mardi, septembre 15, 2015

Ruralité : encore un discours martien de François Hollande

Ruralité : encore un discours martien de François Hollande

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Cette façon d’utiliser la novlangue technocratique pour parler de nos campagnes était en soi tout un programme et un terrible aveu. Il paraît que les habitants de ces campagnes se sentent abandonnés. Je suis convaincu que, s’ils avaient encore un doute sur le sujet, celui-ci est parti en fumée lorsqu’ils ont vu, à la télévision, le ballet de limousines avec chauffeurs et escorte policière envahir Vesoul pour parler de « ruralité ». A ce moment-là, ils ont compris que la Cour ne parlait pas du tout la même langue qu’eux, et ne vivait pas du tout dans le même pays, même lorsque la Cour s’intéresse (ou fait mine de s’intéresser) à ses manants.

Celui qui a décidé d’appeler cette réunion « comité interministériel de la ruralité » mérite, de ce point de vue, la Légion d’Honneur: il a permis, grâce à son bon mot, à une quantité phénoménale de Français de comprendre que leur isolement n’était pas géographique, mais socio-culturel.

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C’est marrant, la ruralité, ça n’a pas l’air de beaucoup changer d’une visite urbaine: des invités triés sur le volet, un cortège officiel qui fend l’air sur une route entre un aéroport privatisé et des lieux clos d’où sont écartés tous les emmerdeurs. Tel est le secret du pouvoir. Il isole des réalités et propose un spectacle interchangeable, totalement hors sol. Qu’un ministre visite une ville ou une campagne, la mise en scène ne change jamais, et il dit : j’ai rencontré un rural comme il dit j’ai rencontré un urbain. Pour lui, il n’y a aucune différence:  la pièce à jouer est toujours composée de figurants qui lui sont de parfaits étrangers.

L’un des ratages majeurs de François Hollande, Président normal, aura consisté à ne pas sortir de cette rupture avec les vraies gens. Un homme normal aurait pu parler à des gens normaux. Mais Hollande a conservé le style Ancien Régime où le Roi ne descend pas de son carrosse pour parler à ses sujets, si ce n’est autour d’une étiquette minutieuse dont personne n’est plus dupe
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Remarquez bien que j'ai des collègues qui ne feraient pas tache dans une visite hollandienne !

Le drame de la France est dans la coupure entre la France d'en haut et la France d'en bas. Ces deux France ne se côtoient plus : elles ne vivent pas dans les mêmes quartiers, n'envoient pas leurs enfants dans les mêmes écoles, n'ont pas les mêmes intérêts ni les mêmes idées. Elles se méprisent l'une l'autre, quand elles ne se haïssent pas.


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