mercredi, septembre 27, 2006

C'est une révolte ? Non sire, c'est une révolution (Charles Gave)

Charles Gave est un gestionnaire de fonds basé à Hong-Kong qui a écrit quelques livres pour se délasser.

Il doit être adepte de l'axiome selon lequel le grand art est atteint, non pas lorsqu'il n'y a plus rien à ajouter, mais lorqu'il n'y a plus rien à retirer.

En économie, cela me semble particulièrement vrai : les complexités économiques sont des rideaux de fumée émis par des experts auto-proclamés ou cooptés pour masquer qui obtient de l'argent de qui et pour quoi.

Gave considère trois acteurs fondamentaux de l'économie :

> l'entrepreneur, il risque beaucoup, il échoue, il a une espérance de vie réduite (hé oui : un patron de 40 ans a moins d'espérance de vie qu'un fonctionnaire) mais, si il gagne, il gagne beaucoup. L'entrepreneur, si tout va bien, touche les profits.

> le rentier cherche à placer son épargne avec peu de risques. Il touche la rente.

> le banquier fait l'intermédiaire entre les deux catégories précédentes en mutualisant les risques. Il touche sa commission.

Pour l'instant, nous sommes dans le schéma de Guizot, tant moqué par les imbéciles : "Enrichissez vous, par le travail et par l'épargne."

Interviennent deux autres acteurs, illégitimes ceux-là :

> le banquier central qui est inutile et qui peut perturber gravement le système en fixant les taux au jour le jour.

> L'Etat, qui prend à Paul pour habiller Pierre. Ce qui, selon Mark Twain, est une politique assurée du soutien de Pierre.

L'économie va bien quand les profits rapportent plus que la rente. Et, inversement, elle va mal quand la rente rapporte plus que les profits. En effet, les profits sont l'encouragement au risque et à l'innovation.

Comme de bien entendu, les pays où profits > rente sont les USA, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, etc. Les pays où rente > profits sont, vous l'avez deviné, la France, l'Italie, l'Allemagne, etc.

Cette explication est très solide pour une raison simple : elle repose sur la nature humaine. Pourquoi prendre le risque d'innover si ça ne paye pas ? Il ne faudrait tout de même pas prendre les gens pour des cons.

Or, plusieurs évolutions sont arrivées qui, convergeant, ont fait une révolution :

1) Le modèle technocratique issu de la révolution française est mort avec l'URSS qui en était l'héritière. Restent face à face les USA (primauté de la liberté, innovation et common law) et l'islam (primauté de la soumission, temps immobile et loi divine). Le champ de bataille est l'Europe et l'issue est incertaine.

2) Certains secteurs sont porteurs : l'éducation, la santé, l'épargne, la logistique et la recherche. Or, en Europe, et spécialement en France, ces secteurs sont partiellement ou complètement étatisés, ce qui est la voie la plus sûre vers le gaspillage et la non-rentabilité. Or, si, par la faute de l'Etat, nous ne sommes pas compétitifs dans les secteurs porteurs, comment allons nous nous en sortir ? L'exemple de la Finlande qui est en tête des classements OCDE (auxquels la France refuse de participer) depuis qu'elle a libéralisé son système éducatif devrait faire réfléchir (mais je s ne suis pas naïf : la plupart cherchent à être renforcés dans leurs opinions, non à réfléchir).

3) La mobilité des capitaux et de l'information renforce la spécialisation (théorie des "avantages comparatifs" : si Pierre est 10 fois plus rentable que Paul en fabrication de chapeaux et seulement 2 fois plus rentable en fabrication de chaussures, Pierre aura intérêt à se concentrer sur les chapeaux et à laisser la fabrication des chaussures à Paul, bien que Pierre soit plus fort dans les deux domaines.)

De plus, la concurrence fiscale est accrue par la mobilité des capitaux et des hommes, d'où la croissance de l'impôt volontaire : l'impot ici ne me plaît pas ? Je vais voir ailleurs. Déjà pratiqué par les sportifs et les artistes, ce consumérisme fiscal ne peut que s'accroitre.

Cette mise en concurrence des Etats est primordiale pour comprendre le monde qui vient. Je m'intéresse à l'éducation, mais, en France, l'Etat a quasiment le monopole de l'éducation ou du moins y exerce une concurrence déloyale. Si un jour je décide de gagner ma vie en créant mon école, ce n'est pas en France que je le ferai. De même si ma vocation est de construire une clinique.

4) Les entreprises s'organisent en "plate-formes" : elles gardent chez eux ce qui rapporte et est récurrent (la conception et la commercialisation) et font faire à l'étranger ce qui a peu de marges et est risqué (la production). C'est ce qui explique que ceux qui croient que le déficit commercial américain est grave ont tort (1).

5) Quand on met tout ensemble, on obtient un résultat simple : les Etats dinosaures et les technocraties sont condamnées.

6) La France a beaucoup de mal avec cette nouvelle donne : en 20 ans, l'économie communiste (étatique) y a grandi au détriment de l'économie capitaliste.

Toutes les histoires sur l' "ultralibéralisme" source des maux de la France sont de la foutaise destinée à masquer le fait l'Etat et ses protégés se gobergent au détriment des l'économie marchande.

Les calembredaines gauchistes ont bien du mal à cacher un fait simplissime : la part du PNB de la dépense collectiviste a grimpé régulièrement ces dernières décennies.

7) Or, en France, le système est verrouillé : les entrepreneurs, qui seraient leur véritables concurrents pour le pouvoir, sont poussés à l'exil par les technocrates. Maragaret Thatcher n'était pas une énarque, mais un professeur de chimie, fille d'épiciers.

De plus, à chaque échéance électorale, nous n'avons le choix qu'entre un fonctionnaire de gauche et un fonctionnaire de droite.

8) L'euro est aussi condamné (je m'en suis suffisamment expliqué, je prévois une sortie de l'euro vers 2012).

9) Bref, la dette publique va augmenter, le changement est pourtant inévitable et, comme le système est verrouillé, ce changement sera violent.

La France a le choix entre le scénario canadien (on se bat pour réformer) et les scénario argentin (on spolie les créanciers). Il y a quelques raisons de penser que le deuxième scénario sera choisi.

Conclusion : n'investissez pas en obligations de l'Etat français, pas d'assurance-vie en euros, même si il y a des avantages fiscaux (d'ailleurs, cela devrait mettre la puce à l'oreille : si c'était naturellement si avantageux, pourquoi donner un avantage fiscal ?), les obligations publiques sont beaucoup plus risquées qu'on croit couramment.

Je partage complètement cette analyse.

(1) Dell vend un ordinateur à 1000 $, dedans il y a :

> Conception Dell (100 $ sont 50 $ de marge)

> Logiciels Microsoft (200 $ dont 150 $ de marge)

> Puce Intel (200 $ dont 100 $ de marge)

> "Hard" fabriqué en Chine (500 $ dont 50 $ de marge)

Calcul économiste :

USA a exporté : logiciel + puce : 400 $

USA a importé : "hard" chinois : 500 $

Conclusion : 100 $ de déficit commercial : catastrophe.

Calcul analyste financier :

Marge USA : 300 $

Marge Chine : 50 $

Conclusion : les Chinois ont intérêt à investir aux USA qui font plus de marge. Tout va bien, les bénéfices des Chinois grimpent et ceux des Américains s'envolent. L'économiste a juste fait l'erreur de considérer que les marges sont en moyenne les mêmes partout.

7 commentaires:

DoM P a dit…

J'ai suivi l'analyse de bout en bout et y souscris en grande partie. Ca rappelle beaucoup "Des Lions menés par des ânes".
Cela dit, je ne comprends pas bien d'où sort la conclusion concernant les assurances-vie en euro. Pourquoi ne pas les souscrire?

fboizard a dit…

Les assurances-vie dites en euros sont tout simplement un portefeuille d'obligations étatiques plus ou moins diversifiées.

Si on prévoit que l'Etat français va déclarer la banqueroute (c'est-à-dire diminuer d'autorité la valeur de sa dette), ce qui n'aurait absolument rien d'inédit dans l'histoire de France, il ne faut surtout pas souscrire d'assurances-vie en euros.

DoM P a dit…

Oh...
Désolé :)
Je n'avais pas pensé au marché obligataire. J'avais compris "euro" en tant que monnaie d'achat / vente.

Merci pour la précision. Je suis, du coup, tout à fait d'accord avec la conclusion.

Nathan a dit…

"Le modèle technocratique issu de la révolution française est mort avec l'URSS qui en était l'héritière."

Je pense que le modèle américain est aussi issu de la révolution française : les américains on pris le mot "liberté", les russes ont pris le mot "égalité" ... Et la théorie du chaos, couramment appelée l'"effet papillon" a fait le reste ...

"L'euro est aussi condamné (je m'en suis suffisamment expliqué, je prévois une sortie de l'euro vers 2012)."

Vous pourriez donner le ou les liens vers vos textes correspondants svp ? C'est quand même très précis ..! :)

Votre développement est complexe, et tout ce que je sais c'est que ce qui légitime le libéralisme en premier lieu est la complexité économique qui justement mise entre les mains d'ignorants présomptueux devient incontrôlable et crée des catastrophes (pertes financières, gaspillages, famines, pollution) et non le capitalisme paradoxalement, créant des richesses naturellement et pouvant se concentrer sur le droit pour éviter les maux ... et je ne sais pas si l'homme aura un jour le niveau d'intelligence (je ne l'espére pas forcément) pour contrôler l'économie et le social qui va avec (car contrôler l'économie c'est nécessairment faire du social, i.e. régir le peuple, le travail) ...

Paradoxalement encore, vous qui êtes libéral, faites preuve, par votre développement, d'une volonté de maîtrise et donc de contrôle de l'économie (être "assez" ou "plus" intelligent pour ...). Oui c'est paradoxal, car les règles du libéralisme tiennent à peu de choses et sont plus une philosophie de "laisser-faire" que de "comprendre" à tout prix ...

En gros être libéral c'est plus être "moins con et présomptueux" que les autres, que "plus" intelligent ...

fboizard a dit…

"Je pense que le modèle américain est aussi issu de la révolution française : les américains on pris le mot "liberté", les russes ont pris le mot "égalité" "

Vous faites une erreur chronologique qui n'est pas sans importance : la révolution américaine a eu lieu avant la révolution française et la philosophie en est très différente.

"faites preuve, par votre développement, d'une volonté de maîtrise et donc de contrôle de l'économie"

Bof : quand Louis XIV a demandé aux armateurs de St Malo ce qu'ils pouvaient faire pour eux, ils ont répondu : "Sire, surtout, ne faites rien." C'est à peu près ce que je dis à l'Etat français : "Arrête de te mêler de tout et retourne t'occuper de l'armée, de la diplomatie, de la police et de la justice."

Quant à la sortie de l'euro, il faut chercher sur ce blog.

DoM P a dit…

Ne manquerait-il pas la petite case "recherche"?

Nathan a dit…

"Vous faites une erreur chronologique qui n'est pas sans importance : la révolution américaine a eu lieu avant la révolution française et la philosophie en est très différente."

Vous voulez dire l'indépendance ... pour moi il n'y a pas eu réellement de révolution américaine, mais je voulais dire que l'esprit de leur nation a toujours plus été tournée vers la liberté (et donc le libéralisme) que vers l'égalité ...
Après qu'ils aient eux influencer la notre c'est aussi possible mais ... en tous cas il n'ont pas "théorisé" leur indépendance et la référence reste la révolution française en ce qui concerne le concept de liberté ... comme celui de l'égalité, donc.

"Bof : quand Louis XIV a demandé aux armateurs de St Malo ce qu'ils pouvaient faire pour eux, ils ont répondu : "Sire, surtout, ne faites rien." C'est à peu près ce que je dis à l'Etat français : "Arrête de te mêler de tout et retourne t'occuper de l'armée, de la diplomatie, de la police et de la justice.""

Je dis que vous "intellectualisez" le libéralisme, non en lui même, mais par exemple avec votre argument de 2012, ou d'autres démonstrations qui pour moi ne sont pas vraiment nécessaire (le mieux c'est les faits avérés comme toute l'oeuvre de Revel) et vous fait juste risquer de passer pour un prêcheur (mais moi aussi ça m'arrive c'est plus fort que nous :)) ... Je veux dire que chacun de vos paragraphes sont assez pertinents, mais il faut nécessairement que la conclusion soit fataliste et prémonitoire alors que la démonstration est vague et difficile ...

"Quant à la sortie de l'euro, il faut chercher sur ce blog."

Le moteur de blogger n'est pas terrible et ne trouve rien ... donnez au moins la date ou vous l'avez posté ! Ou alors c'est un aveu d'incertitude ... :)

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