mercredi, février 18, 2026

Jaguar XJR-9 (Haynes)

J'aime bien ces bouquins Haynes.

Il y en a un sur les bébés, qui explique comment changer une couche de la même manière que « Comment faire une vidange de sa voiture ? ».

Au début des années 80, Jaguar, comme toute l'industrie automobile britannique, est ravagée par les conséquences de la nationalisation dans le groupe bureaucratique, informe et mammouthesque British Leyland. Les voitures sont à la fois arriérées techniquement et des catastrophes en matière de fiabilité.

Sir John Egan reprend Jaguar en main en 1980 et aide Tom Walkinshaw Racing, qui a beaucoup de succès en tourisme avec les XJS.

L'appétit venant en mangeant, Egan et Walkinshaw veulent courir en endurance et gagner Le Mans.

Deux décisions fondatrices du programme sont prises :

1) il est impossible de faire concurrence à Porsche dans les monocoques en aluminium. Sur le conseil de Frank Williams, le châssis sera monocoque en carbone, technologie innovante déjà utilisée en Formule 1.

2) bien que les cigarrettiers ne soient plus en odeur de sainteté, il est décidé (après consultation du personnel de Jaguar) de recourir au sponsoring de Silk Cut, garantissant qu'il n'y aura aucun problème de finances.

Comme la technologie est nouvelle, de fortes marges de conception sont prises et le châssis est très rigide et très solide. Il ne pèse que 53 kg (sur un total de 950 kg), miracle des matériaux composites

Le moteur pose problème.

Le V12 Jaguar a été conçu à la fin des années 50 pour courir Le Mans. Au début des années 60, Jaguar n'a plus le sou pour la compétition (comme SAAB, Jaguar construit des voitures originales mais a sans cesse des problèmes de trésorerie), les V12 en version civilisée sont donc montés sur les voitures de série pour ne pas perdre l'investissement. C'est le V12 le plus produit de l'histoire automobile.

Dans la XJS, le V12 fait 270 ch, un minable 50ch/litre. Mais Walkinshaw en tire plus de 400 ch en super-tourisme sans forcer. Il y a donc un potentiel.

Après diverses réflexions sur les moteurs turbo, on décide de se rabattre sur le V12 maison en version 7 litres et TWR en tire ... 750 ch en course, 780 en qualifications. Il y avait bien un potentiel !

Seul problème, en série comme en course : il boit comme Gérard Depardieu à la Saint Vincent.

Le Mans

Après des essais infructueux en 1986 et 1987, Jaguar est en tête en 1988, devant Porsche.

Dans la nuit, une Jaguar casse sa boite de vitesses. Prémonition ? Jan Lammers, pilote de la Jaguar de tête, interroge longuement le malheureux pilote.

À 40 minutes de l'arrivée, Lammers, au volant de la numéro 2, entend un bruit suspect provenant de la boite de vitesses. Il décide de ne pas changer de vitesse et de rester bloqué en quatrième. Il ignore alors que l'axe principal de changement de vitesses vient de se fendre en deux (aujourd'hui, il décore le salon du chef mécanicien) et n'est plus tenu que par les autres rouages. S'il avait changé de vitesse, c'était mort.

Arrêt au stand acrobatique, toujours en quatrième. L'équipe Porsche a bien vu que la Jaguar de tête ralentissait mais elle se méprend, elle croit qu'il s'agit juste de ménager sa monture.

Tom Walkinshaw ordonne aux deux autres Jaguar, qui ont plusieurs tours de retard, de se positionner derrière la numéro 2 et de la pousser au delà de la ligne d'arrivée si nécessaire. Mais il n'y en aura pas besoin. Ça été chaud.

1989, Jaguar est battu par Mercedes.

1990, en l'absence de Mercedes, victoire sans histoire, à part un terrible accident à 380 km/h suite à l'éclatement d'un pneu sur un débris. Le pilote s'en sort indemne après 6 tonneaux grâce à la solidité de la structure en composites.

1991, très belle course de Jaguar, mais c'est Mazda qui gagne : comme personne ne croyait au moteur rotatif, Mazda n'a pas eu de règlement contre lui.




Jaguar passe à autre chose après le rachat, cupide et sans perspective par Ford.

dimanche, février 15, 2026

Mon journal pendant l'occupation (Jean Galtier-Boissière)

Moins fin et moins profond que Le journal des années noires de Guéhenno, il est plus mordant, plus ironique.

Galtier-Boissière, ancien combattant, fondateur du journal de tranchées Le Crapouillot, libraire place de la Sorbonne, ne cache pas le mépris d'acier dans lequel il tient nos vieilles badernes, les Pétain, Weygand, Gamelin et compagnie.

Il fait la même réflexion que moi à propos de cet imbécile et de ce traitre de Weygand : il s'aperçoit que l'Angleterre ne va pas « avoir le cou tordu comme un poulet » en septembre 1940, il aurait été intelligent, il s'en serait aperçu en juin, comme un certain Charles De Gaulle.

Des anciens combattants vénèrent Pétain ; d'autres, plus lucides, le haïssent. Galtier-Boissière est de ceux-ci.

J'apprends que les gens du Canard Enchainé ont pour la plupart tourné collabos. Ça ne m'étonne pas du tout. Je méprise ce journal faussement rebelle.

Au début de la guerre, Galtier tient le compte des exécutions d'otages, c'est édifiant : très fréquent à partir de 1941.

Plus amusant : Galtier note les titres ou articles les plus comiques de la presse collabo. « La défense élastique de Stalingrad » et « Stalingrad, un recul sans conséquences » remportent la palme.

Intéressant aussi : Galtier note les réactions des gens qui ont cru en la victoire de l'Allemagne en 1940. Il y a ceux qui ne veulent pas se dédire et inventent des arguments de plus en plus farfelus. Ce sont finalement les moins répugnants, à défaut d'être les plus intelligents. Puis, il y a ceux qui tentent de retourner leur veste avec plus ou moins d'élégance.

Excellent mot du collabo Herold-Paquis après le débarquement de Normandie : « La route du beurre est coupée ». (En 1940, Reynaud s'était vanté « La route du fer est coupée ». On sait ce qu'il en fut.)

Lors de l'insurrection parisienne d'août 44, Galtier sort son chien Azor entre sa boutique place de la Sorbonne et les barricades du boulevard Saint-Michel (une en bas, sur la place, une plus haut, à l'angle du boulevard Saint Germain).

Une patrouille allemande regarde avec curiosité se monter la barricade du haut, n'ayant pas d'ordres pour intervenir.

Il constate la même chose que pendant la Terreur, 1830, 1848 ... : la plupart des gens vaquent à leurs occupations, font les courses, sortent leurs chiens et jouent à la belote, pendant que des événements historiques se déroulent à côté d'eux (on mesure à quel point nos confinements de 2020 et 2021 furent une folie furieuse et ridicule, qui ne flatte vraiment pas nos contemporains).

Pas mal de morts parmi les badauds : les badauds sortent taper la causette avec les « fifis » des barricades, un camion ou une voiture arrive, ça tiraille à tort et à travers, les badauds se prennent des balles perdues. La Croix-Rouge évacue les cadavres et, un quart d'heure plus tard, les badauds rediscutent avec les « fifis ». Galtier-Boissière, ancien combattant, conscient que « le feu tue », est plus prudent.

Le téléphone fonctionnant, on s'informe : « Untel s'est pris un obus dans son balcon », « Machin n'a plus une vitre intacte », etc. Youki Desnos est toujours aussi inquiète pour son mari (il ne reviendra pas de déportation).

L'arrivée des « gars de Leclerc » déclenche une liesse spontanée et extraordinaire. Galtier dit qu'il préfère ça au défilé de la victoire de 1919.

Son épouse manque d'y passer quand une rafale de 12.7 destinée aux tireurs des toits s'égare dans son chambre. Ça doit effectivement faire un choc ! Plus de peur que de mal.

En septembre, Galtier constate une hausse spectaculaire du nombre d'écrivains qui ont failli être arrêtés par la Gestapo. Inversement, il discute avec un authentique Résistant qui s'ennuie déjà.

C'est plaisant à lire.