J'en ai vraiment ma claque, sur ce sujet et sur d'autres, de la médiocrité de la presse française. J'ai honte.
Comme le dit le début de l'article, on nous présente les événement comme le concours d'aboiements de deux excités. On ne pourrait faire une analyse plus nulle. C'est à croire que les journalistes français font une compétition pour savoir qui sera le plus con ... et il y a de la ressource.
Et on note le silence assourdissant de la France et du machin bruxellois, preuve, s'il en fallait, que nous ne comptons plus. Au fait, je croyais que notre nouveau président était un croisement de Jésus et de Superman, étrange qu'il n'ait pas encore sauvé le monde (bon, il a mollement soutenu Trump, c'est déjà ça).
On trouve tout de même cela dans le Figaro :
Trump, Kim Jong-un et la Chine : les clés d'un bras de fer
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Kim Jong-un a un projet clair qui est de doter son pays d'une force de dissuasion nucléaire. Instrument majeur d'une indépendance pour le moment plus fantasmée que réalisée, elle ferait entrer l'État nord-coréen dans le club encore restreint des puissances nucléaires.
[…]
Donald Trump, lui, poursuit une politique qui est loin d'être nouvelle : tenter d'empêcher la prolifération des forces nucléaires dans le monde - et pas seulement celles de la Corée du Nord. On peut discuter cette politique qui avalise la distinction entre ceux « qui en ont » et ceux qui « n'en ont pas ». Mais elle n'a rien d'absurde. De surcroît, la méthode du président américain ne semble pas relever de la psychiatrie, comme on le lit ici et là; mais d'une approche réaliste.
[…] les États-Unis se sont appuyés sur l'ONU, qui a interdit à la Corée du Nord tout essai balistique ou nucléaire sous peine de sanctions. Cela n'a rien donné, il faut le reconnaître.
La diplomatie américaine consiste donc, désormais, à compter sur la Chine pour retenir les ambitions du numéro un nord-coréen. Trump sait que seule Pékin a les moyens de tordre le bras de son petit allié nord-coréen. Les pressions pour que la Chine abandonne sa relative complaisance envers ce dernier se sont faites plus insistantes et variées. Trump a usé d'encouragements, voire de flatteries : il s'est déclaré « sûr » que la Chine se montrerait une puissance mondiale responsable. Ensuite, il a affecté d'être déçu par Pékin. Nous pensions que les Chinois feraient mieux, mais au moins, nous aurons essayé, a-t-il déploré en substance. Comme Trump n'est pas naïf, il a glissé aussi quelques menaces: si la Chine ne forçait pas son allié nord-coréen à renoncer à ses projets balistiques et militaires, l'Amérique « pourrait agir seule » et toutes les options « seraient sur la table », de la frappe préventive à un règlement bilatéral qui exclurait la Chine. Les commentateurs aiment à souligner les allusions de Trump à une possible guerre. Mais le président des États-Unis a aussi déclaré qu'il serait « honoré » de rencontrer le jeune dirigeant nord-coréen en tête à tête. Bref, il souffle le froid et le chaud.
La Chine a compris le message. À ses yeux, la Corée du Nord n'est qu'un élément d'un bras de fer plus vaste avec les États-Unis. Ses dirigeants se souviennent des promesses de campagne de Trump concernant l'institution d'une taxe d'environ 45 % sur les importations chinoises aux États-Unis. Ils n'ont pas oublié ses critiques relatives à la manipulation du yuan. L'économie chinoise, croit-on souvent, est trop prospère pour s'inquiéter des mesures que pourraient prendre les États-Unis à son encontre. C'est une erreur. La dette chinoise s'est envolée à bientôt 300 % du PIB. Si le système économique chinois est un système assez contrôlé par l'État pour ne pas trop craindre les trous d'air, il n'est pas sûr que Pékin aimerait tenter l'expérience in vivo pour s'en assurer.
[…]
Mais la Chine ne peut pas non plus se permettre l'effondrement de son allié nord-coréen au profit d'une Corée du Sud soudée aux Américains. Les deux géants américain et chinois sont entrés dans une phase de concurrence pour s'assurer le leadership mondial. En Asie orientale comme ailleurs. Dans ce qui se dessine comme la grande confrontation des prochaines décennies, la Chine ne veut pas commencer par une reculade. Pékin n'entend pas abandonner la Corée du Nord, et n'est par exemple pas du tout disposé à inclure dans les sanctions l'interdiction pour la Corée du Nord d'importer son pétrole. Les dirigeants de Pyongyang sont parfaitement conscients de la garantie stratégique que la Chine leur assure. C'est fort de ce soutien que Kim Jong-un affronte, avec une certaine tranquillité d'âme malgré les apparences, le géant américain. Le David nord-coréen est soutenu par un Goliath bis qui, s'il ne peut lui faire quitter le ring, lui évitera le K.-O.
Quand Donald Trump renoncera à privilégier le concours de la Chine pour aboutir, nous entrerons dans une nouvelle étape - et peut-être plus rapidement qu'on ne croit. Nous aurons sans doute alors d'autres inquiétudes. Mais pour le moment, Trump joue bien sa partition et, hélas, Kim Jong-un aussi. La présidence d'Obama n'a pas obtenu de résultats sur ce dossier. La détermination de Donald Trump doit être saluée, comme elle l'a été par le président Macron. L'horreur du régime de Pyongyang ne se mesure pas seulement à ses menaces apocalyptiques mais au sort qu'il fait subir à sa population. Un exemple entre cent: la main-d'œuvre nord-coréenne bon marché qui travaille en Chine ou en Russie doit verser 80 % des salaires à l'État nord-coréen. Il faut ouvrir la Corée du Nord aux idées, aux images et à la musique du reste du monde. Curieuse solution ? C'est celle de l'avenir. L'URSS s'est effondrée sans tirer un coup de feu, alors que Moscou était en possession de près de 12000 ogives nucléaires stratégiques.
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Je vous encourage vivement à lire Destined for war. Thucidydes' trap.
L'escalade par alliés interposés (type 1914) est un des scénarios menant à une guerre entre les Etats-Unis et la Chine.
On pourrait se poser la question du rôle de la France dans tout cela. Depuis Nicolas Sarkozy, nous sommes alignés servilement sur les Etats-Unis (et « servilement » est presque un euphémisme).
Hélas, hélas, hélas, aucun de nos politiciens n'est en mesure de poser ce débat essentiel, non seulment pour la France, mais, peut-être aussi pour la paix du monde. Trop incultes, trop bêtes, trop nombrilistes, trop conformistes.
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lundi, août 14, 2017
dimanche, juillet 30, 2017
Destined for war. Thucydides' trap (G. Allison)
C'est le livre le plus ambitieux que j'ai lu depuis longtemps puisqu'il vise, tout simplement, à poser dans le débat public, et notamment vis-à-vis des décideurs, la question de la stratégie américaine face à la Chine au XXIème siècle.
Écrit (même s'il cite une trentaine de collaborateurs !) par un ponte d'Harvard, plusieurs fois conseiller présidentiel, c'est un livre à la mode dans le monde politico-médiatique américain.
Il est significatif qu'un livre au statut équivalent en France, celui de Christophe Guilluy sur la France périphérique, ne traite pas de stratégie mais de social. La France n'a plus de stratégie puisqu'elle a renoncé, de fait, à son indépendance.
Il fera date et Allison l'a écrit pour cela.
Mon résumé sera très bref, je vous conseille plutôt de le lire.
Vous serez déçus : il y est question de l'Europe mais uniquement celle du passé. Pour aujourd'hui, nous n'existons plus.
Le piège de Thucidyde est le suivant. La peur que provoque la puissance montante (Athènes, Chine) chez la puissance établie (Sparte, USA) rend la guerre entre eux quasi-inévitable, malgré la bonne volonté des acteurs.
Tout l'objet du livre est de saisir par les cheveux le "quasi".
Allison commence par insister sur le fait qu'une guerre entre les Etats-Unis et la Chine est beaucoup plus probable que le pense le grand public. Cette guerre est dans la force des choses, c'est la pente naturelle.
Ces deux puissances sont sur une route de collision et éviter cette guerre qui vient nécessite des changements radicaux des deux côtés.
Dans les 13 cas similaires recensés, 10 ont abouti à une guerre, dont la première guerre mondiale. Il n'y a donc aucune raison de se laisser aller à un excès d'optimisme.
Péricles, signataire de la Paix de Trente Ans, était parfaitement conscient des dangers d'une guerre entre Athènes et Sparte. Le roi de Sparte a prédit, avec justesse, que cette guerre serait la fin des deux cités. Et pourtant, ils n'ont pu l'empêcher.
Allison évoque, pas assez à mon goût, les facteurs internes à chaque pays.
Il remarque (ça s'applique fort bien à la France) que, lorsqu'un pays fait une politique manifestement contraire à ses intérêts vus par un observateur extérieur (cas du Japon en 1941), c'est le résultat de graves dysfonctionnements internes (dont les autres acteurs n'ont pas forcément conscience, ce qui est très dangereux puisqu'un acteur peut alors pousser sans le vouloir l'acteur dysfonctionnant à des décisions folles) ayant pour conséquence une vision tronquée, des compromis bancales et des décisions absurdes.
Allison fait de longs développements sur la spécificité de notre époque qui empêche de complètes analogies historiques : l'arme atomique.
Il craint notamment qu'une réduction des arsenaux nucléaires, partant d'un bon sentiment et d'une intelligence défaillante (le sentimentalisme sirupeux et vicieux caractérise notre époque), diminue la dissuasion et rende la guerre plus probable. Mao a un jour dit que la Chine millénaire peut se permettre une guerre à 300 millions de morts.
Plus que tout, Allison craint les dysfonctionnements d'une démocratie américaine décadente (ce sont ses mots) et d'une direction chinoise sclérosée. L'interaction de ces deux décadences peut mener à la catastrophe.
Il étudie plusieurs scénarios menant à la guerre et plusieurs stratégies pour préserver la paix.
Des imbéciles soutiennent que la Guerre Froide fut un montage de la propagande américaine, que la guerre avec l'URSS n'a jamais été un risque crédible. Ce genre de sophisme est aisé quand on connaît la fin de l'histoire. C'est se donner à bon compte une image de non-conformisme intellectuel.
Les vrais sages savent que la guerre est toujours plus près qu'on croit et qu'il est louable de l'éviter, mais pas à n'importe quel prix. On ne doit pas mener une politique si mauvaise qu'on finit par ne plus avoir le choix qu'entre la guerre et la servitude.
Bien sûr, ce livre est aussi une manière de former l'opinion, mais c'est au lecteur d'être intelligent.
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