Commençons par un bon point : ce n’est pas trop écrit avec les pieds. J’avais été dégouté par un précédent livre de Juvin à cause de son style illisible. Pour l'occasion, il a fait un sérieux effort de clarté. Il y a même de beaux moments.
Son amour de la France paraît sincère.
Il écrit parfois d’énormes conneries. Lorsqu’il raconte que la France est menacée par des températures de 50°C ! Ou quand il nous dit que la France participe au au programme F35 ! Sans compter les fautes d'orthographe ou typographiques. Et la couverture est horrible, elle mériterait à son auteur une peine sévère, style audition des oeuvres complètes de Dave. Bref, c'est un livre outrageusement bâclé.
Mais on lui pardonne, au nom de son intelligence d'ensemble. Et puis, il est partisan du nucléaire, ce qui est la seule position écologique et raisonnable en matière de politique énergétique.
Que dit-il ?
Que la France n’est pas une abstraction et que les dirigeants mondialistes conspirent à faire disparaître cette réalité gênante, à la dissoudre dans des abstractions (l’UE, « la communauté internationale » …). La France qui ne serait plus qu’un terrain administratif où passent des flux humains, matériels et financiers ne seraient plus la France.
La menace est qu’on nous laisse des bribes de folklore pour consoler notre identité blessée et que nous nous en contentions.
Hélas, l’important n’est pas de pouvoir continuer à manger du cochon, mais que nous continuions à avoir collectivement du pouvoir, c’est-à-dire que la nation française continue à exister souverainement.
C’est bien à cette disparition du caillou dans la chaussure de la mondialisation que travaillent Emmanuel Macron et ses marionnettistes.
Juvin insiste sur le fait que la nation est le bon périmètre pour exercer le pouvoir, pour prendre des décisions concrètes et porteuses d'avenir.
Comme Bruno Bertez et d'autres, Juvin pense que la protection des libertés individuelles contre les manipulations des GAFA offre l'occasion d'un retour de l'Etat régalien. Je doute que celui-ci la saisisse.
Juvin se laisse emporter, certaines de ses idées sont mauvaises, mais tout cela est rattrapé par deux grandes forces :
♘ : son amour de la France est éclatant. Il est évident qu'il parle de héros, de villages, de gens avec le coeur, que ce n'est pas une acrobatie littéraire, tout simplement parce qu'il y raccroche des souvenirs personnels, que cela le concerne personnellement. Ah si, les Wauquiez, Macron et compagnie pouvaient cesser d'être des comédiens, mais la tripe, c'est justement ce qui leur manque.
♘ son idée directrice est juste. Hors de la nation, c'est l'individu et la tribu.
L'un des très grands mérites de ce livre est, de manière de plus en plus rare, de parler sans tabou (de l'immigration, de l'islam, de la soumission à l'Allemagne, du consumérisme, de la beaufitude, les éoliennes, la corruption et les paysages etc).
Juvin pense que le retour du politique (par opposition à l'économisme et au juridisme. Les libertés collectives par opposition à l'extension indéfinie et folles des libertés individuelles) est rendu inéluctable par l'urgence écologique au sens large (environnement, populations, cultures, ...). Il pense que la folie individualiste actuelle n'est possible que dans un contexte de croissance continue, pour en atténuer les effets humains néfastes à l'aide d'un raz-de-marrée de matériels et que cette croissance continue touche à sa fin.
C'est la parti la plus faible de son ouvrage : le futur n'est jamais écrit d'avance.
Il a raison : depuis le XVIIIème siècle, l'extension de l'individualisme se nourrit de la dissolution des solidarités permise par l'empire technique. Mais de là à penser que la date de la fin de ce processus est fixée, il y a un pas que je refuse de franchir. Comme il parle sans tabou, il aborde la question de l'effondrement de l'intelligence des occidentaux, mais sans en tirer les conséquences politiques : la révolte pas des idiots-bêtes est plus difficile.
Juvin établit enfin et tout de même, après tant d’attente, un manifeste conservateur pour la France. Ça manque de concret mais l’esprit est là. Il suffirait de quelques politiciens pour transformer ce manifeste en programme mais, hélas, les hommes, à droite ... comment dire ...
La recension de Zemmour :
Éric Zemmour : « Plaidoyer pour une écologie identitaire »
*********
(1) : Le programme de Juvin n'est pas une politique de Bisounours. Il assume et combat ses
ennemis. « Certaines ONG, certains groupes de pression, certaines entreprises
multinationales, certaines Églises ou sectes comptent aujourd'hui parmi les pires
ennemis de la France. » Il rompt avec des allégeances qu'on ne remet plus en cause: «La
justice est rendue au nom du peuple français. Pas au nom du droit, de la Cour de justice
européenne, de cours et de conseils tous plus éminents les uns que les autres…» Il
dénonce l'Otan à la manière gaullienne, pour ne plus être entraînée dans des expéditions
militaires américaines qui ne sont pas dans l'intérêt de la France ; une politique
gaullienne qui aurait eu la chance d'être débarrassée des boulets de la guerre froide et
de la menace communiste: «Trente ans après la chute du mur de l'Est à Berlin, la chute
du mur de l'Ouest, celui de la colonisation américaine qui coupe l'Europe du continent et
interdit l'alliance avec la Russie et la Chine, est la première mission de l'Europe des
libertés.»
Sa critique de l'Europe et de l'euro est plus argumentée que celle de Marine Le Pen
pendant la campagne électorale.
[…]
« Tout conduit la France à être administrée par un manager américain. Tout la pousse à
être gérée par un comptable allemand.» Au moins, Hervé Juvin, comme d'autres, aura
essayé de l'arracher à ce destin funeste mais qui semble inéluctable. En vain. Jusqu'à
quand ?
*********
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dimanche, juillet 01, 2018
lundi, mai 21, 2018
Hervé Juvin : « Le totalitarisme de l'individu est la plus grande menace qui pèse sur notre condition humaine »
Hervé Juvin : « Le totalitarisme de l'individu est la plus grande menace qui pèse sur notre condition humaine »
*************
Le cardinal de Richelieu l'avait dit : « l'Église a l'éternité devant elle, la survie de la France est un combat de chaque jour. » Nous l'avons oublié. Ce combat, depuis trop d'années, n'a pas été mené. Tout a été dit, fait, assumé, comme si la France pouvait tout subir, tout payer, tout accepter. Tout a été affirmé, géré, décidé, comme si la France était le problème, comme si l'identité française était un gros mot, comme si défendre la France était coupable, honteux, et condamnable. Qu'il s'agisse des dérives anti-démocratiques de l'Union européenne, qui entend punir les peuples qui votent mal et les nations qui ne veulent pas se dissoudre dans le grand tout du droit et des Droits, qu'il s'agisse des migrations et de l'intégration de populations étrangères, qui condamnent la France si elle n'est pas fière, forte et sûre d'elle-même, qu'il s'agisse du marché du droit qui entend subordonner les lois, les États et les Nations à l'intérêt du capital à travers la privatisation de la justice, qu'il s'agisse du totalitarisme de l'individu qui détruit implacablement les sociétés les plus soucieuses du respect de la personne humaine, tout ce qui fait la France, tout ce qu'il y a de français en France et dans le monde a été réduit, bafoué, ou détruit. Qui ose encore prononcer la devise: liberté, égalité, fraternité ?
La France n'est pas le problème, elle est notre chance, à nous Français, et à eux, si nombreux dans le monde, qui rêvent de la France et qui attendent qu'elle redevienne ce qu'elle est - la France libre, la France championne des non-alignés, la plus grande France! La France est ce que nous avons de meilleur.
Voilà pourquoi nous allons vivre un moment politique ; le moment où l'arrangement entre la nature, l'identité et la société va prendre le pas sur l'abandon au droit, au marché et à la croissance, dont les promesses ne sont pas tenues, et qui ne peuvent plus être identifiées au progrès.
[…]
Quels sont les intérêts de la France? Comment les affirmer, comment faire la France plus forte, plus écoutée, comment protéger les Français et garantir leur liberté ?
Tout Français ne peut que souhaiter la réussite du Président Emmanuel Macron ; il y va de notre intérêt à tous, de la paix et de la guerre, il y va de la France! Mais force est de constater que sur ces sujets, comme sur bien d'autres, nous attendons encore qu'il exprime sa vision et qu'il nous explique ses choix. Il a su ranimer des symboles utiles ; réception à Versailles, solennité républicaine, et jusqu'au culte du héros, en la personne du gendarme Beltrame. C'est bien.
Mais les effets de ses vœux européens se font attendre. L'Allemagne n'a pas bougé. Mais les résultats politiques de la participation française à l'opération de bombardement en Syrie ont été nuls ; Donald Trump n'a pas bougé dans sa décision de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien, et l'Union européenne a été renvoyée à son insignifiance géopolitique. Mais les déclarations d'intention contre la soumission aux sanctions américaines et à l'extraterritorialité de leurs embargos ne trompent personne ; les entreprises françaises se verront soumises à l'ordre américain, faute d'une politique étrangère claire, qui fixe les lignes rouges, désigne l'ennemi, et fasse passer l'intérêt national avant tout. C'est bien d'en appeler au multilatéralisme, mais comment ne pas constater, avec Donald Trump ou Israël, les perversions d'un système onusien qui avait donné à un représentant de la Libye la présidence d'une commission sur les droits des femmes ? C'est bien de défendre les accords commerciaux, mais comment ne pas voir que le libre-échange a fait une poignée de milliardaires, des millions de chômeurs, la mort de nos villages et de nos villes moyennes, pillés par la grande distribution, et la ruine de nos territoires, abandonnés par les métropoles qui se rêvent virtuelles ?
[…]
Il est clair qu'en matière de pression migratoire, nous n'avons encore rien vu, surtout si ses ennemis continuent d'imposer à l'Europe des idées et des pratiques qui détruisent son unité et implantent sur son sol tous les conflits du monde! Dans ce domaine, subir n'est pas de mise. Il faut anticiper, il faut défendre, et il faut proposer.
Le problème n'est pas l'Afrique, c'est la France ! C'est l'absence d'une politique africaine digne de ce nom, qu'a illustrée la désastreuse destruction du verrou libyen, qu'illustre l'enlisement au Sahel et en Centrafrique! Et c'est l'absence d'une politique de population qui ose dire son nom, comme condition de la paix civile, de l'unité nationale, et de la sécurité des Français. Il y a urgence à la définir! D'abord parce que, depuis l'abandon de l'Union de son devoir de protéger les Européens, il revient à la France, et à elle seule, de tenir ses frontières et de n'admettre sur son territoire que celles et eux qu'elle choisit. Comme l'a rappelé Donald Trump, une nation qui ne tient pas ses frontières n'existe plus. Ensuite, parce que l'Afrique peut être une chance pour la France, la chance notamment que le français redevienne une langue mondiale, la troisième par le nombre de ses locuteurs.
*************
Tout cela est bel et bon, je suis d'accord mais avec deux caveat :
1) Tout cela manque terriblement de concret. Macron, avec son « en même temps » pourrait être d'accord.
2) J'ai essayé de lire un livre d'Hervé Juvin, que j'ai trouvé intéressant pour ce que j'en ai compris, mais il était tellement écrit avec les pieds que je ne suis pas allé au bout. Qu'on ne me dise pas que j'exige de tous les auteurs qu'ils écrivent comme Stendhal ou Julien Gracq : je tolère le style Zemmour assez bien. Néanmoins, il y a un seuil en dessous duquel on se fout du de la gueule du lecteur. C'est le fameux style universitaire inspiré d'Alan Greenspan : « Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé ».
Dans cet entretien (même s'il est un peu fumeux), Juvin paraît capable d'abandonner le charabia, pourquoi ne le fait-il pas dans ses livres ?
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Le cardinal de Richelieu l'avait dit : « l'Église a l'éternité devant elle, la survie de la France est un combat de chaque jour. » Nous l'avons oublié. Ce combat, depuis trop d'années, n'a pas été mené. Tout a été dit, fait, assumé, comme si la France pouvait tout subir, tout payer, tout accepter. Tout a été affirmé, géré, décidé, comme si la France était le problème, comme si l'identité française était un gros mot, comme si défendre la France était coupable, honteux, et condamnable. Qu'il s'agisse des dérives anti-démocratiques de l'Union européenne, qui entend punir les peuples qui votent mal et les nations qui ne veulent pas se dissoudre dans le grand tout du droit et des Droits, qu'il s'agisse des migrations et de l'intégration de populations étrangères, qui condamnent la France si elle n'est pas fière, forte et sûre d'elle-même, qu'il s'agisse du marché du droit qui entend subordonner les lois, les États et les Nations à l'intérêt du capital à travers la privatisation de la justice, qu'il s'agisse du totalitarisme de l'individu qui détruit implacablement les sociétés les plus soucieuses du respect de la personne humaine, tout ce qui fait la France, tout ce qu'il y a de français en France et dans le monde a été réduit, bafoué, ou détruit. Qui ose encore prononcer la devise: liberté, égalité, fraternité ?
La France n'est pas le problème, elle est notre chance, à nous Français, et à eux, si nombreux dans le monde, qui rêvent de la France et qui attendent qu'elle redevienne ce qu'elle est - la France libre, la France championne des non-alignés, la plus grande France! La France est ce que nous avons de meilleur.
Voilà pourquoi nous allons vivre un moment politique ; le moment où l'arrangement entre la nature, l'identité et la société va prendre le pas sur l'abandon au droit, au marché et à la croissance, dont les promesses ne sont pas tenues, et qui ne peuvent plus être identifiées au progrès.
[…]
Quels sont les intérêts de la France? Comment les affirmer, comment faire la France plus forte, plus écoutée, comment protéger les Français et garantir leur liberté ?
Tout Français ne peut que souhaiter la réussite du Président Emmanuel Macron ; il y va de notre intérêt à tous, de la paix et de la guerre, il y va de la France! Mais force est de constater que sur ces sujets, comme sur bien d'autres, nous attendons encore qu'il exprime sa vision et qu'il nous explique ses choix. Il a su ranimer des symboles utiles ; réception à Versailles, solennité républicaine, et jusqu'au culte du héros, en la personne du gendarme Beltrame. C'est bien.
Mais les effets de ses vœux européens se font attendre. L'Allemagne n'a pas bougé. Mais les résultats politiques de la participation française à l'opération de bombardement en Syrie ont été nuls ; Donald Trump n'a pas bougé dans sa décision de sortir de l'accord sur le nucléaire iranien, et l'Union européenne a été renvoyée à son insignifiance géopolitique. Mais les déclarations d'intention contre la soumission aux sanctions américaines et à l'extraterritorialité de leurs embargos ne trompent personne ; les entreprises françaises se verront soumises à l'ordre américain, faute d'une politique étrangère claire, qui fixe les lignes rouges, désigne l'ennemi, et fasse passer l'intérêt national avant tout. C'est bien d'en appeler au multilatéralisme, mais comment ne pas constater, avec Donald Trump ou Israël, les perversions d'un système onusien qui avait donné à un représentant de la Libye la présidence d'une commission sur les droits des femmes ? C'est bien de défendre les accords commerciaux, mais comment ne pas voir que le libre-échange a fait une poignée de milliardaires, des millions de chômeurs, la mort de nos villages et de nos villes moyennes, pillés par la grande distribution, et la ruine de nos territoires, abandonnés par les métropoles qui se rêvent virtuelles ?
[…]
Il est clair qu'en matière de pression migratoire, nous n'avons encore rien vu, surtout si ses ennemis continuent d'imposer à l'Europe des idées et des pratiques qui détruisent son unité et implantent sur son sol tous les conflits du monde! Dans ce domaine, subir n'est pas de mise. Il faut anticiper, il faut défendre, et il faut proposer.
Le problème n'est pas l'Afrique, c'est la France ! C'est l'absence d'une politique africaine digne de ce nom, qu'a illustrée la désastreuse destruction du verrou libyen, qu'illustre l'enlisement au Sahel et en Centrafrique! Et c'est l'absence d'une politique de population qui ose dire son nom, comme condition de la paix civile, de l'unité nationale, et de la sécurité des Français. Il y a urgence à la définir! D'abord parce que, depuis l'abandon de l'Union de son devoir de protéger les Européens, il revient à la France, et à elle seule, de tenir ses frontières et de n'admettre sur son territoire que celles et eux qu'elle choisit. Comme l'a rappelé Donald Trump, une nation qui ne tient pas ses frontières n'existe plus. Ensuite, parce que l'Afrique peut être une chance pour la France, la chance notamment que le français redevienne une langue mondiale, la troisième par le nombre de ses locuteurs.
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Tout cela est bel et bon, je suis d'accord mais avec deux caveat :
1) Tout cela manque terriblement de concret. Macron, avec son « en même temps » pourrait être d'accord.
2) J'ai essayé de lire un livre d'Hervé Juvin, que j'ai trouvé intéressant pour ce que j'en ai compris, mais il était tellement écrit avec les pieds que je ne suis pas allé au bout. Qu'on ne me dise pas que j'exige de tous les auteurs qu'ils écrivent comme Stendhal ou Julien Gracq : je tolère le style Zemmour assez bien. Néanmoins, il y a un seuil en dessous duquel on se fout du de la gueule du lecteur. C'est le fameux style universitaire inspiré d'Alan Greenspan : « Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé ».
Dans cet entretien (même s'il est un peu fumeux), Juvin paraît capable d'abandonner le charabia, pourquoi ne le fait-il pas dans ses livres ?
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