dimanche, août 02, 2015

Et Paris devint allemand (A. Couprie)

Récit, un peu terne à mon avis (on trouve chez Buisson des témoignages bien plus corsés) des événements parisiens du dimanche 9 juin 1940 au vendredi 14 juin à minuit, jour de l'entrée des Allemands.

Période extraordinaire où vous auriez pu vous balader à pied au milieu des Champs-Elysées sans rencontrer personne.

On comprend que ceux qui ont vécu cet effondrement du pays  en soient restés traumatisés à vie.

Les pulsions les plus basses, mais, aussi, quelquefois, les plus hautes, sortent. La civilisation n'est, pour l'immense majorité, qu'un vernis (c'est pourquoi il est criminel de, suivant l'expression favorite des bobos à la Inrocks/Télérama, «casser les codes». C'est un caprice d'enfants gâtés, d'adolescents attardés, que de casser ce que notre civilisation nous a donné).

Pour De Gaulle, le 10 juin,  date du départ du gouvernement pour Tours, fut une «journée d'agonie». On comprend que le pays exténué, en crise de nerfs, se soit jeté dans les bras d'un vieillard retors, ambitieux et revanchard mais rassurant. Et aussi l'obsession gaullienne à la Libération de rétablir l'ordre.

Au fond, l'exode est mystérieux : était-il rationnel pour un Parisien, ni juif ni militant, de fuir Paris ? Il me semble que non : prendre la route était plus risqué que de s'enfermer chez soi avec quelques boites de conserve. Mais, dans ces circonstances où l'incertitude est à son comble, le vieil instinct grégaire venu de l'âge des cavernes est presque irrésistible, tout intelligent qu'on s'efforce d'être. Le sentiment, et non l'idée, que si tant d'hommes le font, ils ne peuvent pas tous se tromper, ils doivent avoir raison et il faut le faire aussi submerge toute réflexion.

Le préfet de police signale quand même quelques Parisiens qui pêchent à la ligne dans la Seine !

Enfin, il y a de quoi rassurer les Parisiens de 2015 : des embouteillages comme le 11 juin 1940, ils n'en ont jamais connu, même au pire moment des départs en vacances. Certains ont mesuré porte d'Orléans une vitesse de 100 m/h pendant plusieurs heures. Les estimations sont délicates, mais c'est assurément plusieurs millions de Parisiens qui ont pris la poudre d'escampette en trois jours (10-11-12 juin).

Comment peut-on être étatiste après cela ? L'Etat s'est effondré comme le reste, après avoir failli à sa raison d'être, la défense du pays. Si l'on parle tant de Jean Moulin préfet à Chartres, c'est que les quatre vingt dix neuf et quelques autres préfets n'ont pas trop brillé des masses. On notera cependant une bonne tenue de la préfecture de police.


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