mardi, juin 10, 2008

Les élèves de prépas vont-ils mal ?

Une psychologue nous explique dans Le Monde que la moitié des élèves de prépas ont des problèmes psychologiques.

Ca me fait doucement rigoler : un psy voit des problèmes psychologiques partout comme un avocat voit des problèmes juridiques partout.

La prépa est une mise à l'épreuve en même temps qu'une formation. Il est donc normal que ça soit difficile, psychologiquement exigeant, c'est la loi du genre.

Et c'est également la loi du genre que les élèves montrent qu'ils ont les capacités et le caractère pour s'en sortir.

Bien entendu, vous voyez venir Le Monde avec ses gros sabots : cet univers quasi-carcéral, survivance du passé, rétrograde pour tout dire, ne faudrait-il pas le supprimer ?

C'est marrant comme on déteste la compétition, l'ambition, l'exigence, les têtes qui dépassent, ailleurs que dans le sport.

Pour ma part, vous l'avez deviné, je garde un excellent souvenir de la prépa : le moral n'était pas au beau fixe tous les jours, les notes de maths et de physique ont mis du temps à dépasser le 3 (sur 20), mais je suis content et fier de l'avoir fait (et d'en être sorti ), et cela reste la période intellectuellement la plus active de ma vie, et ça fait du bien d'être poussé au moins une fois à fond de ses capacités.

Pour reprendre le parallèle, pourquoi ce que l'on comprend, voire que l'on encourage, chez les sportifs deviendrait-il soudain odieux chez les intellectuels ? Nous n'avons pas les mêmes valeurs !

Enfin, en prépa, j'ai fréquenté quelques «têtes» : je ne le regrette pas.

12 commentaires:

daredevil2007 a dit…

je dirais "panem et circenses", Franck...
Je vous renvoie au blog bonnet d'âne (que vous connaissez sans nul doute!).
L'esprit critique ne doit fonctionner que dans un sens : celui des faiseurs d'opinions!

Guillaume R. a dit…

Allons allons...Moi aussi je ne le croyais pas. D'autant que c'est une ritournelle très fréquente.

Jusqu'au jour où l'on m'a offert un livre qui s'intitule: "Faut-il plaindre les bons élèves?" Ce livre se base sur l'expérience d'un psy dans ce milieu très particulier des prépas tant littéraires que scientifiques.

Pour ma part, même si ce fut loin d'être facile tout les jours; il est vrai que je garde de bons souvenirs de ma khâgne...Il m'arrive même parfois d'envisager ces années comme le "bon temps". Chose que je n'aurai jamais pu imaginer à l'époque...

Tonton Jack a dit…

Des problèmes psychologiques en prépa ? Oui, sans doute, comme à peu près partout ailleurs.

Comme beaucoup de monde, j'y ai passé trois ans - ma prof de math lors de ma première année en spé avait écrit sur mon carnet "fera un bon 5/2", histoire de me remonter le moral - .

Dire que ce fut une partie de plaisir, dans l'ensemble, j'ose le oui. La première année de spé fut dingue, mais la seconde assez délicieuse.

Ce fut aussi le temps au cours duquel un certain échec, qui était une sensation nouvelle, se fit sentir. En effet, de manière générale, les gens qui s'y trouvaient n'avaient guère connu de problème au cours de leur scolarité dans le secondaire. Là, pour la première fois, les notes pouvaient plafonner à 3 - autre anecdote, lors d'un test de physique, la somme des notes de notre rangée de 4 élèves atteignit péniblement le 10.5/20 -.
Mais ce fut aussi le temps de la remise en question, de la compétition, de l'émulation et de l'entraide pour arriver à surmonter ces échecs.
Bref, une certaine école en matière de méthode de travail, de réflexion méthodique et scientifique, de suivi des objectifs et de surpassement des déconvenues.
En condensé, une petite école de la vie.

C'est vrai que je peux comprendre que cela soit en horreur à certains, pensez donc, des gens qui cherchent à se surpasser, à dépasser leurs échecs par leur travail et une solidarité non imposée par quiconque, et ensuite qui peuvent bénéficier des fruits de ce travail. Horresco referens

Cordialement.

fboizard a dit…

Le problème pour les passionnés d'égalitarisme est que le nivellement ne peut se faire que par le bas.

Anonyme a dit…

Ce fut aussi le temps au cours duquel un certain échec, qui était une sensation nouvelle, se fit sentir.

Et surtout de voir que cet échec n'est que le nôtre : je reste marqué à vie par un problème de topologie qui m'avait poussé dans mes derniers retranchements, au sens propre et au sens figuré d'ailleurs, sur un coin de bureau à une heure du matin, mes cours vainement ouverts à côté... et personne d'autre que moi-même à blâmer.

Conclusions :
- sur le moment, j'avais atteint ma limite ;
- j'en étais entièrement conscient et responsable ;
- il me faudrait faire jouer la solidarité de mes camarades pour repousser cette limite, à charge de revanche.


C'est aussi en prépa qu'on apprend à aller à l'essentiel et à s'endurcir ; j'ai le souvenir d'une pale de maths au bout de laquelle j'avais péniblement écrit un recto et un petit bout de verso alors que ma voisine directe était au milieu de sa troisième copie double.
Je me souviens qu'elle avait eu 0,5/20, j'avais dû avoir 1 ou 2, elle en a beaucoup pleuré (d'ailleurs elle a abandonné).


De plus, les gens qui ne sont pas passés par là disent que 0,5/20 ou 3/20, c'est pareil, ce sont des notes pourries.

Vous savez l'investissement personnel que représente un progrès de 2,5 points et que, même de 0 à 5, il est parfaitement possible de classer 40 élèves.

Nathan a dit…

Bonjour Franck,

Des problèmes psychologiques chez les élèves de prépa cela ne m'étonne pas, pour moi la prépa est entre le stakhanovisme et l'esprit spartiate, par la suite totalement inutile en entreprise sinon à devenir un pur bureaucrate fonctionnaire.
En ce qui me concerne j'ai fait un troisième cycle universitaire, et à la trentaine je m'en sors mieux que des trentecinquenaires trop coincés broyés par le système ... et les femmes.

Cordialement.

Nathan

ps : quant aux états-unis, le système prépa n'existe pas du tout là bas. Tout le monde est à l'université.

susu a dit…

Nathan,

« par la suite totalement inutile en entreprise sinon à devenir un pur bureaucrate fonctionnaire» franchement vous n’exagérerez pas un peu ?

Après les prépas (où je n’ai pas vraiment profité de la vie) et l’école (où j’ai beaucoup plus profité de la vie) j’ai passé 9 mois au MIT pour avoir un MS (et faire de l’avion …).
Je n’étais pas un foudre des maths en prépa mais par rapport à mes amis américains j’étais un dieu, et donnais même des cours de math payés par la fac (ce qui m’a payé mon IFR).

Et ensuite pendant ma carrière aux quatre coins du monde, je n’ai jamais eu à rougir de ma formation française, sans d’ailleurs développer un sentiment de supériorité que l’on entend parfois chez nos « élites ».

Que l’on cherche à détruire notre système Prépas / Grandes Ecoles m’étonne toujours.

Mais comme le dit notre Hôte, on ne peut niveler que par le bas.

daredevil2007 a dit…

"Que l’on cherche à détruire notre système Prépas / Grandes Ecoles m’étonne toujours."

Mais en quoi cela est-il étonnant vu que l'on a eu de cesse de détruire le secondaire depuis 30 par du pédagogisme mou et le refus de toute sélection... une telle attitude est simplement une marque de continuité et de persévérance!
D'aucuns veulent visiblement nous renvoyer à l'âge des cavernes et du dogme sans faille...

hc.minneapolis a dit…

Curieux effectivement ces tentatives de vouloir tuer un système qui marche (étudiants bien formés trouvant à s'employer ...) et dont l'accès est libre. Personne n'est obligé de faire une prépa avec un pistolet sur la tempe :les réfractaires peuvent aller à la fac.

Anonyme a dit…

Il n'y a pas que les élèves de prépas qui vont mal. Il n'y a qu'à regarder du côté des ventes d'anti-dépresseurs dans l'hexagone pour constater l'ampleur du phénomène.

Or le libéralisme, que je défends, part du postulat que les gens agissent pour leur bohneur. Malheureusement, force est de constater que beaucoup de gens n'y arrivent pas, si l'on considère bien sûr que la pensée est une forme d'action.

Dans ce cas, n'est-il tout simplement pas vain de partir d'un tel postulat ?

fboizard a dit…

Le libéralisme ne part pas du principe que les gens agissent pour leur bonheur, mais qu'ils sont les plus légitimes à prendre les décisions les concernant, ce qui est différent.

En prépa, j'incitais mes camarades à choisir le résumé de texte comme épreuve de Français : je faisais le mien plus un autre, voire deux autres, les jours de grande forme.

J'échangeais ce menu service contre une assistance en dessin industriel, où, c'est le moins qu'on puisse dire, je ne brillais guère.

Les prépas fonctionnent à peu près, pourquoi vouloir y toucher ?

Que les universitaires qui s'en plaignent balayent devant leur porte.

Anonyme a dit…

J'ai abandonné à l'issue d'une maths sup et je n'en suis pas traumatisé pour autant.
Je n'ai pas réussi cette épreuve mais j'en ai passé d'autres qui me convenaient mieux et maintenant des polythechniciens sont mes collègues et je dépose des brevets...