Affichage des articles dont le libellé est Buisson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Buisson. Afficher tous les articles

samedi, mai 18, 2019

Narcissisme et légitimité



En plus de la video supra du Buisson chauve, je vous ai mis en note des extraits d'un article d'Atlantico (1). Ils n'apportent rien de nouveau par rapport à ce que je raconte depuis des mois et même des années. Ce sont juste des arguments d'autorité pour assommer les inconscients qui me prendraient pour un con !

Contrairement à Buisson, je pense que le problème de la légitimité est posé en France depuis fort longtemps. Mon carré politique magique, peuple, souveraineté, nation, démocratie (2),  fonde la légitimité politique.

Or, ce carré n'a qu'un seul ennemi, mais très puissant : le narcissisme. Si valent seule ma petite personne, ses désirs, ses pulsions, ses besoins, si rien ne transcende mon petit moi, alors, il n'y a plus ni peuple, ni nation, et donc, ni souveraineté, ni démocratie.

Même la souveraineté sur soi disparaît : il est insupportable dans un monde où seul l'ego compte que mon moi se heurte à un autre moi, il ne me reste donc plus comme ressource pour éviter les frictions que de penser, de dire et de faire comme tout le monde.

Le problème de la légitimité politique se pose donc depuis que le narcissisme travaille à devenir le seul critère de vie. Autrement dit, il n'est pas abusif de penser que le référendum perdu de 1969 est en France la première attaque post-moderne contre la légitimité politique, puisque le Non était clairement une envie infantile d'envoyer balader la politique pour se consacrer sans entraves à la société de consommation.

Remarquons que le problème traverse tout l'Occident: les Anglais ne sont pas empêtrés dans le Brexit sans raison.

Pour l'instant, seul Trump a affronté de face ce problème, puisqu'une de ses déclarations de campagne les plus marquantes est « La question du mur à la frontière, c'est la question de savoir si nous avons un pays ou pas. Si nous n'avons pas de frontière, nous n'avons pas de pays ». Autrement dit, il rétablit la souveraineté, la nation et le peuple en les enfermant par une frontière, au détriment du désir individuel de l'immigré, de l'autochtone qui en aurait profité et du narcissisme de celui qui s'exalte sur l'immigration.


**************
(1) :
Yves Michaud : La séquence du grand débat a été de la poudre aux yeux. Les dés étaient pipés d’avance. En plus la manière dont Macron s’est imposé dans ce débat a été calamiteuse et a mis en évidence tous ses défauts – narcissisme, « je sais tout », « je découvre le fil à couper le beurre », « je ne savais pas ce qu’il en était ». J’ai été frappé, et je ne suis pas le seul, par la naïveté avec laquelle il a dit découvrir des choses qu’il aurait du savoir s’il avait fait un peu de terrain et s’il avait des conseillers qui ne soient pas des olibrius pas très savants comme Emelien, Castaner ou Griveaux.

Ajoutons ses défauts psychologiques personnels (narcissisme, monsieur « je sais tout », arrogance, ambiguïté des comportements privés – Benalla, les doigts d’honneur des beaux rappeurs) et son manque de formation de terrain (énarque, cabinets, réseaux financiers) et cela donne le rejet vertigineux dont il fait l’objet. Il a tout pouvoir, il n’est pas sympathique et ne connaît ni le job, ni le pays.
Quelle solution serait envisageable ? Pour lui, je crois que c’est désespéré.

Chantal Delsol : Nous sommes aujourd’hui, et je le regrette, dans une logique de classes et même de lutte des classes. Elle est due clairement, et les observateurs l’ont bien montré, à la naissance d’un nouveau « monde » (les mondes étrangers de la mondialisation) dans lequel se sont installées les élites. De cette manière, les élites et les peuples n’appartiennent plus au même « monde ». La situation est analogue à celle vécue par certains pays aux siècles passés (par exemple la Russie, la Roumanie), dans lesquels l’élite parlait quotidiennement une langue étrangère considérée comme plus civilisée (le Français, l’Allemand), pendant que le peuple ne parlait que la langue vernaculaire. Entre l’élite française des grandes villes, polyglotte et voyageuse, et le peuple des villes moyennes, les centres d’intérêts et les aspirations ne sont plus les mêmes – les mots ne sont plus les mêmes. C’est la souffrance de se trouver abandonné en des lieux moins enviables, qui provoque la colère des « gilets jaunes ».
Chantal Delsol : Les Français n’ont jamais été aussi démocrates que les Anglais, les Américains ou les Suisses. La France est toujours davantage une république qu’une démocratie. Aujourd’hui, on peut constater tous les jours que nos élites ne croient plus à la démocratie : elles pensent qu’il faut donner le pouvoir aux compétents, et que le bon peuple ne comprend rien. D’ailleurs l’expression populaire n’est pas vraiment respectée en France. Il est assez inutile de parler du RIC quand on voit que le referendum de Notre-Dame des Landes a été aussitôt retoqué par le gouvernement, quand on se souvient de quelle manière le vote français anti-Maastricht de 2005 est passé par perte et profits, ou quand on entend une partie de l’élite française souhaiter à grands cris que les Anglais votent à nouveau sur le brexit…
Yves Michaud : Je n’utiliserais pas l’expression de « démocratie censitaire », mais celui de confiscation du pouvoir par une oligarchie, une élite de pouvoir (le livre The Power Elite de C.W. Mills fut publié en 1956), qui fonctionne en réseau (Ena, milieux d’affaires, postes politiques avec cumul des mandats, régimes spéciaux de retraite, de primes, d’avantages financiers. Lisez le Who’s Who et voyez les déjeuners du club le Siècle !). Sauf que cette élite de pouvoir  - le terme d’élite devant être relativisé quand on voit l’inintelligence de la plupart de ses membres - est maintenant contestée directement et immédiatement par les moyens d’expression dont bénéficie le peuple – réseaux sociaux, pétitions, informations (y compris fausses), cagnottes, conseils juridiques, etc. Le plus malin sur ce plan a été Trump qui s’est mis à la tête de son propre réseau social en tweetant comme un malade et en court-circuitant totalement les médias dits sérieux. Pour tout dire, je suis très pessimiste sur la suite. Je pense que le commencement du début d’une solution viendra avec la prise au sérieux des mouvements populistes un peu partout en Europe. Ici encore Trump a été « génial » - il est le populiste par excellence. Au lieu d’anathématiser, il faut prendre au sérieux ces mouvements et voir quelles sont leurs revendications authentiques et justifiées. Condamner, par exemple, avec mépris les populismes des pays de l’ex-zone soviétique est une insulte et une sottise : ils ont vécu 60 ans d’une expérience politique totalitaire sans commune mesure avec la notre… Les invectives macroniennes hystériques et surjouées sont ridicules. On verra le 26 mai au soir mais je doute vraiment que ce soit réjouissant pour lui.
(2) : les 4 attaques gauchistes :

la nation =>; le mondialisme.

le peuple => le grand remplacement.

la souveraineté => l'UE.

la démocratie => la dénaturation de la constitution.

lundi, décembre 18, 2017

La Vendée buissonnnière

Je vous ai déjà parlé des convergences de Michel Ragon, vendéen et libertaire, et de Philippe de Villiers, vendéen et conservateur. Il y en a qui admirent Macron, moi je préfère Ragon. Entre le petit bourgeois fayot d’Amiens (qu’a fait Macron toute sa vie à part fayoter, avec ses profs, au point d’en épouser une, avec ses mentors, avec ses patrons, avec ses électeurs, avec Merkel ?) et l’ouvrier autodidacte de Cholet, on n’a pas les mêmes valeurs.

Pour ma part, je suis un chaud partisan du tirage au sort des dirigeants. Ca marchait bien pour la démocratie athénienne et ça marche encore pour les cours d’assises.

La conférence de Patrick Buisson est dans cette veine vendéenne.


vendredi, juin 09, 2017

Nos politiciens et l'histoire vus par Bainville

« Un politicien qui ne connaît pas l'histoire est comme un chirurgien qui n'est jamais entré dans un bloc opératoire ». Jacques Bainville.

Quand on voit le niveau atterrant de nos politiciens en histoire ... Pour eux, l'histoire se résume à la Révolution et à la seconde guerre mondiale et, encore, ils ne les connaissent que par des caricatures fausses (la Résistance de gauche, Vichy de droite, par exemple).

Cette ignorance crasse de l'histoire n'est pas un accident, c'est la conséquence naturelle du gauchisme culturel. Si on considère qu'il y a un progrès continu et inévitable, que nous sommes meilleurs que nos ancêtres, nous n'avons rien à apprendre de ce qui s'est passé avant nous.

A contrario, les conservateurs savent que nous sommes, comme disaient les anciens, des nains juchés sur les épaules de géants et que l'histoire à des choses à nous apprendre.

Allez, un peu d'histoire, nous sommes en 1830 :

Éric Zemmour: « Non, nous ne sommes pas en 1958, mais en 1830! »

Un résumé écrit de la conférence de Buisson :

Patrick Buisson: « Emmanuel Macron ne peut pas être en même temps Jeanne d'Arc et Steve Jobs »

Tiens puisqu'on parle d'histoire :








lundi, mai 29, 2017

Excellente conférence de Patrick Buisson sur l'élection d'Emmanuel Macron




C'est peu dire que j'attendais cette conférence avec impatience. Et j'ai bien l'impression que Patrick Buisson se savait attendu !

Patrick Buisson a bien fait attention à rester muet pendant cette campagne (à part une sortie qui aurait pu être salvatrice pour Fillon -Mélenchon plus chrétien que Fillon- mais que cet imbécile de Filon n'a pas comprise).

Ayant fait monter le suspense, entretenu l'envie par la rareté, Buisson ne déçoit pas.




samedi, mai 20, 2017

Les réflexions de Laetitia Strauch et de Patrick Buisson

Laetitia Strauch-Bonart: « Au lieu d'assumer son conservatisme, la droite se pare des habits du progressisme »

************
LE FIGARO. - La droite semble désemparée devant les débuts du président Macron. Elle affirme son identité par le fait d'augmenter le pouvoir d'achat et de baisser les impôts. Est-ce un corpus doctrinal suffisant ?

Laetitia STRAUCH-BONART. - La réponse est dans la question ! Avoir pour seul programme affiché la volonté d'augmenter le pouvoir d'achat en baissant les impôts est d'une pauvreté sans nom. LR se recroqueville sur son plus petit dénominateur commun : le post-chiraquisme et le flou idéologique vaguement libéral. Quoi qu'on pense d'Emmanuel Macron, il a mené une véritable réflexion sur la fiscalité française, et souhaite augmenter la CSG pour financer la Sécurité sociale d'une catégorie de population qui d'ordinaire vote à droite, les indépendants.

[…]

« Je n'ai qu'un ennemi, le conservatisme », avait lancé Luc Chatel en meeting. N'est-ce pas la même perspective qu'En marche!?

Comme bien d'autres responsables politiques de droite, Chatel emploie le terme « conservatisme » dans son sens littéral : l'absence de changement quand celui-ci est nécessaire. Cela n'a rien à voir avec la pensée conservatrice, une tradition politique et philosophique vieille de deux siècles, née an Grande-Bretagne ! Mais cette remarque trahit tout le paradoxe de la droite française: au lieu d'assumer son conservatisme - l'attachement à la conservation de ce qui nous est cher, la prudence face au changement, la préservation des attachements humains, la reconnaissance que la vie est faite de limites -, elle se pare des habits du progressisme.

[…]

On entend souvent la formule « droite des valeurs ». Vous semble-t-elle pertinente ?

Non ! Elle sous-entend que la droite pourrait s'unir, des LR jusqu'au FN, en s'entendant sur des valeurs - traditionnelles, identitaires, ou que sais-je encore. C'est la tentation du moment, et la vision que dessine Marion Maréchal-Le Pen en appelant à un « conservatisme » partagé. Pour la droite LR, ce serait une grande erreur, et ce serait tomber dans le piège tendu par notre nouveau président ! [Sur ce point, je suis en train d'évoluer. Je trouvais l'union des droites souhaitable et possible. Je me demande maintenant si elle est possible. J'en viens aussi à me demander si elle est souhaitable. Une alliance suffirait, c'est la logique du mode scrutin, un gros et un petit dans chaque camp : PS-PC, RPR-UDF] Les conservateurs de la « droite des valeurs », parce qu'ils sont antilibéraux, sont en train de rejouer la pièce de 1789 : devant le raz-de-marée libéral, s'exiler et lutter depuis l'extérieur. Tout comme les réactionnaires, après 1789, ont refusé tout compromis avec la République, et se sont discrédités par leur intransigeance, ces conservateurs sont tentés de se regrouper pour défendre leurs « valeurs ». Ce faisant, vous ne faites pas avancer vos valeurs, car celles-ci se durcissent et perdent toute crédibilité. L'erreur est surtout idéologique Elle dénature profondément le conservatisme, qui non seulement est l'ami du libéralisme et de la modération, mais a peu à voir avec cette vision « identitaire ». Le conservatisme, c'est Edmund Burke, ce n'est pas Charles Maurras [Moi aussi, j'admire Burke, mais je me méfie. Le problème avec ce raisonnement, c'est qu'on en vient vite à regretter, comme Voltaire, Constant, Pompidou et tant d'autres, que les Français ne soient pas des Anglais, ce qui est, évidemment, une impasse].

[…]

Le libéralisme économique ne mène-t-il pas forcément, comme le dit Jean-Claude Michéa, au libéralisme sociétal ?

Si c'était le cas, la société victorienne aurait sombré dans la licence la plus débridée. Que dire aussi des puritains américains ou des protestants de Max Weber ? L'histoire nous montre au contraire que les hommes sont libres et que l'interprétation marxiste - car c'en est une - qui maintient que le libéralisme économique mène au libéralisme sociétal est fausse. Certes, les sociétés que je prends pour exemples avaient en commun d'être fondées sur une pratique profonde de la religion, mais il faudrait prouver, alors, que c'est le libéralisme économique qui a sapé les bases de la foi. J'admets cependant que le libéralisme a changé de nature : comme l'ont montré des auteurs comme Daniel Bell ou Zygmunt Bauman, il n'est plus le capitalisme de la norme et du conformisme, mais celui de la fluidité. Ainsi, si vous êtes libertaire, vous pouvez tout à fait vous accommoder du libéralisme de la fluidité.
************

Nota : pourquoi ai-je amputé le nom à rallonge de l'auteur ? Parce que les noms à rallonge m'insupportent, ça fait maniéré. Bon, c'est un peu brutal et cavalier de ma part, je l'admets. Plus généralement, j'aime les hommes de peu de mots. Avec un nom à rallonge, ça commence mal.






mercredi, février 15, 2017

Patrick Buisson: "Macron et Fillon, frères jumeaux d'une même pensée"

Un article de L'Express du 31 janvier.

Patrick Buisson: "Macron et Fillon, frères jumeaux d'une même pensée"

L'élection présidentielle de 2017 marque-t-elle le triomphe des primaires ?

Les primaires auront fonctionné comme une formidable machine à remonter le temps : avec le rétablissement implicite du suffrage censitaire et le retour au système des candidatures officielles, tel que l'avait instauré Napoléon III, nous voici revenus au XIXe siècle [excellent J]. Etrange régression démocratique qui a pour effet d'aggraver la crise de représentation en renforçant le poids politique des classes urbaines dominantes, alors qu'il faudrait rouvrir le jeu au moment où, partout dans le monde, la poussée des populismes traduit la volonté des catégories populaires d'être représentées et gouvernées selon leurs intérêts [visiblement, Buisson partage mon inquiétude de voir la France rater un tournant historique].

Avec moins de 13 % du corps électoral, les primaires n'auront mobilisé que les inclus et offert à une minorité partisane, sociologiquement homogène, le pouvoir de construire l'offre politique. La manœuvre est, cependant, en train d'échouer. Conçues comme une procédure de relégitimation pour sauver la partitocratie, les primaires débouchent sur un big bang politique.

La dynamique va aux candidats hors système, de Macron à Le Pen, quand les candidats des deux partis de gouvernement, issus des primaires, sont déjà en grande difficulté. En fait, c'est la dislocation du système partisan qui est désormais inéluctable. Les partis du bloc central ne sont plus des grands corps malades, mais des cadavres en état de décomposition avancée.

Mais François Fillon peut compter sur un socle autrement plus fort que celui de Benoît Hamon, non ?

Le problème de la droite, c'est de renouer l'alliance victorieuse des forces conservatrices et de l'électorat populaire. Celle qui fut à l'origine du succès du RPF en 1947, du triomphe gaulliste en 1958 et de l'élection de Sarkozy en 2007. Or la primaire de la droite a enfermé Fillon dans une base sociologique très restreinte. Jadis, Malraux pouvait dire du gaullisme que c'était le métro à l'heure de pointe. Aujourd'hui, le fillonisme, ce n'est guère plus que le Rotary à l'heure de l'apéritif. Ce retour à un ghetto électoral tend à montrer que le sarkozysme n'aura été qu'une brève parenthèse dans l'histoire du déclin de la droite. En 1981, les candidats de la droite de gouvernement rassemblaient 49,3 % de suffrages au premier tour de la présidentielle. En 2012, ils n'en attiraient plus que 29 %. Dans l'intervalle, le Front national a progressivement occupé la place jadis dévolue au RPR.

François Fillon s'inscrit-il dans la lignée de Nicolas Sarkozy ?

Non, pour ce que l'ancien président avait de meilleur. Hélas oui, pour ce qu'il avait de pire : la réduction de la droite à la défense d'intérêts catégoriels, son identification au gros argent, aux fermiers généraux des grandes compagnies de la finance globalisée. Cette droite-là ne psalmodie les sourates de l'économisme que pour mieux dissimuler le fait qu'elle choisit finalement le marché contre le sacré. La faute originelle de Fillon, celle dont tout découle, aura été, sous le couvert de la rupture, de porter un programme qui fait de lui le candidat du patronat. Du coup, il ne pouvait apparaître, selon la formule de Madelin, que comme un "Robin des bois à l'envers", l'homme qui prend aux pauvres pour donner aux riches.

Quel projet politique porte-t-il ?

L'acte fondateur de sa campagne a été sa visite au Salon des nouvelles technologies de Las Vegas en janvier. Le candidat geek autoproclamé y a affirmé sa volonté de faire de la France une "smart nation" dans un monde connecté. L'idolâtrie des moyens va toujours de pair avec l'oubli des fins. C'est ce que rappelait déjà Bernanos dans La France contre les robots, quand il écrivait qu'un Etat n'existe qu'en vue de la fin qui justifie sa raison d'être. A savoir le service du bien commun [De Gaulle disait : "D'abord, la France. Ensuite, l'Etat."].

Si un conservateur est un libéral vacciné contre les illusions du progrès, Fillon n'est pas un conservateur, mais, au contraire, un adepte du progrès-croyance, un esprit gnostique qui croit que le progrès est non plus dans l'homme mais dans la technique. Or le propre de la pensée conservatrice - et c'était là le cœur du message de la Manif pour tous - tient dans l'idée que, derrière chaque progrès, il y a un antiprogrès potentiel et que, la plupart du temps, les innovations qu'apporte la modernité sont pires que les problèmes qu'elle croit résoudre. Qu'en sera-t-il de la révolution numérique quand on sait que la "révolution agricole" des années 1950-1970 a détruit 5 millions d'emplois pour n'offrir aux consommateurs qu'un peu de chimie dans leur assiette ?

A-t-il eu raison de se présenter comme "chrétien" ?

Le christianisme postule le refus de la domination absolue du monde marchand, la malédiction biblique des idoles, que Marx recyclera en se faisant le contempteur du "fétichisme de la marchandise". A cette aune, Mélenchon est plus chrétien que Fillon. Plus chrétien de ce point de vue, parce que plus marxiste.

Avant même l'"affaire Penelope", qu'est-ce qui expliquait, selon vous, l'enlisement de la campagne Fillon ?

La doctrine de Fillon n'a pas changé. Elle se résume à sa déclaration inaugurale de 2007 : "Je suis à la tête d'un Etat en faillite." A travers cette vision purement gestionnaire et comptable, il y a un renversement total de perspective, une abdication complète du rôle essentiellement politique de l'Etat au profit d'un management qui n'est plus gouvernement des hommes, mais administration des choses. Ainsi s'accomplit le remplacement de la fonction souveraine par la fonction économique. Fillon a choisi d'apporter une réponse technicienne à une opinion dont la demande est principalement régalienne: protection, sécurité, autorité de l'Etat, retour des frontières. Pour Trump, le contexte, dominé par le terrorisme islamiste, commande de faire exactement l'inverse.

Comment peut-il réorienter sa campagne pour toucher les catégories populaires ?

Pour cela, il faudrait qu'il sache, selon le mot de De Gaulle, "chanter à la nation la romance de sa grandeur". Or l'exaltation de ce capital-là, le capital immatériel que composent notre identité, notre mode de vie et notre patrimoine, ne lui inspire que des mots convenus. Au moins pourrait-il s'affranchir d'un discours tout économique pour aborder les vrais enjeux. Le problème central de la société française est celui de la déliaison libérale, qui ne veut connaître que des hommes déliés, détachés de toute vie communautaire. De là procède la dynamique populiste qui exprime la nostalgie des appartenances, des communautés et des solidarités perdues.

L'urgence politique est de répondre à cette quête de communauté et de rétablir l'oikos [du grec ancien, "maison", "patrimoine"] au coeur de l'oikonomia ["gestion de la maisonnée"]. Il y a en France 10 millions d'aidants qui se consacrent à des proches, malades ou dépendants. Cela représente une économie de plus de 160 milliards d'euros par an pour l'Etat. Plutôt que de prôner une énième réforme de la Sécurité sociale, le candidat de la droite serait mieux inspiré de favoriser ces solidarités communautaires, cet "être ensemble" qui ne relève pas de l'avoir, ce "nous" de l'altruisme et de l'échange non marchand. [Je crains, hélas, que François Fillon n’ait absolument pas fait cette analyse et Marine Le Pen pas beaucoup plus, mais du moins elle hérite de cette direction de son père et elle a Marion qui la pousse].

De quoi Emmanuel Macron est-il le nom ?

Au moment où Jean-Claude Michéa publie Notre ennemi, le capital, Emmanuel Macron apparaît comme un homme laboratoire : il est l'illustration parfaite de la reconstitution de l'unité philosophique du libéralisme, de la complémentarité dialectique du libéralisme économique et du libéralisme culturel, de la "société liquide" et de la marchandisation des corps. Il est également l'homme de toutes les dérégulations, qui annonce la future recomposition politique sous la forme d'une réunification des libéraux des deux rives. Il est enfin la preuve vivante que le système n'est pas encore totalement à court de ressources, puisqu'il peut engendrer un candidat qui réussit à se poser en alternative du système alors qu'il en est le produit le plus achevé.

Emmanuel Macron peut-il gagner ? Où sont ses fragilités ?

Etre le candidat de la mondialisation heureuse à l'heure du retour en force de l'Etat-nation et d'un quasi-consensus en faveur du patriotisme économique ne lui garantit pas jusqu'au bout le soutien des classes moyennes paupérisées que sa posture antisystème et antipartis lui vaut actuellement. Même si, en revanche, son discours probusiness et promigrants peut avoir un écho certain auprès des jeunes des cités pour qui l'ubérisation de l'économie apparaît comme une véritable aubaine [ ?????].

Fillon et Macron se caractérisent-ils d'abord par leurs différences ou par leurs points communs ?

Ce sont des frères jumeaux d'une même pensée qui s'arrête à la seule vérité de l'économie. Comme si la montée depuis trente ans du vote protestataire et de l'abstention ne traduisait pas le mal-être, mais le "manque-à-être" de la logique consumériste. La société de consommation est une société de consume-nation. L'homme, réduit à l'économie, réduit sa patrie à une grande surface qui fait des soldes et du crédit. [Citation dans le livre de Philippe Bénéton : « Qu’économise l’économie ? L’amour »].

L'identité d'un pays ne se ramène pas à son PIB et la croissance n'opère en rien le réenchantement du monde. Il y a toutefois une différence entre Macron et Fillon. L'un a l'optimisme et l'alacrité du joueur de flûte de Hamelin, qui entraîne les rats vers la rivière; l'autre est un Diafoirus qui ne promet qu'une purge anxiogène à base de sacrifices et de larmes.

Marine Le Pen se heurtera-t-elle, comme aux régionales, à un plafond de verre ?

C'est le mode de scrutin lui-même qui constitue ce fameux plafond de verre. Mais ce qui est l'ultime protection du système contre les différentes expressions du populisme ne cesse de nourrir l'impuissance et l'impopularité des gouvernements successifs, à mesure que s'amenuisent leur représentativité et donc leur légitimité.

La droite peut-elle perdre cette élection, qu'elle jugeait il y a encore peu imperdable ?

Oui, et ce ne sera pas seulement en raison du discrédit moral dont on cherche à accabler son candidat, mais faute, pour celui-ci, de s'être clairement positionné sur les nouveaux clivages entre peuple et élites, souverainistes et libéraux, identitaires et diversitaires.



dimanche, décembre 18, 2016

Ne nous y Fillon pas !

Entretien avec Patrick Buisson :



Patrick Buisson : "Cette percée idéologique... par bvoltaire

Je suis d'accord avec Patrick Buisson : il est vain d'attendre un homme providentiel, Fillon ou un autre. Les hommes providentiels, avec la part d'inattendu, sont rarissimes en politique. Jeanne d'Arc. Peut-être De Gaulle, et c'est tout.  Même Bonaparte n'est pas vraiment providentiel dans le sens où tout cela, comme disait Sieyès, aurait fini en dictature militaire avec Napoléon ou un autre.

Le basculement viendra  de plus profond.

Pendant ce temps, dans notre belle France :







mardi, octobre 18, 2016

La cause du peuple (P. Buisson)

Matthieu Bock-Coté a publié la recension de La cause du peuple que je m'apprêtais à vous écrire. C'est pourquoi je vais en citer de larges extraits :

Mathieu Bock-Côté : après la polémique, ce qui restera du livre de Patrick Buisson

Seul bémol, je trouve le style Buisson assez lourd et non dénué de préciosités.

Mais son livre reste un plaisir parce que, comme Zemmour, il a intériorisé l'histoire de France et en a une vision globale et personnelle. On est loin des pédanteries et des pinaillages, c'est-à-dire, des idioties, des demi-intellectuels gauchistes.

Le fact checking n'est que la version cuistre et journalistique, sans exclure des explications plus déshonorantes,  de « Le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt ». Par exemple, peu importe qu'il y ait 4 millions de musulmans en Franc ou 8 millions, quand on compte en millions, c'est déjà trop.

Chesterton a écrit tout un livre sur un poète sans une seule citation exacte (!) et, pourtant, les spécialistes de ce poète considèrent son analyse comme excellente. Je ne suis pas en train de plaider en faveur de l'inexactitude mais de l'intelligence.

Les pseudo-penseurs le nez sur le guidon m'insupportent de plus en plus. C'est pourquoi j'ai plaisir à lire Zemmour et Buisson.

Et maintenant, citons Bock-Coté :


**************
« Un brulot ». Un « livre à charge ». Un « règlement de comptes », ajoutèrent certains. C'est ainsi qu'on a accueilli La cause du peuple (Perrin, 2016), le dernier livre de Patrick Buisson, en prenant bien la peine de rappeler, comme à l'habitude, tout son parcours idéologique, comme s'il fallait mettre en garde le commun des lecteurs contre lui. Ces mises en garde faites, on a tout fait pour réduire cet ouvrage à une compilation de confidences et d'indiscrétions, comme s'il se livrait à la manière d'un petit tas de secret sur la Sarkozie. En gros, ce serait un livre de ragots. Comment ne pas voir là une autre preuve que la plupart du temps, les journalistes ne lisent pas vraiment les livres dont ils parlent? Ou s'ils les ont lu, qu'ils se fichent bien de l'essentiel. Ou alors, peut-être ont-ils décidé d'enterrer celui qu'on veut à tout prix faire passer pour un mauvais génie? Chose certaine, ils ne se sont pas intéressés à l'analyse de notre situation historique que Buisson a pris la peine d'élaborer sur plus de 400 pages, avec un bonheur d'écriture indéniable: on se contentera d'y coller une sale petite étiquette radioactive pour en faire un infréquentable personnage. Le vrai pouvoir de la gauche médiatique, c'est de décerner des certificats de respectabilité auxquels on prête encore de la valeur.

Et c'est dommage. Très dommage. Car La cause du peuple est probablement un des livres les plus importants paru ces dernières années - j'ajouterais, un des plus passionnants.

[…]

Qu'il s'agisse de la question de l'autorité de l'État, de l'immigration ou des questions sociétales, Buisson revient toujours à la charge en rappelant une chose fondamentale : le peuple français fait une expérience pénible de sa désagrégation : ce constat est vrai pour l'ensemble des peuples occidentaux. Il voit ses symboles s'égrener, ses repères se brouiller, son identité s'émietter. Il se sent de plus en plus devenir étranger chez lui. Ses aspirations profondes sont étouffées, et mêmes déniées. On les présente comme autant d'archaïsmes ou de phobies alors qu'il s'agit d'invariants anthropologiques que la civilisation avait traditionnellement prise en charge et mise en forme. La vocation du politique, nous dit Buisson, est d'abord conservatrice: il s'agit de préserver une communauté humaine, qui est une œuvre historique vivante, et non pas toujours de la réformer pour l'adapter à la mode du jour. Il y a dans le cœur humain un désir de permanence qu'on doit respecter. Lorsqu'on le nie, on pousse l'homme à la solitude extrême, puis à la détresse.

[…]

C'est en puisant directement dans la légitimité populaire que Buisson entend régénérer le pouvoir, le déprendre des nombreuses gangues qui l'enserrent comme le droit européen ou international ou encore, les nombreux corporatismes qui entravent la poursuite de l'intérêt général. Mais, ajoute-t-il, la gauche ne pense pas trop de bien de ce retour au peuple, puisque depuis très longtemps, elle se méfie des préjugés du peuple, qui se montre toujours trop attaché à ses coutumes: elle rêve d'une démocratie sans le peuple pour la souiller de ses mœurs. C'est l'histoire du rapport entre le progressisme et le peuple dans la modernité. Dans le cadre de la campagne de 2012, Buisson cherchera quand même à convaincre Nicolas Sarkozy de miser sur une politique référendaire qui pourrait faire éclater le dispositif annihilant la souveraineté. Il n'y parviendra pas vraiment, même s'il poussera le président-candidat à renouer avec une posture transgressive.

[…]

On me pardonnera de le redire, mais on aurait tort de voir dans cet ouvrage essentiel une bête charge contre un homme désaimé. En fait, quiconque recense La cause du peuple est condamné à ne rendre que partiellement compte de l'exceptionnelle réflexion qui s'y trouve. Buisson, en fait, fait le portrait de la misère d'une époque qui a le culot de se croire presque irréprochable alors qu'elle pousse les hommes à la misère affective et spirituelle et finalement, à une solitude si violente qu'elle représente peut-être la pire misère qui soit. En creux, il formule un programme de redressement qui est moins fait de mesures ciblées que d'un appel à renouer avec une idée de l'homme autrement plus riche que celle qui domine en modernité avancée: il n'y aura pas de réforme politique sans réforme intellectuelle et morale, dirait-on. L'homme politique ne doit plus voir devant lui une société flottant dans un éternel présent où se meuvent des individus bardés de droits mais un peuple historiquement constitué. Et il doit moins se présenter comme un habile gestionnaire du présent que comme un homme incarnant le passé, le présent et l'avenir d'une civilisation.

Si Nicolas Sarkozy savait parler et faire de bons discours, il ne savait finalement pas incarner sa fonction et encore moins son pays. À lire Patrick Buisson, c'était un comédien de talent qui n'avait pas de vocation sacrificielle. Buisson a échoué a en faire le grand homme qu'il aurait peut-être pu être. Pouvait-il en être autrement? On comprend pourquoi la figure du général de Gaulle hante les pages de La cause du peuple. Mais il ajoute: «de n'avoir pas réussi la mission que je m'étais donnée ne prouve rien. D'autres, je le sais, viendront après moi pour dire et redire que ne font qu'un la cause du peuple et l'amour de la France» (p.442). Un pays dure tant que dure dans le cœur des hommes le désir qu'il persévère dans son être: la flamme de la résistance doit toujours être portée pour un jour le faire renaître mais il arrive qu'ils soient bien peu nombreux à la maintenir. Ce qui habite Patrick Buisson, manifestement, c'est l'espérance d'une renaissance française.

La cité a quelque chose de sacré: à travers elle, l'homme fait l'expérience d'une part essentielle de lui-même, qui le transcende, qui le grandit, qui l'anoblit. « Aimer la France, dit-il, ce n'est pas aimer une forme morte, mais ce que cette forme recèle et manifeste d'impérissable ». Et Buisson ajoute: « Ce n'est pas ce qui mourra ou ce qui est déjà mort qu'il nous faut aimer, mais bien ce qui ne peut mourir et qui a traversé l'épaisseur des temps. Quelque chose qui relève du rêve, désir et vouloir d'immortalité. Quelque chose qui dépasse nos pauvres vies. Et qui transcende notre basse époque. Infiniment » (p.442-443). La cité est gardienne d'une part de l'âme humaine et elle ne saurait bien la garder sans un véritable ancrage anthropologique. Mais elle ne saurait, heureusement, se l'approprier complètement et il appartient aux hommes qui croient à la suite du monde de la cultiver, d'en faire le cœur de leur vie, pour transmettre ce que l'homme ne peut renier sans se renier lui-même, pour honorer ce qu'on ne saurait oublier sans s'avilir intimement.
**************