vendredi, août 31, 2007

40 %

40 % : c'est la proportion d'élèves qui sortent de l'école primaire française pas ou peu instruits, d'après le haut conseil de l'éducation. De plus, ce conseil comprenant une bonne part de pédagogistes, on peut supposer sans grand risque de se tromper que ce chiffre est encore en-dessous de la réalité.

Dans un pays qui aime les chiffres, où 0.2 % d'augmentation du salaire des fonctionnaires et 1 an de recul de l'âge de la retraite suffisent à faire descendre des milliers de personnes dans la rue, ce chiffre là, pourtant accablant, n'a pas fait plus de quelques lignes dans les journaux et provoqué aucun scandale.

Pourquoi ?

Parce qu'il n'y a aucun lobby pour défendre l'éducation. Il y a un lobby pour défendre les profs, mais c'est totalement différent, voire opposé (0).

Les parents d'élèves conscients de la gravité du problème (1) ont depuis longtemps mis en oeuvre les stratégies de contournement que je vous ai souventes fois décrites et ne tiennent surtout pas à se faire remarquer.

Bref, une des trois ou quatre questions qui décident de l'avenir d'un pays pour des décennies fait l'objet d'un débat entre spécialistes mais n'émeut pas le grand public et ne paraît pas être un cheval de bataille pour les politiciens.

Il existe un noyau, infime par rapport à la masse de l'éducation nationale (mais l'élite est par définition une minorité), de professeurs, d'universitaires, d'orthophonistes, de parents d'élèves qui permettraient de reconstruire en France un système d'éducation efficace. Pédagogiquement, il n'y a pas grand'chose à inventer.

Le plus difficile est finalement de détruire le système actuel, même si la méthode est connue : fermer les IUFMs (2) pendant un an, en placardiser les professeurs, faire de même avec les inspecteurs généraux et repartir sur de bonnes bases.

Ce qui rend le système très résistant, au-delà des intérêts bien compris d'apparatchiks qui doivent toute leur carrière au constructivisme (après tout, une veste, ça se retourne, voyez Philippe Meirieu), c'est le parfum de guerre de religions. Les constructivistes souffraient, et certains souffrent encore, de cette insupportable complexe de supériorité morale qui caractérise la gauche française.

Même les faits ont du mal à les ramener à la modestie : les problèmes, ce n'est pas de leur faute, ils sont aux commandes depuis des décennies (les ministres passent, eux restent, ce sont eux le vrai pouvoir), mais ils sont innocents. Les politiciens français étant ce qu'ils sont, tant par leur formation que par leurs méthodes, il est vain d'espérer un ministre capable de prendre le dessus sur la mammouth.

Cependant, tout espoir n'est pas perdu, terminons sur une note positive :

> bien que les jeunes générations de professeurs soient gangrenées par le constructivisme (3), comme elles ne sont pas celles qui l'ont promu, elles n'auront guère de scrupules quand le vent tournera à l'abandonner.

> les grossses structures bureaucratiques comme l'EN sont des colosses aux pieds d'argile, il suffit d'appliquer la philosophie de l'aïkido, utiliser les forces de l'adversaire, pour les déséquilibrer. Qu'un événement fasse déborder le vase, par exemple, une amplification des départs vers le privé ou un accroissement des contournements de carte scolaire. Les difficultés de recrutement pourrait aussi être cet événement. La machine administrative se retouve alors incapable de s'adapter à la situation nouvelle et les voies s'ouvrent pour autre chose (par exemple, une disparition des quotas dans le privé ou la promotion du hors contrat).

L'espoir est ténu mais réel.

Demain

(0) : affirmer le contraire ressort de la même confusion volontaire qui essaie de donner à croire que défendre les employés des services publics équivaut à défendre les service publics.

(1) : beaucoup de parents d'élèves sont conscients du problème mais pas de sa gravité : comme cela touche tout une génération, leurs enfants, égaux dans la médiocrité, ne se placent pas si mal par rapport aux autres. Je rappelle simplement pour avoir un point de référence, qu'en 1950, on devait savoir lire, écrire, compter (les 4 opérations sur des nombres simples) en fin de CP, (et que, hors primaire, les problèmes de physique de troisième de l'époque ne sont plus accessibles à des bacheliers actuels), autrement dit les programmes actuels sont en retard de 2 à 4 ans, sans tenir compte des impasses comme la grammaire, l'histoire, les langues anciennes, la littérature et le raisonnement scientifique (excusez du peu).

(2) : funeste invention jospinienne. Ne serait-ce qu'à cause de cela, Jospin ne méritait pas d'être président de la république.

(3) : je rappelle, pour ceux qui ont raté les épisodes précédents, que le constructivisme (« l'apprenant doit construire lui-même ses savoirs») est la doctrine officielle de l'EN depuis 30 ans. Elle induit notamment que l'ennui est à bannir, on doit apprendre en jouant, que le prof ne transmet plus mais anime, que l'on va du complexe vers le simple (exemple : la méthode globale et ses cousines dites mixtes qui apprennent à deviner les mots avant, éventuellement, de comprendre la division en syllabes). Bref, le constructivisme est la pédagogie en dépit du bon sens et de l'expérience, mais voilà : le constructivisme serait progressiste, donc le Bien, tandis que la pédagogie traditionnelle serait bourgeoise, donc le Mal, beurk, caca. Devant tant de bêtise, que dire ? Tout simplement que la première échoue là où la seconde réussissait (car on ne me fera pas croire que, par je ne sais quel miracle, les enfants de 1950 auraient eu plus de dispositions morales et matérielles pour l'école que ceux de 2007).

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Encore une fois en tant qu'instit je ne peux qu'approuver entièrement à ce que vous dites.

Le plus desolant dans tout ça ce que des parents ou des enseignants parfaitement conscient de la baisse du niveau ne voient pas le rapport ni avec le pédagogisme ni avec la gauche.

Au contraire on accuse Sarko de vouloir detruire leducation nationale parcequ'il a supprimé quelques malheureux postes alors que c'ets la gauche et l'extrême-gauche avec la complicité passive de la droite qui se fout d'education qui est à l'origine de tout ça.