vendredi, mars 15, 2013

La tentation de la facilité, les tournants manqués et le funeste destin

Chine :
Première puissance mondiale, et de très loin, avec des jonques beaucoup plus évoluées que les caravelles européennes, la Chine du début du XVème siècle aurait pu découvrir le Nouveau Monde. Mais l'empereur Ming décide la fermeture.

La Chine commence tout juste à s'en remettre (cinq siècles).

Italie :
 « Quelques mois d'hésitation et de division des Etats italiens de la fin du XVe siècle ont coûté à l'Italie la perte de son indépendance pendant trois siècles».

(Luigi Einaudi, président de la République italienne dans les années 1950)

Il n'est pas sûr que l'Italie en soit complètement remise (quatre siècles).

Espagne :
A la fin du XVIIème siècle, le poids de la bureaucratie et la résistance des nobles à toute réforme font rater à l'Espagne les tout débuts de la révolution industrielle.

Elle ne s'en est toujours pas remise (trois siècles).

Argentine :
En 1913, le revenu par habitant  de l'Argentine est égal à celui de la France et de l'Allemagne (!). Après les difficultés de l'entre deux-guerres, Juan Peron est élu en 1946 président, sur un programme socialiste, protectionniste et corporatiste. L'Argentine rate complètement les «Trente Glorieuses».

Elle ne s'en est toujours pas remise (soixante-dix ans).

France :
Après quarante ans de colonisation à rebours, d'assistanat à outrance, de corporatisme, de social-clientélisme, de démission européiste, la France est au bord de la banqueroute. Paralysé par les blocages du système qui l'a fait président et par ses propres insuffisances, François Hollande ne tente même pas de réformer le pays.

La France est en train de rater le tournant de la deuxième mondialisation, celle du savoir et de la créativité, après celle de la matière et de l'industrie.

S'en remettra-t-elle un jour ?

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Addendum : j'ai voulu ci-dessus rester bref et percutant. J'ajoute un mot d'explication.

La différence entre rater un tournant et prendre ponctuellement quelques mauvaises décisions, c'est que la ratage de tournant forme un tout cohérent qui nous engage tout entier dans une autre voie, qui est une impasse.

Aucun des ratages de tournant n'est arrivé comme un cheveu sur la soupe. Chaque fois, il venait de loin.

Surtout, l'histoire n'est pas linéaire, elle connait des moments d'immobilité et d'autres d'accélération. Prendre de mauvaises décisions en période d'accélération a des conséquences beaucoup plus fortes que les mauvaises décisions en période d'immobilité.

Et je pense que nous sommes en période d'accélération.

Je maintiens un petit espoir, car il faut garder la foi. Mais ma raison me dit que le tournant est déjà raté, que la France (plus largement, l'Europe) est partie pour plusieurs siècles de déclin et d'arriération. Ou pour la disparition en tant que civilisation majeure. Nous rejoindrons peut-être les cités grecques et Byzance.

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