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lundi, mars 11, 2019

Le grand retour de la pensée magique (Charles Gave)

Je me posais le même genre de questions il y a peu :

Le grand retour de la pensée magique (Charles Gave)

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Ce qui m’amène à la question essentielle : comment allons-nous nous libérer de l’emprise de la bêtise sur nos vies ?

La réponse est simple : En récupérant notre liberté de parole et en passant par les media que nos ennemis ne contrôlent pas ou pas encore, à condition que ces salopards ne les ferment pas et continuent de nous permettre de voter, ce qui est loin d ‘être gagné.

Une autre solution serait de ré ouvrir des abbayes bénédictines comme à l’époque où la nuit de l’esprit s’étendait sur l’Europe et de s’enterrer pour quelques siècles.

Les dix ans qui viennent nous dirons quelle solution sera la bonne.

Mais me retirer dans une abbaye me sourit peu…Tant qu’à faire d’être moine, je préfère être moine soldat et mourir l’épée à la main.
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Moi je serais plutôt du genre abbaye, mais bon, moine-soldat ... Le père Bruck me semble un bon modèle.

vendredi, mars 06, 2015

« L'Etat était la Providence et le tourment du monde »

« L'Etat était devenu la Providence et le tourment du monde ».

Cette citation n'est pas celle d'un historien de 2100 à propos de la France de 2015, mais celle de Guglielmo Ferrero à propos de la chute de l'empire romain d'occident.

La liste des tourments fiscaux que subissaient les Romains du bas empire sonne familièrement aux oreilles d'un Français d'aujourd'hui. Comme les problèmes économiques. Comme les problèmes d'immigration. Comme le pinaillage juridique des laideurs et des scribouillards. Comme la paralysie politique.

En fait, les analogies sont si nombreuses et frappantes que les amis du désastre ne cherchent pas même pas à les nier.

Ils ont une technique plus radicale : ils nient qu'il y ait eu une chute de l'empire romain d'occident. Ils prétendent que c'est une vision romantique sans fondement ; qu'en réalité, l'empire romain a subi une mutation pour tout dire banale.

C'est ainsi qu'en préface du catalogue  d'une exposition intitulée Rome et les barbares, en 2008 au Palazzo Grassi, Jean-Jacques Aillagon, grand historien comme chacun sait mais encore meilleur idéologue, s'est fendu d'un monument de politiquement correct. Il expliquait que l'exposition démontrait qu'il n'y avait pas eu de chute de l'empire et que, en conséquence, l'immigration était un bienfait.

On comprend bien le raisonnement de nos petits amis : s'il n'y a pas eu de chute de l'empire romain, peu importe les analogies entre hier et aujourd'hui, elles ne portent pas à conséquence.

Comme tous les idéologues, les amis du désastre ont un seul problème : la réalité.

Car l'exposition donnait à voir (encore fallait-il des yeux pour voir) très exactement le contraire de ce qu'écrivait l'illustre Jean-Jacques Aillagon : que l'orfèvrerie et les arts largement diffusés parmi les Romains de la grande époque étaient devenus, après la chute qui n'avait pas eu lieu, réservés aux classes dirigeantes.

L'archéologie le prouve sans ambiguité. Toutes les données qu'elle recueille (qualité des infrastructures -thermes, aqueducs, égouts, voies-, techniques de construction, taille des habitations, des exploitations agricoles, agronomie, richesse et distance des échanges économiques et intellectuels, sécurité -les villes ouvertes se ferment et construisent des remparts-, diffusion de l'écrit, et, tout bêtement, démographie) vont dans le même sens : une rupture désastreuse au IVème et Vème siècles de notre ère.

Prenons un exemple anecdotique, pour changer des kilomètres de voie romaine, des mètres carrés d'habitation et des débits d'aqueduc : sous Auguste, les écuries couvertes de tuiles étaient courantes, ce qui témoignait d'une opulence certaine. Hé bien, pour retrouver de façon aussi courante des écuries couvertes de tuiles en Europe, il faut attendre ... le XIIème siècle !

Autre exemple : pour retrouver le niveau romain de pollution aux métaux lourds, indice d'industries de ces métaux, il faut attendre ... Tadam ... le XVIème siècle.

Mais, à part cela, non, pas de rupture, pas de catastrophe, pas de chute.


Heureusement, il nous restera toujours les orgies.


dimanche, juin 15, 2014

La France est condamnée par manque de libéraux-conservateurs

Tout est dans le titre.

De quelque bord politique que ce soit, nous n'avons que des socialistes qui se plaignent que la France est victime de l'affreux libéralisme.

Les notions de capitalisme de connivence, d'association étatisme et libertarisme, de collusion étatisme et marchandisation de l'homme semblent totalement inaccessibles à notre classe jacassante. Inversement, cette classe jacassante paraît incapable d'envisager la chose la plus naturelle du monde : l'association du conservatisme moral et du libéralisme juridique et économique.

Pourquoi est-ce la chose la plus naturelle du monde ? Parce que c'est notre tradition. Il suffit de faire comme nos ancêtres.

Comme la voie romaine nous est devenue difficile.

samedi, juin 14, 2014

La relève interdite

Je me permets, une fois n'est pas coutume, de reproduire intégralement un billet de Maxime Tandonnet :

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Le plus tragique, dans le camp des républicains modérés, ce n’est pas le retour de la vieille garde, les Alain Juppé, François Fillon, Jean-Pierre Raffarin. On pourrait y voir une solution transitoire, un passage de relais. Non, le plus préoccupant, c’est bien l’absence de relève visible en perspective.

J’en ai fréquenté beaucoup, de près ou de loin, et ils me donnent le sentiment, sans méchanceté, d’être formatés sur le même modèle, celui de bons gestionnaires sans doute, mais fausses intelligences, le crâne vide d’idées, de vision, de perspective, têtes bien pleines plutôt que bien faites : le Maire, Valérie Pécresse, Bertrand, NKM, Chatel, etc. Ils voudraient diriger la France comme on gère une collectivité locale. Face à la faillite d’un pouvoir socialiste qui s’éloigne tous les jours de la France, écartelé entre l’idéologie la plus obtuse sur les questions de société et le conformisme absolu en matière économique, cette nouvelle génération devrait avoir un boulevard devant elle.

Or, elle est tout en fadeur, transparente, inexistante. Elle voit la politique par le petit bout de la lorgnette, se résumant à la course à l’Elysée.

Cette médiocrité à la fois intellectuelle et humaine, absence de caractère, obsession de la "propreté idéologique" vu comme l’arme secrète de la marche vers le Palais a des conséquences dramatiques, notamment celle de priver d’espoir politique la jeunesse ou de pousser une partie d’entre elle vers des pitreries démagogiques. Il existe dans la vie publique française, quelques responsables au sens fort du terme, lucides, à la fois mesurés et fermes dans leurs convictions et prêts à s’engager pour le pays. Mais le monde médiatique les ignore obstinément: même minoritaires, ceux là sont beaucoup trop dangereux à ses yeux. Il faudra que la crise de société qui couve depuis si longtemps explose enfin pour que peut-être, poussés par les circonstances, ils sortent de leur silence et anonymat.
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Bien que ne fréquentant pas les politiciens comme Maxime Tandonnet, j'en partage l'analyse. Ce n'est pas pour rien que je labellise La lie mes billets sur la politique.

A part les brigands, avec lesquels ils ont quelquefois des accointances, les politiciens sont la lie de notre société : superficiels, malhonnêtes, incultes, menteurs, égoïstes, lâches, conformistes, cupides, méprisants, indignes.

Il y a bien des raisons pour lesquelles nous en sommes arrivés là et il est possible que ceux qui soutiennent que nous avons les politiciens que nous méritons aient raison.

C'est le point de vue de Montesquieu transposé aux politiciens :

«Ce n'est pas la fortune qui domine le monde : on peut le demander aux Romains, qui eurent une suite continuelle de prospérités quand ils se gouvernèrent sur un certain plan, et une suite non interrompue de revers lorsqu'ils se conduisirent sur un autre. Il y a des causes générales, soit morales, soit physiques, qui agissent dans chaque monarchie, l'élèvent, la maintiennent, ou la précipitent ; tous les accidents sont soumis à ces causes ; et, si le hasard d'une bataille, c'est-à-dire une cause particulière, a ruiné un État, il y avait une cause générale qui faisait que cet État devait périr par une seule bataille : en un mot, l'allure principale entraîne avec elle tous les accidents particuliers.»

Il y a sans doute «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons.

En tous les cas, la situation est claire : aujourd'hui, aucun honnête homme ne fait carrière en politique. Tous fuient cette perpective. Et si, par égarement, un honnête homme s'y laisse prendre, il est bien vite rejeté par le système, qui s'entend à ne conserver que la canaille, et retourne à ses occupations antérieures.

Je suis encore plus pessimiste que Maxime Tandonnet.

Je ne crois pas à un renouvellement de la classe politique sous la pression des événements : s'il y a «des causes générales, soit morales, soit physiques» qui expliquent que nous ayons les politiciens que nous avons, elles sont très profondes et les événements ne suffiront pas à les bousculer.  Une question simple : si Charles De Gaulle ressuscitait, croyez vous qu'il serait élu ?

Il faudra que le peuple dans lequel les causes de la décadence s'enracinent disparaisse, ou subisse une mutation presque aussi forte qu'une disparition, pour qu'elles soient emportées.

Cette quasi-disparition, je la vois dans une phase d'anarchie qui entraine un éclatement de l'Etat et un retour à une forme de féodalité. Je crois que nous suivons la trajectoire de l'empire romain.

On me parle des forces vives de la France comme espoir. C'est vrai au niveau individuel : il y a des Français très bien. Mais ils ont justement perdu la capacité à passer du niveau individuel au niveau collectif, à s'organiser entre eux, pour des raisons sociologiques (la vie urbaine rend anonyme et isolé et 78 % des Français vivent en ville) et pour des raisons bassement financières (après le ratiboisage par le fisc, les Français n'ont plus d'assez d'argent libre pour en consacrer une part significative à des projets collectifs).

mercredi, juin 11, 2014

Rome, du libéralisme au socialisme (P. Fabry)

Une certaine mode, dans les milieux conservateurs, consiste à renvoyer dos à dos socialisme et libéralisme, sous le prétexte qu'ils auraient la même racine horriblement individualiste et matérialiste. Puis à insister plus lourdement contre le libéralisme que contre le socialisme.

Des exemples très connus de cette tendance sont Eric Zemmour, Natacha Polony et, à peu près l'ensemble de nos politiciens, dont Marine Le Pen.

Les gens qui tiennent ce raisonnement sont en général brillants. Je suis désolé, je n'accroche pas. Ca vole trop haut pour moi. Il y a trop d'idées et pas assez de glèbe.

Ca doit être mon coté ingénieur, il me faut des trucs qu'on puisse taper avec un marteau.

Ce que je vois, c'est qu'il y a eu en Europe de l'ouest des pratiques très anciennes de liberté personnelle et qu'on ne s'en portait pas plus mal. Bien sûr, cela ne s'appelait pas encore libéralisme. Mais il ne faut pas nous prendre pour des couillons et jouer sur les mots : il y a dans la culture occidentale un fond d'individualisme, qui resurgit de siècle en siècle.

Tous ces gens qui se disent conservateurs détestant le libéralisme  et qui se complaisent dans l'abstraction comme le premier théoricien marxiste venu me font bien marrer.

Je préfère de très loin un Burke, qui arrive à être libéral au nom de la conservation de la tradition, cela me paraît bien plus subtil. Les théoriciens le taxent d'incohérence, je pense que la réalité d'une société est plus complexe que ce que les théoriciens, avec leur grosse logique et leurs gros sabots, peuvent comprendre.

J'ai un faible pour les expérimentateurs face aux théoriciens : je préfère Curie à Einstein.

Ce long préliminaire achevé, passons au sujet de ce billet.


Cincinnatus abandonne sa charrue pour dicter les lois de Rome

Fabry remet au goût du jour la thèse, un peu oubliée, de Montesquieu : la grandeur des Romains vient de leur liberté et leur décadence de la perte de celle-ci.

Fabry n'hésite pas à employer les mots de libéralisme, de capitalisme de connivence et de socialisme.

Il a conscience de leur part d'anachronisme et se livre à un jeu des différences. Ces allers-retours entre passé et présent sont intéressants.

Pour Fabry, Rome a grandi comme les Etats-Unis du XIXème siècle et a péri comme l'URSS du XXème. Il fait remarquer que les épreuves subies par Rome en son enfance n'étaient pas moins terribles que celles qui ont entraîné sa chute. Dans un cas, elles furent surmontées, pas dans l'autre. Pourquoi ? Les Romains avaient changé.

A la naissance de la république romaine, le libéralisme juridique a motivé les citoyens pendant leurs guerres défensives. C'est ainsi qu'Hannibal croyait que Rome s'écroulerait dès son entrée en Italie, mais les alliés de Rome préféraient le joug romain relativement libéral au joug carthaginois. C'est ainsi qu'Hannibal se piégea lui-même en Italie en s'enfonçant toujours plus avant sans obtenir les ralliements qu'il espérait. Foin des trop fameux délices de Capoue.

On ne saurait trop insister sur la forte motivation de citoyens éduqués à vivre libres pour défendre leur liberté.

Malheureusement, l'élan romain, par inertie, passa des guerres défensives aux guerres de conquête, qui enrichirent Rome de manière phénoménale, les possessions de Rome doublant à chaque siècle jusqu'à l'Empire.

Mais cette richesse était collective, il fallait donc la partager. C'est ainsi que se mit en place le socialisme par le haut, le capitalisme de connivence. Un transfert de richesses à la socialiste caviar, pas du haut vers le bas, mais du bas vers le haut. Le mécanisme est toujours le même : les pertes sont collectivisées, prises en charge par l'Etat (en l'occurrence, le coût des guerres de conquête) mais les profits sont privatisés, les biens en cour se partagent les butins. Dans ce butin, des esclaves bon marché : un Romain (dont le nom m'échappe) est devenu le Bill Gates de l'esclavage. Il a créé des écoles  pour esclaves de façon à en faire augmenter la valeur.

Les petits paysans libres romains, équivalent de notre classe moyenne, furent laminés par la concurrence des grandes exploitations avec leurs esclaves acquis à bon marché. Evidemment, ce chômage de masse de citoyens romains, fruit vénéneux du capitalisme de connivence, crée une demande pour l'assistance de la collectivité. Les chômeurs furent réduits à dépendre de l'Etat et avilis, d'où panem et circenses. C'est le socialisme par le bas.

Ensuite, chaque avancée du socialisme par le haut est compensée par une concession au socialisme par le bas, et vice-versa. Le cercle vicieux de l'étatisation de la société est en place. Les textes fondateurs peuvent bien demeurer identiques (Auguste a conservé le Sénat) la pratique a changé du tout au tout (voir Minogue).

Ainsi, Auguste ne touche pas aux textes définissant la puissance consulaire et la puissance tribunitienne. Il se contente de les réunir en sa personne. Mais comme l'une était conçue pour faire contrepoids à l'autre, son action les vide de leur raison d'être.

Les conservateurs qui, comme par hasard, sont libéraux puisqu'ils veulent la restauration des libertés antiques, sont broyés par la conjonction des deux socialismes. Caton d'Utique se suicide.

Alors que la république était plus que légère en fonctionnaires, elle était minarchiste (1), l'empire crée une bureaucratie qui lui assure une clientèle de demi-intellectuels gratte-papiers indéboulonnables.

Toute ressemblance avec la situation actuelle n'est pas fortuite.

Plus intéressant encore. Certains attribuent la chute de l'empire romain au moindre progrès technique.

Or, on a un cas documenté où l'empereur a refusé une innovation amenant un gain de productivité pour ne pas mettre des gens au chômage. Il y a là une piste de recherches : jusqu'à quel point le ralentissement du progrès technique ne serait-il pas volontaire ? Je connais un certain ministre socialiste français qui a dit il y a quelques mois préférer l'innovation lente.  Et je connais un président radical-socialiste qui a constitutionnalisé la peur de l'innovation.

Ensuite ? L'Etat ayant mangé la société, c'est la guerre civile pour conquérir le sommet de l'Etat, dont tout dépend.

De plus en plus, les citoyens deviennent des objets, comme dans toute bonne société socialiste qui se respecte. L'édit de Caracalla qui fait de tous les hommes libres de l'empire des citoyens romains les transforme par la même occasion en contribuables.

Puis se mettent en place des juridictions arbitraires, où le célèbre droit romain est complètement vidé de sa substance. L'arbitraire collectiviste n'est plus borné par les droits individuels. L'Etat de droit se transforme en droit de l'Etat : tout ce que l'Etat juge souhaitable devient aussitôt légal (si cela vous rappelle des déclarations de nos socialistes contemporains, c'est pure coïncidence ... comme de bien entendu).

Les conquêtes permettant de financer le socialisme ne sont plus possibles, faute de victimes potentielles. Après que Trajan s'est emparé des mines de Dacie, il n'y a plus rien d'intéressant à conquérir : l'Ecosse ? Le Sahara ? Le socialisme vit de l'argent des autres, il s'arrête quand les autres n'ont plus d'argent (M. Thatcher). La vitalité romaine faiblit.

Fabry a des mots frappants d'actualité à propos du redécoupage technocratique de l'empire ne tenant aucun compte de l'histoire et des populations. Remarquons qu'Hitler, avec ses Gau (d'où les Gaulaiter) s'est livré au même exercice.

Le coût exorbitant du socialisme étant ce qu'il est, l'armée croît car tout totalitarisme est militariste mais on fait une armée au rabais en y incorporant des immigrés de fraiche date.

Mais la raison principale de la chute de Rome (on estime que les Goths n'étaient pas 200 000, femmes, enfants et vieillards compris) est le manque de motivation pour la défense. Entre des barbares et une Rome oppressive et tyrannique, l'écart n'était pas si grand qu'il faille en mourir. Les Goths étaient autrement moins menaçants qu'Hannibal, ce sont les Romains qui ne voulaient plus se défendre.

Dans ces conditions, pourquoi a-t-il alors fallu quatre cents ans pour que l'empire finisse par s'écrouler ?

Le problème, c'est que l'empire se raccroche jusqu'au dernier moment, pressurant, imposant, entrainant le reste du monde dans sa chute. C'est la thèse que je soutiens depuis le début de notre crise : les Etats sont des monstres froids qui ne reculent devant aucune malhonnêteté, aucun crime, aucune saloperie, pour assurer leur survie. C'est un premier facteur de prolongement des souffrances.

Le deuxième, c'est le temps pour que se diffuse le socialisme clientéliste dans tout l'empire. Il est resté longtemps cantonné à l'Italie qui vivait des impôts récoltés sur les provinces plus libérales. Une fois le poison socialiste bien diffusé, quelques décennies ont été nécessaires pour qu'il sape la base de l'altruisme, l'opinio necessitatis, l'idée qu'on fait quelque chose parce que cela se fait. A partir du moment où on commence à poser des questions «Ca ne me rapporte pas, je ne vois pas pourquoi je le ferai», tout fout le camp.

Ensuite ? Après la chute ? Comme pour l'URSS, les anciens apparatchiks se partagent les dépouilles et rétablissent des pouvoirs locaux autour de relations de fidélité, elles aussi locales, c'est la féodalité.

Fabry décrit un mécanisme qu'il soupçonne universel : libéralisme, plus grand dynamisme, conquêtes, butin à partager, capitalisme de connivence, socialisme, chute.

La seule limitation est géographique : quand la conquête n'est pas possible, comme dans le cas suisse, ce  mécanisme infernale ne s'enclenche pas.

Un phénomène dont Fabry ne parle pas mais qui est sous-entendu lors du passage de la république à l'empire : l'effet de taille, bien décrit par Taleb. Un grand pays n'est pas un petit pays en plus grand. Les Etats-Unis ne sont pas la Suisse en plus grand. Du fait de l'éloignement du pouvoir, de l'éloignement des citoyens entre eux, de l'excès de moyens, de la mégalomanie de diriger un si grand pays, il peut s'y passer des folies impossibles dans un pays plus petit, folies comme le socialisme.

Fabry pense que ce mécanisme est entré, aux Etats Unis, dans sa phase «capitalisme de connivence et renforcement symétrique du socialisme d'en bas». La prochaine étape est la tyrannie au nom de «l'Etat américain a tous les droits». L'affaire BNP peut être vue comme un symptôme inquiétant.

Fabry trace un parallèle impressionnant entre l'histoire de Rome et celle des Etats-Unis. Toute la question est de savoir si le mécanisme romain est inévitable.

Je trouve ce parti-pris d'anachronisme assumé courageux car il permet d'éveiller des réflexions passionnantes. En 150 pages, il dit plus que beaucoup en des tomes entiers.




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(1) : la jeune Rome était ce que nous appellerions minarchiste. Il n'y avait pas d'impôts permanents (!!!), ceux-ci étaient levés uniquement en cas de guerre. Les quelques fonctionnaires étaient payés par des péages et des taxes. On estime que l'équivalent de nos policiers étaient ... une vingtaine.

(2) : c'est ainsi que nous croyons vivre en Vème république, mais ce n'est en plus vrai, en réalité.

lundi, mars 24, 2014

Le ras-le-bol de la politique politicienne : les causes profondes

Abstention, vote FN : le ras-le-bol de la politique politicienne

Le constat :

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On se souvient de la difficulté à s'implanter de la IIIe République, gangrénée par les affaires de corruption (scandales de Panama et des décorations), ou d'atteinte à la liberté d'opinion (affaire des fiches). Pourtant, malgré tout, il restait clair que ces pratiques, lorsqu'elles étaient mises en lumière, pouvaient faire tomber un gouvernement ou un ministre et heurtaient une morale laïque partagée par tous. Qu'elles aient été moins ou aussi fréquentes qu'aujourd'hui, ces pratiques étaient à tout le moins considérées comme anormales et condamnables. Aujourd'hui, un gouvernement ne tombe plus pour une sombre histoire d'écoute et d'atteinte à la liberté ; un parti politique qui finance sa campagne de façon malhonnête garde pignon sur rue ; sans parler des glauques affaires sexuelles d'un ancien candidat à la présidence. Les Français sont-ils choqués ? Sans doute.

Mais rien ne se passe. Ils en ont pris leur parti. Ces affaires ne sont au demeurant que la partie immergée d'un iceberg qui met en péril le navire de notre démocratie: c'est le sentiment que les hommes politiques ne cherchent qu'à conquérir, garder ou retrouver le pouvoir, en servant les intérêts du camp qui les soutient, sans attention au bien commun ; que les promesses électorales sont systématiquement non tenues et que les électeurs ne sont pas considérés comme des citoyens à qui l'on doit la vérité et le respect.
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L'analyse :
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 Pourquoi cet effondrement des principes qui garantissent la légitimité de notre démocratie? C'est là qu'un passage par l'histoire des idées s'impose. Comme l'avait montré Leo Strauss, la fracture de la politique moderne a consisté, avec Machiavel, dans le fait d'abandonner l'exigencede vertu au service du bien commun qui était le but de la politique traditionnelle. Non sans arguments, Machiavel, puis Hobbes, Locke et les Lumières ont considéré que l'écart entre l'objectif des Anciens et leur pratique était trop important. Il a donc fallu abaisser le seuil d'exigence de la conduite politique: remplacer l'objectif de bien gouverner par celui de prendre ou garder le pouvoir, troquer la quête de la vertu pour la recherche de la force et de la ruse (Machiavel) ; chercher la division et la neutralisation des pouvoirs pour garantir la paix civile (Montesquieu). Toutes ces stratégies ont abouti sur le plan des institutions à une démocratie qui a pu fonctionner sur des mécanismes électifs garantissant l'expression des diverses opinions et sur des institutions permettant l'équilibre ou l'alternance des pouvoirs. Mais ces institutions étaient ancrées sur d'anciens réflexes, et notamment sur la création d'une élite, ou pourrait-on dire d'une aristocratie certes non héréditaire, mais encore marquée par le souci d'un bien commun, d'un certain esprit de service, d'un souci d'honnêteté (pensons à de Gaulle payant les factures d'électricité de l'Elysée relatives à sa consommation personnelle!). L'effondrement des principes éthiques, la mise entre parenthèse de la notion de bien commun, la foi en un complet relativisme des conceptions du bien ont réduit à néant cet héritage. Désormais, plus rien ne vient obliger les politiques, rien ne vient transcender leurs objectifs de carrière, leurs accords partisans, leur appétit de pouvoir. La démocratie a oublié ce que Rousseau avait rappelé : elle peut encore moins vivre sans vertu, au sens des qualités requises pour agir en fonction du bien, que l'aristocratie ou la monarchie. Les Anciens le savaient, les Modernes tant qu'ils ont gardé cette mémoire le savaient encore. Les postmodernes que nous sommes l'avons oublié. La démocratie s'est recroquevillée sur un mécanisme purement procédural. Seul compte le sacre de l'élection pour légitimer le pouvoir alors que la politique ancienne savait que, quel que soit le mode de désignation des gouvernants, leur légitimité tenait à leur souci du bien commun. Cette exigence s'est perdue. L'adhésion aux institutions, le sentiment d'appartenance au corps social, risquent de se dissoudre dans le triomphe de l'individualisme, du consumérisme et du relativisme. Retrouver le souci du bien commun est devenu une urgence politique.

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Cette analyse tombe pile-poil dans les idées d'un livre dont je suis en train de vous écrire la recension : Modérément moderne, de Rémi Brague.

Brague soutient que la modernité est intellectuellement et spirituellement stérile. C'est un parasite qui se nourrit d'idées et de valeurs produites avant lui, jusqu'à ce qu'il les aient tuées (c'est pourquoi la modernité est parasite et non héritière), après quoi il ne reste plus qu'un champ de ruines.

L'article ci-dessous fournit un exemple concret de cette mécanique infernale : pour fonctionner, la démocratie moderne a besoin que ceux qui sont investis du pouvoir aient encore une conception aristocratique de leurs devoirs. Mais la démocratie moderne détruit les valeurs aristocratiques (1). A la fin, il ne reste plus rien, ni démocratie, ni aristocratie.

On peut dire la même chose du libéralisme moderne. Il a besoin, pour fonctionner, que l'homme ne soit pas la mesure de toute chose, autrement dit, il a besoin de Dieu. Mais le libéralisme moderne sape l'idée de Dieu. A la fin, il ne reste plus ni Dieu ni libéralisme.

Enfin, l'exemple le plus flagrant n'est-il pas l'«art» contemporain ? Il s'est construit en se moquant de l'art classique. Le homard en plastique de Jeff Koons ne vaut rien s'il n'y a pas de château de Versailles pour l'y pendre. Le LOHOOQ de Duchamp a besoin que Leonard ait d'abord peint la Joconde. A la fin du processus, aujourd'hui, il ne reste plus rien : l'art est mort et il n'y a plus qu'un marché spéculatif pour trous-du-cul friqués à la François Pinault, qui ont moins de goût que ma concierge.

Vous avez compris l'idée.

Il va devenir urgent que je termine mon billet sur Brague, mais je viens de vous en dévoiler l'essentiel.

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(1) : vous qui vous plaignez que les politiciens n'aient plus ces valeurs, qui sont, de fait, aristocratiques, seriez vous prêts à voter pour un aristocrate (à supposer qu'il en reste) et qui se comporterait comme tel ?

Dieu rit des prières qu'on lui fait pour écarter des maux dont ... Antienne connue.

Je crois que les Anglais peuvent encore voter pour un aristocrate et que c'est ce qui les sauve.