vendredi, août 09, 2013

Printemps arabe : le point de vue de Bernard Lugan

Sur son blog :

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Ce numéro 44 de l’Afrique Réelle est en totalité consacré à l’Egypte et au mythe du « printemps arabe » en Afrique du Nord.

Mythe en effet puisque sur les cinq pays composant cette région (Egypte, Libye, Tunisie, Algérie et Maroc), seuls deux furent concernés par ce prétendu « printemps arabe » : la Tunisie et l’Egypte. La Libye constitue un cas à part car elle a subi, non pas une révolution, mais une guerre civile qui a vu la victoire d’un camp sur l’autre à la suite de cette colossale erreur politique que fut l’intervention militaire franco-otanienne.

Deux remarques doivent être faites : elles concernent un double échec, celui des Etats-Unis et celui de leurs alliés, les Frères musulmans :

1) Le rôle des Etats-Unis apparaît de plus en plus comme ayant été central dans ces évènements ; quant au suivisme des Européens, à commencer par la France, il fut plus que caricatural.

La clé d’explication est pourtant limpide : les Etats-Unis qui ont décidé de réorienter leur géopolitique vers l’Asie et qui ne vont plus avoir besoin du pétrole du Moyen-Orient en raison de leurs considérables réserves de schistes, ont voulu « organiser » leur départ. Pour cela, ils ont passé un pacte avec les Frères musulmans auxquels ils avaient prévu de confier les rênes du pouvoir, depuis la Turquie jusqu’en Tunisie.

La Maison Blanche pensait qu'en soutenant les Frères musulmans, mouvement supranational et très organisé, il serait possible de plaquer un semblant de paix sur l’ensemble de la région, tout en limitant l’influence des salafistes, et donc permettre un retrait en bon ordre.

Voilà qui explique pourquoi, et jusqu’au bout, l’ambassadeur des Etats-Unis en Egypte, madame Ann Patterson, a soutenu les Frères musulmans et le président Morsi.

Le renversement de ce dernier ayant fait capoter leur plan, les Etats-Unis ont ensuite improvisé un « plan B » en légitimant le coup d’Etat militaire tout en pesant sur l’armée égyptienne qui dépend financièrement d’eux. L’échec des Américains est donc une fois de plus total et c’est un nouveau champ de ruines qu’ils vont laisser derrière eux ; ils en ont d’ailleurs l’habitude...

2) La crise économique, sociale et politique qui a suivi l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans en Tunisie et en Egypte a mis en évidence la réalité de ce mouvement dont les projets ont davantage divisé qu’ils n’ont rassemblé. Quant à leur martingale alliant conservatisme religieux et modernité économique, elle est vite apparue pour ce qu’elle est : un mythe.

L’échec des Frères musulmans lève-t-il pour autant l’hypothèque islamiste ? Rien n’est moins certain. La nouveauté est cependant que pour une partie des populations des pays concernés, ils ne constituent plus un recours.

Désormais, il est temps de tirer les leçons de ces dramatiques évènements pour enfin revenir au réel qui s’expose de la manière la plus politiquement incorrecte qui soit :

1) Cesser de pousser ces pays dans l’impasse mortelle pour eux qu’est la démocratie.

2) Laisser se reconstituer ces pouvoirs forts qui, seuls peuvent éviter le double écueil de l’anarchie et de l’islamisme. Ce sont en effet de nouveaux Nasser dont ont besoin ces pays et non d'élections puisqu'elles ne servent qu'à élargir les fractures sociétales.

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La démocratie est une impasse dans ces pays divisés. Je me demande si ce n'est pas en train d'en devenir une en France pour les mêmes raisons (à force d'importer massivement des populations africaines, on finit par avoir les problèmes de l'Afrique).

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