vendredi, août 07, 2015

Le vrai scandale des navires Mistral

La décision de ne pas livrer les navires Mistral à la Russie est stupide. Je ne peux dire mieux que Christian Vanneste :

La France ne vend pas des armes à n’importe qui…

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Le choix de la France n’est donc pas économiquement le plus sûr. De plus, il n’a aucun fondement moral. La Russie ne menace nullement l’Europe, et beaucoup moins la paix du monde que ne le font les rivalités entre l’Inde, le Pakistan et la Chine, ou la poussée salafiste à laquelle le Golfe n’est pas étranger. La Russie a vu s’effondrer en 1991 un Empire multiséculaire. Elle tente de laver son humiliation et de reconstituer une zone d’influence historique et culturelle. Cette entreprise qui n’est pas dénuée de légitimité a subi la double offensive des Etats-Unis et de ceux qui en Europe relaient la politique américaine. Une France soucieuse de son indépendance aurait dû sauvegarder son amitié avec la Russie et se garder de figurer comme l’auxiliaire le plus dévoué de la cause sunnite, prenant parfois la place des Américains dans ce rôle. Première à vouloir détruire le régime de Damas, dernière à admettre l’accord nucléaire avec l’allié iranien de celui-ci, annulant une livraison d’armements à la Russie, alliée des deux autres, quand elle arme le Qatar et l’Arabie saoudite, la France a bien une politique. On voudrait seulement que ce soit la sienne et non un complément dirigé de la politique de Washington.
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Il se peut que Christian Vanneste et moi ayons tort en trouvant conne la décision de ne pas livrer les Mistral. Après tout, le monde est compliqué et l'avenir incertain.

En revanche, le vrai scandale est que cette décision ait été prise en fonction de pressions d'intérêts concurrents des nôtres. Pour ne pas se fatiguer à résister à nos «amis» américains et allemands, c'est fatigant de résister et l'on sait à quel point le gros poussah Hollande est ennemi de la fatigue, nous avons cédé.

C'était bien la peine de se moquer du prédécesseur en l'appelant «Sarkozy l'américain». Comment devrait-on surnommer M. Hollande ? François le caniche ?

Puisqu'il faut appeler les choses par leur nom, c'est une trahison. En d'autres temps, ce genre de choses valait le peloton d'exécution ou, au moins, une crise ministérielle. Mais, aujourd'hui, plus personne ne se soucie de trahir la France. En revanche, si M. Hollande en personne avait été trahi, il aurait su faire sentir sa vengeance.

Car, c'est plus globalement la question de l'indépendance de la France qui est posée :

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On sait, aujourd’hui, que les sanctions économiques prises par la France et les Pays de l’Union européenne, se sont retournées contre ces pays. L’effondrement du commerce avec la Russie a touché de nombreuses entreprises. De plus, les contre-sanctions qui ont été prises par le gouvernement russe ont eu un effet très négatif sur l’agriculture française. En fait le régime des sanctions apparaît à la fois comme inefficace, à des effets pervers importants en matière de détournement de commerce, et n’apparaît pas comme justifié politiquement.

Mais, il est clair que même si la France annulait les sanctions économiques, elle resterait tributaire de la législation américaine en ce qui concerne le commerce et surtout les moyens de financement. En effet, les Etats-Unis se sont dotés d’un arsenal de loi extraterritoriales, qui leur permettent de poursuivre une société non-américaine uniquement parce qu’elle utilise le Dollar dans des échanges avec un pays « sous sanctions » des Etats-Unis. En effet, le champ d’application des lois sur les sanctions s’est élargi de manière considérable à toute entreprise et personne dans le monde à partir d’une connexion aussi tenue avec le territoire américain qu’un email ou une communication téléphonique, selon la formule rituelles « passed through, was stored on, and transmitted to servers located in the United States ». Ceci confère un pouvoir extraordinaire au sens premier, soit sortant de l’ordinaire, aux autorités américaines. Dans la mesure où le gouvernement français n’a pas protesté, et n’a pas invoqué la court d’arbitrage international ou la cour international de justice de La Haye dans ce type de conflits, il a accepté de se plier à la législation américaine. Cela pose un problème majeur quant à l’indépendance de notre pays.

On peut penser que l’accord auquel la France et la Russie ont abouti sur le Vladivostok et le Sébastopol va permettre de stabiliser la situation des relations économiques entre les deux pays. C’est en tout cas ce qu’espèrent les industriels français, qui ont été durement affectés par les sanctions. Mais, pour qu’une réelle amélioration soit possible il faudrait que les sanctions tant économiques que financières soient levées. Et pour cela, il faudrait que la France recouvre son indépendance en matière de politique étrangère, tant vis-à-vis des Etats-Unis que de l’Union européenne. On en est, hélas, encore loin.
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Les Etats-Unis utilisent le roi dollar comme levier d'extraterritorialité juridique : toute transaction en dollars, même sans lien avec les USA, peut se retrouver poursuivie devant les tribunaux américains.

La Chine l'a bien compris, qui avance ses pions (de go bien sûr !) en essayant de faire du yuan un concurrent du dollar.

Les pays européens, France comprise, las de vivre libres, ont décidé d'agoniser sous le joug américain. Mais l'agonie des esclaves est rarement paisible.

Il se pourrait bien que le dilemme Etats-Unis ou Chine/Russie vienne hanter l'agonie européenne. L'affaire des Mistral n'en est qu'un épisode. Nous avons choisi de sacrifier nos paysans à la satisfaction américaine.

L'avenir est sombre.










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