vendredi, novembre 16, 2012

... avec qui vous savez (P. Lefranc)

C'est la suite de Voici tes fils ! (il y a un livre intermédiaire Le vent de la liberté dont je ne vous ai pas parlé).

Pierre Lefranc, attaché de presse de De Gaulle, raconte ses aventures avec beaucoup d'humour.

De Gaulle, Président de la République (exceptionnellement, je mets les majuscules), fait une visite dans le Pas-de-Calais. Le préfet est tout content de lui annoncer qu'on a retrouvé des anciens de son régiment  de 1914 et qu'il les verra à la fin de la cérémonie de dépôt de gerbe au monument aux morts.

Les choses se déroulent. De Gaulle passe en revue les anciens, et le dernier du rang, dans sa chaise roulante, lève la tête et dit : «Tiens ! De Gaulle ! Tu es là. Alors, qu'est-ce que tu deviens ?».

Autre anecdote : lors d'un diner très sérieux, en pleine guerre d'Algérie, le brouhaha des conversations connaît un temps mort, comme il arrive parfois, et tout le monde entend De Gaulle dire à sa voisine  : «Spirou est surfait. En revanche, Tintin ...»

Lefranc porte un jugement très sévère sur les politiciens, y compris les gaullistes. Pour lui, ils sont prêts à toutes les compromissions et toutes les bassesses pour être ré-élus.

Les pages sur le cumul des mandats, écrites en 1979, sont étonnantes d'actualité et, par là même, désespérantes : Lefranc ne croit pas que, malgré leurs belles déclarations, les politiciens feront jamais rien contre le cumul des mandats. Trente trois ans de recul valident son propos. A son avis, les politiciens rétabliraient les charges héréditaires à leur profit s'ils en avaient l'occasion. On songe à Jean Sarkozy et à l'EPAD.

Ses propos sont sévères, on sent bien qu'il n'aime pas Georges Pompidou, il lui reproche d'être trop conciliant. Reproche plus précis encore : l'entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun. Là encore, aux yeux de Lefranc, un compromis dommageable.

Dans l'ensemble, je suis assez d'accord : je considère que Pompidou fut notre dernier grand président mais qu'il avait trop le souci de se faire aimer de l'époque.

Pierre Lefranc pose une question dont, hélas, je crois bien que nous avons désormais la réponse : «Les dirigeants sont-ils choisis par les partis politiques en fonction de leurs qualités de gouvernants ou en fonction de leurs capacités à passer à la télévision ?»

Si vous tombez sur ces récits, -mémoires ?-, de Pierre Lefranc chez un bouquiniste, ils valent le coup.

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