vendredi, novembre 01, 2013

Britain's war machine (D. Edgerton)

Livre passionnant. Dans la ligne de Paul Kennedy. Décidément, 2013 fut une bonne année du point de vue des lectures.

Il remet en cause la vision de la Grande-Bretagne isolée en 1940 après la défaite française face à une Allemagne surpuissante.

Cette vision date de l'après-guerre. Au contraire, pendant la guerre, la Grande-Bretagne a tiré pleinement parti de son empire et n'a jamais été économiquement menacée par l'Allemagne sauf durant la Bataille de l'Atlantique.

Le «Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts», tant moqué, était vrai.



L'erreur a été de ne pas en assumer toutes les conséquences, à savoir : ne pas passer à l'offensive en Belgique et préparer un repli stratégique outre-Méditerranée en cas de mauvaise surprise.

On mesure l'habileté d'Hitler d'avoir conditionné les Français à penser que la Wehrmacht était invincible et que l'Angleterre allait avoir le cou tordu comme un poulet, comme le croyaient les pétainistes et comme le répétait Weygand.

Le pari gaulliste, sous ses allures un peu folles, était beaucoup plus rationnel et en phase avec les données que le pari pétainiste (vous avez remarqué que, contrairement à 99 % de nos politiciens, je ne suis pas pétainiste au sens qu'on peut donner à ce mot en 2013 : je pense que l'analyse pétainiste était erronée et que le gouvernement de Vichy était illégitime et n'engageait pas la France). D'ailleurs, ce pétainisme de nos politiciens prouve une fois de plus leur ignorance crasse : chaque mot de l'appel du 18 juin s'est révélé juste tandis que chaque promesse que les concessions à l'Allemagne soulageraient le sort des Français a été démentie par les faits. Il me paraît donc preuve de stupidité d'adopter la vision de celui qui s'est systématiquement trompé.

L'auteur soutient que la Grande-Bretagne, son empire et son commerce mondial, tandis que ces ennemis, étaient bloqués sur le continent avaient la capacité industrielle et militaire de battre l'Allemagne et l'Italie (d'autant plus après l 'entrée en guerre de l'URSS) et que c'est le Japon, en privant la Grande-Bretagne des ressources de l'empire (chute de Singapour et de la Malaisie) qui a obligé les Anglais à céder la suprématie aux Américains.

Cette thèse, qui est en grande partie celle des acteurs de cette histoire, est révolutionnaire de nos jours : des gens comme Peter Hitchens considèrent que c'était pure folie de déclarer la guerre à l'Allemagne en 1939.

C'est Churchill qui a fait les bons choix mais c'est l'analyse halifaxienne qui triomphe en 2013.

Étrange parallèle avec la France : c'est le gaullisme qui a fait les bons choix mais c'est l'analyse pétainiste qui triomphe en 2013.

C'est à se demander si, après la «génération la plus grande», nous ne sommes pas la génération la plus conne.

Il y a un passage très intéressant sur l'histoire écrite par les experts qui surestiment le rôle de la science dans la guerre. L'auteur fait une liste impressionnante de ces inventions qui ont mobilisé des ressources considérables sans résultat. Par exemple, ce projet de détecter les avions par rétroéclairage des nuages. Il fait remarquer que les V2 allemands coutaient tellement cher que les destructions qu'ils causaient étaient de plusieurs ordres de grandeur inférieures à leur coût.

Revenons à nos moutons. Pour Edgerton, la thèse de Churchill disant que la Grande-Bretagne s'est ruinée pour sauver le monde du nazisme est controuvée. Les Etats-Unis ayant mobilisé leur potentiel impressionnant, ils ont pris la suprématie mondiale. Mais la Grande-Bretagne sort de la guerre plus forte que tous ses concurrents européens.

Le déclin relatif de la Grande-Bretagne vient des décisions de l'après-guerre.

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