vendredi, juillet 20, 2007

Un mot de Nicolas Baverez

Voici un extrait d'un article de Nicolas Baverez.

C'est ce que je vous répète depuis des mois, voire des années, alors pourquoi vous le répéter une fois de plus ?

C'est purement psychologique : ça me rassure.

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Rien ne justifie la dérive des comptes publics français. Le pays est en paix. Loin de traverser une crise, l'économie mondiale se trouve engagée dans le cycle de croissance le plus dynamique et le plus stable depuis un siècle. La quasi-totalité des pays développés se désendettent à marche forcée. Surtout, la dette découle de l'explosion de dépenses publiques qui ne résultent pas d'investissements, mais de l'expansion incontrôlée des effectifs du secteur public (5,2 millions de fonctionnaires contre 4 en 1990) et des transferts sociaux (32 % du PIB). Avec un impact direct sur le blocage de la croissance, la dégradation de la compétitivité (28 milliards d'euros de déficit commercial, contre 162 milliards d'excédents pour l'Allemagne), le gel du pouvoir d'achat (300 milliards d'euros de prélèvements sociaux pour 350 milliards de salaires versés), la rémanence du chômage de masse.

Le rétablissement des finances publiques n'est donc pas une variable d'ajustement de la politique économique, mais la clé de la rupture. Il n'est pas dicté par les critères de Maastricht mais par l'intérêt national. Il répond à une logique économique et financière mais plus encore politique, parce qu'il conditionne la restauration de la crédibilité et de l'indépendance du pays. D'où la nécessité de faire ce qui a été constamment écarté ou reporté par le passé, à savoir une réforme drastique du secteur public. Avec la réunion d'une « commission de la hache » dès l'été 2007 pour endiguer un déficit avoisinant les 50 milliards d'euros à fin mai, le non-remplacement d'un poste de fonctionnaire sur deux partant à la retraite dès le budget 2008, le lancement d'un réexamen systématique des politiques publiques d'ici à 2009. Dans la protection sociale, avec l'anticipation de la négociation sur les retraites et la suppression des régimes spéciaux d'une part, la responsabilisation des consommateurs et des producteurs de soins d'autre part. Dans les collectivités locales, où il faut cesser de faire de la décentralisation la mère de toutes les gabegies.

« Il faut trouver un moyen de préserver les générations à venir de la cupidité des générations présentes » , soulignait Napoléon. Dans le passé récent, l'Etat a non seulement encouragé la cupidité des baby-boomeurs, mais été le vecteur privilégié des principes malthusiens et protectionnistes, des pulsions xénophobes et antilibérales qui ont coupé la France du monde du XXIe siècle. Depuis trop longtemps, l'Etat fonctionne pour l'Etat et pour ses agents. Il doit être remis au service de la France et des citoyens.

5 commentaires:

Tonton Jack a dit…

Aucun commentaire si ce n'est: quelle est la référence ?

fboizard a dit…

C'est le dernier n° du Point, l'article est aussi disponible en ligne.

Tonton Jack a dit…

Merci !

fboizard a dit…

La boursouflure étatique est bien un problème politique : l'exemple d'une mission régalienne

J'entends souvent répondre à ceux qui critiquent les déficits et les dettes publiques qu'il s'agit d'une « vision purement comptable », comme si « comptable » était une insulte, comme si les comptes ne rendaient pas compte de la réalité, des choix et des priorités. C'est parfaitement idiot.

Quand on regarde les comptes, on s'aperçoit que la priorité de l'Etat est d'embaucher des fonctionnaires, pas de leur faire remplir des missions (sans quoi il investirait dans les moyens matériels ; ce qu'il ne fait pas) mais bien de les embaucher et seulement cela.

Or, les priorités que devrait avoir l'Etat me semblent toutes autres. Ce sont d'abord les missions régaliennes : police, justice, défense.

Prenons l'exemple d'une mission régalienne censée, d'après la rumeur, avoir été favorisée ces dernières années : la défense.

Le Sénat s'inquiète que les capacités de la défense aient diminué sur les dix dernières années suite aux retards de matériels, à l'étalement des programmes et à divers surcoûts.

Ce sonstat sur la défense, je n'ai guère de doute qu'on pourrait le faire sur la police et la justice.

Au final, ce que révèle une « vision purement comptable », c'est que les missions régaliennes sont de plus en plus négligées, en souffrance, tandis que l'effectif de la fonction publique a augmenté de 25 % en 15 ans.

Vous serez bien aimables de m'excuser si je considère qu'une telle vision comptable est très politique. Mais, bien entendu, il s'agit d'une vision politique qui dérange ceux qui la qualifient de « vision purement comptable » avec un air de mépris, ceux qui ne connaissent peut-être pas la fameuse phrase de Bastiat (1) mais qui l'appliquent sans vergogne.

(1) : "L'Etat,c'est la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre aux dépens de tout le monde." Phrase que Bastiat complète ainsi : " Car, aujourd'hui comme autrefois, chacun, un peu plus, un peu moins, voudrait bien profiter du travail d'autrui. Ce sentiment, on n'ose l'afficher, on se le dissimule à soi-même; et alors que fait-on? On imagine un intermédiaire, on s'adresse à l'État, et chaque classe tour à tour vient lui dire: « Vous qui pouvez prendre loyalement, honnêtement, prenez au public, et nous partagerons. » "

Quenenni a dit…

Vous persistez à ne voir que le mauvais côté des choses : l'Etat faillit certes à ses fonctions régaliennes, mais des foules d'artistes et de sportifs citoyens, solidaires et festifs émargent gaiement (tiens oui, de nombreuses associations aussi) à leurs ministères respectifs...

Vous ne trouvez pas ça sympa et coloré et diversité ? Seriez vous un fascisto-nazi liberticide ? Voire même... quelqu'un de droite (pouah !), peut-être ?

Vous me ferez un stage de citoyenneté, on va vous apprendre, mon gaillard !