dimanche, septembre 15, 2013

L'information en continu ou les aventures de Lippe et Ri

J'apprécie deux miens collègues, baptisons les Lippe et Ri pour conserver leur anonymat. Ils ont les idées saines . Ils ne rechigneraient pas à organiser une compétition sportive pour les jeunes défavorisés des banlieues. La traversée de la Méditerranée à la nage par exemple (dans le sens nord-sud bien évidemment).

Néanmoins, ils sont affectés d'un grave défaut : ils écoutent des radios d'information en continu, style France Bolcho et ils me sortent l'argument stupide pour se justifier : «Oui, mais je filtre».

Ils n'ont pas compris malgré mes explications (je déduis qu'elles sont insuffisantes) que l'idée d'information en continu est nocive en soi, même sur radio Courtoisie. Ils ne comprennent pas qu'il n'y a aucun filtre humain assez puissant pour circonvenir la nocivité fondamentale de l'information en continu, que le seul filtre pertinent, c'est de mettre le bouton sur «arrêt».

Vladimir Volkoff insiste bien sur cette nocivité de l'information en continu et recommande de s'informer de manière espacée, sereine et rigoureuse. Le conseil de Volkoff : lire Minute et L'Huma in extenso tous les jours et seulement cela.

Encore plus intéressant, un homme né au XIXème siècle, mais habitué à analyser et à décider, Charles De Gaulle fait dans les années 60 des remarques judicieuses à Alain Peyrefitte sur la nécessité de ne pas se laisser submerger par le flot de l'actualité.

Or, je trouve dans Antifragile (dont il faudra que je parle plus longuement tant ce livre est passionnant) quelques lignes sur le sujet. NN Taleb  fait, en mathématicien, une tentative de chiffrage : la ratio signal/bruit se dégrade à mesure qu'on augmente l'échantillonnage.

Pour lui, dans l'information quotidienne, il y a 95 % de bruit et 5 % de signal. Dans l'information horaire, il y a 99,5 % de bruit. D'où sa conclusion (je cite) : «Celui qui écoute l'information en continu est une étape en-dessous du crétin» (one step below sucker). Il ne parle pas de ceux qui font cette information en continu mais je doute qu'il les aie en grande estime.

Peut-être est-ce que je devrais expliquer à mes collègues qu'ils sont «une étape en-dessous du crétin».

Ce n'est pas anecdotique. Ce point est fondamental et philosophique : voulons nous être la dupe de la société de l'endoctrinement qui vise à «libérer du temps de cerveau disponible pour Coca-Cola», cette société qui travaille par hystérisation de tout, qui met sur le même plan la guerre en Syrie et Nabillah, cette société qui fait de l'abrutissement son moyen et son but ? Ou voulons nous être des «honnêtes hommes», qui se forgent avec calme et sérénité un avis  et qui n'hésitent pas à avouer leur ignorance si besoin ?

Montaigne recevait les nouvelles par courrier à cheval avec plusieurs semaines (mois ?) de retard, croyez vous qu'il comprenait moins bien le monde qui l'entourait que l'auditeur «scotché» à Rance Info ?

En tous les cas, je n'écoute aucune information en continu et j'ai tendance à échantillonner quotidiennement, mais en différé. Je me demande même si je ne vais pas arrêter de m'informer et attendre que l'information vienne à moi sous la forme des conversations de bureau ou de rue.

Bref, vous avez bien compris : si vous avez un appareil qui diffuse une information en continu, vous mettez le bouton sur «arrêt», vous foutez un coup de fusil, vous piétinez les débris, vous brulez le tout et vous dispersez les cendres en mer après les avoir fait exorciser par un prêtre. Vous ne pouvez pas vous tromper.

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