mercredi, mai 20, 2009

Les enfants, la violence , la télévision

Un article transmis par un commentateur attribue l'augmentation du nombre de meurtres et de tentatives de meurtres (1) à la télévision.

L'auteur, un psychologue, explique que tuer n'est pas naturel et nécessite un apprentissage, or la télévision est précisément ce professeur de meurtres (2). Rappelons qu'un enfant qui regarde la télévision régulièrement a vu, vers l'âge de quinze ans, plusieurs milliers de meurtres et de viols.

Viviane Lurçat, dans Des enfances volés par la télévision, met en avant le rôle extrêmement néfaste de la télévision dans l'éducation : troubles de concentration, uniformisation des comportements et des intérêts, affaiblissement des rapports sociaux, atrophie de l'imagination, atteinte au travail scolaire, accoutumance à la violence, etc ...

En plus de la violence, il y a aussi le sexe. Les psychanalystes font de la curiosité sexuelle le moteur de toutes les curiosités, il est donc nuisible d'être trop explicite, d'assouvir trop vite cette curiosité. C'est pourquoi trop de sexe à la télévision contribue à tuer la curiosité scolaire (avec sa lamentable obsession de l'éducation sexuelle de la crèche au doctorat, l'école se tire une balle dans le pied. Ce n'est pas la seule).

Ajoutons également que, pour les enfants comme pour les parents, la télévision aide à échapper à l'ennui. Or, l'ennui est un composant essentiel du développement intellectuel.

Pour ma part, je ne vois aucun point positif de la télévision pour les enfants. J'en ai tiré un usage simple : pas de télévision pour les enfants. Aucune, rien, nada.

Je fais deux exceptions :

> pour les DVDs, que je considère comme un cinéma déplacé à domicile, c'est-à-dire entouré d'un certain rituel, d'un choix, d'une attention.

> un peu de télévision est néanmoins permis pour des raisons tactiques : il ne faut pas que la télévision gagne l'attrait du fruit défendu. Mais si la réception est mauvaise et l'image brouillée, surtout, ne pas tenter de les améliorer (voire secouer un peu la prise pour que ça s'aggrave !).

On me dit quelquefois que priver l'enfant de télévision l'isole de ses camarades téléphages. Certes, mais cet inconvénient est absolument mineur par rapport à ceux de la télévision.

Je suis bien conscient que cette rigueur est totalement inaccessible à des parents eux-mêmes collés à longueur de journées devant leur écran plat géant pour lequel ils se sont endettés sur trente-cinq ans. Mais rien n'oblige jamais personne à partager les idioties de la foule.

Il faut dire que la chose m'est particulièrement aisée pour une raison simple : je ne supporte pas la télévision. Elle m'abrutit : c'est toujours soit trop lent, soit trop rapide. Elle est trop lente quand elle débite des informations à un rythme quatre ou cinq fois inférieur à celui que j'ai en lisant le journal tout en écoutant la radio. Elle est trop rapide quand des imbéciles causent, causent, causent en ne laissant jamais le temps de réfléchir.

De plus, de ce que j'en comprends (vous avez deviné que je ne suis pas un téléspectateur assidu !), il est rarissime qu'il s'y dise des choses intelligentes, ou simplement originales.

Enfin, une excellente raison de ne pas regarder la télévision fait passer l'interdiction sans douleur et clôt le débat : il y a toujours mieux à faire.

Je suis un peu étonné chaque fois qu'on me raconte qu'heureusement qu'il y a la télévision pour faire tenir les enfants tranquilles.

Pour les parents sans imagination, on trouve d'excellents livres d'activités pour enfants (sinon, 1kg de farine, quatre oeufs, du lait et du sucre peuvent occuper un après-midi, en comptant le nettoyage de la cuisine ravagée par le tsunami culinaire).

Vous devinez que cette position par rapport à la télévision, pour anecdotique qu'elle paraisse, véhicule en réalité des valeurs : celles qui consistent à considérer l'enfant comme un acteur de sa propre vie en développement et non comme une larve de canapé, un «couch patato» comme disent les Américains.

Calvin, de Calvin et Hobbes, excellente bande dessinée que je vous conseille, le rend très bien dans ces rapports ambigus avec la télévision : il ne demande qu'à s'abrutir avec la télévision et se plaint amèrement quand son père le met dehors pour aller jouer à l'ancienne, mais il y développe sa personnalité délirante.



(1) : pour faire une comparaison sur une longue période, il faut faire la somme tentatives de meurtres + meurtres, parce que les progrès de la médecine modifient le ratio tentatives/meurtres réussis

(2) : il explique que, pendant la seconde guerre mondiale, les Américains, toujours très pragmatiques et rationnels, on fait des études auprès des fantassins : 15 % seulement tiraient pour tuer, ce qui est catastrophique pour un militaire. Au Vietnam, ce pourcentage est passé à 90 %.

Pourquoi ? Parce que les Américains ont changé leurs méthodes d'entrainement. La première étape, très bien rendue dans Full Metal Jacket de Stanley Kubrick, consiste à banaliser la violence, à désensibiliser les soldats à la violence, en les soumettant à des violences verbales et physiques continuelles.

Or, la désensibilisation à la violence, c'est exactement ce que fait la télévision, sauf qu'au lieu de commencer à 18 ans, comme l'armée, elle commence à 18 mois.

L'American Medical Association démontre que la corrélation entre violence et télévision est plus forte qu'entre cancer et tabac ! Pourtant, on interdit le tabac, pas la télévision. C'est le conditionnement d'Orange Mécanique à l'envers.

Durant la guerre, les soldats japonais étaient obligés à assister à des sévices, après quoi on leur donnait un excellent repas : on leur apprenait à associer violence et plaisir. Regarder un film «gore» dans son sofa en sirotant sa boisson préférée, c'est exactement le même mécanisme.

La télévision insensibilise à la violence, les jeux videos apprennent à la faire, par simulation. Ils apprennent à tuer et à aimer ça.

6 commentaires:

Criticus a dit…

« l'ennui est un composant essentiel du développement intellectuel »C'est peut-être pourquoi les CPGE parisiennes - et donc les grandes écoles - sont pleines de provinciaux.

Quand il n'y a rien à faire dans une ville, on bosse à l'école, simplement.

Epicier vénéneux a dit…

Criticus, c'est aller à l'encontre de la théorie qui prône le développement culturel : depuis toutes ces années on nous cite Paris en exemple de capitale de la culture, les musées, les théâtres, etc. en nous vendant le concept "stimulation intellectuelle = réussite et épanouissement", et vous arrivez avec vos gros sabots tel un chien dans un jeu de colonnes de Buren.

Un peu plus et vous essayeriez de nous convaincre qu'il est plus constructif de bâtir une cabane en forêt, de mettre au point une catapulte à escargots ou d'optimiser la forme d'un avion en papier, que de passer une après-midi au Grand Palais.

Ou alors, autre explication : il y a 10 fois plus de provinciaux que de parisiens en France et, la sélection en CPGE ne se faisant pas géographiquement mais au mérite individuel, cette proportion est conservée.

Epicier vénéneux a dit…

D'autant que, sauf erreur de ma part, « l'ennui est un composant essentiel du développement intellectuel » justement parce que la personne susceptible de s'ennuyer aura plus tendance à l'introspection d'une part, à l'exploration de l'environnement et à l'acquisition d'expérience d'autre part.

Ce qui voudrait dire que c'est en fait dans les villes où il y a peu de choses à faire qu'on s'ennuie finalement le moins, puisqu'on n'y est pas spectateur de tout ce qui existe déjà, mais acteur de ce qui reste à inventer pour se distraire.

Serait-ce là l'origine du bon sens paysan, ennemi juré du bobo germanopratin pratiquant ?

Criticus a dit…

Mais je ne dis pas le contraire, épicier... ;)

Epicier vénéneux a dit…

Nous sommes entre nous, vous pouvez m'appeler vénéneux !

Larry a dit…

"La télévision insensibilise à la violence, les jeux videos apprennent à la faire, par simulation. Ils apprennent à tuer et à aimer ça."

Yves Cochet et Bernard Maris sont bien contents : la planète est trop peuplée!