, l'ordre ».

Le déroulement est à peu près toujours le même : les juristes du roi émettent les mandements, quelques chevaliers tombent d'accord pour attaquer une compagnie retranchée dans un château. Les paysans du coin prêtent main forte. Tous les compagnons sont décapités (Badinter, si, en Enfer, tu nous entends ...).

Il y a des variantes rigolotes : à Beauvoir, les compagnons font un feu permanent dans les fossés, où ils jettent leurs victimes qui n'avouent pas assez vite où est caché le magot. Bien évidemment, ils y sont tous jetés à la capture de leur repaire, sauf le chef qui a l'honneur de « monter » à Paris pour y être décapité. Ce qui « moult réjouit le pays ».

Dans cette collusion de la justice royale, des nobles et des paysans contre les compagnies, nait le consentement à l'impôt : les institutions font leur travail, il est juste de les payer. Sans cela, l'impôt n'est qu'un vol légal.

Est-ce utile que j'insiste ? Le consentement à l'impôt lié au rétablissement de l'ordre intérieur et de la prompte et droite justice ? Hé, oh, 2024 ? Quand les institutions trahissent, l'impôt est un vol légal ...

La souveraineté

Le roi Jean II, prisonnier à Bordeaux puis à Londres, est prêt à tout lâcher pour recouvrer la liberté.

C'est le « honteux traité de Brétigny » (Brétigny, un hameau près de Chartres). Il y aura, du temps de son petits-fils fou, le « honteux traité de Troyes ».

Guyenne, Bretagne, Bourgogne, Flandres : Jean II cède partout. La France est menacée d'être réduite à l'Ile-de-France.

Mais, autour de son fils, une équipe fidèle ne l'entend pas de cette oreille. Le décès inattendu, à 44 ans, de Jean II en 1364 est une véritable libération pour la France, et spécialement pour les hommes du nouveau roi.

Ils mettent en avant une notion que les légistes raffinent depuis quelques années : la souveraineté.

Les nobles sont maitres sur leurs terres, mais seul le roi est souverain. Cela se traduit très concrètement : dans le royaume, la cour d'appel suprême, c'est la justice du roi, autrement dit le parlement de Paris. Tout justiciable de France peut faire appel à Paris. Rien n'est au-dessus de la justice du roi, à part Dieu (il n'y a pas de CEDH, de CJUE et autres machins).

Au fait, en parlant de souveraineté : le Franc, que les Français ont sacrifié en 1992 sur l'autel de l'idéologie européiste, est émis en 1361 au titre de 3,88 g d'or fin pour payer la rançon de Jean II.

Au cours actuel de l'or, ce Franc vaudrait 280 € et non pas sa valeur de 0,152449 € à sa disparition en 2002. Donc, grâce à l'excellente gestion de nos princes, notamment après notre glorieuse révolution, la valeur du Franc a été divisée par 1 836 (je vous épargne les chiffres près la virgule) en 641 ans, soit une perte linéaire de valeur (magie de la fonction puissance) de 1,16 % par an.

Le roi exerce aussi sa souveraineté par l'impôt. Il y a des impôts locaux, mais le roi reste le plus gros collecteur et le plus gros redistributeur (rien à voir avec les taux d'imposition et de redistribution modernes, on est à quelques %).

La guerre

La guerre de reconquête, Charles V la fait à sa manière originale.

D'abord, il met trois ans à la déclencher. Chaque étape de la décision est rendue publique. Même les très renommés juristes de l'université de Bologne sont consultés. Les Anglais sont exaspérés, il le surnomme le « royal attorney ».

Froissart, dans ses chroniques, rapporte :

« Lors les barons anglais dirent à Édouard que le roi de France était un sage et excellent prince, et de bon conseil. Jean de Gand, le duc de Lancastre, fils du roi Édouard, s'empourpra et lança avec mépris :

— Comment ? Ce n'est qu'un avocat !

Lorsque le roi Charles le Cinquième apprit ces paroles, il rit, et déclara d'une voix joyeuse :

— Soit ! Si je suis un avocat, je leur bâtirai un procès dont ils regretteront la sentence ! »

C'est un coup de maitre politique : quand il réunit les 9 et 11 mai 1369 ses états généraux à Paris pour le conseiller sur le fait de la guerre ou de la paix (« Dans ce qui concerne tous, tous doivent prendre part à la décision »), l'opinion est prête, le roi a toute la France derrière lui.

Charles V étonne ses contemporains. Il fait la guerre sans quitter sa bibliothèque. Mais il gagne.

La lutte contre les compagnies a été l'occasion de mettre en place un impôt permanent, de réorganiser l'armée et de repérer les chefs de qualité.

Il a compris la leçon de Crécy et de Poitiers. Pas de grandes batailles rangées où la supériorité anglaise peut s'exprimer. Il fait une guerre de siège, à l'économie, reconquérant les places fortes les unes après les autres.

Les vins de Bordeaux sont très appréciés à Londres, mais le parlement anglais rechigne à financer cette guerre, malgré tout, lointaine.

C'est extrêmement facile de reconnaître un grand roi de France : il se préoccupe de la marine. Il n'y a pas d'exception à cette règle.Tous les rois qui comprennent que la France est mi-terre mi-mer, et pas seulement un grand territoire agricole, que la grandeur de la France, ce n'est pas seulement d'avoir plus de terres, sont de grands rois.

Si cet abruti de François 1er avait mis autant d'énergie à conquérir l'Amérique qu'à conquérir l'Italie, le destin du monde en eut été changé.

Le 23 juin 1372, la flotte anglaise est défaite devant La Rochelle par la flotte castillane alliée de la France (un jeu intelligent sur la marée). Les liaisons entre l'Angleterre et la Guyenne deviennent beaucoup plus difficiles.

En 1373, les Anglais tentent ce qu'ils savent faire : une chevauchée à travers la France, en partant de Calais pour rejoindre la Guyenne. Celle-ci est dévastatrice.

Mais, à nouvelle équipe, nouvelles méthodes. Du Guesclin n'essaye pas de s'y opposer, il se contente de la suivre, l'empêchant de se retourner, l'obligeant à aller droit devant elle. Les chevaux s'épuisent, les hommes désertent. Malgré les destructions, cette chevauchée est un succès pour les Français.

En 1375, trêve de Bruges pour deux ans.

1577, reprise de la guerre.

Pour la première fois depuis bien longtemps (bataille de l'Ecluse, défaite française, juin 1340), la marine française, réorganisée, peut effectuer des raids sur les côtes anglaises. Londres est plusieurs fois mise en état d'alerte. Ca n'est pas très utile, mais ça fait toujours plaisir.

En 1378, Charles de Navarre (surnommé de manière exagérée par les historiens Charles le Mauvais) tente un complot contre Charles V. La tentative de régicide étant établie, la réplique du roi de France est foudroyante : toutes ses possessions du nord de la France sont attaquées, conquises et confisquées.

A la mort de Charles V, seuls restent anglais : Calais, un territoire autour de Brest et une bande parallèle à côte, entre Bordeaux et Bayonne.

Des serviteurs fidèles

Comme tous les vrais grands hommes, il sait attirer, reconnaitre et promouvoir les talents : Jean de Dormans. La rue de Jean Beauvais, à Pairs, porte son nom. Nul doute qu'Anne Hidalgo va la débaptiser au profit d'un(e) anormal(e).

Jean de la Grange, Bureau de la Rivière etc.

Certains de ces hommes sont visibles à la cathédrale d'Amiens (en face le magasin de Jean-Michel Trogneux), où leurs sculptures, placées haut, n'ont pas été atteintes par les vandales de notre glorieuse révolution.

Il y a dans cette équipe des tensions intellectuelles, ça discute beaucoup et ça s'oppose sur les sujets de la monarchie, de la souveraineté et de la décentralisation (quand je vous dis que c'est très actuel ...). Mais la personnalité de Charles V (charismatique, comme on dirait aujourd'hui) tient ce petit monde ensemble.

Par exemple, il y a un conflit grandissant entre les juridictions royales et les juridictions ecclésiastiques.

Charles V, au lieu de passer en force comme son père ou Philippe Le Bel, agit tout en finesse : il fait publier Le songe du vergier (cet ouvrage restera un gros succès de libraire pendant tout l'Ancien Régime) qui expose les arguments des deux parties dans un élégant dialogue. L'autorité royale attachée à cet ouvrage de qualité suffit à rabattre certaines prétentions ecclésiastiques excessives.

Charles V était fortement opposé à la persécution des juifs, que lui demandaient ses conseillers. Et il justifiait sa protection par des raisons théologiques.

Ah, si cet exemple royal pouvait faire taire les salauds islamophiles et judéophobes à la Soral-Meyssan-Hindi, se moquant du « judéo-christianisme » de manière obsessionnelle, que certains imbéciles prétendument patriotes promeuvent un peu trop ... Etre férocement hostile au moustique et tout indulgence pour l'éléphant, voilà un sommet de courage et d'intelligence qui dépasse mes pauvres capacités.

L'équipe de Charles V, connue sous le nom de Marmousets, a tenté un retour sous Charles VI, mais leur échec montre bien l'importance de Charles V dans ce dispositif.

Enfin, les fidèles de Charles V ont fait dire des messes, certains quotidiennement, pour le repos de l'âme de leur feu roi jusqu'à leur mort. Signe qui ne trompe pas.

Une mort prématurée pour la France

Charles V, très affecté par la décès de son épouse en couches (comme quoi les mariages arrangés peuvent devenir des mariages d'amour), meurt à 42 ans, d'une crise cardiaque provoquée par la goutte qu'il traine depuis l'adolescence (les rois de France sont les anti-vegans par excellence : ils ne mangent presque de la viande. Les légumes, « les racines », sont réservés aux paysans).

Son fils, Charles VI, est mineur et, de toute façon, il deviendra fou. C'est une catastrophe pour la France que Charles V n'ait pas vécu dix ans de plus.

Charles V est attentif à l'apparat, il ne se serait pas présenté comme un « roi normal », contrairement à un certain socialiste batave.

Conformément à ses goûts studieux, il est l'origine de la Bibliothèque Nationale.

Ce n'est vraiment pas à tort qu'il fut surnommé « le sage ». Il fut un modèle de gouvernement.

Prière de Charles V pour bien gouverner

 Nous possédons un document exceptionnel : le livre de prières de Charles V recopié par un de ses proches.

Ce n'est pas un missel, qui déroule calendrier liturgique, mais un bréviaire, où l'on note des prières.

Le roi dit ses prières in hac nocte et matutinis, dans la nuit et au petit matin. Facile de l'imaginer, priant dans la tranquillité du jour qui va se lever, avant que ne pèse sur ses épaules la responsabilité du royaume de France.

Voici la prière pour bien gouverner de Charles V, qu'il disait en français :

« Je proteste que je ne suis digne d'avoir un tel honneur que vous m'avez fait de me constituer et ordonner roi de ce vôtre royaume très chrétien et de me donner la justice et le gouvernement du peuple qui y est.

C'est pourquoi je vous prie de me donner sens et entendement et connaissance afin je m'y puisse conduire si sagement et si justement que j'en puisse acquérir votre grâce, amour et bienveillance et paradis, en me donnant toujours force et puissance de résister contre vos ennemis et les ennemis de moi et de mon royaume que vous m'avez donné à garder et de traiter avec mes ennemis en bonne paix et concorde venant de vous. »


lundi, février 12, 2024

La Wehrmacht : la fin d'un mythe (sous la direction de Jean Lopez)

« Sous la direction de Jean Lopez » et non « de Jean Lopez ».

Je vais faire court, mais je vous incite à lire (si l'histoire vous intéresse) cet ensemble de contributions.

En résumé, l'excellence tactique de l'armée allemande dissimule aux yeux des mal informés la nullité stratégique abyssale des Allemands qui leur a coûté deux guerres mondiales. Rengaine qui ne surprend pas mes fidèles lecteurs.

De 1914 à 1945, les Allemands n'ont pas décollé de Bonaparte et de Clausewitz, la recherche de la bataille décisive, le plus souvent, une bataille d'encerclement.

Pendant ce temps, les Russes, les Américains (les Français aussi, oui) sont passés à autre chose.

Dès les années 20, les Russes, les plus novateurs, théorisent qu'il n'y a pas de victoire décisive entre grandes nations industrialisées (c'était le fond, pas idiot, de « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts »).

A cet égard, la bataille de France de 1940 est un leurre. Si toute l'armée française avait reculé au lieu de se jeter dans le piège belge, les Allemands se seraient retrouvés comme des couillons. Surtout, ce n'est pas une victoire militaire mais politique : si le gouvernement français avait décidé de continuer la guerre en juin 1940, les Allemands n'avaient aucune stratégie de rechange à la victoire éclair.

Cette ineptitude stratégique est flagrante dans la politique d'armement. Les Allemands produisent des matériels excellents, bien connus des amateurs, mais inadaptés à la guerre en cours. Quand Staline donne un de ses rares ordres sensés « Concevez des matériels seulement bons, mais faciles à produire », il a mieux compris la guerre en cours que les condescendants brevetés d'état-major prussiens.

L'article sur la guerre sous-marine est très instructif. La bataille de l'Atlantique a empêché Churchill de dormir mais n'a jamais sérieusement menacé la Grande-Bretagne, il y aurait fallu un effort allemand beaucoup plus ordonné et persévérant, bref une vision stratégique.

Je rappelle (fait peu connu du grand public) que les seuls sous-marins ayant joué un rôle décisif dans la seconde guerre mondiale sont ceux, à long rayon d'action, de l'US Navy, qui ont asphyxié économiquement le Japon, avant que les B29 prennent le relais.

Bons en tactique, nuls en stratégie, c'est valable aujourd'hui. Pour les Allemands, quand il s'agit de tuer la France avec la complicité des traîtres qui nous gouvernent, ça va. Quand il s'agit de retrouver sa souveraineté face à Washington, il n'y a plus personne.

L'Allemagne ne m'impressionne pas (litote).

vendredi, janvier 26, 2024

Le retour d'Hitler ? (Alain Chauvet)

L'auteur a des parents communistes et, même s'il les renie politiquement, ça se sent.

En 2015 (date de publication de cet ouvrage), il croit que la menace fasciste, c'est ... Marine Le Pen !

Manque de discernement risible.

J'ai écrit que, à son élection (2012), François Hollande me faisait peur, que ces petits hommes gris, qu'aucune humanité ne retient, étaient les vrais dangers pour la démocratie. Jugement largement confirmé par la suite. Ce n'était pas sorcier.

Cette naïveté de l'auteur est dommage, car c'est l'un des rares a avoir lu Mein Kampf et compris l'intelligence maléfique d'Hitler.

L'auteur raisonne faux car il ne maitrise absolument pas son sujet. Il s'en tient aux mensonges contemporains, ce qui, bien sûr, biaise totalement sa réflexion.

Par exemple, il écrit que les Français furent presque tous pétainistes, en négligeant le fait principal, massif : l'opinion publique a évolué tout au long de la guerre et, dès la fin de 1940, le pétainisme en avait pris un sérieux coup sur la cafetière.

Autre exemple, d'après l'auteur, les Français et les Allemands furent également judéophobes. La fausseté de cette affirmation est aisément démontrable. En France, les persécutions des juifs soulevèrent l'hostilité de la population (les rapports de préfet en font foi) et provoquèrent une vaste solidarité spontanée. Ce ne fut pas le cas en Allemagne.

Ou encore que la majorité des Français a activement collaboré avec l'occupant, ce qui est faux (ne serait-ce que parce que la majorité des Français avaient autre chose à foutre).

L'auteur pousse l'ignominie jusqu'à mettre un signe d'équivalence entre la persécution des juifs et l'expulsion des immigrés illégaux.

A partir de là, la sulfateuse à conneries débite à jet continu : le colonialisme comme matrice du totalitarisme, le populisme comme grave danger ...

Bref, malgré quelques réflexions intéressantes par ci par là (pompées sur Hannah Arendt), ce livre est un tissu d'âneries, parce que l'auteur n'a pas assez travaillé et pense faux (double crime).

Afuera ! (C'est comme ça qu'on dit maintenant, non ?)

dimanche, janvier 21, 2024

A propos de la révolte des paysans.

 L'actuelle (janvier 2024) révolte des paysans est vouée à l'échec.

Entre la trahison des syndicats paysans, les coups de LBD dans la gueule et la répression médiatico-judiciaire, ils n'ont aucune chance. Le gouverne-ment temporisera sans faiblir sur le fond, distribuera quelques cacachuètes et ç'en sera fini.

Ca fait bien longtemps qu'ils ont accepté de devenir des agriculteurs, c'est-à-dire des gens soumis à la folle logique économique et bureaucratique. Ils se révoltent de risquer la noyade alors qu'ils ont sauté du bateau (un peu poussés, il est vrai) il y a déjà une paye.

Et, fondamentalement, ils sont en révolte (inconsciente chez beaucoup mais tout de même consciente chez quelques uns) contre le nihilisme des Français, qui rêvent d'un monde hédoniste, narcissique, de purs esprits flottant dans l'air, sans attaches ni devoirs d'aucune sorte, tout le contraire de la terre nourricière.

Le nihilisme est totalement déchainé dans la bourgeoise urbaine mondialisée, mais le reste des Français aimeraient bien aussi, seule leur condition servile les en empêche, leur rappelant trop fréquemment qu'ils ne sont pas de purs esprits.

Le livre Le cheval d'orgueil est un utile rappel que ce qui a tué la paysannerie français, c'est la modernité. La mère d'Heliaz, paysanne née dans les années 1890, a fini sa vie emboiteuse à l'usine de pâtés Hénaff, parce que cela rapportait plus et était beaucoup moins pénible que de trimer aux champs. Et d'ailleurs, transmettre des champs à qui, puisque tous ses enfants étaient partis à la ville ?

Bien sûr, le christianisme, intimement lié à notre humanité, disparait quand nous nous déshumanisons (et réciproquement : nous nous déhumanisons parce qu'il disparait).

Ce que la révolte paysanne, après les Gilets Jaunes, nous montre, c'est que les Français, dans leur grande majorité, sont mûrs pour le grand abattoir transhumaniste.

Oh, rassurez vous, sans trop de violences, Hitler et Staline étaient bêtement impatients. D'un côté, le blob décourage les Français de faire des enfants par tous les moyens et les acculture complètement (il n'y a qu'à voir le désastre des prénoms) ; de l'autre, le blob les fait « mourir dans la dignité », tout en poussant à fond l'invasion migratoire. Dans 50 ans, le peuple français sera de l'histoire ancienne (c'est déjà le cas dans l'esprit, il ne reste plus qu'à faire la même chose dans la chair).

Du trio indo-européen, le soldat, le prêtre, le paysan, il ne reste absolument rien. Juste des abrutis devant leur télévision, prêts à être menés à l'abattoir par d'autres abrutis devant leur télévision, mais qu'un hasard facétieux a placés en haut de la pyramide.

Alors, que pouvons nous espérer de cette ultime jacquerie avant liquidation ? Qu'elle sauve quelques îlots d'humanité qui feront dire à nos rares descendants qu'il y avait dix justes dans Sodome. Ca sera déjà une belle réussite.

Ainsi prennent fin 3000 ans de peuplement gaulois en France.

Mais, ne désespérez pas, une civilisation aussi flamboyante que la nôtre (nous n'étions pas des traine-savates africains) ne disparait pas sans inspirer des âmes d'élites. Tout le monde ne peut se satisfaire de la longue nuit de l'islam ou de la robotisation. Quoi qu'il arrive, ce que nous avons, fait, ce que nous faisons, sera source d'ardeurs nouvelles.

lundi, janvier 15, 2024

Le christianisme est crédible (Jean-Marie de Blignières)

Remarque préliminaire : il existe une édition de cet ouvrage avec un point d'interrogation tout à fait superflu dans le titre.

_______________

Bien que n'ayant que marginalement besoin d'être convaincu, il m'arrive de lire de l'apologétique pour le plaisir (l'apologétique est un champ d'études théologique ou littéraire consistant à défendre de façon cohérente, rationnelle, une position).

Attaquons.

Les Evangiles sont ce qu'ils prétendent être.

Ces 150 dernières années, a eu lieu une véritable révolution archéologique et exégétique.

Plus personne de sérieux (donc pas Michel Onfray) ne conteste que les Evangiles sont ce qu'ils prétendent être : les récits de disciples d'un prophète juif nommé Jésus, qui a vécu et a été mis en croix, au premier siècle de notre ère.

 La thèse mythiste (Jésus n'a pas existé, c'est un mythe compilé des prophéties de l'Ancien Testament) ne peut plus être soutenue que par des ignorants et par des escrocs (Michel Onfray est probablement les deux) : trop de détails du quotidien ont été vérifiés depuis un siècle et demi.

Par exemple, la piscine aux cinq portiques de Bethesda où, d'après l'Evangile selon Saint Jean, Jésus guérit un paralytique, a été découverte en 1855. Auparavant, il y avait une glose pour interpréter symboliquement ces cinq portiques, alors que l'explication la plus simple était la meilleure : il y avait bien à Jerusalem une piscine à cinq portiques.

Nota : je ne suis pas d'accord avec l'opinion majoritaire qui fait de l'Evangile selon Saint Jean le plus tardif. Cela me semble confondre la mise en forme du récit et la mise par écrit. Mais je ne suis pas un expert, c'est juste un sentiment.

Le nom de Pilate a été trouvé sur un sceau en 1969.

On peut multiplier les exemples.

L'un des plus probants est la répartition statistique des prénoms dans les Evangiles qui correspond à celle des tombes qu'on a trouvées. C'est très difficilement falsifiable : essayez d'écrire un récit des années 1960 avec la bonne répartition des Jean-Luc et des Jean-Michel sans consulter une table de l'INSEE. Imaginez un évangéliste menteur se baladant dans les cimetières « Bon, je vais écrire des conneries mais il faut que j'ai la bonne répartition des prénoms ».

Globalement, plus la vie du premier siècle de notre ère nous est connue, plus elle colle aux Evangiles.

Un autre point qui écarte la thèse mythiste : la lourde insistance, précoce, dès les lettres de Saint Paul, sur la conservation intacte du témoignage, ne pas changer un mot. On ne connait cela pour aucun mythe identifié.

Bref, les Evangélistes sont sincères, ils racontent ce qu'ils ont vu ou cru voir (ou ce que leurs témoins - Saint Luc est le scribe de Saint Paul qui lui-même répète ce qu'il a entendu, Saint Marc celui de Saint Pierre- ont vu ou cru voir) de leur compagnonnage avec un prophète nommé Jésus. 

Mais, est-ce que Jésus est ce qu'il dit être, le Fils de Dieu, envoyé se sacrifier « pour nous les hommes et pour notre salut » ?

La preuve par les prophéties accomplies

Pour Blaise Pascal (qui avait oublié d'être con, je le rappelle pour ceux qui ignoreraient qui c'est), l'accomplissement par le Christ des prophéties de l'Ancien Testament était la preuve la plus forte de la divinité de Jésus.

Pour qu'une prophétie soit probante, il faut qu'elle ne soitpas  vague et interprétable à l'envi, façon prophétie d'horoscope.

Il faut aussi qu'elle ne soit pas auto-réalisatrice. Daniel a prophétisé le Messie dans « 70 semaines d'années », ce qui donne comme date le début de notre ère. On peut donc dire que Jésus accomplit la prophétie de Daniel. Mais on peut aussi dire que les juifs (qui avaient fait le calcul) attendaient si fort le Messie qu'ils ont pris le premier venu.

Une prophétie surprenante, qui s'éclaire une fois accomplie, que personne ne peut anticiper, est plus probante.

Si un prophète dit que, dans 150 ans et un jour, Dieu donnera un mega coup de tatanne vraiment transitionné dans la chetron d'Israël, personne ne comprend « transitionné » et si, 150 ans et un jour plus tard, le couple Manu et Jean-Mimi Macron fait une tournée de chant entre Jerusalem et Tel Aviv, la prophétie se réalise et s'éclaire de manière imprévisible et il est certain que le prophète prédisant cette catastrophe était inspiré par Dieu.

Or, une telle prophétie existe : celle du serviteur souffrant d'Isaïe. Incompréhensible par les juifs du premier siècle, elle devient limpide à la lecture des Evangiles. Et si celle-ci est la plus importante, il en est d'autres.

Les miracles

Si vous ne croyez pas que Dieu existe ou si vous croyez qu'il existe mais qu'il n'intervient pas dans sa création (dieu horloger), tout ce que je pourrai dire sur les miracles de Jésus ne vous touchera pas.

Ils sont tout à fait singuliers : ce ne sont pas des miracles de magicien, ils sont intimes (« Va et ne le dis à personne ») et démontrent la mission divine de Jésus (« Ta foi t'a sauvé »).

Cette singularité vaut d'être méditée.

Vous remarquerez que ces miracles font des conversions seulement chez ceux dont le cœur est prêt. Les autres n'en sont pas touchés.

La divine surprise

L'argument le plus fort, pour Saint Thomas d'Aquin et Blaise Pascal, est que les deux Testaments sont validés à la fois (l'Ancien fait une prophétie, le Nouveau l'accomplit, les deux sont vrais) mais d'une manière totalement inattendue, une surprise si radicale qu'elle ne peut être que d'origine divine.

Les juifs ont essayé d'imaginer le futur Messie, il y a eu plusieurs tendances mais pas une n'a imaginé quelque chose qui s'approcherait de Jésus (bon, d'accord, les juifs manquaient peut-être d'imagination : pas un n'a imaginé que le Messi serait 8 fois Ballon d'Or). Notez bien que cette originalité met à bas la thèse mythiste : si des menteurs avaient bâti d'eux-mêmes un mythe, ils ne l'auraient pas écrit comme cela (ou alors, ils auraient été super méga giga forts).

Il y a un avant et un après Jésus dans la manière d'envisager la religion, la relation avec Dieu.

René Girard fait partie de la longue liste de ceux qui ont travaillé sur cette rupture (je ne l'ai pas lu, dégoûté par un collègue un peu trop insistant).

Cette originalité est si problématique que des gens ont imaginé que le mystère de la jeunesse de Jésus (aucune information entre son enfance et sa période prophétique, soit un trou d'une vingtaine d'années bien tassées) résultait d'une initiation en Inde. Mais cela ne résout pas vraiment le problème.

La divine doctrine

Des malhonnêtes suivis par des ignorants disent que Jésus n'a voulu fonder ni une doctrine ni une Eglise.

C'est absolument faux.

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par Moi. » Comme affirmation doctrinaire, ça se pose un peu là !

Quant à l'Eglise, il y a trop de versets où Jésus organise les relations entre les apôtres et les envoie en mission pour qu'il y ait la moindre ambiguïté pour tout esprit honnête (mais la haine adolescente du Père, donc de son Eglise, fait dire beaucoup de conneries).

C'est pourquoi je confonds systématiquement catholicisme et christianisme puisque le catholicisme est le seul vrai christianisme (on peut discuter de l'orthodoxie).

Il y a un style Jésus singulier, mélange unique de simplicité et d'autorité (il est l'Autorité : « On vous a dit ... Moi je vous dis ... »).

La langue de Jésus est « tranchante comme un glaive ». Il parle net, sans bavures, sans fioritures. S'il veut faire comprendre une notion complexe, pas d'explications, une parabole.

La seule personne que je connaisse qui parle aussi net est Jeanne d'Arc. Pas étonnant que certains aient dit qu'elle parlait la langue qu'aurait parlé le Christ s'il s'était exprimé en français.

Une chose unique en Jésus, que ni Socrate, ni Bouddha, ni Confucius n'ont atteinte, c'est qu'il parle de la même manière aux humbles et aux savants. Saint Thomas d'Aquin peut remplir des bibliothèques entières mais la chaisière de sacristie comprend aussi à sa manière les paraboles.

Julien Gracq, athée mais grand styliste, a exécuté en quelques phrases quelqu'un qui prétendait à l'inexistence de Jésus (non, Michel Onfray, tu n'es pas le seul crétin du monde). Il jugeait que ne pas discerner ce style Jésus tout à fait personnel était une faute inexcusable contre l'intelligence.

La doctrine chrétienne est originale, à nulle autre pareille. Elle présente un Dieu qui enseigne l'amour.

L'affirmation « Vous m'appelez Maitre et Seigneur, et vous avez raison, car vraiment je le suis » vient au moment du lavement des pieds.

C'est une doctrine riche, infiniment riche, qui combine la rationalité, le dieu des philosophes (unique, créateur, tout-puissant) et les mystères sacrés.

L'auteur cite des musulmans convertis, notamment un converti par les discours de Bossuet. Évidemment, c'est un peu plus exaltant de s'interroger sur l'amour de Dieu que de discuter pendant des heures pour savoir si c'est haram d'entrer dans les chiottes du pied gauche ou de lire les sermons de Saint Bernard sur le Cantique des Cantiques plutôt que de s'interroger sur le nombre de baffes qu'on a le droit de flanquer à sa femme (je n'invente rien, vrais sujets de polémique chez les muzz).

Je comprends la tactique puérile des anti-catholiques, ces adolescents révoltés contre le Père, de se focaliser sur quelques points (« gna gna gna les Croisades, gna gna gna l'Inquisition, gnag gna gna les pédophiles (en fait, des pédérastes pour la plupart) » ...), car si, on considère le catholicisme dans son ensemble, on peut difficilement contester que c'est un chef d'œuvre.

On comprend l'importance pour les suppôts de Satan de déchristianiser la culture. Particulièrement frappant pendant la comédie covidiste, le nombre de gens qui ignoraient que la messe n'est pas qu'une prière collective, que la communion exige la présence des fidèles, qu'elle ne peut pas se faire par la télévision.

La perfection de la doctrine chrétienne est une preuve de son origine divine. Encore faut-il la connaitre suffisamment et être ouvert à ces choses.

La résurrection du Christ, preuve ultime ?

Les Evangiles témoignent que Jésus a annoncé sa mort et sa résurrection, que les pharisiens craignaient cette résurrection ou une escroquerie de résurrection et que Jésus est bien mort et ressuscité (ce sont évidemment ces deux derniers mots qui posent problème aux incroyants).

La fraude est peu probable, rien ne cadre avec cette hypothèse.

Reste la possible hallucination collective. En nos temps où nous allons de délires collectifs en délires collectifs, impossible de la rejeter d'un revers de main. Simplement, à l'époque, les moyens de manipulation des foules étaient moins perfectionnés qu'aujourd'hui.

La preuve de la résurrection su Christ est ailleurs :

1) dans le succès de l'Eglise à travers les siècles, qui est un signe d'assistance divine (comment une institution si mal gouvernée pourrait-elle survivre 20 siècles sans l'assistance de Dieu ?).

2) dans la complétude de la doctrine. Saint Paul dit « Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vide ». Mais on peut inverser : si on croit 99 % de la doctrine, pourquoi refuser de croire ce dernier % ? Si nous avons la foi, nous croyons aussi que la Christ est ressuscité. La doctrine chrétienne est est un tout insécable (d'où la notion d'hérésie, faute qui consiste à prendre seulement une partie).

Il faut la foi pour croire en la résurrection du Christ mais on peut au moins constater qu'elle fait partie d'un tout cohérent.

L'auto-témoignage de Jésus

Le message de Jésus, c'est Jésus lui-même.

« Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. »

« Toutes choses m'ont été données par mon Père, et personne ne connaît le Fils, si ce n'est le Père ; personne non plus ne connaît le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

« Je suis né et je suis venu au monde pour ceci : rendre témoignage à la Vérité. Quiconque est la Vérité écoute ma voix. »

Déclarations extraordinaires, sans précédent chez aucun prophète. Déclarations qui ne laissent aucune place aux demi-mesures : soit Jésus est fou à lier, soit il est ce qu'il dit.

Ceux (juifs, musulmans) qui le considèrent comme un simple prophète font le choix de se mentir en inventant une solution du juste milieu qui n'existe pas.

Un être moralement supérieur

Jésus se prétend sans péché. L'est-il vraiment ?

Après des siècles à scruter les Evangiles, la réponse est : on n'a trouvé, dans les Evangiles, aucune trace de péché en Jésus.

 Son mélange d'autorité, de force, de simplicité et de douceur (et même une pointe d'humour) est unique dans les grandes figures de l'humanité. Ni Bouddha, ni Socrate, ni Confucius n'arrivent à ce niveau de perfection morale.

Dans l'angoisse terrible de la Passion, pas une once de colère.

Le témoignage est important, puisque 99 % de ce que nous savons, nous le croyons par témoignage et non par expérience directe (ainsi, je crois que la vitesse de la lumière est 300 000 km/s parce qu'on me l'a dit, je n'ai pas vérifié moi-même).

« Sans la Grâce de Dieu, je ne suis rien. »

« Sans la Grâce de Dieu, je ne suis rien. » disait Jeanne d'Arc. Pour croire au Christ, même si tous les motifs de la raison convergent, il faut le petit (ou grand, suivant les personnalités) coup de pouce divin qu'on appelle la Grâce. Dans le catholicisme, le « croyant non pratiquant », ça n'existe pas, Un « croyant non pratiquant » est soit un hypocrite, soit un imbécile, voire les deux, mais, en tout cas, un non-croyant.

En effet, la messe n'est pas une simple prière en commun qu'on pourrait faire tout seul dans son coin. Par l'eucharistie et par la communion, la messe est la répétition du divin sacrifice du Christ que seul un prêtre ordonné peut faire. La communion ne peut pas se faire à distance (certains incultes du gouvernement ne l'ont pas compris pendant le délire covidiste).

Que faire ?

Vous n'êtes pas baptisé ou vous êtes baptisé mais vous avez tout oublié (ou rien appris) du catéchisme, vous sentez un manque spirituel et le Christ vous attire? Que faire ?

Le plus simple est de vous rendre à l'église la plus proche, ou à celle qui vous attire (vous pouvez choisir l'église sur des critères esthétiques), et de rencontrer un prêtre.

Que lire ?

D'abord, que ne pas lire : le Nouveau Testament de but en blanc. Vous n'y comprendrez pas grand'chose et ferez des interprétations hasardeuses.

Commencez par le catéchisme de Saint pie X. C'est limpide.

Après, vous n'avez que l'embarras du choix.

Christian Bobin, si vous voulez faire dans le léger, limite mièvre.

Pascal et Bossuet si vous voulez faire dans le lourd.

Perceval le gallois si vous voulez faire dans l'original et le difficile.

Catholix reloaded est bien.

L'immense Chesterton, qui ne sera pas canonisé parce qu'il a dit un pouième de mal sur les juifs.

Saint François d'Assise, le saint de la modernité (trois siècles avant. J'exagère un peu).

Sainte Thérèse de Lisieux, la grande sainte de la post-modernité.

Sainte Jeanne d'Arc, ce météore au ciel de l'histoire de France.

Il y a aussi l'abbé Raffray qui fait des videos, mais je suis contre, pour une conversion à une religion qui insiste beaucoup sur l'intériorité, il écrit aussi des livres.

Mais vous n'êtes pas obligé de lire, vous pouvez aussi visiter les églises (les cathédrales en font partie !). Les pierres parlent.


samedi, janvier 13, 2024

Les rescapés et les naufragés, quarante ans après Auschwitz (Primo Levi)

Si c'est un homme est à mon avis le meilleur livre (de plus, écrit à chaud) sur les camps nazis. 

Quarante ans après, Primo Levi se livre à une réflexion de grande qualité.

Une réflexion très actuelle puisqu'il réfléchit à la responsabilité sous un régime totalitaire, ce qui est notre cas : notre Etat se donne bien comme objectif de contrôler tous les aspects de notre vie.

Les moyens sont moins violents que ceux des nazis pour des raisons techniques, mais la mentalité de nos bureaucrates est strictement identique, le délire covidiste en témoigne sans aucun doute possible.

Les réflexions de Primo Levi sont facilement transposables à 2024. C'est très inquiétant.

Il commence par des considérations sur la bonne foi et la mauvaise foi. Il écrit, à la lumière des procès de gardiens de camp d'extermination, que la plupart des hommes sont trop épais pour se montrer de mauvaise foi. Simplement, ils se persuadent de ce qui les arrange et finissent par y croire. J'ai les mêmes avec le COVID : aujourd'hui persuadés qu'il ne s'est pas passé grand'chose en 2020/2021 et qu'ils n'ont donc rien fait de grave.

La responsabilité

1) Le grand responsable et coupable, c'est l'Etat totalitaire (Ariane Bilheran dit : « L'idéologie commande »). C'est lui qui vise à déshumaniser ses victimes et à tuer leur âme (avant de les tuer tout court). On peut avoir des difficultés à définir « humanité » et « âme » abstraitement. Mais, concrètement, « déshumaniser » et « tuer l'âme », c'est limpide. Il ne s'agit pas seulement de tuer, mais d'avilir d'abord.

2) On ne peut pas confondre les victimes et les bourreaux, selon un critère simple : les bourreaux ont une échappatoire, ils peuvent biaiser. Primo Levi ne le dit pas, mais les historiens n'ont pas trouvé d'exemple d'Allemand sévèrement sanctionné pour avoir refusé de participer au judéocide nazi.

S'agissant de notre délire covidiste, les médecins, les policiers, les gendarmes et les restaurateurs étaient clairement du côté des bourreaux, ils avaient tous moyen de ne pas y participer. Je suis d'autant plus affirmatif que je connais des exemples de chaque catégorie qui n'y ont pas participé. Ca a eu un coût pour certains. Pour d'autres, c'était simplement un risque, qui ne s'est pas avéré.

3) Il y a pourtant une zone grise. A Auschwitz, la ration alimentaire est si maigre que c'est la mort assurée en quelques semaines. Il faut donc trouver moyen d'améliorer son ordinaire en collaborant. Primo Levi a trouvé une place d'assistant chimiste.

Il nous parle des sonderkommandos (« les groupements spéciaux » SK) groupes de mille juifs environ désignés pour le travail de mort : pousser les gens dans les chambres à gaz et trier les cadavres. Au bout de six mois environ, le SK est entièrement exécuté pour ne pas laisser de témoins et un nouveau SK est constitué. Cinq SK se sont succédés à Auschwitz. Par une chance extraordianaire, quelques survivants des SK ont pu témoigner.

Les SS ont organisé un match de foot avec le SK, ce qu'il n'aurait jamais fait avec d'autres déportés. Primo Levi pense que cette familiarité est due à l'absence d'âme en commun.

Il y a eu des suicides dans les SK. Le 7 octobre 1944, le SK (bien nourri, ce n'est pas anodin) s'est révolté. 4 morts chez les SS, 450 dans le SK (entièrement exécuté sauf les évadés).

Les échos

Comme je le disais en introduction, notre présent fait malheureusement écho à ce livre.

Primo Levi explique qu'on l'interroge souvent si les camps de concentration peuvent revenir. Sa réponse, en 1986, est « Ailleurs, oui. Il suffit de considérer les Khmers Rouges. Chez nous, non. En tout cas, pas immédiatement, mais au-delà de 20 ans, je ne saurais dire ».

Parlant de l'incommunicabilité en camp de concentration (la schlague était surnommée Dolmetscher, l'interprète, la seule à parler toutes les langues), Primo Levi insiste sur la liberté d'expression totale, condition de la liberté tout court, et donc de notre humanité. Inutile que je revienne sur le délire de censure des fragiles et autres « sensibles » des années 2020 and counting.

Etre un intellectuel aide-t-il à survivre en camp d'extermination ? Non, pas vraiment, mieux vaut avoir un métier immédiatement utile, maçon, tailleur ... Seule exception : l'allemand. Il y avait une nette différence de chances de survie entre ceux qui comprenaient (ou mieux, parlaient) l'allemand et les autres. Primo Levi pense qu'il doit sa survie à son allemand de chimiste.

Par contre, il constate que les intellectuels sont plus prompts à justifier le pouvoir et à se laisser séduire par lui, et il parle là du pouvoir paroxystiquement sadique des SS et des kapos !

Un exemple de sadisme méticuleux : à Auschwitz, la cuillère est un bien rare et précieux pour éviter de laper comme un animal. Or, après la libération, les détenus ont ouvert les entrepôts et ont découvert une masse de cuillères. La pénurie était donc délibérée. Primo Levi pense que les gardiens de camp avaient un instinct très sûr pour la mesure avilissante, l'efficacité germanique. C'est sans doute ce qui fait des camps d'extermination l'Enfer sur terre, plus que le goulag (où la volonté d'extermination est absente).

Il constate aussi que les croyants, quelle que soit leur croyance, résistent mieux que les agnostiques.

Pourquoi les déportés ne se sont-ils pas révolté ?

D'abord, c'est faux : il y a eu des mutineries de déportés, qui ont été réprimées dans le sang.

Ensuite, Primo Levi remarque que ceux qui sont au fond du trou ne se révoltent pas, ils sont trop diminués physiquement et moralement. Ceux qui se révoltent n'ont pas encore atteints le fond du trou.

Nos dirigeants sentent instinctivement qu'il faut qu'ils maintiennent les Français au fond du trou, qu'il ne faut surtout pas régler les problèmes d'insécurité et de misère. Si les Français redressaient la tête, la première chose qu'ils feraient seraient de se révolter contre leurs gouvernants.

Primo Levi rappelle que les plupart des révoltes de l'histoire ont échoué, d'autant plus si on pense aux révoltes tellement embryonnaires que l'histoire n'en a pas gardé trace.

« Le détenu s'évade », « L'opprimé se révolte » sont des stéréotypes, mais, dans la réalité, c'est bien plus difficile, la plupart des détenus ne s'évadent pas et la plupart des opprimés ne se révoltent pas. Au camp, les galoches de bois blessaient les pieds et ne permettaient pas d'aller bien loin, surtout à des détenus dénutris,  Alors s'évader ...

Et à la question « Pourquoi n'avez vous pas fui votre pays avant les persécutions ? », Primo Levi répond en 1986 : « Vous êtes menacé d'une guerre atomique en Europe, est-ce que vous vous installez à Tahiti ? ».

La question se pose aujourd'hui. Tous les gens lucides savent que la France finira sous le régime techno-totalitaire de contrôle total le plus liberticide que le monde ait jamais connu, l'installation est déjà bien entamé. Et, pourtant, à l'exception, chez les jeunes diplômés (qui ne partent pas tout à fait pour cette raison), il y a peu d'émigration.

Les Allemands

Primo Levi est bien conscient que les Allemands ne sont pas les seuls cinglés totalitaires au monde, mais, tout de même, il peine à les comprendre. Pour lui (et pour moi aussi), ils ont quelque chose qui fait que ce n'est pas un hasard si l'horreur des camps d'extermination industriels a eu lieu chez eux et pas vraiment ailleurs (ce n'est pas pour dire qu'il n'y a pas eu d'atrocités ailleurs, mais pas de cette manière systématique).

Il a correspondu avec quelques Allemands, à la suite de la traduction de Si c'est un homme. On sent bien qu'il a du mal.

En tout cas, il était très content que l'Allemagne soit divisée. Il n'a pas connu la réunification.

En conclusion

Toujours très fin, il comprend que le caractère satanique hors-normes du régime nazi justifie l'alliance contre nature des anglo-américains et de l'URSS (beaucoup ne l'ont toujours pas compris aujourd'hui).

Les gardiens de camps sont coupables. Mais ce sont les Allemands qui ont refusé de voir et de parler qui ont rendu cela possible.

Digression : je ne crois pas à la thèse du suicide de Primo Levi (on ne sait pas si sa mort est un accident ou un suicide). Ce n'est qu'une intuition, mais le suicide ne cadre pas avec l'image que je me fais de lui à travers ses livres.




Le grand héritage des Gaulois (Jacques Lacroix)

Le mensonge régionaliste

J'ai enfin compris ce qui m'irrite si fort chez les régionalistes, spécialement les Bretons : ce sont des menteurs pathologiques.

Les raisons qu'ils donnent ne sont pas les vraies. Et leurs vraies raisons, ils ne les donnent pas (la plupart du temps, ils les ignorent, faute de suffisamment d'introspection).

1) Les occidentalistes, les européistes identitaires et les régionalistes sont des adolescents narcissiques qui refusent la seule entité politique réellement existante (donc qui les empêche de se réfugier dans l'utopie et leur impose des devoirs d'adultes ici et maintenant), la nation.

L'occidentalisme, l'européisme identitaire et le régionalisme sont, comme le gauchisme et comme l'immigrationnaisme, avec lesquels ils s'entendent parfois si bien, des pathologies du narcissisme.

2) Il n'y a aucun rapport, à part la génétique, entre un paysan breton de 1900 et un punk à chien de Rennes ou un bourgeois en Armor Lux de Camaret. Leur langue bretonne est factice, leur culture bretonne est factice, leur folklore breton est factice. Ils se la pètent d'autant plus que leur prétention au particularisme ne repose sur rien, c'est qui les rend si énervants. Voir Le cheval d'orgueil (Pierre-Jakez Helias).

Un Breton (ou un Savoyard, ou un Basque, etc) est un Gallo-Ricain comme les autres, comme n'importe quel Parisien. Dans toutes ces régions, il y a plus de Mac Do que de restaurants régionaux.



La continuité gauloise

Le livre de Jacques Lacroix est une évasion, il rappelle le temps où les Français étaient encore des hommes et non des zombies.

Contrairement à la légende moderne, la France n'est pas un assemblage de peuples.

1) Les progrès de la génétique permettent au contraire de montrer une remarquable stabilité sur trente siècles du peuplement gaulois dans les frontières de la France actuelle, à quelques exceptions près (les Normands, par exemple). Les Bretons ne font pas partie de ces exceptions.

Autrement dit, « nos ancêtres les Gaulois » est vrai, bien plus vrai qu'on l'a longtemps cru, jusqu'à ce que l'invasion migratoire fasse sentir ses effets dans les années 2000.

Quand les rois de France disaient « mes peuples », ils ne donnaient pas un cours de génétique.

2) Un héritage gaulois dans le vocabulaire et dans la toponymie considérable (bien plus important que les quelques mots arabes qu'on nous rabâche sans cesse).  C'est le sujet du livre de Jacques Lacroix.

J'ai un ami nîmois qui dit fièrement « Je suis Romain ». Bin non. Il est Gallo-Romain : le nom de Nîmes vient d'un dieu gaulois (Nemausus).

26 des 50 plus grandes villes de France portent des noms d'origine gauloise :




Je ne peux pas vous en dire plus : ce livre est un catalogue instructif et amusant (parsemé de quelques jeux) de notre héritage gaulois.  Pour savoir ce qu'il y a dedans, il faut le lire !

Et, puisque Jacques Lacroix fait des videos, en voici une :

dimanche, janvier 07, 2024

Les nouveaux barbares

Un tout petit billet pour faire la réclame de cette vidéo de Stéphane Edouard, basée sur le livre d'Alessandro Baricco.

Les nouveaux barbares se caractérisent par :

1) Le refus de l'approfondissement, ils veulent rester à la surface des choses. L'exemple des « nouveaux » vins est excellent.

2) Ils recherchent l'accumulation frénétique de sensations, d' « expériences » (remarquez le nombre de sites qui vous demandent si vous avez apprécié « votre expérience chez nous »). D'où le succès des pots-pourris : hamburgers, SUV, qui sont plusieurs choses à la fois, qui multiplient « les expériences ».

Pourquoi est-ce barbare ? Parce que c'est le divertissement pascalien jusqu'à la folie furieuse, avec toujours la même objection fondamentale : l'homme est mortel, s'il passe son temps fini à se fuir, il aura perdu sa courte vie. Mieux vaut avoir été Mozart que d'avoir écouté un best of de toutes les musiques sur son Iphone.


vendredi, janvier 05, 2024

Le cheval d'orgueil (Pierre-Jakez Helias)

L'enfance d'un fils de paysan breton né en 1914.

La figure du grand-père sabotier, illettré mais pas inculte, se détache. Conteur remarquable, il connaissait des dizaines, peut-être des centaines, d'histoires bretonnes. Il en avait plusieurs pour chaque circonstance de la vie.

Il avait une culture bien plus riche que n'importe quel bachelier d'aujourd'hui.

Lorsque son petit-fils fut diplômé, ce qu'il considérait à juste titre comme une réussite personnelle, il acheta et but du champagne pour la première fois de sa vie. Et déclara : « Je ne mettrais pas cette pisse au cul d'un âne ».

Quant à l'auteur, tout gamin, il a une connaissance intime, pour ne pas dire encyclopédique, de la nature qui l'environne. Il connait chaque plante, chaque animal, et son utilité, quoi en faire, y compris des tours pendables.

Helias fait revivre ces hommes et ces femmes, dont la seule richesse est bien souvent l'honneur, la réputation.

Sa mère, orpheline de sa propre mère à 11 ans et qui est chargée de ses 7 frères et sœurs. Quand elle se marie, elle a déjà sa réputation de travailleuse à qui il ne faut pas en conter.

Son père, grand valet de ferme.

Tout un petit peuple qui a plus de droiture et de savoir vivre que tous les bourgeois urbains d'aujourd'hui. Non pas qu'ils fussent parfaits, mais ils étaient bien obligés de ne pas se perdre en futilités.

Et les dévotions. Et les superstitions (qui, bien souvent, irritaient le curé).

Helias parle même de politique : il y avait les Rouges et les Blancs. Son père était Rouge. Mais tous allaient à la messe.

Ca a d'ailleurs donné lieu à un incident amusant : Helias, en tant que premier de la classe, devait faire la lecture à la messe, mais la lecture faite par le fils d'un Rouge, ça la foutait mal. Un arrangement a été trouvé pour présenter les choses de telle manière que personne ne perde la face et Helias a fait la lecture.

Il y a mille anecdotes à raconter. C'est tout le livre qu'il faut lire. C'est pourquoi je m'arrête là : lisez le.

Il n'y a pas besoin d'être Breton pour s'y intéresser. Helias décrit la vie paysanne dans l'ancienne France, avec des spécificités bretonnes.

Et la dégénérescence moderne

Ce livre m'a permis de comprendre pourquoi avec les Bretons de 2023 m'irritaient autant : ce sont des ectoplasmes, des clowns.

Il n'y a aucun rapport, à part la génétique, entre un paysan breton de 1900 et un punk à chien de Rennes ou un bourgeois en Armor Lux de Camaret. Leur langue bretonne est factice, leur culture bretonne est factice, leur folklore breton est factice. Ils se la pètent d'autant plus que leur prétention ne repose sur rien, c'est qui les rend si énervants.

Le paysan breton a été éliminé, non par le méchant Etat jacobin colonial français, mais par la modernité : par la radio, par la télévision, par le livre, par la voiture, par le tracteur, par le chauffage central et par l'eau courante, par Vatican 2 aussi ...

Avec leur gauchisme, leur immigrationnisme, leur européisme et leur régionalisme, les Bretons de 2023 sont infiniment modernes, ils sont à l'exact opposé de leurs ancêtres, paysans et marins durs à la tâche et qui ne se regardaient pas le nombril, et c'est pourquoi leur narcissisme régionaliste est grotesque et si énervant.

Ils se gargarisent de culture bretonne, mais tous leurs comportements, hédonistes, individualistes, hérités (pour faire court) de Mai 68 en sont à l'opposé.

Je m'amuse de l'argument débile qui justifie l'immigrationnisme par « La Bretagne a toujours été une terre d'accueil » :

1) C'est faux, il y a eu très peu de brassage de populations en Bretagne (en France non plus).

2) Quand on sait l'insistance paysanne sur la lignée, ne surtout pas être indigne de ses ancêtres, cette défense de l'abâtardissement fait sourire.

Ah si, les Bretons d'aujourd'hui votaient RN à 70 % et remplissaient les églises, ils seraient un peu moins indignes de leurs ancêtres, ils les trahiraient moins. Mais ce n'est pas le cas.

A dire vrai, ce n'est pas une surprise totale, je me doutais de quelque chose :




Une perte immense

Certaines critiques se sont focalisées sur le fait que PJ Helias montrait la Bretagne comme une région arriérée.

C'est ce qui s'appelle viser à côté de la plaque.

Ce qu'il fait voir, c'est la perte immense, irréparable, que la France, qu'elle soit de Bretagne ou de Beauce ou de Charente, a souffert en perdant sa paysannerie dans les tranchées de 14. C'est son âme qu'elle a perdue, rien de moins.

Cela ne signifie pas qu'il n'y ait de Français que paysans. Il y a les artisans, les ouvriers, les commerçants, les intellectuels, les nobles. Mais, sans paysans, la France n'est plus la France.

C'est la continuité avec les Gaulois que nous avons perdue. Certains égarés croient que le christianisme est coupable, pour avoir supplanté le paganisme, mais, en réalité, la continuité du mode de vie et des comportements n'a été pas rompue. Certains cultes païens ont été christianisés, ce n'est pas du vol, c'est justement l'expression de cette continuité de la vie paysanne.

En 60 ans, nous avons brisé une transmission de trente siècles. C'est notre drame.

jeudi, janvier 04, 2024

Jean Bichelonne un polytechnicien sous Vichy (1904-1944) Limore Yagil

Je connaissais quelques clichés sur Jean Bichelonne : le record de points au concours d'entrée à Polytechnique, le type qui apprenait des pages d'annuaire par cœur pour se distraire, « Bichelonnne, il sait tout sur tout. Et c'est tout. » (par un professeur qui ne l'aimait guère), le ministre de Pétain qui croyait, par ses calculs, en juillet 44, que les Allemands allaient gagner, l'assassinat par les SS ...

Bref, un personnage antipathique.

Limore Yagil, plutôt indulgente pour son sujet, redresse certains de ses clichés.

Il était agréable de travailler avec Bichelonne parce qu'il comprenait très vite et proposait des solutions.

Son erreur est de s'être voulu un technicien apolitique. A son niveau, chef de cabinet, puis ministre, on n'est jamais apolitique. Ce n'est pas équivalent de travailler pour Pétain ou de travailler pour de Gaulle. Certains de ses condisciples sont d'ailleurs partis pour Londres. Raoul Dautry, le modèle Bichelonne, s'est retiré à la campagne pendant toute la guerre.

Une telle erreur de perspective donne envie d'être méchant en disant « Bichelonne sait tout mais ne comprend rien ».

Mais on peut relativiser les errements de Bichelonne : certains de nos « brillants » contemporains n'ont toujours pas compris que l'Allemagne est redevenue notre ennemie depuis 1991 (voir sa guerre contre notre nucléaire) et croient possible de s'accommoder avec elle dans des palabres plus ou moins techniques.

L'erreur des hommes de Vichy est double :

1) croire que le bataille de France concluait la guerre. « L'Angleterre aura le cou tordu comme un poulet » de cet imbécile et traitre de Weygand (ce côté ganache du nabot bâtard m'insupporte).

2) croire avoir à faire à Guillaume II alors que c'était Gengis Khan.

Jeannot le polytechnicien face aux hommes de Gengis Khan

Bichelonne est réputé détecter et corriger instantanément les erreurs dans les rapports. Est-ce que vous croyez que c'est un talent très utile face aux hommes d'Hitler ?

Alors, Bichelonne fait ce qu'il peut. Par exemple, il aide Michelin à résister aux exigences allemandes.

Mais la seule réaction à la hauteur de la politique allemande aurait été de transformer son ministère en organisation de sabotage systématique et il ne l'a pas fait.

La syndrome de la rivière Kwaï

Alfred Sauvy, autre polytechnicien, qui connaissait bien Bichelonne, parlait à son propos de « syndrome de la rivière Kwaï ». Ceux qui ont lu le livre de Pierre Boulle ou vu le film de David Lean (c'est-à-dire tout le monde) comprennent bien de quoi il s'agit.

 

 Ainsi, un des polytechniciens les plus brillants au sens scolaire se retrouva à faire le jeu des Allemands pour leur prouver qu'il était aussi intelligent qu'eux (c'est bien le thème de la rivière Kwaï).

A contrario, de Gaulle, en annonçant dès juin 1940 (et Churchill bien avant), que tout compromis avec les Allemands serait une compromission avait mieux compris la réalité des choses.

Il ne faut pas sous-estimer l'influence néfaste de l'idéologie technocratique faussement apolitique. Français de 2023, nous sommes habitués, on nous sert cette mauvaise soupe depuis 50 ans. Dans la gouvernement du bien commun, il n'y a pas de solution technique apolitique, il y a toujours des intérêts contradictoires, donc toujours des décisions politiques.

Dommage qu'un esprit si « brillant » n'ait pas compris ce que des gens ordinaires comprenaient sans difficultés.

Les accords Speer/Bichelonne

Comme le colonel du film, Bichelonne va jusqu'au bout de sa folie raisonnante, la fiction du technicien apolitique.

En septembre 1943, il rencontre Hitler et Speer en Allemagne. Ils s'accordent sur l'arrêt de la déportation de travailleurs français en échange de l'augmentation de la production en France en faveur de l'Allemagne. La France y gagne de maintenir son industrie en activité (gain rendu vain par les bombardements et par la bouleversement d'après guerre : l'industrie de 1950 n'a plus rien à voir avec l'industrie de 1943), l'Allemagne un surcroît de fournitures.

Notez bien la date. En septembre 1943, plus aucun esprit lucide n'a de doutes sur la défaite de l'Allemagne (François M. a déjà retourné sa veste). Certains, comme Hitler, peuvent juste espérer, vainement, une paix séparée avec l'un ou l'autre des belligérants.

Une fin sordide

Bichelonne signe en juillet 1944 une pétition, demandant, entre autres choses, « une répression accrue ».

Il est emmené de force à Sigmaringen alors qu'il voulait démissionner (un peu tard, non ?).

Il est assassiné en décembre 1944 dans une clinique par un médecin ami d'Himmler, spécialiste des « accidents opératoires », probablement dans le cadre de la rivalité Himmler-Speer.

Il reste de Jean Bichelonne le CNET (Centre National d'Etudes des Télécommunications), dont il ne faut pas négliger l'importance.

Quelle intelligence ?

Céline, jamais en retard d'une vacherie, raconte (D'un château l'autre) que, pour calmer Bichelonne énervé, Pierre Laval lui demande la masse atomique du tungstène et le PIB du Honduras et qu'il est tout rasséréné d'avoir répondu du tac au tac.

Il ne fait aucun doute, d'après tous les témoignages, que Bichelonne avait un « gros cerveau ».

Mais, justement, nous sommes obligés d'en tirer la conclusion (c'est un poncif, mais illustré par Bichelonne de manière exceptionnelle) que la réussite scolaire, la « brillance », est très très loin de suffire à faire l'intelligence.

dimanche, décembre 31, 2023

La guerre et le vin (Christophe Lucand)

Livre très décevant sur la seconde guerre mondiale et le vin.

L'auteur est un universitaire de la plus belle eau : lourd, gauchiste et anti-France. Evidemment, il fait de la politique à gauche (maire de Gevrey-Chambertin).

L'auteur emploie une ligne sur deux le pédant « vitivinicole » (franchement pénible) et surtout, il est incapable de comprendre la complexité d'une situation historique, il écrit ainsi que la politique étrangère française d'avant-guerre est « un accommodement inconditionnel » et « une obsession de tourner l'hostilité de l'Allemagne vers l'est ». Ecrit de manière aussi caricatural, c'est tout simplement faux.

Ca pue l'aigreur alors que le vin rend gai.

Vous l'aurez compris, ce livre peut se résumer en une phrase « Les salauds de gros richards "vitivinicoles" ont collaboré jusqu'au 8 mai 1945 et même après. Les enculés ! ».

La plupart des pinardiers n'ont pas été appauvris par la guerre, loin de là.

La question de fond : il est déshonorant de faire du commerce avec l'ennemi, mais est-ce que c'est grave quand il s'agit d'alcools ? Jusqu'à preuve du contraire (j'en discuterai avec mes compagnons à ma prochaine beuverie), le vin n'est pas un actif stratégique.

Cette lecture fut un pensum. Je me suis sacrifié pour vous ! Mais je reconnais que ce livre fourmille d'informations.

Hélas, les ouvrages sur le sujet sont rares. Lisez celui-là seulement si :

1) Le sujet vous passionne.

2) Vous vous sentez capable de faire le tri dans ses conneries.

Sinon, lisez Henri Vincenot.



lundi, décembre 18, 2023

Cette Autriche qui a dit non à Hitler (Jean Sévillia)

Le père de l’auteur a été prisonnier en Autriche pendant la seconde guerre mondiale et y a gardé des liens. Ce livre d’histoire est donc aussi personnel.

L'Autriche, la grande victime de la première guerre mondiale

En 1918, l’Autriche, dépouillée de l’empire des Habsbourg, sombre dans le chaos, elle ne s’en remet pas.

C’est la grande victime politique de la première guerre mondiale.

Les pressions intérieures et extérieures (celles de l’Allemagne, notamment celles des nazis) pour un rattachement à l’Allemagne, pourtant interdit par les traités, sont fortes.

Chaque parti politique a sa milice, celles-ci sont au total plus fortes que l'armée régulière. Cela rend le pays ingérable.

Les catastrophes économiques s'enchainent. Le chancelier Seipel, qui est aussi évêque (!), tente de faire naitre un sentiment national.

Des décisions malheureuses face à un destin funeste

La dernière chance, ténue, de résister à la pression nazie est ratée en 1931 quand les socialistes refusent de participer à un gouvernement d’union nationale.

Engelbert Dollfuss, un petit (1,53 m) homme énergique, héros de guerre, tente d'établir une dictature 
chrétienne anti-nazie.


Le 12 février 1934, largement sur un malentendu (tous les socialistes ne participent pas), les socialistes déclenchent une insurrection armée qui est promptement réprimée. Malgré les tentatives ultérieures de conciliation de Dollfuss, resteront les images lamentables de l'armée tirant au canon sur des immeubles ouvriers et de pères de famille exécutés.

Le 25 juillet 1934, un coup d'Etat nazi échoue lamentablement à son tour mais Dollfuss est assassiné, trois heures d'atroce agonie sans médecin ni prêtre. C'est une perte irréparable. 200 000 Autrichiens assistent à son enterrement, c'est aussi celui de la liberté de l'Autriche.

Le chancelier Schussnigg lui succède, mais il n'a pas le caractère indomptable de Dolllfuss.

1935, année de la honte de l'Angleterre

La seconde guerre mondiale a un coupable : Adolf Hitler. Mais elle a deux responsables : l'Angleterre et les Etats-Unis.

En 1935, Schussnigg vient quémander à Paris et à Londres de l'aide contre l'Allemagne nazie. Il est reçu froidement, de nuit à Paris (!), sous la pression des socialistes des deux pays opposés à l'« austrofascisme ».

C'est aussi l'année où l'Angleterre signe dans le dos de la France le honteux traité naval avec l'Allemagne. Hitler s'est bien marré. Croire, en 1935, que le plus grand danger pour l'Angleterre, c'est une suprématie française sur le continent témoigne à la fois de la bêtise anglaise et de l'habileté hitlérienne.

1938, entrée dans la nuit nazie

Etant donnée la situation intérieure et extérieure de l'Autriche, l'annexion par l'Allemagne nazie, l'Anschluss, était inévitable.

Mais il ne faut pas prendre au pied de la lettre les images de foules enthousiastes accueillant Hitler. Elles sont vraies mais soigneusement sélectionnées pour raconter la « bonne » histoire.

Au même moment, il y a des manifestations de protestation qui, elles, ne sont pas prises en photo.

Ne jamais oublier, face à une image publiée : qu'est-ce que cette image cache, passe sous silence ?


Une résistance héroïque mais vaine

Dès le début, la résistance extérieure est réduite à l'impuissance par les socialistes qui, toujours aussi cons, sont opposés à l'indépendance autrichienne, un truc de catholiques et de conservateurs, et rêvent d'une grande Allemagne révolutionnaire (qui n'arrivera évidemment jamais).

A l'intérieur, des socialistes résistent sous l'étiquette communiste, mais le gros des maigres troupes, ce sont des catholiques conservateurs.

Les groupes de résistants sont systématiquement infiltrés par des agents doubles et démantelés. Efficacité nulle.

Ca donne quelques belles figures de martyrs mais rien de plus. Ce n'est pas négligeable sur le plan symbolique, mais c'est tout de même limité.

Après guerre, bien forcée, l'Autriche finit par trouver une conscience nationale.

Quelle leçon en tirer ? Pas grand chose, à part il vaut mieux être grand, riche et bien portant que petit, pauvre et malade.

mardi, décembre 12, 2023

Blow Up

 Le chef d'œuvre d'Antonioni. Tout ça, tout ça.

Je me suis fait chier comme un rat mort.

Le symbolisme à deux balles ...

Si vous avez envie de cinéma, voyez autre chose. Il n'y a que les pédants d'ARTE que ça intéresse.

samedi, décembre 02, 2023

Les années Dabadie (Christophe Tardieu)

Ce livre nous parle de Jean-Loup Dabadie « sociologue ».

Je vous la fais courte : ce livre est beaucoup trop politiquement correct pour avoir le moindre intérêt. Il est « évidemment » contre la peine de mort, pour l'avortement, le divorce c'est pénible mais c'est bien quand même etc.

Si vous êtes cinéphile, vous aurez un classement des thèmes chers à Dabadie.

Il faut dire que l'auteur a co-écrit un machin avec David Lisnard, le vieux beau de Cannes, l'inventeur des vaccinodromes, des chiens COVID et de la désinfection des plages. Ca vous classe tout de suite niveau intelligence, finesse et non-conformisme.

Que faire ? Simple, aller à la source : revoyez les films de Claude Sautet et d'Yves Robert scénarisés par Jean-Loup Dabadie.

J'ai une faiblesse pour La gifle (qui est de Claude Pinoteau), à cause de Ventura et d'Adjani.

Mais la scène du gigot dans François, Vincent, Paul et les autres ...  est d'anthologie et préfigure les bobos, soucieux des lointains et méprisant les prochains :

jeudi, novembre 16, 2023

Et si je suis désespéré que voulez-vous que j'y fasse ? (Gunther Anders)

Gunther Anders (de son vrai nom Stern) est un philosophe, élève contestataire d'Heidegger, premier mari d'Hannah Arendt.

Il était très inquiet de l'évolution de la société moderne, à en devenir fou. Il a beaucoup réfléchi à la bombe atomique et à son potentiel suicidaire pour l'humanité.

Son maitre livre est L'obsolescence de l'homme (ça me rappelle que j'ai L'abolition de l'homme de CS Lewis à lire). Le titre est explicite sur la préoccupation d'Anders.

Mais je n'avais pas envie de lire un pavé. Alors cet opuscule de moins de cent pages me convient bien.

Je trouve Anders tel qu'on me l'avait décrit : subtil, caustique (il rappelle que, pour Heidegger, l'homme est un arbre, il ne se déplace pas, seul compte le temps, il n'y a pas d'espace), inquiet, juste.

La grande thèse qui justifie son inquiétude : l'homme n'a pas assez d'imagination. Il invente des choses (le nucléaire, la génétique) dont il est incapable d'imaginer les conséquences et cela finira par tuer l'humanité toute entière.


dimanche, novembre 12, 2023

Psychopathologie du totalitarisme (Ariane Bilheran)

Mes fidèles lecteurs savent qu'Ariane Bilheran fait partie du trio magique (ajoutez Louis Fouché et Laurent Toubiana) qui m'a permis de tenir le coup lors du délire covidiste, de vérifier que mes intuitions et mes analyses étaient justes, que je n'étais pas fou, que c'était bien les moutons qui étaient fous. Ca compte.

Ils ont rempli au fond la mission que l'Eglise a abdiquée (je ne m'en remets pas. Pas de messe de Pâques en 2020, plus qu'une trahison) : c'était à l'Eglise de dire qu'une épidémie ne justifiait pas de renoncer à son humanité.

Vous retrouverez beaucoup d'idées déjà énoncées dans des videos d'Ariane Bilheran, sur mon Twitter et sur ce blog.

Je me permets une recension sans coller à son texte.

Tyrannie, dictature et totalitarisme

La tyrannie cherche le pouvoir politique, le totalitarisme cherche le pouvoir total sur les corps et sur les âmes.

La tyrannie se calme quand l'opposition est muselée, le totalitarisme se déchaîne quand l'opposition est muselée (c'est pourquoi il est important de continuer à résister, pour retarder le déchainement totalitaire).

La tyrannie s'arrête quand le tyran est mort, le totalitarisme trouve un remplaçant car c'est l'idéologie, et non un homme, son moteur.

La dictature est provisoire, le totalitarisme a vocation à être éternel (le Reich de mille ans), même s'il n'y parvient jamais.

La masse et l'idéologie

La masse, c'est quand l'individu perd toute personnalité, abdique tout sens moral et se fond dans la foule.

L'idéologie est ce qui permet la formation de la masse, ce qui justifie que l'individu perde plus ou moins volontairement toute autonomie. C'est une folie raisonnante : elle a l'apparence de la raison parce qu'elle est logique avec elle-même, mais dans un monde de représentations folles, avec des prémisses fausses.

L'idéologie suit toujours le même schéma : une grande peur fantasmatique qui abolit toute la complexité du réel et justifie le sacrifice total de la personnalité des individus pour le bien du groupe.

L'idéologie, la grande peur fantasmatique : le complot juif menace l'existence du peuple allemand. Le réel : aucun complot ne peut menacer l'existence d'un peuple de 60 millions.

L'idéologie, la grande peur fantasmatique : un virus très dangereux nous menace et exige des mesures liberticides exceptionnelles. Le réel : les épidémies font partie de l'ordinaire de l'humanité, ne sont pas exceptionnelles, les mesures liberticides sont une catastrophe sanitaire et le COVID n'était pas un virus très dangereux.

L'idéologie, la grande peur fantasmatique : un réchauffement climatique menace l'existence de l'humanité. Le réel : aucun réchauffement ne peut menacer l'humanité, qui en a vues bien d'autres, nous avons tous les moyens techniques de nous adapter à un réchauffement sans même nous en apercevoir (il suffit de mettre la climatisation plus fort et d'irriguer plus !).

L'idéologie : l'immigration est une chance pour la France. Le réel : toutes les sociétés multiethniques sont multiconflictuelles et la France pouvait très bien se passer d'immigration. Par contre, je ne vois pas à quelle grande peur fanstasmatique l'idéologie immigrationniste répond. Je laisse ce point à votre sagacité. Eventuellement, la peur de l'isolement, la peur d'être seul : on a seriné si longtemps aux Français qu'ils étaient bons à rien.

Vous pouvez continuer cette liste.

L'idéologie est une prophétie auto-réalisatrice.

L'idéologie est une prophétie auto-réalisatrice : les idéologues se débrouillent toujours pour que les catastrophes qu'ils prévoient adviennent. C'est facile, puisque leur démarche nie la complexité du réel, ce qui ne peut que provoquer des catastrophes. De plus, les idéologues biaisent les perceptions dans le sens de leur prophétie en trafiquant les statistiques et les mesures (grand sport soviétique).

La prophétie : les koulaks planquent des blés. La réalisation : à force d'être persécutés, les koulaks ont effectivement caché des blés.

La prophétie : les juifs sont sales et pouilleux. La réalisation : les nazis ont privé les juifs de tout, ils sont devenus sales et pouilleux.

La prophétie : le complot juif menace l'Allemagne. La réalisation : à la fin de la guerre provoquée par les nazis, l'Allemagne était rasée.

La prophétie : le COVID est une épidémie très grave. La réalisation : le comptage des morts du COVID était fait de telle manière qu'il y avait une surévaluation grossière (un facteur 5 parait un minimum). De plus, les mesures prises (intubation, Rivotril, confinement, Doliprane dodo, interdiction de fait de soigner) garantissaient une forte mortalité artificielle, entièrement créée par les décisions gouvernementales.

Un exemple de croyance qui fabrique la réalité :


La prophétie : il y a un réchauffement climatique. La réalisation : tous les ans depuis cinq ans, les mairies écologistes (Paris, Grenoble, etc ...) battent le record d'arbres abattus (pour construire des pistes cyclables). L'effet d'ilot de chaleur urbain est renforcé, les urbains perçoivent un réchauffement.

La prophétie : il y a une crise énergétique. La réalisation : les attaques contre le nucléaire, la promotion des énergies intermittentes, les fâcheries internationales, la restriction des permis d'exploration, tout concourt à faire paraitre aux Français l'énergie rare et chère, alors qu'en réalité, il n'y a aucune raréfaction de l'énergie au niveau mondial.

La prophétie : on va manquer d'eau. La réalisation : les différentes lois prétendues écologistes désorganisent à ce point la gestion de l'eau en France qu'il se pourrait bien qu'on en manque, artificiellement. Et si ça ne suffit pas, les préfets prendront des arrêtés de rationnement, ce qui donnera aux gens l'impression qu'il y a une pénurie. Je peux y ajouter la lutte contre les « mega-bassines » (ce vocabulaire d'enfants de 5 ans).

La prophétie : nous allons avoir besoin d'immigrés pour payer nos retraites. La réalisation : à force d'assommer les Français de taxes, d'impôts, de réglementation, de charges, plus personne ne veut travailler et faire des enfants, il y a donc besoin d'importer de la main d'œuvre (qui d'ailleurs ne travaillera pas).

Une fois que vous avez intégré ce mécanisme d'auto-réalisation de l'idéologie totalitaire, vous pouvez allonger la liste vous-même.

Vous comprenez bien alors que ceux qui disent à propos de nos dirigeants « Ils sont nuls et incompétents » passent à côté du problème. Ils sont peut-être nuls et incompétents, mais ce n'est pas le fond du problème. Le fond du problème est qu'ils sont des idéologues, donc des pervers.

Je note que, hors de son domaine d'expertise, le climat par exemple, Ariane Bilheran montre un bon jugement sans trop s'aventurer.

La coupure

Pour que l'homme se transforme en individu-masse, il doit être coupé de toutes ses attaches traditionnelles, de la famille au club de pétanque, en passant par l'Eglise et par la famille, par son histoire, etc.

Le délire covidiste en fut un cas tellement exemplaire (ne va pas voir mamie, tu vas la tuer. Muselière. PaSS. Reste en télétravail. Visites à l'hôpital verboten. Messe verboten. Funérailles verboten etc.) qu'il est inutile d'expliquer plus avant de quoi il s'agit à ceux qui l'ont vécu.

Evidemment, quand Macron déclare « nous devons déconstruire notre histoire », il s'intègre parfaitement dans cet horrible tableau.

Le système totalitaire

Le système totalitaire est une promesse de régression ab utero : « Abdique toute autonomie et l'Etat va te prendre totalement en charge comme quand tu étais dans le ventre de maman ».

Là encore, le délire covidiste fut archétypal. Durant le confinement, pour beaucoup, l'appartement ou la maison où ils étaient obligés de rester faisaient fonction d'uterus géant. Récemment encore, certains me faisaient part de leur nostalgie du confinement !

La particularité de notre époque est que notre totalitarisme est aussi multiforme que nos peurs (voir les listes d'exemples ci-dessus), et non pas concentré sur une seule peur comme naguère.

L'essence du totalitarisme est le Mensonge sur la condition humaine : personne ne peut nous faire régresser jusqu'à la naissance, même pas l'Etat, et nous devons tous affronter la complexité de la vie et la peur de la mort.

Le Mensonge se décline en plein de petits mensonges pratiques.

Parmi eux, le noyautage et le pourrissement des institutions : elles restent en place mais sont vidées de leur sens. Auguste, Hitler et Macron ont largement pratiqué.

Auguste ne s'est jamais proclamé empereur, il consultait le sénat qu'il méprisait. La république de Weimar n'est juridiquement morte qu'en 1945. Quant à la France de 2023, vous savez bien que c'est une démocratie purement formelle (et les formes même sont de moins en moins respectées) et que le choix électoral est factice, puisqu'il est impossible changer de politique, par exemple en sortant de l'UE ou en arrêtant l'immigration.

Dans ce mensonge politique généralisé, l'opposition contrôlée, l'opposition qui s'oppose sur des détails mais jamais sur l'essentiel, l'opposition fausse qui prend la place de l'opposition vraie, joue un rôle central. On la retrouve sous diverses formes dans tous les régimes totalitaires (« Il y a des tensions dans le Politburo », « Le Reichsmarshall trouve que le Führer va trop loin / pas assez loin », « Le danger Le Pen, le danger Zemmour » etc.).

Certains butent sur la notion de contrôle. Il ne s'agit pas de dire que Macron téléphone à Zemmour, à Mélenchon et à Le Pen pour leur donner des ordres. Il s'agit de dire que l'accès aux medias et aux financements est contrôlé, sous condition, révocable ad nutum.

Zemmour, Mélenchon et Le Pen savent qu'il y a des tabous à respecter s'ils veulent continuer à être autorisés à apparaitre sur la scène : on peut critiquer la propagande LGBT mais pas l'homosexualité en soi, l'évocation du Frexit est interdite, la dérive liberticide ne doit être combattue qu'anecdotiquement (la surenchère de propositions liberticides par « l'opposition » est symptomatique : qu'est-ce qui arrange plus le pouvoir que de lui donner encore plus de pouvoir ?), etc.

Tenter de s'opposer dans le cadre totalitaire, c'est jouer un jeu dont votre adversaire change les règles en permanence à sa guise, c'est être dupe et, en définitive, complice.

La liberté que veut supprimer le totalitarisme n'est pas binaire, fromage ou dessert ?, d'ailleurs le totalitarisme fausse toujours le choix en jouant sur la culpabilisation (l'ignoble « Les soignants ont la liberté de ne pas se "vacciner" ... en perdant tout . Sauf l'honneur.»).

La liberté humaine, c'est fondamentalement la conscience de n'être qu'un point dans un univers infini. C'est fromage et dessert, ou ni fromage ni dessert, ou ce fromage là mais pas celui-là, ou juste un petit dessert, ou pas de fromage mais deux desserts ...

La liberté est nourrie de l'intime, le dialogue avec vous-même, votre for intérieur. « L'homme qui n'est jamais moins seul que quand il est seul » d'Aristote.

Etat d'exception permanent, destruction du droit et abolition de l'intime

Le totalitarisme marche au chantage permanent au bien commun : à cause du méchant ennemi (le juif, le virus, le terroriste, le « carbone » etc.), vous devez renoncer à votre liberté avec joie. Les cons « fact checkers » écrivaient « libertay » pour se moquer des hommes choqués par le délire liberticide covidiste. Pour eux, la liberté n'est pas sacrée, même pas respectable, c'est un sujet de moquerie parce qu'elle est l'ennemi de la fusion totalitaire, du collage tous ensemble dans le ventre de maman.

Il y a de nombreux signes du totalitarisme, mais l'un des plus flagrants, des plus difficiles à manquer, c'est que le pouvoir passe son temps à faire peur, pour ensuite proposer des « solutions » liberticides aux peurs qu'il a agitées. Il paraît (c'est un vieux souvenir que je n'ai pas réussi à vérifier) que Sicherheit (sécurité) était le mot le plus utilisé de la langue nazie.

D'exception en exception, l'arbitraire permanent  devient la norme et le droit est détruit, même s'il reste une légalité d'opérette pour rassurer les lâches. On vote toujours, mais dans le vide, sans vrai choix. Les zeks, les détenus du goulag, se présentaient par l'article de loi qui les avait fait condamner :  « Je suis un article 36 », « Je suis un article 17 » etc.

L'intime est aboli non seulement par l'arbitraire permanent mais par le bombardement incessant de sons et d'images. Quand Bernanos déclare « la modernité est une conspiration permanente contre toute forme de vie intérieure », il décrit le mécanisme du totalitarisme au niveau individuel.

Soljenitsyne ne dit pas autre chose dans son célèbre discours d'Harvard de 1978 sur le déclin du courage, quand il raconte qu'il a été assailli par le bruit et pales images de l'Amérique et qu'il faut éteindre la radio et la télévision « au nom du droit de votre âme immortelle au silence ».

Le premier devoir des Français face au totalitarisme, c'est de jeter leur télévision à la poubelle. De le faire vraiment, pas juste de dire « la télé, c'est nul », tout en la laissant régner au milieu du salon.

La responsabilité individuelle

Ariane Bilheran est sans ambiguïté : même si on peut trouver des explications psychologiques à l'emprise totalitaire, les collaborateurs du totalitarisme, les obéissants, sont pleinement responsables au sens juridique de leurs actes. Les considérer comme irresponsables serait une trahison de ceux qui, placés dans les mêmes conditions, ont résisté.

Je note ces phrases :

« Avec le totalitarisme, plus on monte dans la hiérarchie des décideurs politiques, plus le cynisme est élevé et plus l'intention de nuire est présente. » (je disais la même chose en critique de la notion de banalité du Mal.)

« Pour un paranoïaque, la parole n'a pas valeur d'engagement, elle n'est qu'un outil au service du délire. Et l'on voit bien que, chez les politiques, la parole a moins de valeur que dans la mafia traditionnelle. »

Ils sont responsables parce qu'ils ont conscience de faire le Mal (en le justifiant par un plus grand bien  délirant). Les réservistes du 101ème bataillon savent que c'est mal de tuer des juifs, c'est sans ambiguïté.


Détruire l'âme

Le totalitarisme emploie principalement 4 techniques d'assujettissement :

1) La perversion du langage (« Le malade asymptomatique », « les quartiers populaires », « les incivilités » etc). La déréalisation est constante, l'euphémisation est une arme au service de la perte de contact avec le réel.

2) Le clivage. Tous les choix sont binaires, manichéens, pour moi ou contre moi. La culpabilisation est associée à cette technique « Tu n'as pas de muselière ! Tu veux tuer les vieux ? ».

3) Les injonctions paradoxales (« Pense aux autres, sois altruiste : reste enfermé chez toi et ne vois personne »). La principale injonction paradoxale de notre temps est en quelque sorte sa devise : « Sois toi-même : fais et pense comme tout le monde ».

Dans cette technique, sous prétexte de sécurité, le pouvoir multiplie les micro-consignes tatillonnes, les fameux « petits gestes », qu'il faut absolument refuser car ils vous engagent inconsciemment à valider le délire totalitaire et à accepter les grands sacrifices.

4) L'isolement. Tous les liens non-étatiques sont attaqués, il ne reste plus que des atomes sous la tutelle de l'Etat puissant.

Les super témoins

Par un mécanisme mystérieux, le pouvoir totalitaire épargne des témoins qui ont la capacité d'analyser ses crimes (Soljenitsyne, Arendt, Klemperer ...), des super témoins.

Inutile d'insister sur la traduction en grec de témoin, martyr.

Viktor Klemperer et son épouse sont parmi les douze juifs, sur six mille, survivants de Dresde (sauvés par le fameux bombardement). Il n'y avait pas dix hommes en Allemagne capables d'analyser la langue nazie comme il l'a fait (ce qui ne l'a hélas pas empêché ensuite de collaborer au régime de la RDA).

Ariane Bilheran cite un cas spectaculaire de témoin : harcèlement, y compris sexuel, en entreprise par un directeur régional avec détournements de fonds, la totale. Le type paranoïaque au dernier degré se méfiait de tout le monde ... sauf de sa secrétaire, qui ne disait rien mais archivait tout.

Hannah Arendt est le type même du témoin qui a tout compris et ne se raconte pas d'histoires, illustrant dans sa personne le proverbe juif : « Les pessimistes ont fini à Hollywood (dans son cas, à New York), les optimistes à Auschwitz ».

Pourquoi les témoins ? Le témoin par excellence a répondu, dans le plus célèbre dialogue de l'histoire de l'humanité (à part « Luke, je suis ton père ») : « Moi, je suis né et je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ». Ce à quoi le représentant du pouvoir totalitaire (par certains côtés, l'empire romain était proto-totalitaire) répond : « Qu'est-ce que la vérité ? ». Sur ces mots, il sortit.

La contagion et l'immoralité

Il ne fait aucun doute que le délire paranoïaque totalitaire est contagieux.

J'ai vu des gens qui s'en foutaient du rhume de Wuhan virer leur cuti en quelques jours.

Qu'est-ce qui est contagieux ? L'idéologie, le traumatisme ou le déni ?

Ariane Bilheran répond que c'est le traumatisme. L'idéologie et le déni arrivent comme conséquences.

C'est parce que mes voisins ont peur que je finis par avoir peur.

Je me demande souvent pourquoi j'ai résisté au délire covidiste et pas mon entourage. La réponse est simple mais n'explique pas grand'chose : parce que je n'ai pas été traumatisé par la peur du COVID.

Voir Salomon compter les morts tous les soirs sur internet (je n'ai pas la télévision, gros avantage) ne m'a pas effrayé, ça m'a scandalisé. Je me suis dit immédiatement que c'était scandaleux qu'un gouvernement effraie sa population avec des chiffres bidons (tout de suite, j'ai douté qu'on puisse rassembler quotidiennement des chiffres exacts. De plus, je me suis précipité pour me renseigner sur le nombre de morts total en France en période normale pour relativiser). J'ai rapidement évité cette cérémonie macabre et je n'ai pas applaudi à la fenêtre comme les cons.

Ariane Bilheran insiste sur la responsabilité individuelle mais reconnait qu'il faut être psychiquement très solide pour résister à la contagion du traumatisme. Elle cite un chiffre de 1 à 2 %. Si je compte les non-"vaccinés" autour de moi, je trouve plutôt 5 % (j'exclus les non-"vaccinés" sous pression très forte d'un autre non-"vacciné").

Ensuite, le discours idéologique habille le traumatisme. Et le déni explique qu'il n'y a pas eu de traumatisme, qu'on a juste « fait au mieux dans une situation difficile, personne n'aurait fait mieux » et que, d'ailleurs, « va en Corée du Nord si t'es pas content » (entendu/lu des dizaines de fois).

Vient alors l'immoralité.

Car le traumatisé par le délire paranoïaque totalitaire sait au fond de lui qu'il a été traumatisé et qu'il a accompli, qu'il continue à accomplir, des actes immoraux et ridicules (tous ces débiles avec leur muselière et leurs gestes à la con).  Pour extérioriser ce malaise qu'il ne veut pas s'avouer, il n'a qu'un moyen : essayer de faire disparaître ceux qui sont des preuves vivantes qu'il est débile, ceux qui résistent. Et pour cela, tous les moyens sont bons (le paSS, le confinement sélectif, la piquouse forcée, les fours, le goulag ...). D'authentiques saloperies créent des précédents et justifient les prochaines saloperies encore pires.

Il y a trois catégories de totalitaires actifs : les paranoïaques qui élaborent la doctrine, les pervers qui l'appliquent et les psychopathes qui font le geste ultime (pousser les gens dans les fours, persécuter la petite vieille qui n'a pas signé son auto-attestation, etc). Bien sûr, ces profils ne sont pas étanches.

La violence du traumatisme explique qu'il y a des phases de relaxation du délire totalitaire. Si la pression était maintenue constamment, la population décompenserait massivement et le pouvoir la perdrait. A la fin de l'Allemagne nazie et de l'URSS, il y a une vague de suicides et même des suicides collectifs (Les suicidés de Demmin).

On m'a raconté deux cas de dépression de gens qui, à cause des effets secondaires des "vaccins", ont ouvert les yeux sur le délire covidiste « on a fait tout ça pour rien ».

Les quatre interdits

Les quatre interdits qui structurent un psychisme adulte sont :

Interdit du meurtre (y compris symbolique)

Interdit de l'inceste  (y compris symbolique)

Interdit de nier les différences de génération  (y compris symbolique)

Interdit de nier les différences des sexes  (y compris symbolique)

Il est aisé de constater que le totalitarisme actuel s'attaque à ces quatre interdits. Ce n'est pas un hasard, puisqu'il s'agit de faire régresser les adultes et de les faire redevenir des enfants, dépendants psychiquement de maman-Etat.

Les appels aux meurtres, et pas que symboliques, ont été nombreux lors du délire covidiste, variations sur le thème « Laissons crever les non-'vaccinés' ». Ca recommence avec Israël/Palestine.

Interdit de l'inceste, inutile d'insister : la classe dirigeante, c'est pedoland, « Epstein, sur tous les murs, j'écris ton nom ».

Nier les différences de générations. « Mets ton masque sinon tu va tuer mamie », alors que normalement c'est l'inverse, les vieux protègent les jeunes. J'ai entendu un boumeur dire « Les enfants masqués, je m'en fous ». Et ça continue avec l'économie de rente, dont le fonctionnement est entièrement orienté vers les vieux au détriment des jeunes.

Nier les différences des sexes. Là encore, inutile d'épiloguer, c'est l'actualité de tous les jours, de toutes les heures.

Les prochains : pourquoi la révolution dévore toujours ses enfants.

Le collage (tous collés dans le ventre de maman-Etat, sans divergence d'intérêts, d'opinion, de caractère, d'humeur, la grande fusion dans la matrice. « Tousse ensemble, tousse ensemble » comme ironisaient les impies dans mon genre pendant le culte covidiste) ne fonctionne évidemment jamais, puisque les hommes réels sont toujours des individus séparés (ce qui ne les empêche pas d'être bien dans leur peau, s'ils ont une vie intérieure).

Mais la promesse du collage est si forte qu'on n'y renonce pas (on remarque que le christianisme a eu l'intelligence de transférer cette promesse de collage « ils ne feront plus qu'un » dans un autre monde). Donc, devant l'échec évident, il faut trouver des coupables, des boucs-émissaires.

Au début, c'est facile : on persécute les résistants notoires, puis les sympathisants. Mais, comme l'échec du collage est toujours là et que les résistants ne sont que quelques pour-cents, on en vient vite à persécuter les obéissants, qui sont d'autant plus déboussolés qu'ils ont obéi.

La blague soviétique « Ton arrestation prouve que tu es coupable, l'instruction va déterminer de quoi. » n'en est pas vraiment une. Pour le délire totalitaire, nous sommes tous coupables d'être des hommes séparés, qui, même avec la meilleure volonté du monde, ne peuvent pas rester collés.

Quelle est la facilité ? Persécuter le totalitaire à côté de toi, qui, en plus, risque de te piquer ton pouvoir.

Et voilà pourquoi la révolution finit toujours par persécuter ses propres enfants.

Et voilà pourquoi, dire « Je vais obéir et tenter de passer entre les gouttes » n'est pas une si bonne idée.

Les gens ont-ils veauté pour ça ?

Aucun candidat ne s'est présenté aux élections en disant « Je vais établir un régime techno-totalitaire comme vous n'en avez jamais vu. Votez pour moi ! ». Alors, les Français (c'est valable pour tout l'Occident, mais c'est la France qui m'intéresse) sont-ils responsables ?

Oui, parce qu'ils ont laissé s'établir la société régressée, immorale, qui favorise l'accession au pouvoir des plus pervers. C'est mai 68, « jouir sans entraves », Cohn-Bendit et Gainsbourg faisant la propagande de l'inceste sous les applaudissements de la foule, les encouragements à « rester jeune », « cours, le vieux monde est derrière toi » et tout ce bazar.

Prenons deux exemples : Mitterrand et Macron.

Mitterrand, cet arriviste sans scrupules, n'aurait jamais pu être élu par un peuple de Spartiates. Pour son élection, il a fallu un peuple de jouisseurs infantilisés au point de croire la fadaise qu'il allait « changer la vie ».

Pour Macron, c'est encore pire : ce sale type, qui a épousé sa mère symbolique,  (qui pourrait être son père), porte sur lui qu'il est givré pervers. Des individus normaux, solides, pas des gibiers de propagande, rejettent instinctivement un tel candidat.

Il est important de comprendre que l'idéologie du bonheur fragilise les hommes. En effet, la vie humaine est tragique, faire de la quête du bonheur le but de la vie ne peut que générer de la déception, de la frustration et, à la fin, de la fragilité à la manipulation.

La modernité, totalitaire par nature

La modernité est totalitaire par nature.

Parce qu'elle est la forclusion du Père mise en actes.

Concrètement, l'homme est atomisé par la division toujours plus fine des tâches. Il a perdu toute autonomie. La perte de l'autonomie matérielle nous fait perdre notre autonomie psychique. Nous sommes à l'époque des adolescents éternels.

Depuis 50 ans, l'abrutissement par les écrans nous a fait passer à un stade supérieur de la déshumanisation. Pour la première fois, l'intelligence s'écroule, les gens deviennent bêtes du fait de leur mode de vie.

Et nous n'en sommes qu'au début : voyez cette terrifiante video (même moi, je regarde des videos pour dénoncer les videos !!!) d'Eric Sadin sur la déshumanisation par l'« intelligence » artificielle (c'est dommage que l'intervieweur ne soit pas au niveau) : IA : le devenir légume de l'humanité ?.

Depuis Bentham, la modernité, c'est l'utilitarisme, l'obsession de l'optimisation. Et le stade ultime de l'optimisation, donc de la modernité, c'est de tuer les inutiles : les bébés non voulus, les handicapés, les malades, les vieux, et, à la fin, les gueux surnuméraires.

Le judéocide nazi n'est pas une anomalie de la modernité, c'en est le couronnement.

Les massacres de masse atténuent la frontière entre la vie et la mort. Rendre la mort quotidienne, ça calme l'angoisse existentielle des pervers paranoïaques. Ce n'est pas un hasard si notre société abolit les rituels qui marquent la séparation entre les morts et les vivants et vraiment pas un hasard si les covidistes ont interdit les funérailles. Si, un jour malheureux, vous êtes tenté de veauter Edouard Philippe (ça serait surprenant de la part de mes lecteurs, mais sait-on jamais ?), souvenez vous que c'est le cinglé qui a empêché les familles en deuil d'enterrer dignement leurs morts.

Les traumatismes transmis

En résumé, comme Mattias Desmet mais plus finement, Ariane Bilheran nous dit que le totalitarisme se développe quand des pervers (cette notion est absente chez Desmet) profitent de la vulnérabilité psychique de la population, quand beaucoup de gens sont fragiles psychiquement. Elle a en quelque sorte inventé la psychologie statistique, comme il y a la thermodynamique statistique (la thermodynamique statistique consiste à tirer des équations macroscopiques sur la chaleur à partir du comportement des particules).

Bien sûr, la population est fragile psychiquement à cause de la modernité (les écrans, l'isolement, la destruction de la famille, etc).

Mais Ariane Bilheran se demande s'il n'y a pas des traumatismes hérités, comme les deux guerres mondiales.

Jusqu'à la lie

D'après Ariane Bilheran, il n'y a pas d'exemple de délire paranoïaque collectif, que ce ce soit en entreprise, en famille ou dans un pays, qui ne soit allé jusqu'au bout, jusqu'à la destruction du corps social qui en est victime.

On peut ne pas entrer dans le délire paranoïaque collectif : Lénine aurait pu rester un comploteur raté dans les cafés de Zurich, Hitler un agitateur munichois, Hollande et Macron des bureaucrates incapables. Mais, une fois qu'on y est entré, impossible d'en sortir autrement que par la catastrophe.

Les juifs qui sont partis d'Allemagne au début des années 30 avaient une intuition juste.

Le choix de la vie héroïque

Le contraire de la grande fusion totalitaire, c'est le choix de la vie héroïque. Savoir qu'on est né d'un homme et d'une femme, qu'on souffre et qu'on va mourir et de ne pas être, malgré cela, infantilisé par la peur.

C'est la vie humaine de référence depuis que le monde est monde. Mais il y a toujours eu des pulsions totalitaires, à cause de la dureté de cette vie, un texte de Thucydide est frappant d'actualité sur le naufrage moral d'Athènes aux pires heures de la guerre du Péloponnèse.

Les hommes de 2023 sont particulièrement fragiles, eux qu'un système fou prétend protéger du tragique de la vie.

Avec Dieu au goulag

Avec Dieu au goulag
est le livre d'un prêtre qui a passé 23 ans goulag.

La première leçon : lâchez prise.

Lâchez prise, pas au sens du yoga dévoyé, qui, en cultivant votre égocentrisme, vous rend encore plus malheureux.

Comprenez que des obsédés du contrôle comme les totalitaires sont imbattables à ce jeu, refusez de jouer leur jeu, celui du contrôle, de l'opposition, de la colère, de la violence. Méditez l'échec des Gilets Jaunes. Notamment, refusez de jouer le jeu des medias : refusez de vous émouvoir pour leurs images, refusez de prendre à votre compte les querelles qu'ils vous montrent.

Ne culpabilisez jamais. Ce sont des pervers, ce sont eux les coupables. Vis-à-vis d'eux, vous n'êtes coupable de rien. Si vous êtes harcelé ou arrêté, vous n'avez commis aucune faute, vous êtes juste victime de l'arbitraire totalitaire.

Cultivez votre jardin intérieur, cultivez vous et transmettez. Le totalitarisme est toujours une idéologie de la table rase.

Acceptez la transcendance. On a moins peur de l'Etat quand on sait que Dieu vous regarde.

Ca me fait penser à Claude Tresmontant qui dit que, dans la Bible, le contraire de l'intelligence n'est pas la stupidité, mais le péché.

Aidez autour de vous sans prosélytisme (argumenter ne sert qu'à dresser les défenses de l'hypnotisé). Le totalitarisme déteste l'amitié.

Soljenitsyne, Sakharov et Jean-Paul II ne se sont pas opposés en organisant des manifestations, mais en témoignant. Une journée d'Ivan Denissovitch et L'archipel du goulag ont plus fait pour la chute de l'URSS que tous les complots de la CIA.

Et, ultime conseil d'Ariane Bilheran : peuplez votre vie intérieure, apprenez par cœur des classiques (comme dans Fahrenheit 451 !). Les chrétiens connaissent des prières et des chants par cœur. Vous pouvez aussi apprendre les fables de La Fontaine, par exemple, ou l'apologie d'Athènes de Périclès, ou le discours de séduction de Solal dans Belle du Seigneur, le choix est infini.

L'humanité ne finira pas. Après le passage de la tempête totalitaire, il restera toujours des hommes à qui transmettre.

Lisant Le cheval d'orgueil de Pierre-Jakez Heliaz, j'ai été impressionné par son grand-père, sabotier breton, né dans les années 1860. Illettré mais pas inculte, il connaissait une foule d'historiettes et de contes, plusieurs pour chaque circonstance de la vie. Je ne doute pas une seconde qu'il avait un psychisme plus solide, parce que nourri de ces histoires, que nos modernes abrutis par les écrans qui ont pourtant tous les livres du monde à portée de clic.

Soyez le grand-père de Pierre-Jakez Heliaz.

Et commencez donc par lire Ariane Bilheran.

***************
Addendum : j'ai oublié de remercier le restaurateur de Port Vendres (il se reconnaitra) qui nous a fait passer devant des boumeurs qui lui présentaient leur PaSS en nous disant « Allez y, le paSS, pas la peine, je sais que vous l'avez » (en sachant bien sûr que nous ne l'avions pas).

Je remercie aussi ce restaurateur qui nous a casés dans un coin et est venu nous expliquer en fin de repas, embarrassé, qu'il était dénoncé par des clients quand il ne vérifiait pas le Pass.

Je ne remercie pas ce restaurateur dont nous étions des clients réguliers qui nous a vidés comme des malpropres.

A propos du Pass, nous avons remarqué que plus on montait dans l'échelle sociale des restaurants, plus la paranoïa covidiste était ostentatoire. La bourgeoisie, cette classe satanique (mais, bon, je radote).