dimanche, mai 28, 2006

Des parents d'élèves toujours plus procéduriers

Je me sens fondé à reprocher à l'éducation nationale (qui a déjà le tort de donner à croire que son rôle est d'éduquer et non d'instruire) son abdication devant les caprices des élèves (1) ; cependant je dois reconnaître que, quand les parents se comportent comme d'infâmes malotrus, je dois admettre que ça devient difficile d'oeuvrer.

(1) récemment, un adolescent m'a montré les films qu'il tourne avec son portable pendant les cours (il est en 1ère). Pourquoi lui est-il permis d'utiliser son portable en classe ? Pourquoi un tel chahut (l'action ressemblait plus à un combat de catch, hélas pour une fois je n'exagère pas, qu'à un cours d'histoire, désignation officielle et purement théorique du bordel filmé par le jeune homme) ? Néanmoins, puisque tout cela n'avait pas l'air le moins de monde perturber le professeur qui continuait à débiter son boniment, avec quelques magnifiques retraits du buste pour éviter de ci de là un avion en papier (je n'invente rien), c'est sûrement que je suis un réactionnaire qui n'a rien compris à l'éducation.

Des parents d'élèves toujours plus procéduriers

Marie-Estelle Pech

27 mai 2006, (Rubrique France Le Figaro)

Drogue, violences, absentéisme : le nombre des conseils de discipline explose. Mais les familles rejettent souvent l'autorité scolaire.

C'est Anne Kerkhove qui a été élue hier présidente nationale des Parents d'élèves de l'enseignement public (Peep), la deuxième fédération de parents d'élèves, lors de son congrès annuel au Mans. Cette Lyonnaise de 50 ans «souhaite ramener le calme. Les luttes de pouvoir doivent cesser», a-t-elle annoncé alors que la Peep est marquée depuis deux ans par des tensions internes, sur fond de malversations financières et de luttes de clans.


Depuis quelques années, les parents de la Peep notent une multiplication des recours aux conseils de discipline avec des exclusions quasi systématiques. «On a de plus en plus de problèmes de drogue», s'est inquiété un représentant de l'Essonne lors d'un groupe de travail consacré hier à ce sujet lors du congrès annuel. Les passages devant les conseils de discipline pour des violences verbales et physiques sont également en hausse tout comme les problèmes d'absentéisme.

Des «phénomènes nouveaux» sont de plus en plus sanctionnés comme les blogs injurieux envers les enseignants et les jeux violents entre enfants. Ou encore les cas de photos «volées» d'enseignants, parfois dans des postures peu avantageuses, prises avec des téléphones portables. Ces incivilités accrues, associées à une judiciarisation toujours plus grande de la société, cantonnent souvent les relations entre parents et enseignants à un dialogue de sourds.

D'autant plus que les parents se sentent souvent démunis et méfiants face aux procédures de l'Education nationale.

Les familles sont nombreuses à avoir recours aux services d'un avocat. Le but est généralement d'«éviter l'exclusion», explique Pierre-Gérard Bazillou, vice-président de la Peep Paris. Cette sanction pose en effet souvent des problèmes de transports aux familles puisque l'enfant est ensuite scolarisé dans un autre établissement.

Les parents défendent parfois leurs enfants envers et contre tout. «C'est une honte que le surveillant ne se soit pas rendu compte plus tôt que mon enfant transportait de la drogue. Il a mal fait son boulot !», a déjà entendu un conseil de discipline. D'autres assurent mordicus que leur fils était en état de «légitime défense» alors qu'il avait tabassé son petit camarade après lui avoir subtilisé sa calculette. Une congressiste se souvient de ces quatre enfants qui avaient fait «exploser» les toilettes d'un établissement de Clermont-Ferrand et qui risquaient l'exclusion. Ils étaient venus avec quatre avocats en robe dont le bâtonnier de la ville. Ces derniers ont très longuement expliqué que les parents «méritants» ne devaient pas subir un tel désaveu. «Etre assisté d'un avocat n'est pas une bonne solution. Cela dédouane un peu rapidement l'élève et les parents de leurs responsabilités», déplore-t-elle.

Les parents contestent aussi les décisions en faisant appel devant les rectorats. Parce qu'on ne les a pas suffisamment écoutés en première instance, expliquent-ils. «Le plus souvent parce qu'ils sont mal informés mais aussi pour régler leurs comptes avec l'Education nationale», note un représentant de la Peep à la commission d'appel des conseils de discipline au rectorat de Paris. D'autres, très procéduriers, formulent ensuite un recours devant les tribunaux administratifs. Comme ce père dont le garçon vendait de la drogue dans son collège parisien et qui estimait «scandaleux» que son fils soit sanctionné.

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