mercredi, octobre 03, 2007

Verdun, le Coq Hardi, les Eparges



Nous sommes allés un week-end à Verdun (joli petit port de pêche).

Verdun en elle-même est une petite ville bien agréable au bord de la Meuse. Nous étions logés au Coq hardi, un peu cher mais très bien.

Les sites sont très impressionnants notamment l'ossuaire, le fort de Douaumont et les Eparges. Les Eparges, un peu à l'écart, nous ont le plus marqué : nous étions quasiment seuls, en 2 h de marche nous avons fait le tour, et nous avons très bien pu imaginer ce qui s'y était passé.

Je vous conseille la lecture de Ceux de 14, de Maurice Genevoix. On n'y parle pas de la bataille de Verdun proprement dite, puisque Genevoix a été blessé en avril 1915. Mais cela se passe dans la région et c'est un des meilleurs témoignages sur cette période, il se classe très nettement au-dessus de la moyenne, par son sens de l'observation et son absence de pathos.

Le livre Les 300 jours de Verdun est également excellent.

Par contre, je vous déconseille la lecture des BDs de Tardi, tout au moins dans un but d'information. En effet, elles présentent une version de la guerre de 14 qui en dit plus long sur notre époque que sur les évènements. J'avais déjà écrit un message sur ce sujet il y a quelques mois. Ce fut un sujet de polémiques.

Pour les mêmes raisons, des films Joyeux Noël ou Un long dimanche de fiançailles peuvent être évités. Les films de Tavernier sont nettement meilleurs, Capitaine Conan et La vie et rien d'autre sont intéressants sans être complaisants.

J'avais aussi lu Paroles de Poilus, Orages d'acier, et Sous le feu, comme ouvrage annexe.

Concernant la motivation des combattants, qui pose toujours question quand on connait leurs conditions de vie, j'y vois un peu plus clair que dans le message auquel je fais référence plus haut.

La motivation varie dans l'espace et dans le temps pour l'ensemble du front mais suit aussi une courbe cyclique pour chaque individu (sauf pour les 2 % de guerriers dans l'âme qui sont toujours motivés).

Les composantes de la motivation :

> le patriotisme, qui était à un niveau beaucoup plus fort que ce qu'on peut imaginer aujourd'hui. Il y a eu après guerre des réflexions du coté des instituteurs sur le thème "N'avons nous pas préparé les agneaux pour le massacre ?"

Pour vous citer un exemple quasiment inconcevable en 2007, Genevoix raconte qu'il avait sous ses ordres un soldat français vivant en Californie qui était revenu pour s'engager. Il avait 59 ans et avait déjà fait la guerre de 1870. Aujourd'hui, à 59 ans, on est retraité ou pré-retraité et on geint.

> l'amour de sa terre, qui est lié au patriotisme, était très prenant dans une population à 80 % paysanne.

> la camaraderie. C'est sur la longue durée la motivation la plus forte : ne pas laisser tomber les copains. De plus, la guerre se prolongeant, les combattants ont été pris d'un sentiment d'étrangeté par rapport à la vie de l'arrière. Plus d'un Poilu raconte qu'il était content de rentrer de permission parce qu'il se sentait plus à sa place au régiment qu'à la maison, où la vie s'était organisée sans lui.

> l'exaltation de la guerre. Les soldats sont souvent jeunes et Genevoix ne cache pas que la guerre ne lui a pas toujours paru terrible, mais au contraire excitante.

> la contrainte et les mauvais traitements. Genevoix raconte des cas de mesquinerie des officiers, mais ce n'est pas la majorité. Plus fréquents sont les cas de négligence car les basses choses de l'intendance ennuyaient certains de ces messieurs. Genevoix raconte deux cas de panique où il a fait usage de son revolver pour contrôler sa section (sans tuer personne), mais c'était chaque fois avant le combat. Une fois le combat proche, chacun accepte son rôle.

L'intelligence de Pétain a été de comprendre que les mutineries de 17 avaient des causes non pas politiques, comme le répétaient les généraux incompétents pour se dédouaner, mais militaires. Le vétéran qui venait de passer plusieurs mois dans les tranchées comprenait parfaitement que certaines offensives étaient mal pensées et inutiles. Les soldats voulaient bien risquer leur peau mais utilement.

Enfin, un dernier point, qui n'est pas tout à fait anecdotique : il y a des cimetières militaires américains bien achalandés en Argonne et plus d'un monument, comme l'ossuaire de Douaumont, a été financé, tout ou partie, par des Américains.

Nous avons croisé quelques jeunes gens qui avaient tout l'air de militaires en vacances.

Parmi les expressions un peu grandiloquentes forgées après-guerre, «Verdun, reliquaire de la patrie» ne me semble pas inapproprié

3 commentaires:

DoM P a dit…

J'ai lu Verdun, de Jacques-Henri Lefebvre, recueil de témoignages de poilus. Les batailles sont contées par les combattants eux-mêmes. J'ai beucoup aimé.

Anonyme a dit…

je recommande pour ma part :
Les Carnets de Guerre de Louis Barthas, Tonnelier, 1914-1918

La guerre vu par la troupe sous les ordres de messieurs les officiers !

Phoenix a dit…

Bonjour,
bravo pour votre blog.

Je me permets de vous présenter un forum meusien, si vous souhaitez en savoir + sur Verdun et la Meuse.

Trekking en Meuse : http://meuse.xooit.com
Le blog : http://meuse.canalblog.com

Bonne continuation.