lundi, décembre 11, 2006

La faillite de la France

J'ai trouvé le scénario catastrophe ci-dessous sur internet. Possible mais improbable il y a quelques années, il devient de plus en plus probable, sa vraisemblance est renforcée par deux facteurs :

> la démographie

> l'inadaptation de la France à la nouvelle donne issue de la mondialisation. Demain les Chinois sauront faire des Airbus et les Coréens des voitures de grande série. Comme nous avons préféré payer les profs du secondaire à travailler 18 heures par semaine 35 semaines par an plutôt que d'investir dans la recherche et dans les universités, que nous avons refusé les réformes du système éducatif, que ferons nous ?

Deux scénarios différents toutefois :

> Le scénario encore plus noir, proche de celui de l'article : comme la faillite de la France sera précédée de celle du Portugal et de l'Italie, il est possible que l'euro puis le système financier mondial explose et la mondialisation avec lui. On en reviendrait aux protectionnismes et aux catastrophes (pauvreté, guerres) qui vont avec.

Cependant, d'énormes populations ont tout à gagner à la mondialisation et, donc, si les USA ne mettent pas leur poids dans la balance du coté anti-mondialisation, il est plus probable qu'on abandonnera les pays faillis sur le bord de la route, après une crise dans le style argentin, et que le monde continuera à tourner sans eux.

> Le scénario rose : le moment thatcherien, tant de fois repoussé, arrive. Mais ce scénario est aussi très peu probable : personne pour le porter, méconnaissance totale du libéralisme en France, culte de l'Etat, manque de fonds pour acheter les oppositions.

Il y a folie à penser et à dire que 30ans de déficits publics ininterrompus ne sont pas une folie.

Pour justifier cette idée folle et repousser les oiseaux de malheur (Barre, Rocard, Juppé, ...), certains ont inventé les théories les plus folles, mettant nos maux sur le compte de la mondialisation (alors que c'est elle qui nous permet de financer notre dette), du libéralisme, ultra, forcément ultra (avec 55 % du PIB en dépenses publiques), des patrons cupides (alors que les plus gros employeurs de France sont publics).

Mais toutes les folies et tous les mensonges se payent un jour.

On a souvent dit que la défaite du printemps 1940 était une défaite intellectuelle ; du moins, nous avions l'excuse d'un adversaire qui n'avait pas les deux pieds dans le même sabot.

Mais quand viendra la faillite de la France, nous n'aurons pas d'excuse pour cette défaite intellectuelle, pour ces erreurs de conception, pour ces fautes d'exécution, nous n'avons eu d'autre adversaire que nous-mêmes, que notre lâcheté et notre imprévoyance.

Maintenant, que faire ?

> S'engager en politique ? Il est probablement trop tard.

> Emigrer ? Pour des raisons démographiques et économiques, les USA semblent la destination de choix, ou l'Asie pour les plus audacieux.

> Et pour ceux qui veulent rester en France ? Economiser (évidemment pas en obligations d'Etat) car le proverbe chinois risque de revenir en force : "quand les riches maigrissent, les pauvres meurent."

Tableau très noir ? Certes, mais c'est ce que je peux faire de mieux en l'état de mes connaissances. Le futur n'est jamais écrit : Churchill a dit, en pensant à Jeanne d'Arc et à Clémenceau (je pourrais ajouter Henri IV sur la liste), que la France avait le génie de secréter des sauveurs quand on croyait tout perdu, et De Gaulle est arrivé. Alors, il ne faut pas totalement désespérer.

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La Faillite de la France

Un Etat peut-il faire faillite ? D'office, la réponse est non. Un Etat ne peut pas faire "faillite" dans le vrai sens du terme, puisque la liquidation judiciaire est exclue. On imagine mal des pays étrangers "créanciers" venir faire leurs emplettes du patrimoine national, comme un huissier qui fait l'inventaire des meubles d'un individu poursuivi pour dettes. Une telle démarche serait, localement, qualifiée d'un autre nom: la guerre.

Cela n'empêche pas un Etat de pouvoir faire banqueroute. L'Argentine et d'autres y sont parvenus, alors, pourquoi la France devrait y être invulnérable? Parce qu'elle est riche? Certes, mais elle est aussi endettée dans des montants que d'autres pays en ruines n'arrivent même pas à concevoir.

Ces derniers temps, un sujet semble se décliner en librairie: la France en faillite. Les "déclinologues" sont peut-être raillés par le Premier Ministre, mais le succès public de leurs écrits ne se dément pas.

Ce style littéraire émergent a connu un coup de fouet en 2005, lors de la publication du fameux Pébereau. Ce dernier osa salir l'optimisme forcené régnant au plus haut niveau de l'Etat en dévoilant pudiquement que la dette publique n'était pas de 1 200 milliards d'Euros comme on le croyait d'abord, mais bien 2 000 milliards, soit 120% du PIB - une modeste différence venant de l'intégration au bilan de tous les engagements financiers futurs de l'Etat, par exemple les retraites des fonctionnaires, qui étaient joyeusement ignorés jusqu'ici. Les sociétés privées ont l'obligation d'intégrer les engagements de ce type dans leur états financiers; la comptabilité plus "créative" du gouvernement français s'en était jusque là abstenue.

[et les autres retraites ? Qui s'est engagé à voler l'argent pour les payer ? C'est encore une falsification à démasquer]

La limite de 60% du PIB imposée par Maastricht a été pulvérisée. Mille deux cent ou deux mille milliards d'Euros sont, par leur ordre de grandeur même, des montants impossibles à concevoir; en revanche, un constat s'impose: la situation financière de l'Etat français est bien pire que ce qu'on avait pu imaginer jusque là. "Après moi, le déluge" est une maxime égoïste qui pourrait bien ne plus avoir de sens désormais: la pluie a déjà commencé à tomber...

Parmi ces livres, un se distingue du lot: Le jour où la France a fait faillite, de Philippe Jaffré et Philippe Riès. Les deux auteurs ne sont pas des débutants; ils connaissent les rouages du système bancaire, les coulisses du Trésor Public, et l'un d'eux a vécu aux premières loges la quasi-faillite d'Alsthom.

Oubliez les sempiternels diagnostics sur ce qui a mené (et ceux qui ont amenés) le pays à la perdition, assortis d'une lancinante mise en garde. Leur ouvrage d'anticipation projette la France en 2012, au coeur de l'action, en prenant le cours des événements le jour où la faillite survient. Ce roman-fiction aussi réaliste que possible rend compte des événements que traverse la France ce soir de juillet et les mois qui suivent. Il traite du comment et non du pourquoi.
Mais tout d'abord, examinons l'hypothèse de base.

Et pourtant, elle coule

- Les pompes vous donneront plus de temps, mais c'est une question de minutes. A partir de cet instant, quoi que nous fassions, le Titanic va couler.

- Mais ce navire est insubmersible!

- Il est fait de métal, monsieur. Je peux vous l'assurer, il coulera. C'est une certitude mathématique.

-- Dialogue entre Thomas Andrews, l'ingénieur, et Bruce Ismay, dans le film Titanic

L'Etat français vit à crédit depuis plus de trente ans. Cela signifie qu'il dépense plus qu'il ne gagne et qu'il emprunte pour le reste, à hauteur de 20% de son budget chaque année. Ces emprunts sont souscrits sur les marchés financiers internationaux. Le gouvernement émet des obligations et les clients - des fonds de pension, des banques, des assurances - y souscrivent. Comme l'Etat est un créancier fiable, le rendement est faible : les souscripteurs cherchent surtout un placement sans danger.

Pour différentes raisons, les obligations sont émises par lots selon des durées diverses. Il a donc des obligations à trois ans, cinq ans, dix ans, trente ans. Les lots étant eux-mêmes émis pratiquement à n'importe quel moment, un flux d'obligations se négocie chaque jour dans les marchés financiers. Certaines arrivent à échéance : l'Etat doit alors donner aux emprunteurs la somme promise. Mais, on le sait, l'Etat français a un budget déficitaire depuis trente ans. Comment fait-il alors pour payer une obligation échue ? Il en émet une nouvelle ! Emprunter pour payer ses dettes, voilà qui est singulier... Pourtant, ce n'est rien que de très banal dans les tractations financières avec les Etats. Ce renouvellement ininterrompu des emprunts d'Etat en a amené certains à croire à une sorte de mouvement perpétuel, comme le socialiste Jean-Luc Mélenchon qui alla jusqu'à affirmer: "De toute manière, l'Etat ne rembourse jamais ses dettes."
Grave méconnaissance du fonctionnement des marchés financiers !

En réalité, l'Etat rembourse ses dettes, mais, on l'a vu, il en contracte de nouvelles pour honorer les premières. Or, le processus n'est pas sans conséquences financières: la manoeuvre n'est pas gratuite. A toutes les étapes, l'Etat est un emprunteur; il dilapide donc des fortunes au travers du paiement des intérêts, lesquels sont calculés en fonction d'un facteur crucial, le taux d'intérêt.
Tout le monde vous le dira, on ne prête qu'aux riches - parce que ceux qui prêtent pensent que leur client a les moyens de rembourser. Mais que se passe-t-il lorsque la richesse de l'individu en question est mise en doute, lorsque son haut de forme se défraîchit, lorsqu'il vient quémander un nouveau crédit avec une chemise élimée ? On commence à se méfier. C'est exactement la même chose au sein de ces marchés financiers colossaux où les acteurs sont des mastodontes qui font affaires à grands coups de milliards; seulement, cette vérification de l'état de santé financier de l'emprunteur se fait au travers d'une valeur plus abstraite qu'on appelle la note.

Le grand public en entend peu parler, mais toutes les entreprises d'une certaine taille, les Etats, les collectivités locales, bref, tout ce qui peut emprunter à un moment ou un autre, est surveillé en permanence par des agences de notation - des "tiers neutres" qui évaluent, froidement, les capacités financières des uns et des autres - comme Moody's ou Standard & Poor's. Les agences de notation ne sont pas impliquées dans les échanges; il en va de leur crédibilité. Leur jugement, la note, a un effet direct sur le taux que réclament les prêteurs pour confier de l'argent à un candidat à l'emprunt. Une bonne note permet d'emprunter à moindre frais; une mauvaise note force à payer davantage d'intérêts, et sur quelques milliards la différence se fait sentir. Les notes vont de AAA, la meilleure, à C ou D pour les cancres en faillite. Prêter à ces derniers tient à de la loterie, voire à de la folie pure et simple.

A l'heure où ce texte est écrit, la France dispose toujours de la meilleure note qui soit, le fameux AAA. Pas que le pays soit bien géré, mais seulement qu'il dispose d'un patrimoine gigantesque d'une valeur d'ailleurs difficile à estimer. Entreprises et Etats ne sont pas jugés selon les mêmes critères, bien que leurs notes se retrouvent sur la même échelle. Ce triple A permet à la France d'emprunter à un taux plancher. Toutefois, les agences de notation ont commencé à émettre des doutes: le volume des montants levés par la France et la dérive jamais endiguée des dépenses publiques entament la confiance dans les capacités de l'Etat à rembourser, même compte tenu de son patrimoine. De l'aveu même de certains analystes des agences de notation, la France ne correspond plus aux critères AAA. Si la situation financière du pays se dégrade, les agences de notation finiront par baisser la note. Elles ne s'en sont pas privées pour l'Italie début novembre 2006.

Or, une note plus mauvaise aggrave les choses. Moins de gens sont susceptibles de prêter de l'argent, et ceux qui restent demandent plus cher. Dans le cas d'un renouvellement continu d'emprunts comme en France, à chaque étape il faut désormais emprunter à un taux plus élevé pour rembourser les prêts qui se terminent; le montant de l'addition augmente en même temps que celui des taux d'intérêt. Le trou se creuse alors tout seul, comme doué d'une vie propre. Cela dégrade en conséquence la situation financière du pays... Et donc sa note. Le cercle vicieux s'enclenche alors. Il a été baptisé de bien des noms: effet ciseau, effet boule de neige... En l'absence de terribles efforts pour redresser la barre, l'accélération est vertigineuse, jusqu'à sa conclusion.

En effet, le processus n'est pas sans fin: il arrive un moment où plus personne ne veut prendre le risque de prêter de l'argent. Les dettes ne sont alors plus reportées dans le futur. Il faut désormais les payer. Mais comme il n'y a plus d'argent dans les caisses puisque l'Etat empruntait pour payer ses dettes, il ne reste rien pour personne - ni pour rembourser ceux qui réclament paiement de leur dû, ni pour payer toutes les autres dépenses du gouvernement. C'est la cessation de paiement. La banqueroute.

Le jour noir

Nous sommes en 2012. Après l'élection présidentielle de Ségolène Royal en 2007, Nicolas Sarkozy a été à deux doigts de renoncer à la politique; mais bien lui a pris de persévérer, puisqu'il a fini par accéder à la plus haute marche de l'Etat après le fade quinquennat de la socialiste. Le scénario du Jour où la France a fait faillite commence au moment où une agence de notation dégrade une fois de plus la note de la France, comme au long des années précédentes. Sa nouvelle note est BBB. Or, dans la nomenclature des marchés financiers, cette valeur revêt une importance particulière: elle distingue de façon nette les emprunteurs "respectables" des emprunteurs "douteux".

Les prêteurs ont aussi des comptes à rendre. Ce sont des banques, des fonds de pension, et ils placent de l'argent dans l'intérêt de leurs clients. Leur conduite est soumise à des règles de gestion strictes; ils ne prêtent pas de l'argent à n'importe qui. Ils ont l'interdiction de prêter à des débiteurs douteux - c'est-à-dire, un organisme avec une note de BBB ou pire. La dégradation de la note de la France à ce niveau provoque donc plus qu'une simple hausse des taux, comme les fois précédentes. Elle sonne l'hallali. Il n'y a plus de prêteur institutionnel pour accepter les obligations émises par la France. Quant aux autres, quand bien même le voudraient-ils, ils n'ont pas assez d'argent en caisse pour financer les montants colossaux que demande le pays.

Incapable de renouveler sa dette, la France se retrouve soudainement en cessation de paiement. C'est un coup de tonnerre. Elle n'a plus d'argent liquide ni pour son fonctionnement, ni pour payer les obligations qui viennent d'arriver à échéance. La crise est là. Rapidement, elle se répand à tous les secteurs de l'économie, par un jeu de vases communicants d'exposition financière: les banques privées et les régies d'Etat sont touchées, puis les autres entreprises. Les paiements par carte de crédit ne fonctionnent plus. Les Français ne peuvent plus retirer d'argent aux distributeurs des banques. Ceux qui sont à l'étranger sont coupés de leurs avoirs. Des scènes de pillage surviennent dans les hypermarchés. Le CAC40 est en chute libre avant suspension générale des cotations. Les salaires des fonctionnaires n'arrivent plus, pas plus que celles des retraités ou le versement des allocations...

Confronté à cette urgence, le gouvernement tente de réagir: il faut trouver des alternatives au marché financier. Les institutions existent - FMI, Banque Mondiale, ou les autres pays de l'Union Européenne appelés à la rescousse au nom de la "solidarité européenne". Mais si les accords de principe sont faciles à obtenir, le diable est dans les détails: la France contracte des prêts, pas des dons. C'est un pays riche et développé qui ne doit son infortune qu'à sa mauvaise gestion. En plus, elle doit aussi trouver un moyen de rembourser toutes les dettes qui parviennent peu à peu à l'échéance. Chacun vient donc avec son lot de conditions, demande des garanties, réclame des gages en échange de son obole. L'heure de la réforme a sonné. Elle interviendra à marches forcées.

Dos au mur, essayant de sauver ce qui peut l'être, le gouvernement n'a pas d'autre choix que de procéder d'un coup aux changements qui auraient dû avoir lieu des décennies plus tôt. Dégraissement des effectifs de la fonction publique, vente d'actifs par pans entiers, révision à la baisse des régimes de retraite, privatisation de tout ce qui peut l'être: l'Etat en crise fait face à une cure d'amaigrissement douloureuse, immédiate et sans précédent.

Il n'y a pas d'alternative. Dévaluer l'Euro ? Les autres membres de l'Euroland ne le permettraient pas. Quitter l'Euro ? Comme le dit un protagoniste: "la dette a été contractée en Euros, elle doit être payée en Euro." Pas possible de changer d'unité monétaire au milieu d'un crédit pour le solder en monnaie de singe. Cela conviendrait à la rigueur pour les paiements internes de l'Etat, mais pas pour satisfaire ses débiteurs. S'emparer des économies des Français, faire un bras d'honneur aux créanciers ? Un vol légal qui mettrait un terme à la démocratie et qui achèverait ce qui reste du secteur privé, le seul à rapporter encore de l'argent au pays.
La crise est d'autant plus grave qu'avec un pouvoir politique fragile, la menace de l'extrémisme pèse. Chacun sait que la démagogie ne résout rien, mais qu'elle offre une palette infinie de solutions aussi séduisantes que fausses, avec ses coupables tous trouvés : le libéralisme, la dictature des marchés, les fonds de pension anglo-saxons, les immigrés, le capitalisme... Et les électeurs pourraient bien se réfugier dans ce discours aussi éculé que sécurisant. Face à la crise, le Parti Socialiste, alors dans l'opposition, est divisé entre la défense des institutions et la voie anti-capitaliste radicale; il est promis à l'éclatement.

En outre, même l'application tardive de recettes libérales s'accompagnera de douleurs immenses. Le retrait économique d'un mastodonte de la taille de l'Etat en France, si mal géré soit-il, ne va pas sans provoquer des remous en conséquences. Aussi vicieux et destructeur de richesse qu'il soit, l'Etat est jusqu'à la veille de sa banqueroute un acteur économique incontournable. Son repli entraînera une vague de faillites sans précédent. Le chômage atteindra au moins 15% de la population active pendant plusieurs années, alors que les mécanismes d'allocation-chômage auront eux-mêmes fait faillite. Les mécanismes d'aide sociale - assurance chômage, RMI - auront disparu, faute d'argent à distribuer. Les Français ne pourront compter que sur eux-mêmes.

Sur le plan international, le peu d'influence de la France sera balayé. Vivant sous la perfusion financière, désormais tarie, de la métropole, les DOM-TOM seront rendus à l'indépendance. L'influence étrangère de la France implosera alors que ses bases se videront de ses militaires, ramenés en urgence sur le continent pour aider à maintenir l'ordre. La plupart des soutiens étrangers de la France étant acquis à travers les rivières de l'aide au développement, à sec pour longtemps, le pays sera isolé comme jamais.

La France s'apprêtera à traverser le désert - un voyage aussi dangereux que douloureux, qui durera des années avant d'apercevoir le bout du tunnel. C'est en tous cas ce que planifie le gouvernement après des semaines de négociations de crise.

Le livre se clôt sur un rebondissement que je laisse à chacun le soin de découvrir.
La lecture du livre Le Jour où la France a fait faillite est vivement conseillée, ne serait-ce que pour le brillant exercice de futurologie qu'il représente. L'ouvrage est à la fois instructif et distrayant. Les auteurs maintiennent même un site web (http://www.lejourou.info%29/ où les curieux peuvent venir commenter leur oeuvre, découvrir le contexte de son écriture, et compléter leur connaissance économique sur le sujet.

Sans aucun doute, la solidité de l'intrigue tient dans la vraisemblance des personnages qui s'y débattent. Les protagonistes vont du ministre au proverbial homme de la rue; et aux commandes de l'Etat, les auteurs ont décidé de placer des personnalités qui existent aujourd'hui, dans des rôles différents, mais qui pourraient bien se retrouver aux postes pressentis en 2012.
Un scénario différent ?

Si la finesse économique de Philippe Jaffré et Philippe Riès et le talent qu'ils ont à monter leur scénario méritent le respect, je ne partage pas certains points de leur analyse.
Didactique, le roman explique très bien le mécanisme de refinancement permanent de la dette française et l'influence des agences de notation. Comme eux, je pense en effet que le coup de grâce sera sonné de ce côté, lorsqu'une de ces agences osera franchir le rubicond en déclarant que les obligations émises par la France sont désormais des "obligations pourries" (junk bonds - c'est le terme officiel !)

Malheureusement, l'exercice de vulgarisation est bien trop optimiste. Le livre ne s'attarde pas trop sur la violence, l'agitation populaire, le risque d'embrasement qui menace. Les acteurs font tous preuve d'un professionnalisme exemplaire: on entend à peine des jurons ou des cris de désespoir. Les ministres expliquent doctement, les fonctionnaires (désormais sans solde) travaillent avec diligence et sans compter leurs heures, même les syndicats réalisent l'ampleur de la crise et deviennent des interlocuteurs constructifs. Le public dans son ensemble est atterré, mais calme. Tous affrontent dignement le déluge.

Je crains que le jour où la France fera faillite, l'ambiance ne soit moins propice au recueillement et à la réflexion.

Un ensemble aussi obèse que l'Etat français ne peut pas s'écrouler dans son intégralité d'un seul coup. Comme un jeu de dominos, il faut du temps avant que toutes les pièces ne soient à terre. L'effondrement commencera par la périphérie: certaines caisses n'auront plus d'argent pour payer leurs allocations (les Aides Personnalisées au Logement, par exemple); d'autres paieront avec retard, ou une seule fois trimestriellement ou annuellement au lieu du versement mensuel.
Parallèlement, l'Etat sera toujours plus gourmand avec ses recettes: par exemple, les impôts sur les entreprises seront exigés en début d'année sur la base des bénéfices engrangés l'année précédente, peut-être même sur une extrapolation de croissance, au lieu de porter sur les affaires effectives. Les plus sagaces observateurs de la décrépitude de l'Etat français auront constaté que cette étape a déjà commencé. Le centre tombera en dernier, après s'être épuisé à essayer de maintenir debout les pans qui s'écroulent. Cela signifie que lorsque la France subira le coup de grâce, elle sera déjà dans un état de paralysie générale désastreuse: les trains en panne ou en grève, les policiers dans la rue, les hôpitaux en faillite, etc.

La crise précédera la banqueroute, et non l'inverse.

Evidemment, l'accélération de l'effondrement n'ira pas sans mouvements sociaux d'une ampleur encore jamais vue. La mobilisation de la fonction publique dans la grève survient dès qu'un ministre se contente d'évoquer une réforme possible : les leaders syndicaux et leurs troupes vivent dans la paranoïa de la lutte des classes. Ils ne perçoivent le monde qu'à travers le prisme déformant de leur idéologie marxiste et montent une garde vigilante contre toute remise en cause du régime privilégié dans lesquels ils baignent. Or, un Etat aux abois trouve pour ses réformes une force de caractère inhabituelle : les réformateurs sont tout simplement au pied du mur. Mais en face, la résistance syndicale est solide et bien préparée pour l'affrontement.
Alors que les finances de la France tomberont en miette, les charognards essayeront chacun de se réserver la plus belle part du cadavre, de sécuriser ses acquis lors de la liquidation, ou encore d'être plus prioritaire que le voisin lorsqu'il faudra finalement couper dans les crédits, usant et abusant de son pouvoir de nuisance.

En 2005 déjà...

A ce stade, les banlieues auront brûlé depuis longtemps. Les acteurs de l'Etat agissant dans ces zones étant moins proches du pouvoir, ils seront financièrement sacrifiés bien avant les autres. Aujourd'hui, un an après les émeutes de 2005, pas un acteur du "milieu associatif" ne peut passer dans un média quelconque sans en profiter pour quémander plus de moyens aux pouvoirs publics ; le calme apparent des grands ensembles ne tient que par la construction régulière de bâtiments neufs à incendier, un arrosage général de subventions, et l'abandon de ces zones par les forces de l'ordre au profit des mafias locales.

Lorsque la crise se précisera, les policiers n'y seront pas plus nombreux, on s'en doute, vu le nombre d'autres chats qu'ils auront alors à fouetter, mais en plus la manne gouvernementale versée aux associations se tarira, et avec elle leurs effets d'apaisement. A la faveur de la crise, après l'éradication finale des derniers symboles de la présence de l'Etat français dans les banlieues, les "zones de non-droit" se révèleront sous leur nouveau jour : des enclaves soumises à d'autres lois. La balkanisation du pays sera désormais indiscutable.

Il y a enfin un ensemble de circonstances complètement laissé de côté dans Le Jour où la France a fait faillite, et pas des moindres : la situation géopolitique internationale. Les auteurs estiment, avec raison, que la cessation de paiement de l'Etat français est avant tout affaire de politique intérieure; mais la France n'est pas pour autant imperméable à ce qui se passe dans le monde.

Intégrer ce facteur dans un récit qui se déroule en 2012 tient de la gageure : nul ne sait ce qui se sera passé d'ici là en Irak, entre l'Iran et Israël, à la tête de l'appareil d'Etat américain, etc...

Or, selon moi, la faillite de la France surviendra à la faveur d'une crise mondiale, ou au moins d'un ralentissement économique généralisé, comme il s'en produit toujours de façon cyclique. La France est fragile, mais c'est un choc qui la mettra à terre. Un choc probablement venu de l'extérieur. Cela signifie que lorsque la France coulera, le reste du monde ne sera pas dans une très bonne passe, voire pire. Cela signifie aussi que le reste du monde n'aura, à ce moment, guère de moyens à dégager pour sortir l'Hexagone de son gouffre, et bien d'autres préoccupations en tête.

Le scénario du livre, assez bienveillant, repose sur l'idée que des partenaires de la France pourront pallier à la défiance des marchés financiers en se substituant à eux, quitte à faire payer leur aide au prix fort; mais si le jour dit ces partenaires sont eux-mêmes en train de lutter contre leur propre faillite, ils resteront, faute de moyens, sourds à tous les appels au secours.
Au bout du compte, je crois que la mort de l'Etat social-démocrate français s'accompagnera de soubresauts beaucoup plus violents que ce que Le Jour où la France a fait faillite ne laisse présager : émeutes, tueries, rafales tirées dans la foule, mises à sac et incendies, couvre-feu, intervention de l'armée, état d'urgence. Et qu'à l'inverse du livre, il n'y aura peut-être pas de chevaliers blancs prêts à venir en aide à son Etat, réformes ou pas. Si ces prévisions pessimistes s'avèrent exactes, la démocratie ne survivra pas à cette épreuve et l'émergence d'une guerre civile n'est pas à exclure non plus. Quant à la crise, elle s'installera pour des années, une génération peut-être, le temps que le peuple français réapprenne, peu à peu, les valeurs de base du travail et du fonctionnement de l'économie. A moins qu'il ne s'abandonne complètement aux chimères idéologiques d'ici là.

Demain est un autre jour

La banqueroute de la France arrive peu à peu au centre du débat. Il y a quelques années, évoquer ce genre d'idées ouvertement n'aurait provoqué que ricanements; aujourd'hui, le sujet fait vendre des livres. On peut se réjouir de l'ouverture d'esprit du grand public face à cette question. On peut aussi s'en inquiéter : l'émergence de plus en plus marquée d'un sujet autrefois tabou montre peut-être aussi que la France n'a jamais été si proche du précipice.

Dans les rues, tout est à peu près calme; la vie suit son cours. L'annonce d'une tempête aussi prochaine que violente semble difficile à croire. On dirait les cris d'un de ces prophètes de la fin du monde, hirsutes et dépenaillés. La crise nous guette pourtant. Aucun régime, aucune force politique ne peut s'affranchir des limites physique de la réalité. Or, la comptabilité est soumise à de telles lois; elles sont aussi implacables que la gravité terrestre. L'illusion ne peut y régner que de façon temporaire. Il n'y a guère de débat en vérité, seulement un devoir d'information : le chemin de moindre résistance mène la France à la faillite. Aucun doute là-dessus. Nulle croissance mondiale, nulle découverte technologique majeure ne pourra sortir le pays de la fosse qu'il s'est creusée.

En fait, compte tenu la situation française pudiquement dévoilée dans le rapport Pébereau, l'effondrement reste probable même dans l'hypothèse (totalement fantaisiste à l'heure actuelle) d'un gouvernement à la fois combatif et bien inspiré, qui prendrait les problèmes à bras-le-corps pour les affronter de la bonne façon - un gouvernement libéral, par exemple. Nous en sommes plus éloignés que jamais: la classe politique française est toujours divisée entre étatistes de gauche et étatistes de droite.

La cessation de paiement surviendra donc. Reste une seule question: quand ?

5 commentaires:

Joël Monpère a dit…

On pensait que la dette publique française était de 1167 milliards d'euros, en fait non, elle est de 2 000 milliards d'euros.

Concrètement, cela change quoi? En fait rien. Un quarteron de libéraux s'est réuni pour pondre un rapport sur la dette qui devrait nous effrayer et voila le quarteron pris à son propre piège. Et alors? serait-on tenter de demander à nos sages économistes. Le pays est endetté non plus à hauteur de 67% du PIB mais à hauteur de 120% et il n'y a aucune conséquence. Il n'y a pas plus de pauvreté, il n'y a pas plus de chômeurs, les immigrés sont toujours aussi nombreux à venir chercher un avenir meilleur dans ce pays.

Paradoxale? non, cela démontre seulement que dans une économie il faut distinguer le virtuel du réel, le théorique du pratique, le spéculatif du concret,la comptabilité de la réalité. Et nos économistes en chef, maître à penser du dogmatisme du comité des 400 (lobby défendant les intérêts des 400 plus grosses capitalisations boursières de la planète), se gardent bien d'aller plus loin de leurs explications.

Un exemple: Une journée ordinaire, la bourse peut prendre ou perdre 1%. Cela représente des centaines de milliards d'euros de richesse créée ou détruite, sans que les fondamentaux des entreprises n'aient varié d'un iota. Cet écart peut parfaitement être converti en argent: Le possesseur d'actions peut très bien revendre ses actions et empocher le 1% sous forme de monnaie fiduciaire ou d'or. Ce n'est donc pas virtuel. En petit comité, les plus grands économistes vous expliqueront qu'aucune théorie économique n'arrive à expliquer une telle création ou destruction d'argent sans justification.

Le cas de la bourse n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. L'analyse économique est bourrée de ce genre d'absurdités. "virtual economy and real poverty", du prix Nobel d'économie Milton Friedman est implacable à ce sujet ... mais bon courage à ce qui chercheront à en obtenir une édition! On se réfèrera également aux travaux de la public decisions school de l'université de Standford, école aujourd'hui dissoute...

La vérité c'est que 1000, 2000 ou 10 000 milliards de dette, cela ne change absolument rien.
Le discours justifiant les restrictions budgétaires actuelles par des déficits publics trop importants sont infondés et/ou malhonnêtes. La réduction de la pauvreté n'est qu'une question de volonté. Mais pour l'heure, le génocide des pauvres se poursuit

Tonton Jack a dit…

Faut-il vraiment répondre? En tout cas, il y avait longtemps....

A propos de l'article initial comme du livre le jour où la France a fait faillite, l'écueil principal du raisonnement n'est pas dans la virtualité de la dette - une dette est toujours financée par un dépot, donc dire que la dette est virtuelle signifie que l'épargne l'est aussi, ce qui fait moins plaisir et au titre des livres, j'oriente M. Monpère vers le livre de Ayn Rand Atlas Shrugged et notamment le monologue de John Galt - , mais plutôt dans l'absence de raisonnement incrémental, comme d'ailleurs tend à le montrer certains commentaires du site lejourou.

Je m'explique: une crise comme celle décrite ne survient pas en un jour, d'un coup, sans prévenir. Il y a toujours des signes annonciateurs, comme une première dégradation de la note de la dette souveraine, des problèmes de financements, des retards de paiement, etc. En conséquence, avant un grand blocage, il y aura toujours possibilité de tenter quelque chose pour s'en sortir.

Cependant, à voir les commentaires tel celui qui me précède, je me demande si les Français, et surtout les dirigeants du XXI ème s. seront plus intelligents que ceux de la fin du XVIII ème. Dans mes souvenirs d'histoire, le renvoi de ministres comme Turgot, avec les réformes qui allaient avec, ont précipité le régime à sa perte. Le refus de réforme de la part de l'élite nobilaire de l'époque a conduit à la Révolution.
Toujours d'après mes souvenirs, je rappelle aussi que la crise économique agricole des années 1787-1788 consécutive à des calamités a servi de catalyseur, de même que l'endettement étouffant de l'Etat français.

Dernier point, à ceux qui penseraient, tel M. Mélanchon, que l'Etat ne paye jamais ses dettes ou qu'elle n'est jamais un problème, je les renvoie à la citation de Mirabeau: « La dette publique fut le germe de la liberté. Elle a détruit le roi et l'absolutisme. Prenons garde qu'en continuant à vivre elle ne détruise la nation et nous reprenne la liberté qu'elle nous a donnée. »

fboizard a dit…

La dette est bien entendu tout ce qu'il y a de plus réelle, puisque des gens ont acheté des titres de cette dette de préférence à autre chose (immobilier, actions, biens de consommation) et attendent en retour des intérêts.

Sauf à prendre Joël Monpère pour un imbécile, on doit donc supposer qu'il n'exprime pas exactement ce qu'il pense.

Je tente une hypothèse : il veut dire que la créance est bien réelle pour les créanciers qui y ont mis leur argent, mais que la dette est virtuelle pour l'Etat dans la mesure où il pourrait un jour user de la force publique sous diverses formes pour refuser de la payer.

Ces manières sont un vol, c'est le fait d'un Etat arbitraire, agissant selon son bon plaisir, sans foi donc sans loi.

Hélas, ces manières, qui s'appellent la banqueroute, ne sont pas inconnues dans l'histoire de France, elles sont même de fidèles compagnes. Philippe Le Bel, déjà, pratiquait sans remords l'extorsion de fonds et la banqueroute à répatition. Et ses successeurs n'ont pas tous fait mieux.

Bien sûr, une banqueroute moderne pourra recourir à tous les talents de la technocratie pour se dissimuler, pour ne pas être appelée par son nom. Mais, comme un sou est un sou, ça n'en restera pas moins du vol.

pierre_robes_roule@yahoo.fr a dit…

Qui pensait que la dette était de 1167 Mds? Tout dépend du périmètre (collectivités locales, SNCF, EDF - les retaites, Banque de France EN FAILLITE A CAUSE DES RETRAITES )
Vous êtes au dessus de 2 000 Milliards. Même. Pas mal mais l'important c'est pas la chute..
Tous ce fric pour quoi ? telle est la question

fboizard a dit…

J'ai oublié de vous signaler l'excellent La disgrâce de Turgot, d'Edgar Faure. Je pense qu'on se servira encore de ce livre comme référence quand la carrière politique de l'auteur sera oubliée.

Il y analyse, avec une expérience politique et avec, par conséquent, une liberté de jugement inaccessibles à un historien de profession, la crise politique qui a amené Turgot au pouvoir et celle qui l'en a chassé.

Notamment, il y a eu une divergence entre Turgot et Condorcet. Condorcet, conseiller de Turgot, voulait brusquer les réformes, on l'accusait d'être un théoricien ignorant des réalités humaines. Turgot, lui, le politique, voulait aller pas à pas, a ainsi laissé aux oppositions le temps de se fédérer et a échoué.

En réalité, c'est Condorcet qui avait raison : différer les réformes douloureuses, c'est déjà émettre un doute sur leur légitimité et renforcer, et non affaiblir, l'opposition.

Comme je l'ai déjà dit, on peut "acheter" les opposants (par exemple, en donnant aux électriciens des actions EDF pour qu'ils ne s'opposent pas à la privatisation), mais c'est toujours une erreur de différer une réforme urgente et nécessaire.

15 ans après les premières réformes des retraites par Rocard, la technique des petits pas fait que le problème entier puisque les profiteurs, les ayant-droits des régimes spéciaux, n'ont toujours pas été mis à contribution. 15 ans perdus.