samedi, mars 28, 2015

Grant et Lee : le stratège et le tacticien ?

Il est de coutume de dire que Grant était stratège et que Lee était tacticien.

C'est une approche biaisée : quand une nation agricole de 9 millions d'habitants combat une nation industrielle de 23 millions d'habitants, il n'y a pas de bonne stratégie pour vaincre.

La cause sudiste était plombée par trois erreurs d'analyse initiales et fondamentales :

1) les Sudistes avaient probablement le droit pour eux. La sécession était justifiée juridiquement. Mais ce fait n'était pas pertinent : à la guerre, la force prime le droit.

2) les pays européens ne se sont pas ralliés au Sud par crainte du manque de coton sudiste alimentant leur industrie textile.

3) le militarisme sudiste n'a pas été suffisant pour vaincre l'industrie nordiste.

Autrement dit, la cause sudiste était perdue à partir du moment où le Nord avait décidé de se battre vraiment, c'est-à-dire quasi dès le début. Le personnage de Clark Gable dans Autant en emporte le vent le comprend de suite.

L'entêtement de Lincoln fut pathologique (je ne comprends pas qu'on fasse de ce cinglé un héros), mais le Sud ne pouvait vaincre qu'en ne commettant aucune erreur.

Lee commit trois erreurs majeures :

1) Trop se concentrer sur le théâtre virginien. La perte du contrôle du Mississippi condamnait le Sud.

2) Lors des Sept Jours, il rata la seule occasion d'envelopper et d'anéantir l'armée nordiste par manque de poigne vis-à-vis de ses subordonnés (défaut qui le distingue de Napoléon). Il est à noter que Stonewall Jackson fut très en dessous de ses capacités, probablement par manque de sommeil.

3) A Gettysburg, une accumulation de petites fautes l'empêche de vaincre. C'est la moindre de ses erreurs puisque, à ce moment, la guerre était sans doute déjà perdue. Ceux qui font de cette bataille le tournant de la guerre se méprennent sur le rapport de forces à ce moment, déjà très défavorable au Sud.

En face, Grant a fait jouer à plein sa supériorité matérielle et démographique. Il n'avait pas besoin de génie pour cela, juste de caractère. C'est le grand classique  de l'armée américaine des guerres mexicaines et indiennes : submerger l'ennemi par la puissance de feu.

On notera tout de même que les Nordistes eurent plus de pertes que les Sudistes.

Il reste une énigme à plusieurs millions de morts : pourquoi les états-majors européens, qui avaient des observateurs dans les deux camps, n'en ont tiré aucune leçon ? Car tout y était déjà, la puissance de feu, l'artillerie, les tranchées, le fil de fer barbelé ...






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