samedi, avril 14, 2007

L'ennemi public numéro un

Je vous mets en copie cet article du Monde car je suis comme Patrick Jarreau intrigué par ce qu'une certaine opposition à Nicolas Sarkozy peut avoir d'apparemment irrationnelle, à tel point que l'argument que j'estime le plus fondé contre NS, c'est-à-dire le flou, l'imprécision et l'inconstance, ne vient que rarement dans les conversations de ses opposants.

Je sais bien qu'on juge l'opposition à Ségolène Royal également irrationnelle au nom d'un machisme latent d'autant plus fort qu'il serait plus dissimulé. Laissons aux imbéciles ces explications psychologisantes à deux balles.

Pour ma part, je pense avoir assez clairement et assez en détail exprimé ce qui motivait mon opposition à la maldonne du néo-socialisme pour ne pas encourir de bonne foi ce reproche. Mais il est vrai que les reproches injustifiés sont ceux qui persistent le plus longtemps en cela qu'étant infondés, on ne peut en discuter les fondements.

J'ai "graissé" quelques passages et ajouté des commentaires entre crochets

L'ennemi public numéro un

LE MONDE | 13.04.07 | 14h14 • Mis à jour le 13.04.07 | 14h14

Sur les panneaux officiels de la campagne, en place depuis moins d'une semaine, c'est celui dont les affiches sont le plus souvent barbouillées d'injures ou de graffitis vengeurs. Il est le seul qui ait droit à l'insulte suprême : la mèche et la moustache d'Adolf Hitler, autrefois réservées à Jean-Marie Le Pen.

Les sondages le placent constamment en tête des intentions de vote des Français. Quand on leur demande qui a le plus de chances d'être élu président de la République le 6 mai, plus de la moitié d'entre eux citent son nom. Pourtant, une grande partie de la société semble voir en lui l'ennemi public numéro un.

Ce statut est exceptionnel. Seul le chef de l'extrême droite est apparu, dans le passé, comme le danger absolu, l'incarnation de ce qui menace la République et qu'elle doit combattre, l'homme qui provoque une exécration exponentielle par rapport à l'adhésion qu'il suscite. Comment expliquer que Nicolas Sarkozy, qui n'a jamais frayé de près ni de loin avec l'extrême droite, occupe aujourd'hui, aux yeux de beaucoup de Français, la place qui était celle de cette famille politique ?

Une première explication réside dans son succès même. L'élection présidentielle de 2007 est dominée depuis longtemps - on pourrait dire depuis toujours - par celui qui est aujourd'hui le candidat du principal parti de la droite. Cette domination est l'une des causes, peut-être la principale, du double phénomène mesuré par les sondages et que traduisent la plupart des médias. Il y a ceux qui souhaitent son élection et tous les autres, qui veulent ou qui affirment vouloir l'éviter par-dessus tout, à tout prix, quoi qu'il en coûte [La France est la patrie de Poulidor : on préfère les glorieux vaincus aux arrogants vainqueurs, les décotés aux favoris].

La France est partagée entre deux majorités concurrentes. D'un côté, elle est à droite : la somme des sympathisants du parti actuellement au pouvoir, du centre et de l'extrême droite représente autour de 60 % des citoyens ; la gauche et l'extrême gauche en réunissent moins de 40 %. D'un autre côté, il semble exister une majorité de Français hostiles au candidat qui fait la course en tête.

Et si les deux réalités étaient liées ? Ce pourrait être une deuxième explication de l'aversion qu'inspire le président de l'UMP. Il révèle cette majorité de droite que le pays ne veut pas voir. Les Français veulent bien vivre à droite à condition de pouvoir penser qu'ils sont de gauche [Je suis d'accord : un des succès indéniables de la gauche est d'avoir ancré l'idée qu'elle était le Bien, la générosité et que la droite était l'égoïsme, ce que ne soutient pas une seconde l'analyse historique. Comme la politique française est ainsi basée sur une idée fausse, tout le débat politique en est faussé : la droite doit donner des gages à la gauche, la gauche à l'extrême-gauche, et puis quoi encore ?]. Jean-Marie Le Pen a rendu la droite inavouable. La faute de Nicolas Sarkozy est de chercher à l'emporter en faisant se rejoindre "la majorité sociologique" et la "majorité politique". Cette formule fameuse fut inventée par François Mitterrand pour décrire sa victoire en 1981. La victoire de la gauche.

Ségolène Royal et François Bayrou représentent deux voies possibles pour empêcher que les droites n'opèrent leur jonction. La candidate socialiste tente de ramener la gauche au pouvoir en attirant des électeurs qui souhaitent, dans certains domaines tels que l'éducation et la sécurité, des politiques de droite. Le président de l'UDF propose, en sens inverse, une droite qui tiendrait compte, dans une certaine mesure, des préoccupations de la gauche.

Ces deux projets sont-ils envisageables ? Sont-ils crédibles ? Les variations des sondages traduisent les doutes des électeurs. La synthèse "royaliste" paraît tantôt entraînante, tantôt illusoire. Les uns jugent les idées de Ségolène Royal plus convaincantes que sa personne. Pour d'autres, c'est l'inverse : sa détermination, son énergie, sa volonté suscitent davantage l'adhésion que son programme. Sa personnalité et son projet sont en tout cas porteurs de changement, quand François Bayrou n'en propose pas d'autre que de ne voter ni pour la gauche ni pour la droite.

Le philosophe Alain (1868-1951) disait qu'on reconnaît un homme de droite à ce qu'il nie l'opposition entre droite et gauche. [Je ne suis pas d'accord, mais on me dira que ça prouve que je suis de droite !]

Patrick Jarreau
Article paru dans l'édition du 14.04.07

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