samedi, mai 16, 2009

Zemmour-Naullau comme symptôme

Les deux Eric, Zemmour et Naullau, sont les critiques de l'émission On n'est pas couché.

Les handicapés télévisuels comme moi peuvent retrouver leurs oeuvres presque complètes sur Dailymotion.

Ils sont à la critique ce que BHL et Comte-Sponville sont à la philosophie. Mais, du moins, il y a une tentative d'une vraie critique, et non l'habituelle complaisance promotionnelle déguisée.

Or, il se trouve que les «artistes» ne le supportent pas au point de refuser les invitations. On parle donc de ne pas reprendre Zemmour-Naullau à la rentrée pour continuer à avoir des invités. les mauvais esprits pourraient d'ailleurs s'étonner que ça ne soit pas produit plus tôt.

Ceci en dit long sur l'hypocrisie des «people» : que ces gens ne supportent pas la critique, je le comprends. Mais comment alors pouvons nous en retour supporter la fausse franchise, l'émotion jouée, la sincérité factice et les sempiternels sketchs des rebelles patentés et des libertaires de service qui font l'ordinaire de la télévision française? Comment ne pas avoir envie de jeter sa télé par la fenêtre ? Comment ne pas estimer que la redevance télévisuelle est un vol ?

Ma position sur les gens qui passent à la télé est nette : la prudence conseille de les considérer comme des menteurs.

J'ai bien peur que cela soit symptomatique de l'hypocrisie de la société française, de son épais conformisme et de sa police de la pensée.

Vous noterez en particulier le nombre de fois où Zemmour-Naullau opposent des vérités factuelles (sur l'immigration, sur l'esclavage, etc ...) et que leur interlocuteur leur répond : «Vous n'avez pas le droit de dire ça !». Vous n'avez pas le droit ... Tout est dit.


La télévision française ne tolère plus la moindre parole réellement discordante, qui sorte de la rébellion convenue et autorisée. N'est-ce pas au fond le cas de la société française ?

Ca me terrifie, d'une terreur orwellien. Quand Eric Zemmmour se trouve dénié le droit de dire que l'esclavage est une tradition arabe, cela signifie que des vérités pourtant incontestables (l'esclavage a été aboli officiellement en Arabie Saoudite en 1961 mais continue dans les faits) peuvent être niées, ou tues, ou déformées, au nom du conformisme.

Ce qui me frappe aussi dans les videos suivantes sont les réactions du public :



11 commentaires:

H. a dit…

J'ai visionné rapidement les deux vidéos: aucun regret d'avoir débranché la télévision il y a plus de dix ans. Beaucoup de regrets, par contre, d'être contraint de payer une redevance pour que de telles émissions puissent exister.

Je partage pleinement vos craintes orwelliennes surtout lorsqu'on écoute les réactions du public (merci à l'EN pour son travail efficace en matière d'esprit critique). Heureusement, on peut encore lire: pour combien de temps?

Epicier vénéneux a dit…

Si David et Goliath étaient de notre temps, la morale de l'histoire aurait été que David triche en utilisant son intelligence et une fronde.

Criticus a dit…

Comme le disent les principaux intéressés, il est amusant que, quand ils encensent un invité, celui-là ne leur reproche jamais leur illégitimité. Une critique légitime, pour un people, c'est un dithyrambe. Toute critique négative est ainsi frappée d'illégitimité...

daredevil2007 a dit…

Et oui, pas de pitié pour ceux qui osent critiquer la bien-pensance actuelle...
Pour ma part, cela fait plusieurs années que je n'ai tout simplement plus de télévision - et je l'avoue, cela ne me manque pas le moins du monde surtout quand je constate le niveau qui y règne lors de courts passages chez des amis qui l'ont.
Et je me refuse de toute façon à payer l'impôt révolutionnaire : donc, je n'en reprendrai pas! Je veux avoir mon mot à dire sur les émissions diffusées (et comme cela ne sera pas pour demain...).

Pierre Robes-Roule a dit…

Sur EN, il est bien meilleure dans d'autres émissions plus sérieuses notamment sur internet : voir par exemple arrêt sur image avec Régis Debray.

Sur EZ, les sifflés qu'il reçoit sont sans commune mesure avec sa popularité dans le Pays. Ce type a vraiment "libéré" la parole avec beaucoup de courage. Les cris de poule dans l'émission avec Angot sont à mourir de rire !

Théo2toulouse a dit…

"cela fait plusieurs années que je n'ai tout simplement plus de télévision"

Et de trois, ca fait quatre ans je crois que je l'ai virée de mon appart ainsi que la radio (j'avoue, très grande honte, j'ai écouté 5 minutes France Info dans la voiture cette semaine pour éviter de faire chauffer l'auto-radio en attendant l'ouverture d'un magasin).

@H. : vous devriez allez aux impôts demander une dérgation à la redevance car je me faisais toujours avoir à oublier de cocher la case sur la déclaration. Je refuse de payer pour voir et entendre autant de merde (celle du privé ne me dérangeant point vu qu'elle n'est pas financée par la redevance) sur un écran ou das un poste de radio.

C'est pas croyable d'inviter des heures entières des merdes comme le facteur et pratiquer la censure sur des gens qui ont des choses intéressantes à dire.

Ce qui est hallucinant, c'est la suffisance des gens invités par Ruquier : ils ont pondu un bouquin, ce sont donc des génies. Evidemment, quand on publie des livres, il faut s'attendre à tomber sous le feu des critiques, fondées ou non, fondées encore plus quand on est tou sauf un génie. Mais manque de bol pour eux, les deux journalistes ont un minimum de culture et degoût et lisent (les gens du public qui les sifflent ne peuvent pas en dire autant mais bon, les cons, ça ose tout) les livres des personnes invitées et ne pratiquent pas le léchage de cul. Et on voudrait leur interdire de faire leur boulot dès lors que leur jugement ne plaît pas. Curieuse tolérance que voilà.

Un jour un de mes profs a dit "s'il n'y avait que des bons livres, il y aurait de la place dans les rayons des bibliothèques". Un jugement qu'il faudrait méditer.

PS : la meilleure critique des bouquins des bouffons de la bien-penance consiste à les ignorer tout simplement.

daredevil2007 a dit…

"Ce qui est hallucinant, c'est la suffisance des gens invités par Ruquier : ils ont pondu un bouquin, ce sont donc des génies"

vous oubliez, Théo, que nombre de ces superbes auteurs ont eu un gentil nègre pour leur tenir la plume...

Le problème avait les livres, c'est qu'il faut du temps pour les lire - il faut se ménager du temps, se poser pour libérer son esprit de ce qui l'occupe... mais ce faisant, pour beaucoup cela signifie devoir se retrouver seul avec soi-même, et c'est - me semble-t-il - ce qui pose problème. Quand on se retrouve ainsi au calme, on se retrouve confronté à sa propre existence et aux limites de celle-ci (sans même parler de la solitude d'un nombre toujours plus grand d'humains) : nombre de personnes ne le supportent tout simplement pas car cela leur fait peur...
Pourquoi ont-ils en permanence une télévision allumée sans pour autant la regarder nécessairement?

pedro a dit…

Ce qui me frappe le plus dans ces extraits c'est la séquence où Zemmour tente d'expliquer à la tablée autour de lui des rudiments d'histoire de l'esclavage. On n'est pas surpris qu'il soit raillé et sifflé avant d'avoir fini mais ce qui est navrant c'est qu'il y a autour de lui des personnes dont on aurait pu s'attendre à ce qu'ils aient 1) la culture générale de base pour cautionner le discours de Zemmour 2) l'honnêteté intellectuelle d'intervenir et de le soutenir.
Je pense par exemple à Giesbert ou Bénichou.
C'est un bel exemple de ce qui se passe sans cesse dans les interviews ou les "débats" entre hommes politiques : les journalistes n'interviennent jamais, laissent des arguments fallacieux ou faux répondre à des arguments valables, sans jamais jouer ce rôle de tampon qu'ils devraient avoir.

fboizard a dit…

«Pourquoi ont-ils en permanence une télévision allumée sans pour autant la regarder nécessairement?»

Bien entendu, cela fait partie des distractions pascaliennes. Du bruit, de l'agitation, pour oublier que tout cela finira en repos éternel.

Je suis toujours irrité (même si je n'en laisse rien paraître, je ne suis pas chez moi) par ces gens qui laissent la télé en permanence. En général, me semble-t-il, pas les classes les plus éduquées, la télé est vraiment le nouvel opium du peuple.

Il me semble que l'irreligion participe de cette fuite en avant dans l'agitation : au moins, la religion était un outil pour tenter d'apprivoiser la mort.

Quant aux «zartistes» télévisuels, il faut bien se rendre compte que, si leur snobisme les pousse à prendre des positions anti-«Français moyen», ils sont intellectuellement moyens et proches de ces Français qu'ils méprisent.

Ils n'ont pas, et il n'y a aucune raison qu'ils en aient, de compétence et de connaissance particulières en dehors de leur domaine.

La plupart du temps, ils parlent sans savoir et sortent avec aplomb d'énormes conneries.

On peut se poser la même question sur les journalistes.

La rigueur qui est la base de leur métier devrait leur éviter ce piège, mais ce sont souvent des idéologues et ils tombent dans le piège de l'idéologie : le mépris des faits et leur usage très sélectif, ce qui est plutôt gênant pour des journalistes, mais qui s'en préoccupe ?

pedro a dit…

Une deuxième chose également : Lalanne s'énerve mais semble sincère : il pense vraiment qu'il est un bon poète. J'ai toujours pensé que ces artistes à succès savouraient l'argent récolté mais tout en sachant pertinemment qu'ils ne valent pas grand chose. En fait non, certains semblent sûrs de leur art. Si ça se trouve Marc Levy (dont je me suis toujours dit qu'il était conscient de ce qu'il écrivait) croit vraiment qu'il est un bon écrivain et si on l'attaquait à la manière de Zemmour et Naullau il en appellerait à Chateaubriand et Hugo comme à ses maîtres.

teddy bear a dit…

Vous vous interrogez sur la nature des réactions du public, je crois que :

1 C'est un jeu entre le public et les deux critiques.

2 Qui va à ce genre d'émissions ? Ceux qui ont le temps. Ceux qui ont le temps, ce sont souvent ceux qui partagent ces opinions "de gauche", étudiants, fonctionnaires, employés etc.
C'est simple lorsque l'on fait 60 heures par semaine on a pas le temps.