jeudi, avril 24, 2008

Vélib, bel exemple de socialisme, la suite

Extrait du blog d'éconoclaste :

«Pierre-Yves Geoffard constate dans Libération que la planification centralisée appliquée aux Velib produit... ce que la planification centralisée produit bien souvent : des pénuries et des excédents, en l'occurence des bornes Velib pleines et des bornes Velib vides (j'ai lu quelque part, je ne me souviens plus où, le témoignage d'une personne qui avait vu quelqu'un mettre un antivol le soir sur son Velib à la borne, pour le récupérer le lendemain matin...). Geoffard propose de remplacer la planification par un mécanisme de prix décentralisé, consistant à rémunérer les utilisateurs qui déposent leur velib sur une borne vide, ou en prennent un sur une borne pleine, et pénaliser ceux qui vident les bornes déjà vides et remplissent les bornes pleines.

Une excellente idée, mais qui suscite immanquablement des commentaires critiques de la part des lecteurs, qui disent péremptoirement "cela va être opaque et compliqué"! Erreur funeste. C'est la réalité qui est opaque et compliquée, et c'est pour cela qu'il faut un système de prix. Actuellement l'information sur les besoins en vélib est perdue, et les tentatives centralisées pour l'obtenir inefficaces; Un utilisateur qui prend un vélib sur une borne presque vide impose un préjudice aux autres utilisateurs, mais sans le savoir. Un système de prix est un moyen d'apporter des informations aux utilisateurs, pour faire en sorte que cette information soit traitée de façon décentralisée, là ou elle est efficace. Et c'est aussi ce qui est le plus difficile à comprendre; C'est l'apport de Hayek d'avoir identifié cela, dans ce qui restera à mon avis comme son article le plus profond, qui devrait être une lecture obligatoire pour tous les économistes et leurs étudiants.»

Après, Isa me reprochera de prendre les socialistes pour des imbéciles. Mais avouez qu'ils le cherchent, à toujours répéter les sempiternelles mêmes erreurs.

6 commentaires:

Dimitri a dit…

Pas dispo en Français ce texte d'Hayek ?? Merci

fboizard a dit…

J'y travaille, patience.

Robert Marchenoir a dit…

Il y a un certain dogmatisme libéral qui est un peu fatigant. Parfois, il donne lieu à de simples jeux intellectuels, totalement déconnectés de la réalité.

C'est rigolo parce que ça permet de critiquer à peu près n'importe quel système économique ou commercial existant, mais ça n'a pas une grande portée pratique.

Ainsi de cette histoire de Vélib.

Tout d'abord, il convient de remarquer que l'on peut être pour ou contre le Vélib, mais que son principe même n'est certainement pas libéral.

Au contraire: le Vélib ne peut fonctionner que parce qu'il s'agit d'un monopole. Concédé à une société privée, certes; mais un monopole quand même.

On n'imaginerait pas le réseau Vélib se tirant la bourre avec le réseau Vélob qui essaierait de piquer des clients au réseau Véloube, chacun avec ses propres stations tous les vingt mètres. Ridicule.

On n'imaginerait pas non plus la concession Vélib remise en cause tous les ans, avec l'éventualité de redéfoncer les chaussées et de bouleverser les conditions de location à la même fréquence, si jamais l'heureux bénéficiaire changeait.

Donc, déjà, c'est, d'une certaine manière, anti-libéral à la base. Ca veut pas dire que ce soit mal, hein. Y'a pas que le libéralisme dans la vie, et même des trucs non libéraux peuvent être efficaces et positifs.

Cela dit, Adam Smith lui-même avait jugé que certains services devaient, pour être efficaces, être assurés par l'Etat (ce qui n'est pas le cas du Vélib), donc Delanoë pourrait demander sa carte au Grand Parti Libéral Unifié de France. (Sur ce coup-là.)

Concernant l'idée d'égaliser la fréquentation des stations en modulant le prix: c'est absurde. L'intérêt du système Vélib, c'est l'assurance de pouvoir disposer d'un vélo quand on en a besoin, là où on en a besoin, à des conditions connues d'avance (et fort avantageuses).

Si, au lieu que votre vélo vous coûte 1 €, il est susceptible de vous coûter 2 ou 5 € suivant l'heure du jour et l'âge du capitaine, vous ne pouvez plus compter dessus. C'est un degré d'incertitude supplémentaire qui est insupportable. Vous allez très certainement, à nouveau, vous rabattre sur le métro ou le bus, dont le prix est connu d'avance.

Par ailleurs, un tel système serait à la fois inefficace et injuste. Par exemple, les stations situées sur les hauteurs tendent à être souvent vides. Ceux qui habitent sur les collines de Paris payeraient donc leur Vélib beaucoup plus cher que ceux qui habitent en plaine.

De même, une régulation par le prix suppose que la destination soit relativement indifférente, afin qu'un certain nombre de clients puissent choisir de se garer plus loin que prévu en vue de ne pas payer trop cher.

Un tel mécanisme est envisageable dans le cas du voyage aérien, où des vacanciers ne prenant l'avion qu'une fois par an peuvent accepter d'arriver dans un aéroport éloigné de leur destination, à condition que cela leur permette de diviser le prix d'un billet coûteux par deux, quatre ou dix. Mais cela n'a pas de sens dans le cas de transports urbains.

Pourquoi donc personne n'a-t-il proposé d'accroître le prix du ticket de bus aux heures de pointe, quand il y a des embouteillages, que l'on brûle du diesel pour faire du sur-place et que les passagers se marchent sur les pieds?

Pourquoi même les libéraux les plus débridés ne réclament-ils pas une hausse radicale du ticket de bus dans les zones de banlieue, là où les chauffeurs risquent de se faire insulter, casser la gueule et poignarder, et où les bus risquent de se faire caillasser et incendier?

Parce que, en plus d'être probablement inefficace, ce serait injuste.

Et que le libéralisme, ce n'est pas l'injustice. Bien au contraire.

Dans le cas des métros et des bus, quand il ya plus de voyageurs dans une région ou à une heure donnée, on effectue une régulation en mettant en circulation davantage de bus et de métros. Dans le mesure du possible. Sans changer le prix du ticket.

Pour le Vélib, c'est la même chose. Le Vélib est un moyen de transport en commun individuel. Le meilleur moyen pour assurer la régulation stations vides / stations pleines est celui qui a été adopté: transporter les vélos des stations pleines vers les stations vides (avec tact et mesure, car le remplissage des stations varie selon l'heure et le jour...).

Ce n'est pas parce que la France nage dans le délire illibéral depuis deux siècles qu'il faut basculer dans l'excès inverse, et vouloir instaurer partout l'égoïsme le plus débridé, l'atomisation sociale la plus radicale et la destruction systématique de toutes les formes de péréquation.

Aucune société ne peut vivre sans des valeurs communes, des buts communs, qui se traduisent par un désir de solidarité sous une forme ou sous une autre. C'est valable aussi -- et je dirais même surtout... -- pour les sociétés libérales.

fboizard a dit…

«Il y a un certain dogmatisme libéral qui est un peu fatigant.»

Moi, c'est le collectivisme compulsif qui me fatigue. A chacun ses fatigues.

«Concernant l'idée d'égaliser la fréquentation des stations en modulant le prix: c'est absurde.»

Bien au contraire, c'est très faisable et explicable. Les compagnies aériennes le font bien et tout le monde y trouve son compte. Vous voyez des obstacles là où il n'y en a pas.

«Ceux qui habitent sur les collines de Paris payeraient donc leur Vélib beaucoup plus cher que ceux qui habitent en plaine.»

Oui, mais en quoi est-ce injuste ? Les voitures consomment plus en montagne qu'en plaine, va-t-on détaxer l'essence en Savoie sous prétexte que c'est injuste ? (Vu les raisonnements ayant cours en France, ça pourrait arriver.)

«Pourquoi donc personne n'a-t-il proposé d'accroître le prix du ticket de bus aux heures de pointe ?»

Ca a été proposé. Et ça se fait pour certains péages d'autoroute.

«Aucune société ne peut vivre sans des valeurs communes, des buts communs, qui se traduisent par un désir de solidarité sous une forme ou sous une autre.»

Vous tombez encore dans ce cliché d'associer libéralisme et égoïsme.

Or, les faits prouvent que c'est faux : lisez La société de défiance. Vous verrez que le sentiment de solidarité est plus fort dans les pays libéraux.

Vous laissez tromper par les mots. Les libéraux refusent la solidarité étatique, mais ce n'est pas une vraie solidarité.

Anonyme a dit…

Ah enfin, un débat sur ce blog! Bravo Mr Marchenoir! Bravo Mr Boizard!
Signé Isa (ex socialiste dans brouillard idéologique total cherchant point de repère dans monde cruel..)

Robert Marchenoir a dit…

Pour faire plaisir à Isa, je vais répondre à Franck, dont je regrette qu'il n'ait pas été spécifique dans ses objections sur cet amusant problème économique du Vélib, mais se soit contenté de généralités.

Avec lesquelles je suis souvent d'accord, d'ailleurs.

Je n'ai pas besoin de lire "La Société de défiance", qui est, j'en suis persuadé, un livre brillant et pertinent, pour savoir que le sentiment de solidarité est plus fort en pays libéral.

Je le constate tous les jours dans les réactions des Américains. De multiples statistiques et sondages le montrent.

Je suis, moi aussi, fatigué du collectivisme français. Au point de sérieusement envisager l'option de l'expatriation, comme tant d'autres.

Pour tout le reste, vous n'avez pas répondu à mes remarques.

L'égoïsme social existe. Ce n'est pas une invention. Vous affirmez que je l'associe au libéralisme. C'est faux. Je l'associe à certains libéraux français et à certaines de leurs positions.

Je ne l'associe certainement pas aux Américains, par exemple, dont je pense que, au contraire de nous, ils sont, en majorité, viscéralement libéraux, même si, là comme partout, il y a des oppositions, des nuances et des degrés.

Si j'ai réagi ainsi à votre analyse du Vélib, c'est que j'y décèle une tendance; que vous n'êtes pas le seul; que de telles positions me paraissent non seulement inefficaces si la France devenait libérale du jour au lendemain par un coup de baguette magique, mais qu'elles sont de nature à renforcer les préjugés les plus faux des anti-libéraux français -- qui sont en écrasante majorité, comme vous le savez.

Et donc de nous empêcher d'avancer vers le but que nous souhaitons tous les deux.

Je pense aussi que certains griefs des anti-libéraux sont parfaitement justifiés, même s'ils se trompent souvent de cible.

Très précisément, ce que vous avez esquivé dans mon intervention, c'est la constatation qu'un système type Vélib, dans une ville comme Paris, est nécessairement un monopole.

Ce qui entraîne un certain nombre de conséquences.

J'ai répondu par avance à votre objection sur les compagnies aériennes dans mon premier commentaire.

La situation n'est pas comparable pour toute une série de raisons, dont la première est la concurrence.

La plupart des liaisons aériennes sont soumises à la concurrence. Je peux, en effet, choisir une compagnie low-cost, qui me fera bénéficier de tarifs imbattables.

A condition de réserver dix ans à l'avance, entre trois et quatre heures du matin, l'une des deux places et demi mises en vente au tarif ridiculement bas annoncé. A condition d'accepter d'atterrir à 250 kiomètres de ma destination, et de me faire cracher dessus par des hôtesses formées par Goëring.

La différence est que je peux aussi choisir de claquer la moitié du PIB du Burundi pour me rendre dans le même pays, et me faire poupougner par les filles de rêve de Singapore Airlines (par exemple).

De plus, selon que j'emprunte l'avion une fois par an pour mes vacances ou une fois par semaine pour travailler, mon choix sera très différent.

Dans le premier cas, je peux accepter, une fois par an, certaines contraintes, en échange d'une économie substantielle sur un billet que, sinon, je ne pourrais pas me payer.

Dans le second cas, je serai probablement plus réticent à l'idée de voyager dans le porte-bagages et de marcher sur les mains pour rejoindre l'avion.

Dans ce cas précis, il y a donc aussi bien une offre diversifiée qu'une demande diversifiée. Les conditions de la concurrence sont donc réunies.

Ce n'est pas le cas avec un système de transport en commun, qui est en majorité emprunté par des gens qui vont bosser. Qui n'ont pas les moyens d'y aller en transport individuel. Et qui n'ont pas le choix de leurs horaires.

Vous dites que certains ont proposé de moduler le prix du ticket de bus ou de métro en fonction de la fréquentation, mais vous ne dites pas où. Et surtout, vous ne dites pas si cela a été mis en place, et sinon, pourquoi cela aurait été rejeté. Pour ma part, je n'ai jamais entendu parler d'un tel système dans le monde, quelle que soit l'orientation politique du pays.

Vous posez la question de savoir pourquoi ce serait injuste. Ca me paraît pourtant clair. Obliger des gens à payer un surcoût punitif alors qu'ils n'ont le choix ni de leur destination, ni de leurs horaires, qu'il s'agit souvent de la partie la plus pauvre de la population, et que de surcroît elle voyage dans des conditions de merde en se faisant écraser par des gens qui puent, ça vous paraît juste? Pas moi.

Vous me direz que le Vélib est sans doute proportionnellement plus utilisé pour les loisirs que le métro ou le bus, et c'est bien là l'une des critiques qu'on peut lui faire: il s'agit d'une certaine manière d'une subvention faite à des gens plutôt aisés (puisqu'ils habitent Paris), alors qu'ils auraient bien les moyens de s'acheter un vélo.

D'un autre côté, il est difficile de garer un vélo dans un immeuble parisien, et dehors il risque de se faire voler: ce qui justifie le Vélib, même si c'est une espèce de luxe.

Vous n'avez pas non plus répondu à mon objection selon laquelle, si vous introduisez une incertitude majeure dans le système au niveau du prix du Vélib (avec une forte probabilité que, dans certains cas, il devienne prohibitif), vous annulez tout l'intérêt du système.

J'affirme que dans un tel cas, les usagers s'en détourneraient massivement. La prédictabilité d'un système de transport en commun est indispensable à son efficacité.

Concernant votre hypothèse de la détaxation de l'essence en pays montagneux qui serait censée ridiculiser mes objections, il me semble au contraire que cette analogie s'applique plutôt à la solution que vous proposez: des stations Vélib à prix différents suivant leur altitude. L'usine à gaz à la Gaston Lagaffe est du côté de votre proposition, pas du système Vélib actuel.

Vous semblez vous féliciter de la modulation des péages d'autoroute. Pour l'instant, ce qu'on voit en France, ce sont plutôt des hausses massives, opaques et scandaleuses, opérées par des sociétés privées qui ont hérité d'investissement publics depuis longtemps amortis.

Cela gêne considérablement de nombreux Français modestes, qui n'ont souvent pas d'autre choix que d'emprunter ces autoroutes.

Encore une fois, le systématisme libéral est aussi absurde que le systématisme étatiste.

Si vous consultez les classements internationaux de compétitivité, la France est mal classée sur de nombreux critères (liberté du travail, qualité des relations dans l'entreprise...), mais très bien classée sur d'autres. En termes d'infrastructures, elle est numéro un mondial dans le dernier classement que j'ai pu consulter.

Vraisemblablement, ce classement tient compte du réseau routier, du chemin de fer, des télécommunications, et peut-être de l'alimentation en énergie. Une bonne partie des atouts structurels de ces systèmes ont été acquis en régime étatique.

Cela ne veut pas dire que l'étatisme soit préférable au libéralisme. Cela veut dire qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Cela veut dire que la péréquation et la solidarité sont importantes.

L'assurance de pouvoir disposer de transports physiques et virtuels bon marché et fiables, partout sur le territoire, est un atout crucial pour la prospérité d'un pays.

Exemple: un certain dogmatisme libéral, un certain extrémisme libéral délirant, pousserait à détruire le service postal universel. Si l'on fait tout bien comme c'est marqué dans le bouquin (ou du moins le croit-on), il faudrait supprimer la péréquation qui fait qu'une lettre de 50 g coûte la même chose à porter partout sur le territoire, que la facteur ait 5 minutes de marche pour la porter, ou qu'il doive faire trois jours et trois nuits de canoë-kayak pour la livrer au fin fond du trou du cul du monde.

J'espère ne pas avoir à démontrer que pour la prospérité et le bien-être d'un pays, il vaut mieux que quiconque puisse s'installer n'importe où, tout en ayant l'assurance que son courrier ne lui coûtera pas 20 € pièce sous prétexte qu'il n'habite pas le Marais à Paris.

C'est du moins ce que font les Américains, qui n'étaient pas communistes, la dernière fois que j'ai vérifié.