samedi, mars 22, 2014

Les institutions, encore et toujours

Traumatisé rétrospectivement par la défaite de juin 40 et l'agonie de la IIIème République, j'étais partisan des institutions de la Vème République. Vu le désastre du paysage politique français actuel, je me pose cependant des questions.

A cela, deux bémols :

• les institutions de la Vème République ont été systématiquement attaquées depuis quarante ans par le régime des partis, à coup de réformes constitutionnelles plus ou moins anodines et dont l'accumulation dessine une autre constitution. Peut-être que si nous revenions à la constitution telle qu'elle était en 1962, nous ne serions pas si embêtés.

• les institutions, c'est bien beau, mais il y a les hommes qui les peuplent. Evidemment, les institutions ont une influence sur les hommes, et vice-versa. Cependant, je n'oublie pas que, chaque fois qu'un candidat s'est présenté en parlant d'effort national, Barre et Balladur par exemple, les Français l'ont impitoyablement éconduit. On peut comparer avec les carrières de Thatcher ou Cameron. En ce sens, les Français ont les politiciens qu'ils méritent et ils sont mal venus de s'en plaindre. Cependant, et on retombe sur le problème des institutions, Barre et Balladur auraient peut-être eu plus de chances dans un autre système.


L'économiste Jean-Pierre Petit utilise le concept de'inflation démocratique pour décrire les maux politiques de la France : trop d'élections, trop de mandats, trop d'élus (1). Donc trop de promesses, trop de discours, trop de mots creux, et trop de brêles à des postes de responsabilité.

Comme toute inflation, elle dévalorise ses objets : les élections n'influencent plus rien et on se fout des électeurs. On fait des tas d'élections qui ne servent à rien mais quand les Français votent sérieusement, comme lors d'un référendum, on fait comme s'il n'avait pas existé.

Tout concourt à cette vicieuse inflation démocratique : la «parité», le quinquennat ...

L'idéal serait une dictature provisoire à la romaine. Deux ans de dictature, sans élections ni votes, de vraies réformes, puis le dictateur retourne à sa charrue.

Bien sûr, cela n'arrivera pas. Mais c'est pour vous faire sentir la solution.

L'autre solution, mais qui n'arrivera pas non plus, c'est moins d'élus et beaucoup plus de référendums nationaux et locaux.

En fait, je radote, je l'ai déjà dit, je pense que la France est dans une impasse de long terme et je redoute qu'elle doive passer par une phase d'anarchie et d'éclatement, dont nous ne vivons que le début, avant que de se reconstruire par le bas.

En tous les cas, je pense qu'on ne peut rien attendre que de mauvais de la «France d'en haut», qu'elle soit avocat général, président de la république ou chef de l'opposition car cette France là ne s'en sort pas si mal et n'a pas vraiment intérêt à un changement radical.

Je regrette ce tableau très sombre, mais la lucidité n'a jamais empêché l'espoir.

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 (1) : notre pays compte 10 élus pour mille habitants (record mondial, de très loin) et, ce qui va avec car un élu doit avoir des fonctionnaires à commander pour se faire valoir, 90 fonctionnaires (contre 50 en Allemagne, dont personne n'a prétendu qu'elle était sous-administrée) et aussi 57 % du PIB en dépenses publiques (car une fois qu'on a des élus et des fonctionnaires, il faut qu'ils aient des sous à dépenser ou à distribuer).

La réduction du nombre d'élus est la mère de toutes les batailles car elle entraîne avec elle la simplification administrative (moins d'élus, moins de lois, moins de décrets), la réduction du nombre de fonctionnaires et la baisse des dépenses publiques.

Plus important encore, elle libère le pays et ses habitants d'une tutelle pesante et devenue depuis longtemps illégitime à raison de cette pesanteur.

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