jeudi, août 17, 2006

Les cuistres administratifs, les abrutis d'Etat, les ampoulés du rapport

Une maxime bien connue de l'administration française est "Pourquoi faire en un jour ce que tu peux étaler sur six mois ?"

Ce n'est en soi pas bien grave : comme il y a toujours trois fonctionnaires où un seul suffirait amplement, sauf bien entendu dans les endroits où on aurait vraiment besoin de fonctionnaires, endroits où, par une étrange tradition, il n'y en a aucun, il suffit de faire des rapports pour occuper le temps.

Les Français ont donc l'habitude loufoque de payer des impôts qui tombent dans un grand trou noir ; coutume étrange qui ne peut s'expliquer que par l'espérance insensée de voir sortir du trou un jour quelque chose de positif. En réalité, de ce grand trou noir sort quelquefois, comme une flatulence, un emmerdeur, qui estime avoir pour mission sacrée de se mêler de la vie de gens qui ne lui ont rien demandé.

A coup de contraventions, de circulaires, de permis de construire, de permis de détruire, de permis d'habiter, de permis d'expulser, de permis de polluer, de permis de dépolluer, d'autorisation de tourner à droite, d'interdiction d'aller tout droit, de taxe sur l'air qu'on respire, de prélévements sur l'air qu'on expire, de prévention de la rage de dents, d'encouragement à l'élevage de vieux, d'incitation à l'éducation des chiens, de contrôle de la pression des pneus, de certificat de bonnes moeurs et de divorce sanglant, d'allocations pour bonne ponderie, de subventions pour faire ceci et défaire cela, de promotion de l'égalité des chances au Loto, d'obligation de parité entre hommes et femmes dans les écoles de tricot, de contrôle fiscal remontant jusqu'à la septième génération, de contrôle du sang dans l'alcool et d'un tas d'autres choses, le rejeton du trou noir pourrit la vie de ses pauvres victimes.

Les Français, domptés, soumis, révoltés par bouffées éphémères et sans conséquence, supportent le joug. Mais il est une chose intolérable, car elle vrille les oreilles, use les yeux et liquéfie le cerveau : le langage technocrato-administratif, véritable monstre des profondeurs du Léviathan étatique, bourreau du beau langage, vil assassin du bel esprit, septembriseur de la conversation, Landru des bons mots, Galliffet de l'humour.

D'où naît cette Gorgone, cette hydre, ce Minotaure beuglant ? Du tréfonds de l'administration, de sa raison d'être : ne rien faire tout en donnant l'impression d'agir, ne rien penser tout en ayant l'air savant, dormir en paraissant réfléchir ; bref, de l'impérieuse nécessité d'allonger, de délayer, de dire en cents mots ce qui se dirait en trois, de dire en cinquante mots ce qui va sans dire.

Voici un exemple, et même pas des pires, pour les plus téméraires d'entre vous (les parents sont priés de protéger les enfants) :

Le seul recours au mécanisme régulateur des prix ne permet pas de veiller, dans les meilleure conditions, à éliminer les processus d'externalisation des puissances, qui constituent l'une des principales raisons de l'émergence des problèmes de pollution et de nuisances ou de dégradation du mode de vie.

Traduisons en français cette bouillie de mots : la liberté économique ne suffit pas à éliminer la pollution.

Grandiose découverte ! Fabuleuse idée ! Pauvre France !

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