vendredi, mars 06, 2015

« L'Etat était la Providence et le tourment du monde »

« L'Etat était devenu la Providence et le tourment du monde ».

Cette citation n'est pas celle d'un historien de 2100 à propos de la France de 2015, mais celle de Guglielmo Ferrero à propos de la chute de l'empire romain d'occident.

La liste des tourments fiscaux que subissaient les Romains du bas empire sonne familièrement aux oreilles d'un Français d'aujourd'hui. Comme les problèmes économiques. Comme les problèmes d'immigration. Comme le pinaillage juridique des laideurs et des scribouillards. Comme la paralysie politique.

En fait, les analogies sont si nombreuses et frappantes que les amis du désastre ne cherchent pas même pas à les nier.

Ils ont une technique plus radicale : ils nient qu'il y ait eu une chute de l'empire romain d'occident. Ils prétendent que c'est une vision romantique sans fondement ; qu'en réalité, l'empire romain a subi une mutation pour tout dire banale.

C'est ainsi qu'en préface du catalogue  d'une exposition intitulée Rome et les barbares, en 2008 au Palazzo Grassi, Jean-Jacques Aillagon, grand historien comme chacun sait mais encore meilleur idéologue, s'est fendu d'un monument de politiquement correct. Il expliquait que l'exposition démontrait qu'il n'y avait pas eu de chute de l'empire et que, en conséquence, l'immigration était un bienfait.

On comprend bien le raisonnement de nos petits amis : s'il n'y a pas eu de chute de l'empire romain, peu importe les analogies entre hier et aujourd'hui, elles ne portent pas à conséquence.

Comme tous les idéologues, les amis du désastre ont un seul problème : la réalité.

Car l'exposition donnait à voir (encore fallait-il des yeux pour voir) très exactement le contraire de ce qu'écrivait l'illustre Jean-Jacques Aillagon : que l'orfèvrerie et les arts largement diffusés parmi les Romains de la grande époque étaient devenus, après la chute qui n'avait pas eu lieu, réservés aux classes dirigeantes.

L'archéologie le prouve sans ambiguité. Toutes les données qu'elle recueille (qualité des infrastructures -thermes, aqueducs, égouts, voies-, techniques de construction, taille des habitations, des exploitations agricoles, agronomie, richesse et distance des échanges économiques et intellectuels, sécurité -les villes ouvertes se ferment et construisent des remparts-, diffusion de l'écrit, et, tout bêtement, démographie) vont dans le même sens : une rupture désastreuse au IVème et Vème siècles de notre ère.

Prenons un exemple anecdotique, pour changer des kilomètres de voie romaine, des mètres carrés d'habitation et des débits d'aqueduc : sous Auguste, les écuries couvertes de tuiles étaient courantes, ce qui témoignait d'une opulence certaine. Hé bien, pour retrouver de façon aussi courante des écuries couvertes de tuiles en Europe, il faut attendre ... le XIIème siècle !

Autre exemple : pour retrouver le niveau romain de pollution aux métaux lourds, indice d'industries de ces métaux, il faut attendre ... Tadam ... le XVIème siècle.

Mais, à part cela, non, pas de rupture, pas de catastrophe, pas de chute.


Heureusement, il nous restera toujours les orgies.


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