lundi, octobre 22, 2007

Henri, pire que Cécilia ?


Il était d'usage jusqu'à récemment de plaisanter en disant que le plus gros problème politique de Nicolas Sarkozy était Cécilia. La question semble dorénavant réglée.

Mais, en fait, le plus gros problème de Nicolas Sarkozy semble être Henri Guaino, son éminence grise.

J'ai déjà eu l'occasion de vous dire tout le mal que je pense de ce personnage.

J'ai participé à une discussion sur le blog de Guy Sorman.

De Guaino, sachez :

> qu'il est un séguiniste, c'est-à-dire un type qui croit que la France est une île. Etre patriote, ce n'est pas tenir absolument à ce que la France fasse autrement que les autres, c'est faire que la France se porte au mieux, et il est idiot de refuser des idées sous prétexte qu'elles seraient anglo-saxonnes, comme si les bonnes idées avaient une étiquette.

> que Juppé le tenait en grande méfiance. Or, si Alain Juppé n'est pas un modèle d'habileté politique, on ne peut lui retirer qu'il tient la route intellectuellement.

> qu'il a été Commissaire au Plan (je ne me suis toujours pas remis de cet article des Echos que je vous rabache où il n'avait rien trouvé de mieux que de mettre en face de la dette public l'épargne des particuliers)

> qu'il se définit comme "barresien" mais qu'il est à mon avis maurrassien.

> qu'il est à l'origine de la lecture de la lettre de Guy Moquet dans les lycées, initiative que je trouve, présentée telle qu'elle l'a été, déplacée, même si, par ailleurs, je juge puérile l'attitude certains profs contestataires ( 'faut suivre, ' y a des nuances !).

Il est l'archétype du technocrate : de vagues idées générales avec lesquelles il croit ordonner le monde, quelques compétences administratives pointues (il est économiste de formation) et aucune expérience en dehors de l'Etat et des gros machins bureaucratiques.

Au final, son lyrisme n'a d'égal que le flou de ses analyses : grande gueule, petites idées et aucune rigueur. Bon à rien mais prêt à tout. Bref, à peu près le contraire de ce que je crois nécessaire.

Installer Guaino à l'Elysée me paraît aussi sensé que de donner les clés d'une armurerie à un tueur en série.

Et il a déjà sévi : il est à l'origine avec Raymond Soubie de la concession (1) faite aux conducteurs de trains. Cette capitulation fait que la réforme des régimes spéciaux ne sera pas pour eux. L'équité, la justice, l'anticipation, qui sont les motivations de cette réforme, on s'en fout.

Le drame, c'est que, contrairement à un couple complémentaire où les qualités de l'un compensent les défauts de l'autre, Nicolas Sarkozy a exactement les mêmes défauts : sa campagne électorale a révélé un grand flou dans ses idées. Etatiste, le lundi ; Européen, le mardi ; souverainiste, le mercredi ; presque libéral le jeudi ; interventionniste, le vendredi ; et après c'est week-end, on prend des photos sur la plage avec p'tit Louis.

Un dernier mot, je pense que l'opposition, la vraie, pas celle des Besancenot et consorts qui, par leur jusqu'au boutisme, ne font que renforcer le conservatisme, l'opposition de gouvernement, a un boulevard ouvert devant elle. Mais je pense également qu'elle ne saura pas en profiter : trop bête, trop prisonnière de ses habitudes, trop repliée sur son électorat traditionnel.

Nicolas Sarkozy est bien parti pour être au pouvoir jusqu'en 2017 ; il sera peut-être le président de la banqueroute de l'Etat français et il ne me paraît pas avoir les idées justes pour faire face.

Il sera alors temps de rappeler à Henri Guaino ses discours et ses responsabilités.

(1) : primes intégrées au calcul de pension et compte épargne-temps ajouté à la retraite garantissant un départ à 50 ans.

7 commentaires:

Anonyme a dit…

Ce "truc" du compe épargne-temps pour les conducteurs en rappelle fâcheusement d'autres.

Le service minimum dans les transports -- mais vu que ce sont les entrepriseS qui doivent négocier avec les syndicats, vu que ce sont les autorités locales qui vont imposer les impératifs de service public en dernier ressort ni vu ni connu, vu que les pénalités sont imposées aux entreprises et non aux syndicats, c'est une non-réforme.

La fusion de l'ANPE et de l'Unedic -- si j'ai bien compris, on ne va rien fusionner du tout, on va créer un troisième machin qui va coiffer le tout, etc.

Donc, à chaque fois, on fait semblant de faire la réforme, on crie bien fort qu'on va la faire, mais dans les détails, on invente une astuce qui rend le package irrésistible auprès des rebelles subventionnés de confort susceptibles de tout bloquer -- donc on ne la fait pas.

C'est pire que de la faire, vu qu'on croit l'avoir faite.

fboizard a dit…

Entièrement, d'accord, mon prochain message portera sur ce sujet.

Chauqe jour qui passe confirme que Sarko est un Chirac à la mode 2007.

fboizard a dit…

Entièrement d'accord, mon prochain message portera sur ce sujet.

Chaque jour qui passe confirme que Sarko est un Chirac à la mode 2007.

Yo a dit…

Si la théorie des 100 jours est encore de mise et je crois qu'elle l'est, NS a est passé à côté d'une belle occasion, car il fallait s'atteler aux régimes spéciaux dés le lendemain de l'élection, le fer battu à froid est beaucoup plus dur à redresser qu'à chaud.
Il est désarmant de voir ces Politiques quels qu'ils soient obéir le petit doigt sur la couture du pantalon à quelques centaines de "bac - 12" qui battent le pavé, alors que des millions de gens se sont déplacés pour voter. Si le gouvernement lâche devant cette poignée d'irréductibles irrécupérables, ce sera un coup de poignard contre le vote démocratique tel qu'il existe en France aujourd'hui ! l'enjeu est immense !

fboizard a dit…

Je suis très pessimiste (réaliste ?) : je pense que nos politiciens, par leur passé et par leur formation (ils sont pour plus de la moitié fonctionnaires) sont étatistes et conservateurs, et peu importe l'image plus ou moins progressiste qu'ils s'efforcent de donner.

Nos politiciens sont aujourd'hui le plus gros obstacle à la résolution des problèmes de la France, et Sarkozy comme les autres.

Je pense que la France est dans l'impasse. Pas réjouissant !

Pierre Robes-Roule a dit…

De tout ces (et ses) défauts, je retiens l'anachronique et stupide idée que la faillite n'est pas pour demain car les francais ont de l'épargne et le sieur Henri n'est pas le seul dans ce cas la. Je crois que l'économiste FITOUSSI a tenu les même propos outranciers : les dettes de l'état ? Ben c'est les dettes de la france et la france c'est les francais donc c'est leurs dettes mais donc l'epargne des francais (PEA, assurance vie, codevi) c'est l'épargne de la france donc de l'état et vous en arrivez ainsi à un le budget largement exédentaire ! Conclusion ? Mettez vos livret A, codevi, PEA, assurance vie en belgique ! Ils ne pourront pas les saisir.

Jacques lesourne a écrit : "la france est une sorte d'union soviétique qui n'a pas totalement réussie ni totalement échouée". Il y a des paroles subtiles qui révèlent des vérites abruptes !!
D'ailleurs l'expression français moyens n'a pas d'équivalent ailleurs.

Pour le reste Sarko finira par se lasser de son Henri qui cependant à quand même un beau style... maurrassien. Je préfère quand même Peguy !

fboizard a dit…

L'équivalence dette publique-épargne privée, c'est ce que j'appelle la mentalité de voleur.

Quant à savoir si Sarko finira par se lasser, assurément, mais quand ? Probablement quand les conneries auront été faites.

Enfin, vous avez entièrement raison : tout Français prudent devrait avoir la présence d'esprit de mettre une partie de son patrimoine hors d'atteinte du fisc, qui n'hésitera devant aucune spoliation quand il sera aux abois (au nom de la raison d'Etat et du patriotisme, bien entendu). Mais, en pratique, seuls les plus fortunés auront les moyens. Encore une splendide réussite du "modèle social français" en perspective.