jeudi, septembre 03, 2015

Les paysans français ne sont pas victimes du méchant libéralisme mais du gentil socialisme

Non, l'agriculture française n'est pas victime du « libéralisme sauvage » !

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Aujourd'hui, les agriculteurs français restent subventionnés en moyenne à hauteur de 35 % environ, même si le chiffre a été révisé à la baisse ces dernières années au grand dam de nos gouvernants successifs. Les agriculteurs français restent l'une des catégories socioprofessionnelles privées les plus dépendantes de l'État. C'est à se demander comment font leurs homologues australiens et néozélandais, qui émargent au budget de l'État respectivement à hauteur de 5 % et de… 1 %!

Si les consommateurs sont depuis des décennies les dindons de la farce, les premières victimes sont en réalité des agriculteurs, pour l'essentiel d'entre eux. En effet, le lobbying agricole ne profite qu'à quelques privilégiés, syndicalistes et hommes politiques, au détriment du plus grand nombre selon la loi du «marché politique» qui constitue un cas d'école en la matière.
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Même notre ami Bob s'y met :


@hameau dans les nuages | 03 septembre 2015 à 10:36

Autrement dit : la distribution, c'est un métier. D'où le caractère fallacieux de l'idéologie anti-grandes surfaces qui fait des ravages chez les démagogues de droite et de gauche, ces temps-ci.

Bien sûr que les agriculteurs ne peuvent pas commercialiser leur production "en direct" et par "circuits courts", sauf exceptions marginales impliquant en général une arnaque du consommateur (consentant, il y a des ânes partout) ou un travail excessivement mal rémunéré pour le producteur.

A moins, bien sûr, que l'agriculteur ne se transforme en distributeur, ce qui est parfaitement possible sur le papier mais impossible en France, pour la même raison que la plupart des petites entreprises n'arrivent en général pas à devenir grandes : manque de capitaux et charges excessives, découlant d'une dépense publique beaucoup trop élevée.

Avant que les agriculteurs ne puissent, par exemple, créer un réseau de grandes surfaces, encore faudrait-il qu'ils puissent accumuler du capital en devenant agriculteurs tout court, c'est-à-dire producteurs suffisamment rentables et productifs.

Ce qui peut se faire (toujours en théorie) sur différents marchés : celui de la production chère de haut de gamme, comme celui de la production massive de qualité courante. Il se trouve que le territoire français est adapté aux deux modes de production, ce qui est un atout exceptionnel.
Mais dans une économie étouffée par l'assistanat, les subventions, les impôts et les réglementations, dans une société infectée par la haine du capital et du profit (à laquelle les agriculteurs contribuent pour une part importante), cela n'est pas possible.
Tant qu'on assistera au spectacle surréaliste d'agriculteurs s'attaquant à d'autres agriculteurs parce que ces derniers veulent exploiter une "ferme de mille vaches" (800, en réalité), je resterai assez froid face aux gens qui nous racontent que "les agriculteurs se suicident".
C'est bien le problème. Les agriculteurs se sont suicidés depuis longtemps avant de sortir le fusil : ils se sont suicidés en refusant les fermes de mille vaches, en bloquant les routes sans interruption depuis 1945 au lieu de se moderniser, en réclamant sans cesse l'assistanat et les subventions qu'ils font mine de dédaigner aujourd'hui, etc.
J'aimerais bien qu'on m'indique un autre pays, un seul, où les manifestations violentes d'agriculteurs font autant partie du paysage, et depuis aussi longtemps, au même titre que la migration des hirondelles ou la chaleur en été.
Aujourd'hui, les agriculteurs prétendent refuser la subvention et vouloir "vivre de leur travail", mais ils réclament des prix fixés par l'Etat ! Il n'est pas nécessaire d'avoir un doctorat en économie pour comprendre qu'on ne peut pas, à la fois, réclamer le libéralisme et l'économie dirigée. Il va falloir choisir.
La moitié du revenu des agriculteurs (en moyenne, les disparités sont grandes) provient de subventions, financées par les gens qu'ils empêchent de travailler, de circuler et de vivre aujourd'hui. Je n'ai pas beaucoup entendu la communauté "paysanne" se plaindre d'être financée par l'Etat pendant les longues années où la France était le premier bénéficiaire des fonds du Marché commun, lesquels allaient massivement aux agriculteurs.
Les actes ont des conséquences. Il serait agréable que les agriculteurs assument la responsabilité de leurs positions politiques il y a dix, vingt ou cinquante ans, et ne se contentent pas de se plaindre de leurs propres suicides - ce qui est assez paradoxal, quand on y pense.
Ce souhait est valable pour de nombreuses autres corporations, naturellement. L'irresponsabilité, l'appel incessant à l'Etat-maman accompagné du refus continuel de l'autorité de l'Etat-papa sont des vices bien français et largement partagés.


C'est un grand classique : le protectionnisme (subventions, barrières à la concurrence) anesthésie, on ne perçoit plus les signaux du marché, on ne s'adapte plus assez vite et - paf !- le réveil est brutal. On se retrouve dinosaure au quaternaire. Les taxis ou Air France pourraient avoir quelques discussions intéressantes avec les agriculteurs.



Puis, il y a la bureaucratie et les bobos-écolos :

Crise de l'agriculture : attention à ne pas mythifier la nature

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Ce qui compte alors dans les décisions politiques, c'est la perception de la nature (dé)formée et sacralisée par les écologistes et celle des risques alimentaires irraisonnés ou imaginés par d'autres. Peu importe qu'en France, la surface boisée ait triplé en deux siècles, que l'eau abonde, que les sangliers soient quatre fois plus nombreux qu'il y a vingt ans (2 millions!), que les loups dévorent leur ration d'agneaux, qu'il n'y a pas d'agriculture - y compris biologique - sans engrais et sans pesticides, que les aliments n'aient jamais été aussi bons et sains … Les Français mythifient une nature qui n'a jamais existé et craignent de se faire empoisonner par des traces inexistantes ou infimes de produits chimiques, oubliant que les plantes produisent des toxines naturelles, elles, en plus grande quantité! D'où les normes ridicules, les réactions sur la «ferme des mille vaches», l'interdiction de la vente du Roundup dans les jardineries, les engrais accusés de polluer les eaux, quand ils ne dégradent pas le climat, et autres croyances qui conduisent à des réglementations aussi inutiles qu'inadaptées.

La préoccupation environnementale est légitime, mais pas au point de se priver des innovations majeures apportées par la chimie, la génétique et l'agronomie, disciplines pouvant toutes contribuer à préserver l'environnement, ne serait-ce qu'en limitant les surfaces cultivées du fait des considérables gains de productivité.

Ainsi, à force d'être harcelée, l'industrie française des engrais et des produits phytosanitaires a quasiment disparu. Quant à l'industrie semencière, dont la France est l'incontestable leader européen, sa disparition est-elle à redouter si le refus des progrès extraordinaires du génie génétique persiste. Le solde commercial de l'industrie agroalimentaire française, encore positif en 2014 (7,8 milliards d'euros), recule pour les mêmes raisons et est dépassé par l'Allemagne et les Pays-Bas !

En mai 1981, Edgar Pisani disait à un candidat, premier conseiller agricole de Pierre Mauroy, «vous savez, les socialistes ne connaissent rien à l'agriculture!». Il semblerait que cette méconnaissance ait depuis frappé aussi la droite qui, sous Nicolas Sarkozy, a interdit la culture de plantes génétiquement modifiées. Sans compréhension, sans respect, sans perspective, les agriculteurs se réfugient dans une regrettable désobéissance civile et dans le vote pour les extrêmes.
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Par exemple, cette vache-là, qu'est-ce qu'elle y connait en agriculture :



Bref, l'agriculture française est victime des subventions, des politiques et des normes. Là dedans, je ne vois vraiment pas de libéralisme. En revanche, les socialistes de droite comme de gauche auraient quelques comptes à rendre ... c'est pourquoi ils s'empressent d'accuser quelques boucs-émissaires faciles (l'Allemagne, «l'Europe», la grande distribution).

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