dimanche, mars 24, 2013

Quel avenir politique pour la «France bien élevée» ?

Gabrielle Cluzel, de Boulevard Voltaire, a baptisé, avec beaucoup d'à propos,  la «Manif pour tous» «la manif de la France bien élevée».

On comprend bien ce qu'elle veut dire : la France qui ne casse pas, qui ne fait pas grève, qui ne passe pas son temps à geindre et à quémander, dont les enfants sont couchés avant minuit et ne trafiquent pas de drogue, qui travaille et qui paye des impôts (dont une bonne partie fait vivre la France mal élevée).

Quel est l'avenir politique de cette France bien élevée ? C'est simple : il est nul.

Renverser les institutions ?

Impossible : elles sont solides, peut-être trop, elles sont conçues pour cela. Si Charles De Gaulle avait voulu aller jusqu'au terme de son mandat, il aurait pu. Personne n'envisage François Hollande démissionnant ou provoquant un référendum suicidaire. D'autre part, on imagine assez peu Jacques-Henri et Marie-Chantal organisant un coup d'Etat avec leurs cinq enfants et leur Scenic.

Bousculer les partis politiques ?

Excellente idée. Mais où trouver, dans la France bien élevée, tout l'esprit de vice, de tromperie et de mensonge nécessaire pour le cursus honorum moderne ?

Conquérir les médias ?

C'est sans doute la voie la plus intéressante, mais je n'en vois pas le moyen : les médias sont passionnés par les voyous, les gens sans histoire n'existent pas à leurs yeux.

Cet après-midi a eu lieu la deuxième «Manif pour tous». Les CRS ont lancé des grenades lacrymogènes sur une foule où il y avait quelques enfants. On imagine bien tout le parti qu'en aurait tiré une organisation de gauche, avec son exhibitionnisme, sa pulsion victimaire et geignarde, son pathos à deux balles. Là, rien.

C'est ce rapport de force politico-médiatique défavorable que sent très bien François Hollande.

Bref, la France bien élevée n'a aucun avenir politique dans le système actuel par le fait même qu'elle est bien élevée : dans la France d'aujourd'hui, il ne faut pas être bien élevé pour accéder au pouvoir.

C'est si vrai que la réaction de la France bien élevée est la fuite de sa jeunesse : je suis stupéfait du nombre de mes collègues, cadres moyens ou supérieurs, me disant qu'un, deux ou trois de leurs enfants ne comptent pas faire leur avenir en France.

Est-ce à dire que tout est perdu ?

Non, pas tout à fait : ce qui ne peut se faire dans le système pourrait se faire hors du système. Mais pour cela, il faudrait un meneur, qui apprenne à la France bien élevée à être (un peu) mal élevée, un homme providentiel et donc, faire confiance à la Providence. Il y faut la Foi.

Addendum :

Ce billet peut paraître, pessimiste. Il est réaliste.

Ne pas perdre espoir : jusqu'à maintenant, la France a toujours trouvé son homme providentiel. Cela étonnait d'ailleurs Churchill. Bien sûr, cela ne peut être Frigide Barjot : ce qu'elle a fait est digne d'admiration mais elle manque d'envergure politique.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

De Gaulle aurait pu en effet prendre sa retraite au terme de son mandat...en 1972.