jeudi, juillet 09, 2015

Saint Alexis aux résultats

Il y avait Saint Pierre aux liens, aujourd'hui il y a Saint Alexis aux résultats.

Quand tout est dit, une fois que la poussière des débats est retombée, la politique se juge aux résultats. C'est, par exemple, ce qui condamne sans rémission le communisme, quelles que soient les intentions des communistes.

Cela ne clôt pas la discussion politique : quand a-t-on le recul suffisant pour juger du résultat ? Qu'est-ce que le long terme ? Le court terme ? Qu'est-ce qu'un bon résultat ? Difficile à juger, puisqu'il y a comparaison avec ce qui aurait pu être et qui n'a pas été.

Mais c'est sûr, Alexis Tsipras sera jugé aux résultats, quelle que soit la définition qu'on en donne.

Je suis très curieux de ce qu'on dira de lui dans dix ans.

Il est rare de voir l'Histoire avec un H, qu'on lit en général dans les livres, se faire sous nos yeux. Le 11 septembre 2001 ne m'a pas fait la même impression, trop brusque et presque lointain.

Il faut que je remonte à la chute du mur de Berlin, à Reagan, Thatcher et Gorbatchev pour avoir la même impression. J'étais jeune mais je m'en souviens bien.

Il y a, en gros, trois analyses qui courent aujourd'hui sur Alexis Tsipras et sur sa politique :
  • la thèse de Charles Gave : l'escroc machiavélique. Plus la crise grecque dure sans que la BCE ne coupe les vivres, plus les Grecs peuvent se gaver d'euros aux dépens des autres Européens. Euros dont la valeur fera un bond avec le retour à la drachme.
  • la thèse des européistes : le brouillon incompétent et démagogue.
  • la thèse des gauchistes : le héros gaullien.
L'intérêt de la politique, si différente de la morale (1), est qu'elle peut être contradictoire. Mes trois hypothèses ne sont pas tout à fait incompatibles. Tsipras pourrait être considéré par les Grecs comme un héros pour avoir escroqué les autres Européens.

Mais on peut se souvenir de Macbeth :

Life's but a walking shadow ; a poor player,
That struts and frets his hour upon the stage,
And then is heard no more : it is a tale
Told by an idiot, full of sound and fury,
Signifying nothing

La vie n’est qu’une ombre errante ; un pauvre acteur
Qui se pavane et s’agite une heure sur la scène
Et qu’ensuite on n’entend plus ; c’est une histoire
Racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur,
Et qui ne signifie rien.

Ou, plus de circonstance, d'Oedipe :

C’est le temps seul qui révèle l’homme juste ; un seul jour dévoile le perfide.

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(1) : François Huguenin s'est fait un petit plaisir avec Emmanuel Macron.




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