mardi, février 05, 2013

Le divorce, mon suicide social et le déjeuner pas sur l'herbe

J'ai déjeuné avec trois collègues de droite.

L'un est bobo, parisien et bachelotisé, sa certification droitière est très douteuse. Il soutient l'interdiction des feux de cheminée en région parisienne sous prétexte de jalousie sociale d'écologie. C'est vous dire si ses créances de droite m'inspirent confiance. Autant que Katsumi en plein gang-bang expliquant qu'il faut rester vierge jusqu'au mariage ou que Dominique Strauss-Kahn revendiquant son souci de la condition féminine au milieu d'une partouse avec des mineures lilloises.

A cette noble tablée, j'étais le seul non-divorcé. Situation singulière dont il était hors de question que je ne profitasse point.

N'écoutant que mon courage intrépide, ma pulsion suicidaire et mon panache donquichottesque, j'orientai assez rapidement la conversation vers un thème que m'inspirait un article récent de Peter Hitchens : «Nous sommes décadents. La famille fout le camp. Le divorce facile, nous testons depuis quarante ans et c'est une catastrophe sociale. Il serait temps d'arrêter cette expérience funeste et de resserrer les boulons.»

Bien sûr, je n'ai aucun espoir que cela arrive avant que les mollahs, profitant du basculement démographique, remettent dans nos moeurs l'ordre dont ils sont coutumiers.

Mais bon, à table, il faut bien causer.

Sur mes trois convives, deux se tinrent à peu près cois (dont le bachelotisé) mais le troisième réagit vivement. Un sur trois, c'est assez minable comme opposition mais j'avais très mal choisi mon terrain (erreur fatale). En effet, la cantine n'est pas le lieu pour les cris, hurlements, gestes amples et dramatiques, effets de cape et de manche, duel au sabre sur la table, que nécessite ce genre de débat passionné et touchant à l'intime.

Obligé de débattre calmement d'un sujet qui requérait le bruit et la fureur, je ne pouvais vaincre. Cependant, je ne reculai pas.

Deux arguments me furent opposés :

1) «Tu n'as pas vécu, tu ne peux pas juger».

Argument irrecevable : si l'homme est doué d'imagination, c'est pour s'en servir. Paraît-il qu'un Californien peut se mettre à la place d'un canard gavé, alors rien ne m'empêche de me mettre à la place d'un divorcé (même non gavé).

Après, le tout est de savoir quel jugement l'on fait et s'il y a de la modération et de la sympathie dans ce jugement.

J'en profite pour rappeler cet article de Dalrymple : The rush from judgement.

2) «Peut-être qu'un jour tu seras bien content d'avoir la possibilité du divorce facile que tu critiques tant pour ses effets sur la société».

Argument nettement plus intéressant qui parle à mon coeur de libéral.

Je ne supporte pas qu'on interdise les feux de cheminée mais je me vois très bien défendre «Tu ne divorceras point» (avec quelques nuances). Pourquoi ?

Je suis persuadé qu'il y a des cas, rares, où ce qui est bon pour l'individu (1) est mauvais pour la société et, au final, pour le plus grand nombre.

La famille est la matrice de la société. Détruire la famille, c'est détruire la société. Depuis la «libération» des moeurs, notre société s'ensauvage (2).

Car on connaît l'image télé, bien-pensante, du divorce bourgeois qui se passe impec, pour ainsi dire entre copains, et de la famille «recomposée» où tout baigne dans l'amour et l'eau fraiche.

La réalité est quelque peu différente :

> le divorce, ce sont des enfants malheureux, ayant plus de probabilités de divorcer et d'avoir des problèmes sentimentaux et psychologiques. Sans compter des chances de réussite scolaire inférieures (les statistiques sont moins nettes sur ce sujet).

> c'est souvent une situation plus précaire, voire la pauvreté.

> c'est aussi un exemple désastreux donné aux plus fragiles : la moitié des enfants des familles anglaises les plus pauvres ne vivent pas avec leur père. Dalrymple évoque souvent ces Anglaises qui ont quatre ou cinq gosses de trois ou quatre pères différents. Elles s'étonnent que leur vie soit un foutoir et leurs gosses de vrais sauvageons.

C'est finalement ce dernier point qui est le plus dommageable pour la société. Car une licence qui peut être supportée par des bourgeois en circonscrivant les dégâts devient un désastre quand elle est adoptée par tous.

La société est menée par le conformisme. Si le conformisme est à l'auto-discipline, à la préservation des apparences (3) et à la retenue, la civilisation se perpétue. Si le conformisme est à la licence (et l'on a toujours d'excellentes raisons individuelles qui justifient la licence), tout fout le camp.

On ne peut à la fois se féliciter du divorce facile et se plaindre de l'ensauvagement de la société car ils sont liés. Des liens indirects, complexes, il faut réfléchir pour les comprendre, mais des liens bien réels.

Alors oui, peut-être qu'un jour je serai bien content de pouvoir divorcer facilement (à Dieu ne plaise), mais je n'en persisterai pas moins à penser que c'est une calamité pour la société. Et qu'il est temps d'arrêter l'expérience.

Bonus la Lime : Hitchens sur le mariage

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(1) : je fais l'hypothèse que le divorce est bon pour les divorcés, c'est très optimiste. En général, il y en a au moins un sur deux qui souffre.

(2) : le diagnostic est brouillé par l'immigration extra-européenne, qui contribue à l'ensauvagement. Cependant, l'ensauvagement est certain.

(3) : en société, l'hypocrisie est civilisatrice. On pense «marquise, j'ai bien envie de vous sauter» et l'on dit «marquise, que vous avez de beaux yeux» et on lui récite un poème. On se moquait du «on reste ensemble à cause des gosses» mais il recelait bien plus d'intelligence et de sagesse que les moqueries.




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