mercredi, juin 22, 2011

L'Euro sauvé par la Chine ? (Ce n'est pas une contrepèterie)

Certains me tiennent le raisonnement suivant : les Chinois n'ont pas intérêt à ce que les pays européens, gros clients, fassent banqueroute. Ils vont donc acheter la dette des Etats européens.

Cela ne me paraît pas idiot mais appelle quelques remarques :

> il me semble que c'est déjà le processus en cours depuis quelques années et que nous en atteignons le bout.

> à mesure que la consommation intérieure chinoise prend le relais de la consommation européenne, cette manoeuvre perd de son intérêt pour les Chinois.

> les Chinois demandent des contreparties dont je ne suis pas sûr qu'elles sont politiquement acceptables pour les européens.

> certes, les Chinois acceptent des risques de pertes sur la dette américaine et sur la dette européenne pour accroitre leur pouvoir politique, c'est la technique du noeud coulant. Mais ils ne peuvent à eux seuls financer ces deux zones économiques.

> Enfin, l'aide chinoise éventuelle ne règle pas le problème majeur du différentiel de compétitivité entre membres de la zone Euro.

Sans nier que cette analyse explique la possible prolongation du foutoir sur les dettes européennes, je pense qu'elle éclaire plus le passé que l'avenir : la complaisance chinoise explique pourquoi la crise de dettes a été si longue à se déclencher, pas comment elle va se résoudre. Il est illusoire de croire que l'épargne mondiale va continuer à s'investir dans les pays occidentaux juste par pure bonté, pour empêcher notre niveau de vie de nantis de baisser. Chine ou pas Chine, on n'a jamais vu une dette monter jusqu'au ciel, tout a une fin.

Bref, je reste convaincu qu'un ou plusieurs Etats européens vont faire défaut (d'une certaine manière, la Grèce fait déjà défaut, puisque ses dettes sont payées par d'autres) et que l'Euro se réduira jusqu'à n'être plus que la monnaie d'une nouvelle ligue hanséatique. Et cela ne sera pas la fin du monde.

Je pense que les banquiers qui disent à leurs clients que l'Euro n'est pas agonisant sont de mauvais banquiers ou des banquiers menteurs (ou les deux à la fois : les performances des banquiers auxquels j'ai eu à faire ne m'incitent pas à une grande estime pour la profession).

Il me semble que, pour être banquier, il faut le même genre de qualités que pour être politicien, ce qui, sous ma plume, est tout sauf un compliment. D'ailleurs, les gens qui ne savent rien faire, comme Daniel Bouton ou Jean-Marie Messier, finissent banquiers. Ils semblent meilleurs en lobbying auprès des Etats pour se faire sauver avec l'argent du contribuable que dans leur métier de base de banquiers, puisque, en cas de banqueroutes de plusieurs Etats européens, hypothèse tout à fait prévisible, pour ne pas dire prévue (par Milton Friedman il y a dix ans, par exemple), les grosses banques seraient en faillite.

Le droit de faillite est l'essence du capitalisme : c'est parce que l'échec n'est pas un saut dans l'inconnu mais une situation régie par le droit qu'il est possible de prendre des risques. Autrement dit, je préfère une mise en faillite de la BNP ou de la Société Générale, et les quelques mois (et non les quelques années, comme prétendent les banksters pour nous bourrer le mou et nous forcer à les sauver de leurs mauvaises décisions) de chaos qui s'en suivraient à la prolongation, aux frais du contribuable, envers et contre tout, de banques mal gérées. En effet, ces quelques mois de chaos seraient payés par un assainissement de la situation financière pour un demi-siècle.



Ce billet est dédié à Florence L.

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