mercredi, février 15, 2006

CPE, CNE, vers des résultats décevants

par Vincent Bénard

'' Incentives matters''- James Gwartney

Venant d'un libéral, un titre aussi critique envers les nouveaux contrats de travail proposés par D. de Villepin pourra surprendre.

Entendons nous bien: Sur le fond, l'idée de remettre un peu de flexibilité dans le marché du travail n'est pas mauvaise. Naturellement, tout libéral eut préféré que ces évolutions se fassent dans le cadre d'une réforme générale du CDI et non en empilant deux nouveaux contrats type sur la masse de contrats existants. Mais mieux vaut une demi mesure qui va dans le bon sens que pas de mesure du tout. Toutefois, et à mon grand regret, le contexte et la manière dont ces deux mesures sont présentées à l'opinion et seront mises en oeuvre les voue à un échec quasi-certain, échec qui malheureusement ne pourra profiter qu'aux tenants des thèses les plus anti-libérales de la gauche la plus archaïque du monde.

Je m'explique. Le CPE et le CNE prétendent faciliter l'embauche de nouveaux salariés en réduisant chez l'employeur la crainte de rester bloquer avec un employé peu efficace, ou de ne pouvoir licencier si son carnet de commande diminue. Le CPE et le CNE tentent de lever une des barrières connues à l'embauche de nouveaux salariés. Soit.Mais pour un entrepreneur, l'acte d'embaucher un nouveau salarié ne dépend pas que de l'absence de barrières psychologiques ou législatives qui lui seraient opposées. Il dépend avant tout des incitations qu'il a à le faire: espérance de chiffre d'affaires dépendant de la conjoncture et de ses marchés, et espérance de gain net découlant de la fiscalité appliquée à ces gains. Lever les freins à l'embauche est important, créer de l'espoir de gain l'est encore plus. Or, la fiscalité française, tant sur les gains du travail que sur ceux nés du risque pris par l'employeur, reste une des plus décourageantes qui soit. Croire que deux mesures très partielles ne touchant qu'une partie du monde du travail pourront à elles seules déclencher un processus d'embauches massives est un leurre.

Pour diminuer durablement le chômage, il faut travailler de façon duale sur les barrières à l'embauche, comme le CNE et le CPE tentent timidement de le faire, et sur les incitations à la création d'emploi, qui passent par une réduction drastique des prélèvements obligatoires. Or le gouvernement, s'il a instauré un bouclier fiscal bienvenu, quoique insuffisant, a également annoncé le gel de toute baisse d'impôt dans les années à venir, car il n'ose pas se lancer dans l'indispensable réduction des dépenses publiques qui doit l'accompagner. Et des augmentations de charges se profilent à l'horizon. Le plan gouvernemental pour l'emploi ne marche que sur une jambe: attention à la chute.

J'ai la désagréable impression que lorsque nos chers politiciens vont chercher à l'étranger des solutions pour lutter contre le chômage, ils se contentent d'en extrapoler des recettes de cuisine mais sont incapables de saisir la perspective d'ensemble qui a conduit au résultat final: Ainsi, s'ils retiennent du « modèle » Danois l'assouplissement du marché du travail, ils oublient que conjointement, ce pays à diminué ses prélèvements obligatoires de 13 points de PIB, excusez du peu. Il est évident pour tout analyste sensé que le Danemark n'aurait pas accompli de tels progrès dans sa lutte contre le chômage s'il n'avait privilégié que le volet « flexibilité » de la réforme au dépens du volet fiscal.

Toute action gouvernementale doit s'inscrire dans une vision d'ensemble qui doit être clairement expliquée aux citoyens, or notre gouvernement semble se satisfaire de la juxtaposition de mesures sans cohérence aucune. Aussi peut on prévoir, au vu de nos performances en terme de croissance, que le bilan prochain du gouvernement en terme d'emploi sera tout à fait médiocre, malgré les astuces comptables qu'il ne manquera pas d'utiliser pour l'enjoliver. Aussi la gauche la plus dure n'aura-t-elle aucun mal à partir en guerre contre la « précarisation » et le « saccage des acquis sociaux » perpétrés par « la droite ultra libérale » sans que « les promesses en terme d'emploi ne soient tenues », ce qui ne rendra que plus difficile l'acceptation par l'opinion de réformes ultérieures plus cohérentes.Ceux qui prônent le remplacement de « la sécurité de l'emploi » par « la sécurité du marché de l'emploi » sont dans le vrai, mais à vouloir rendre flexible le marché du travail sans créer les conditions propres à inciter les employeurs à embaucher, le gouvernement place dangereusement la charrue avant les boeufs.

1 commentaire:

Ludovic Windsor a dit…

Je partage tout a fait ton analyse, mais il convient de commencer quelque part.

Le probleme de l'economie, c'est qu'il est souvent difficile de differencier la cause de l'effet (un sombre probleme oedipien entre un oeuf et une poule).

Creer les conditions pour resorber le chomage, oui mais comment? Flexibiliser le CDI m'apparait comme la vraie reforme.

J'ai poste extensivement sur le sujet, je pose notamment la theorie que le CPE, CNI et autres emplois-jeunes creent des niches emprisonnant leurs parties.

Voir Transmanches: Dialogues de sourds autour du CPE mais eglament ces tags:
CPE, chômage, emploi, France, jeunes, politiques, économie