mercredi, juillet 24, 2013

Le problème de la parole publique


Voici le commentaire d'un lecteur :

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A lire tous les commentaires sur les mensonges politiques et manip d'opinions en tous genres par les médias depuis le début de l'année (Cahuzac, Guéant, Méric, Brétigny, Trappes, Mur des cons, Manif pour tous, RER D, l'emprisonnement de Nicolas...), j'observe un raz le bol général des internautes. Je ne sais pas comment cela va se traduire réellement dans les urnes mais il est quasiment acquis qu'un grand chamboulement politique est en route.
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Je suis en désaccord.

Il y a une surestimation d'internet. Comme le dit très bien P. Nemo, ce qui compte, c'est la parole publique, la parole que tout le monde sait que tout le monde sait, ce qu'on ne peut prétendre ignorer. Concrètement, c'est ce qui passe à la télé.

Internet peut être un outil de communication et d'organisation, oui. D'évolution politique ? Non.

Si ça ne passe pas à la télé, ça ne compte pas politiquement, ça n'existe pas.

Bien sûr, il y a des mouvements sur internet, comme les Pigeons, qui finissent par accéder à une existence télévisuelle. Mais c'est filtré un maximum : un truc très célèbre sur internet fait trente secondes à la télé.

L'exemple du printemps arabe ne dément pas cette analyse : les pouvoirs attaques étaient déjà discrédités et vieillissants. Internet n'a pas joué un grand rôle dans leur discrédit.

Il suffit de regarder autour de soi : par exemple, l'immigration est un problème qui préoccupe les Français depuis des décennies. On s'accroche éventuellement sur des effets collatéraux (prières de rue, émeutes, voile, etc.), mais la question «Y a-t-il trop d'immigrés en France ?» n'est jamais posée publiquement de manière claire (dès que quelqu'un tente d'aborder le sujet, le débat est étouffé par les anathèmes), on peut donc faire comme si cette question ne se posait pas, n'existait pas, alors qu'elle est centrale, que c'est LA question (demography is destiny, comme disent les rosbeefs).

Autre exemple : les statistiques de délinquance sont alarmantes, mais tant qu'elles ne font pas la une des journaux, c'est, sur la scène politique, comme si elles n'existaient pas.

Or, ces deux sujets sont amplement débattus sans tabous sur internet.

L'utilité d'internet est de dévoiler, au milieu d'un brouillard de théories tordues et de propos douteux (on trouve vraiment à boire et à manger sur internet), les mensonges des bonimenteurs. Le système actuel étant le règne des bonimenteurs, ce travail de sape est utile. Mais qu'il débouche sur des changements politiques importants, je n'y crois pas.

Il faudra encore beaucoup de temps et de malheurs, pour que le système s'écroule sous le poids du discrédit. A mon avis, le naufrage financier sera plus rapide que la révolution politique

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