jeudi, novembre 01, 2012

Promotion Ubu roi (O. Saby)

Un ancien élève de l'ENA raconte avec légèreté et ironie sa scolarité.

C'est affligeant, on s'en doutait : les Français ont trop l'occasion de voir des énarques en action pour ne pas savoir à quoi s'en tenir.

Problème fondamental : faut-il une école nationale d'administration sélectionnant sur concours et classant à la sortie ? La plupart des pays, et notamment ceux qui fonctionnent mieux que le nôtre, s'en passent très bien. Ceux qui s'en inspirent sont des dictatures arriérées ex-colonies et je ne pense pas que cela soit un hommage du vice à la vertu.

L'ENA a beaucoup plus d'inconvénients que d'avantages. L'endogamie est le péril de l'intelligence. De plus, cette création d'une aristocratie dès le plus jeune âge ayant vocation à monopoliser les meilleures places est une catastrophe : c'est la certitude que jamais rien ne changera, que jamais d'air frais n'entrera. La suppression de l'ENA serait un petit pas pour la France mais un grand pas pour l'Etat.

Hélas, l'ENA existe, regardons sa scolarité. C'est une scolarité de premiers de la classe et c'est une catastrophe : un premier de classe a, plus ou moins dissimulée, pour certains très apparente, une âme de fayot. Le premier de la classe, c'est d'abord celui qui sait plaire au prof, pour de bonnes, et quelquefois pour de moins bonnes, raisons.

En général, le premier de la classe n'est pas connu pour son aura, son originalité et sa créativité. Malicieusement, Olivier Saby fait remarquer que le fascicule sur le management que l'administration distribue ne cite pas en exemple un seul énarque.

Comprenez moi bien. Je ne fais pas l'éloge du cancre (je ne suis pas un gauchiste qui met les valeurs cul par dessus tête), mieux vaut être le premier de la classe que le dernier. Mais il ne faut pas donner à cette position plus de valeur qu'elle n'en a.

Il existe un moment où il faut sortir des puérils classements scolaires, la vie est plus complexe qu'un rang acquis à vingt-trois ans. Malheureusement, les énarques n'en sortent jamais (les vieux énarques qui portent leur rang comme une médaille sont parmi les plus comiques du livre). C'est une déficience, presque un handicap.

De plus, l'enseignement, fort médiocre, renforce les défauts de l'énarque : la superficialité, la vanité, le mépris et la confusion entre virtuosité intellectuelle et intelligence. Les énarques sont souvent brillants mais le brillant est une qualité de cireurs de pompes. On comprend que l'ENA reste discrète sur sa pédagogie : seul le mystère empêche d'en juger la vacuité.

Les quelques énarques que j'ai croisés m'ont toujours fait une double impression : au premier abord «quelle belle machine intellectuelle !», mais à la réflexion «c'est creux, tout ça». Ils font partie de ces gens qui se payent de mots, qui croient avoir fait quand ils ont dit.

Un ami a un critère très simple pour juger des caractères : «Est-ce que tu partirais à la guerre avec ce type-là ?» Pas un énarque pour qui j'ai répondu «oui, sans hésitation». Et les énarques devenus chefs des armées ne sont pas ceux qui m'auraient le moins poussé à la désertion.

Il faudrait supprimer l'ENA mais elle est tellement consubstantielle au Système qu'elle disparaîtra avec lui.

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