mardi, avril 28, 2009

Necker ou Turgot ?

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais nous vivons une crise économique.

Aussi sûrement que le beau temps succède à l'orage, une reprise aura lieu un jour. Je ne puis vous dire ni quand ni comment, mais cela arrivera.

L'Etat, au sens large, sera devant une montagne de dettes. Se posera alors la question récurrente à la politique économique française : Necker ou Turgot ?

Necker : les ingénieux montages, l'acrobatie comptable, pour continuer à profiter des délices de l'endettement, la popularité, le tout finissant en catastrophe.

Turgot : l'effort, la réforme difficile, la lutte contre les corporatismes et les avantages exquis, l'impopularité chez les bruyants, la responsabilisation et l'espoir d'un avenir meilleur qu'on ne doit qu'à soi. Et la dette éteinte par la croissance (1).

La question des finances publiques n'est pas, contrairement aux apparences, seulement un problème économique, mais, surtout, une question morale.

Car tracer les frontières entre ce qui relève de l'individuel, c'est-à-dire de la responsabilité et de la liberté, et du collectif, c'est-à-dire de l'irresponsabilité et de la contrainte, est un choix moral.

Le financement n'est ensuite que la traduction de ce choix en termes comptables.

On ne peut savoir si la politique tombera coté Necker ou coté Turgot à la sortie de la crise.

En effet, tous nos politiciens depuis trente ans sont des super-Necker, mais l'histoire a oscillé de l'un à l'autre, De Gaulle, toujours supérieur en tout, a réussi à faire Necker à la sortie de la guerre et Turgot à son retour au pouvoir.

Le temps de la décision n'est pas encore là. Espérons que nous choisirons Turgot. Les Français n'ont pas tous comme idéal le fonctionnariat et l'assistanat. Les Français ne sont pas tous rétifs à l'effort et à la responsabilité.



Pendant qu'on y est, on rappellera la divergence entre Condorcet et Turgot : Condorcet, le théoricien, préconisait une réforme qui frappe comme la foudre, pour prendre de vitesse les oppositions, qu'elles n'aient pas le temps de s'organiser. Turgot, l'homme pratique, préféra le pas à pas.

Avec le recul, on sait que Condorcet avait raison : les réformes décisives, celles qui frappent les conservatismes au coeur de leur puissance, doivent être immédiates.

Dans la France d'aujourd'hui, ça serait une limitation très sévère, voire une interdiction, du droit de grève des fonctionnaires (contrepartie logique du fait qu'ils assument, ils le revendiquent assez fort, des missions de service public) et l'obligation pour les organisations syndicales de publier des comptes certifiés sous peine de poursuites.

(1) : bien sûr, les esprits chagrins me répondront que, Turgot ayant été viré, on ne se sait pas si ses réformes auraient eu de si bons effets. Admettons que, si l'on regarde la suite de l'histoire économique, il est permis de le supposer.

6 commentaires:

Chitah a dit…

Sans oublier une autre question morale, même lorsque l'on raisonne en termes collectifs : créer de la dette, c'est constituer un fardeau de plus en plus lourd pour les générations futures, nos enfants, nos petit-enfants.
Ce qui entre en contradiction avec le principe selon lequel nos enfants devraient avoir un avenir au moins aussi favorable que le nôtre, et ainsi de suite de proche en proche.

Rappelons que la plupart des révolutions étaient, à la base, des révoltes fiscales.

Tonton Jack a dit…

Bonjour,

Mes lectures de la thèse d'A. Siné - l'ordre budgétaire - ou le rapport Pebereau m'ont toujours rappelé la phrase de Mireabeau sur la dette qui avait libéré le peuple, tout en disant que ce dernier devait se garder qu'elle l'enchaine à nouveau.

D'accord avec Chitah : l'insolvabilité du pouvoir royal fit beaucoup pour sa chute.

Cordialement

Meunniez-Tudor a dit…

Les enfants, ils n'auront qu'à se demerder, na. Pour l'instant on s'amuse ("qui n'a pas vécu avant la Révolution ne peut savoir ce qu'est la douceur de vivre")

N'oublions pas Colbert qui, grâce à son "New deal" a fait croire aux rois de France que l'Etat peut (et doit) se meler de tout pour que l'economie marche. Malgré (ou à cause de) l'envergure du personnage c'était, somme toute, un nuisible.

René a dit…

Bravo pour cet article pédagogique et O combien juste !

Notamment, le distingo (très impopulaire mais objectivement de bon sens) entre d'une part la liberté et la responsabilité individuelles, et d'autre part l'irresponsabilité et la contrainte inhérentes à l'interventionisme forcené, cet assistanat institutionnel que nous vivons.

Anonyme a dit…

Turgot a été viré, mais il a évité une famine en libéralisant le commerce des grains, alors même que des puissants lui ont mis un nombre incalculable de batons dans les roues. Si la disette a menacée un temps, la juste allocation des ressources de grains sur tout le territoire a permis d'éviter des famines catastrophiques dans certaines régions ou les récoltes des 2 années écoulées avaient été désastreuses. C'est finalement la solidarité par l'échange qui a permis de réguler cette crise.

Et quand on entend certains discours sur la révolte des farines où les contrevérités l'emportent presque sur la mauvaise foi, on se dit que nos belles âmes degôche ne se mouchent pas avec le coude.

fboizard a dit…

Colbert, constamment célébré par nos technocrates, était surnommé par Madame de Sévigné «le Nord».

C'est un des plus néfastes personnages de l'histoire de France.

Le choix entre Fouquet et Colbert ne se réduit à l'imagerie d'Epinal des fastes de Vaux-le-Vicomte.

Il s'agissait en quelque sorte du débat avant l'heure entre Girondins et Jacobins.

Marc Fumaroli montre comment La Fontaine a été constamment fidèle à Nicolas Fouquet.