dimanche, octobre 16, 2011

La mort de la culture me laisse en grand désarroi

La culture donne un sens au monde.

Bien sûr, je n'entends pas la culture comme ce fourre-tout «jacklanguien» qui irait du rap à Dalida. La culture est ce qui permet le dialogue avec les hommes du passé, comme dans cette lettre célèbre de Machiavel expliquant qu'après le labeur du jour, il retrouve les auteurs antiques sur le forum. Elle permet de se sentir à l'aise dans la continuité des temps et de faire que l'univers n'est pas uniquement peuplé de signes mystérieux et incompréhensibles.

Une simple balade dans Paris suffit : ici été assassiné Henri IV, Quasimodo est sans doute passé par là, cette tour a été édifiée par Catherine de Medicis pour ses astrologues, dans ce café le colonel Rémy donnait rendez-vous à ses courriers, sur cette place eut lieu un duel célèbre (et Marion de Lorme perdit son pucelage) . Je suis chez moi car ces souvenirs sont devenus personnels. Etant chez moi, je me sens en sécurité.

Mais rien n'est plus fragile que la culture : il suffit que sa transmission soit interrompue le temps d'une génération pour qu'elle cesse d'être vivante. Or, précisément, nous sommes la génération de la mort de la culture, cette génération à laquelle la culture n'a pas été transmise. D'avoir passé le latin comme deuxième langue au baccalauréat fait de moi un anachronisme.

Notre culture est morte. Comme l'araméen, elle est désormais le privilège de quelques érudits. Montaigne et Pascal, Homère et Virgile, ces noms disent encore vaguement quelque chose, mais pour combien de temps ? Et qui, même parmi les étudiants du supérieur, les a lus ?

Nous avons été sciemment, délibérément, criminellement, coupés de nos racines (la télévision, que je déteste de toutes mes fibres, a donné le coup de grâce). Je ne connais pas la suite des événements, mais j'ai peur : la plupart des plantes coupées de leurs racines meurent. Il a fallu cinq siècles à l'Occident pour se remettre de la mort de la culture romaine.

Nous en voyons déjà les premiers effets destructeurs : faute d'être capables (et pour cause) de prendre du recul sur ce que nous sommes et d'où nous venons, nous laissons nos sociétés devenir les proies d'idées folles, par exemple la liberté confondue avec la licence.

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