dimanche, septembre 11, 2011

L'âge du renoncement (C. Delsol)

La culture occidentale, aux origines grecques, juives et chrétiennes (mais en aucun cas musulmanes, n'est-ce pas, Jacques Chirac ?) est caractérisée par la quête de la Vérité, par la question «qu'est-ce qui est vrai ?».

C'est une exception, une parenthèse, à la fois dans l'espace et dans l'histoire. La plupart des hommes d'aujourd'hui et de tous les temps se posent la question, fort différente, «comment bien vivre ?». C'est la quête de la sagesse.

La décadence accélérée de notre culture occidentale, son renoncement à elle-même, ne laisse pas place au nihilisme, ou très temporairement, mais au retour à ce qui a fait la philosophie de la grande majorité des hommes. L'écologisme, religion païenne en est un signe éclatant.

Voilà pour l'analyse factuelle.

Etant un enfant de la culture occidentale et sachant tout qu'elle a apporté (mais aussi deux guerres mondiales et la bombe atomique), je ne peux qu'en être navré.

Le corollaire du fait qu'il n'y a plus de Vérité est que l'individu est nié. En effet, la sagesse égalise tout, détruit toutes les hiérarchies, les dieux sont partout et l'homme se fond dans un Grand Tout. La prégnance contemporaine de cette idée de fusion est bien mise en valeur, inconsciemment, par la mode de l'incinération, qui, cela ne vous étonnera pas, me dérange.

Pur jugement de valeur, je ne peux me déprendre du sentiment que la quête de la sagesse par opposition à la quête de la Vérité a quelque chose de minable, de terne, de restreint.

Au nom de la Vérité, on partait en croisade. Au nom de la sagesse, on fait du tri sélectif avec les poubelles jaunes et les poubelles vertes.

La croyance en la Vérité est remplacée par un foutoir de croyances faibles que seule l'habitude supporte, c'est en quelque sorte le triomphe du conservatisme : on croit ce qu'on croit parce qu'on y est habitué. Par exemple, puisque l'homme n'est plus le roi du monde, fait à l'image de Dieu, plus rien que l'habitude ne justifie la religion des droits de l'homme.

Que le nazisme soit le seul mal absolu n'est qu'un pur produit des circonstances, sans justification rationnelle (et d'ailleurs, le nazisme même devient un concept flou, une invocation rituelle sans contenu précis). En effet, en toute rationalité, le communisme devrait partager ce statut de mal absolu. Mais les circonstances ont fait qu'il était, par l'intermédiaire de l'URSS, dans le camp des vainqueurs. Imaginons que le pacte germano-soviétique ait tenu et que l'alliance des démocraties ait vaincu à la fois l'Allemagne nazie et l'URSS, personne n'aurait d'objection a un procès de Nuremberg du communisme.

Bref, au jardin à la française de la Vérité, à ce «chef d'oeuvre de religion», suivant le mot de Paul Veyne, qu'était le christianisme, notre société substitue un fatras d'idées (1) étayées seulement par l'habitude et sans cesse mouvantes (les droits de l'homme d'aujourd'hui, fondés sur la primauté du désir individuel, ne sont déjà plus ceux de 1948).

Le conformisme devient obligatoire (Socrate a été mis à mort pour ne pas avoir respecté les rites) puisqu'il est le seul soutien de ces croyances faibles.

Mais on ne peut pas faire que ce qui a existé n'ait pas existé. On peut éventuellement l'oublier. C'est pourquoi les religions de la Vérité subsisteront, probablement à l'état de sectes, mais avec une puissance de certitude bien supérieure au méli-mélo mollasson (2) qui les entourera.



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(1) : même les chrétiens s'y mettent, à cette bordélisation des croyances : il est de plus en plus fréquent de rencontrer des «croyants» qui font leur marché, croire au paradis mais pas à l'enfer, croire en le divinité de Jésus mais pas en la résurrection, ou l'inverse, etc. . L'exemple vient de haut : il paraît qu'un évêque français a déclaré ne pas croire à la virginité de Marie. Il faut dire que l'épiscopat français compte une densité remarquable de cons de classe mondiale.

(2) : mollasson dans la rationalité et dans le fondement, pas dans l'action : la police de la pensée est d'autant plus forte que les fondements sont faibles, qui n'a pas de justification est d'autant plus tenté de pourchasser la moindre dissidence, comme la Halde le prouve tous les jours.

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