jeudi, février 26, 2009

Deuxième brève BP + CA

J'ai peut-être été un peu allusif précédemment. Je vais être plus explicite. La fusion BP + CA est totalement idiote :

> un des facteurs aggravants de la crise est que les banques sont tellement grosses que, de «too big to fail», elles sont devenus «too big to be saved».

La sagesse d'après-crise commande donc de ne pas augmenter la taille des banques. Cette fusion confirme ce que je pense, à savoir que nos politiciens sont restés figés dans des schémas intellectuels d'avant-crise.

> le mariage d'un aveugle et d'un paralytique n'a jamais fait une équipe olympique (sauf aux jeux handisports).

> les fusions «entre égaux» sont encore plus suceptibles que d'autres d'échouer (environ 70 % d'échecs). C'est d'autant plus vrai dans le cas qui nous occupe que la première ébauche de rapprochement, la banque commune Natixis, est un naufrage retentissant et couteux (chaque mois, Natixis annonce quelques milliards supplémentaires de pertes).

> le pouvoir politique pourrit tout ce qu'il touche en économie, surtout les banques (le désastre du Crédit Lyonnais est l'exemple le plus célèbre, mais il est loin d'être le seul).

> parachuté et énarque, ça fait deux excellentes raisons pour François Pérol de se montrer très mauvais PDG (L'IFRAP a tenu un compte des «succès» des énarques parachutés, c'est édifiants).

> je comprends que Philippe Dupont, actuel PDG de Natixis, ferait partie de la nouvelle direction, ce qui serait une application du principe fameux «on ne change pas une équipe qui perd». Je rappelle le principe einsteinien contraire «il ne faut pas compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre.» A vous de voir lequel de ces principes vous semble le plus intelligent.

> last but not least, on aurait essayé de se mettre le personnel des deux banques à dos, on ne s'y serait pas pris d'autre manière dans la décision et son annonce.

En résumé, on a bien fait tout ce qu'il fallait pour que cette fusion échoue. Maintenant, il se peut que, par le plus grand des hasards, elle réussisse.

Nota : de plus, la fusion des logos Caisses d'Epargne et Banques Populaires donnerait quelque chose de vraiment horrible. Je sais bien que ces critères esthétiques sont totalement hors de portée des éminences qui nous gouvernent mais je ne doute pas que vous, fidèles lecteurs, avez suffisamment de goût et d'intelligence pour ne pas négliger ces choses.

4 commentaires:

Pierre Robes-Roule a dit…

Je connais assez bien les deux boutiques de l'intérieur. Outre que j'avais prévu l'échec total de Natixis (si, si), le mélange entre les deux sur les plans des fonctions centrales et des réseaux va être comique.

Incroyable mais la banque postale va finir par être la plus optimale en terme de taille/réseau/risque et (car) celle qui aura subi le moins de l'intervention de l'Etat : un gag !

st a dit…

Mais vous ne voyez donc pas qu'en faisant tout pour faire échouer ces deux banques, le gouvernement recherche en fait simplement à stimuler l'apparition d'un Black Swann ? C'est d'ailleurs exactement la même stratégie choisit pour sortir la France de la crise. C'est fort. Très fort.

daredevil2007 a dit…

A ce propos, avez-vous lu la dernière intervention de JP Chevallier? Inquiétant, comme vous le disiez précédemment... ça coule mais tout le monde s'en fout (ou semble s'en moquer)... et d'aucuns de promettre des sous qu'ils n'ont pas et n'ont aucune chance d'avoir...
A croire qu'ils souhaitent nous précipiter dans le chaos!

st a dit…

@daredevil2007 : je suis le blog de JP Chevallier régulièrement. Il apporte certaines analyses techniques très intéressantes. Ses critiques argumentés de la santé financière du secteur bancaire européen comme de la bombe a retardement des retraites sont fort pertinentes.

Mais sa vision globale de la crise me parait pour le moins ... délirante. Il pose Alan Greenspan, Ben Bernanke, Hank Paulson en génie de la politique financière. Tient pour acquis que toutes les erreurs de la Fed depuis des années sont les étapes d'un plan pré-établi pour sauver l'Amérique de la récession. Il croit d'ailleurs que la reprise a déjà pointé le bout de son nez aux USA et que l'Europe sera seule à rester sur le carreau. Que la maison blanche et la Fed ont créé de toute pièce la crise pour nettoyer quelques excès et assurer que les Etats Unis restent "les leaders du monde libre".

Alors bon. J'aime beaucoup les Etats Unis. Enormément même. J'aimerai beaucoup que la Fed soit la solution du problème plutot que la cause du problème, que la récession y soit déja sur le point de s'évanouir, la reprise au coin de la rue et tout et tout. Mais malheureusement ce n'est pas le cas.

Maintenant pour revenir sur vos propos : oui, ca coule et tout le monde s'en fout. Oui on promet des sous qu'on a pas, mais c'est pas comme si on faisait pas ca depuis des années déjà. Ce n'est pas qu'ils souhaitent nous précipiter dans le chaos, c'est qu'ils ne savent pas faire autre chose. Ils en sont visceralement convaincu : le rôle de l'Etat est d'aider les gens, et l'Etat aide les gens avec de l'argent. Comment voulez vous qu'ils remettent en cause leur raison d'être, ce qu'ils ont fait depuis des années et des années, leur vision du monde etc.. Ce serait admettre qu'ils sont collectivement responsables de tout ca, gouvernement après gouvernement, depuis des dizaines et des dizaines d'années. Autant pisser dans un violon. Les electeurs, un jour, peut etre, finiront par le percevoir, mais les politiques ... même pas sur leur lit de mort.

Comme on dit outre atlantique, si vous êtes un marteau, tout vous parait ressembler à un clou.