lundi, juillet 10, 2006

Je suis réactionnaire

Bien que non croyant, je fais mien cet extrait d'un entretien du Point avec Marc Fumaroli :

On dit que vous êtes très croyant...

En effet. Ma croyance n'est peut-être pas toujours orthodoxe, mais elle est imperturbable. Messe, confession, je ne me refuse rien... Sur ce dernier point, je dirai tout de même qu'il est de plus en plus difficile d'avoir un péché à confesser tant les prêtres sont devenus indulgents ! Maintenant, il leur faut, au moins, un gros crime pour imposer une pénitence ! S'ils étaient plus sévères, je me confesserais plus souvent...

Vous semblez décidément bien à l'aise dans votre rôle de réactionnaire...

Ce mot ne m'effraie pas - au contraire ! Si, la « réaction », c'est l'aptitude à résister aux conformismes du temps, alors oui, j'en suis ! Avec Baudelaire, Cézanne, Proust... Le neuf et le majoritaire ne sont pas des critères de vérité ni de beauté. Rassurez-vous : je n'ignore pas qu'il existe aussi des réactionnaires rancis et obtus. Si l'on veut bien, pourtant, se souvenir du sens que donnaient à l'attitude réactive un Burke, un Maistre, un Balzac, c'est elle qui apparaît « absolument moderne »...

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Je me réclame aussi de Montaigne, "ennemi des nouvelletés", très méfiant des exaltations collectives, même et surtout quand elles prétendent faire le salut de l'humanité

Et pour bien signer mon crime d'affreux réactionnaire, j'ajoute ces articles du Figaro :

Ombres et vertiges de l'adoption

Israël : leçons incorrectes

Enfin, vous savez que je tiens la décadence actuelle de l'humour, qui se meurt de langueur, comme l'un des pires ravages du GTBP*.

Songez à cette réplique d'un film de 1963, les Tontons Flingueurs :

Un légionnaire de chez tonton (pardon, de nos jours, on dit homosexuel) se pointe avec son minet (pardon, de nos jours, on dit partenaire) qui a le malheur de se mêler à la conversation, aussitôt rabroué par un :

"Chez moi, quand les hommes parlent, les gonzesses se taisent."

Hé bien aujourd'hui, plus un dialoguiste n'oserait écrire cela, il aurait deux procès aux fesses, un pour homophobie et un pour sexisme, et bien content si le minet n'étant pas arabe ou noir, il échappe à l'accusation de racisme, sans compter le procès médiatique, moins judiciaire mais tout aussi réel, en sorcellerie fasciste ou, au minimum, plouc-petit-blanc.

Les seuls dont il soit loisible, si l'on respecte la GTBP*, de se moquer sont les politiciens et les riches. Etrange époque que la nôtre !

Le pénible des éradicateurs bien-pensants de tout poil, de Robespierre à Pol-Pot, jusqu'à leurs émules moins armés mais aussi motivés du Paris de 2006, est une imperméabilité à l'humour qui fait passer le moindre croque-mort pour un comique troupier.

Je le comprends d'ailleurs : il est difficile pour quelqu'un qui croit détenir une parcelle du Souverain Bien et être dans sa mesure un Sauveur de l'Humanité (souffrante, évidemment souffrante ; sans souffrance, pas besoin de Sauveur) de condescendre à un peu d'auto-dérision.

Les communistes (et leurs successeurs actuels, par exemple les écolos) ont toujours été sérieux comme des papes. C'est normal, puisqu'il s'agit de religion et non de politique.

* : Guimauve Totalitaire Bien pensante

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