mardi, octobre 24, 2006

Le monologue et la flatterie

J'écoutai récemment une émission de radio, un des intervenants expliquait, avec Ségolène Royal en tête, qu'on sait depuis l'antiquité que le monologue et la flatterie sont deux dangers majeurs pour la démocratie.

Les défauts de Ségolène Royal sont connus de ceux qui veulent bien se renseigner : dilettante, colérique, inexpérimentée à haut niveau, pour ne pas dire incompétente (1).

Pourtant, rien de tout cela n'apparaît sur la scène.

Certains croient, ou feignent de croire, qu'il s'agit là d'une bulle médiatique qui finira bien par éclater. Je n'en suis pas si sûr : par une heureuse conjonction des astres politiques, Ségolène Royal se trouve dans la lumière à un moment où les Français ont envie de changement, de personnes, de génération, de style et, éventuellement, si on ne peut pas faire autrement, d'idées.

Pour les idées de SR, on repassera : c'est du socialisme étatiste normalisateur (j'allais écrire "castrateur", ça n'aurait pas été faux) tout ce qu'il y a de suranné.

Cette réponse, dont je vous certifie l'authenticité et que je vous ai déjà citée, à la question de savoir si elle ne prône pas une société trop controlée : "Non, pourvu que tout le monde reste à sa place." la peint sans aucun doute possible comme la meilleure candidate de l'antilibéralisme.

Bien sûr, les Buffet, Besancenot, Bové et compagnie ne sont pas prêts à le reconnaître, mais c'est une autre histoire.

S. Royal prend sans hésitation, mais avec un brin de dissimulation dans la forme, le drapeau du socialisme le plus archaïque, le plus démenti par l'histoire, le plus condamnable.

Mais les idées ne sont pas la préoccupation principale des Français (Mitterrand aurait dit : "En politique, les amateurs parlent d'idées, les professionnels d'image.")

Pour le reste, au contraire, elle est plutôt novatrice, elle brille par ce qu'elle est, ou paraît être, et non par ce qu'elle fait. Et elle se garde bien de sortir du terrain de l'être pour aller sur celui de l'action, c'est-à-dire de la confrontation avec ses adversaires et la réalité . Elle se sert pour cela de deux armes : le monologue et la flatterie ; le monologue, qui lui évite de redescendre dans l'arène vulgaire du débat ; la flatterie (mes idées sont les vôtres) pour associer une éventuelle attaque contre elle à un crime de lèse-majesté populaire.

Elle y est aidée par les medias, tout au délice de tenir une "belle histoire".

Comme pour les escrocs et pour les prestidigitateurs, l'important pour Ségolène Royal est d'entretenir notre envie d'y croire, de profiter de nos frustrations, de notre vulnérabilité. Il en est de même à quelque degré pour tous politiciens, mais la particularité de la "zapaterreur", c'est que son succès est construit uniquement là-dessus.

Bien sûr, tout cela finira mal, la question est de savoir quand : avant l'investiture socialiste (peu probable) ? Pendant la campagne (plus probable) ? Après les élections, quel qu'en soit le résultat (encore plus probable) ?

Ses adversaires, socialistes ou autre, ont-ils une arme ? Oui, mais ils ont renoncé par avance à l'utiliser : la vérité.

Si on commençait enfin à expliquer aux Français que la mondialisation est une chance autant qu'un risque, que l'Etat maternant est un leurre mortel mais qu'on ne changera pas l'Etat sans l'aide des fonctionnaires, que l'immigration telle quelle est aujourd'hui pratiquée est une folie, que l'école est malade de la démission d'adultes qui ne croient plus au savoir et si, sur tous ces points, on commençait à parler très concrètement, nul doute que la madonne du socialisme et ses idées vagues seraient laminées.

Pour ma part, au jeu des pronostics très hasardeux si loin de l'échéance, je la vois bien élue Président de la République. En effet, je doute de plus en plus que Nicolas Sarkozy sache construire un discours cohérent et honnête (2).

Peut-être faut-il espérer que son instinct de survie politique provoquera chez lui le sursaut salvateur, mais , pour l'instant, son obstination à demeurer ministre de l'intérieur témoigne plutôt d'une courte vue.

(1) : lorsqu'elle était ministre des couches-culottes, elle a quand même sorti de belles conneries.

(2) Pour l'instant, il dit tout et le contraire de tout.

3 commentaires:

NAUDIN a dit…

Tout d'abord , bonjour à vous et merci de vos analyses .
Pour ma part , il me semble que , périodiquement , le peuple français ne veut pas écouter la vérité , qu'au contraire il croit à n'importe quoi pourvu que ce n'importe quoi aille dans le sens de ses désirs irrationnels mais forts . Il en a été par exemple ainsi pendant toute la période pré-révolutionnaire où toutes les calomnies concernant la famille royale (sans jeu de mots...)trouvaient oreille complaisante sans examen .
On dirait que ce peuple , de temps à autre a "envie de faire sa connerie" même si, dans le fond, il sait que c'en est une .
J'ai bien peur que nous soyons dans une telle période actuellement .Espérons que la "bulle SR" éclatera à temps ..

fboizard a dit…

D'excellents ouvrages ont analysé nos maux bien mieux que je ne saurais le faire :

> Le mal français, d'Alain Peyrefitte

> Tocqueville dans toute son oeuvre

> Taine dans Les origines de la France contemporaine

Ce sont des ouvrages agréablement écrits et profondément pensés.

Il est vain de vouloir les résumer, tout au plus puis je vous en donner la ligne directrice :

les Français, peu habitués aux responsabilités locales et aux compromis qu'elles supposent, vivent sous un pouvoir paternaliste, confisqué par l'administration,"les bureaux"; c'est pourquoi ils leur arrivent d'avoir des réactions d'enfants destructrices, suivis de rétablissements spectaculaires.

Notre drame actuel est que le monde évolue tellement vite qu'il n'y a plus guère de temps pour jouer notre cinéma habituel.

alai a dit…

Au fil des mois, Nicolas Sarkozy, désormais officiellement candidat à l'Elysée, est devenu de moins en moins ministre de l’intérieur, au point de laisser son cabinet gérer seul le tout-venant de la place Beauvau, souligne à juste titre Libération (01.12). «De moins en moins président de l'UMP, une tâche qui ne l'a jamais passionné et qu'il délègue volontiers à ses fidèles. »
Ministre de l’Intérieur, président de l’UMP, candidat à l’élection présidentielle : Nicolas Sarkozy joue sans complexe sur ses multiples casquettes
La place Beauvau est parait-il devenue son quartier général de campagne. Il paraît aussi qu’ordre est désormais donné de ne déranger le candidat que lorsqu'il y a urgence sur le front de l'insécurité. Nicolas Sarkozy se contente de superviser, lors des réunions du lundi matin avec ses plus proches collaborateurs ou lors de petits points informels à quatre ou cinq, pour trancher ou régler un problème spécifique.
Se servir des moyens de l’appareil d’Etat pour assouvir ses ambitions personnelles c’est du détournement de fonds publics et de biens sociaux . Je trouve ça abjecte. Sarkosy dehors !
http://pourlafranceetgroslay.over-blog.com