jeudi, novembre 19, 2015

Tout continue ... en pire

En ce moment, Eric Verhaeghe est en forme :

Déjà le bruit des bottes

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La seule certitude que les Français acquièrent est celle d’une indispensable purge politique pour régénérer la démocratie.

Certains députés l’ont bien compris. Popelin, socialiste de Livry-Gargan, a proposé d’ajouter à l’état d’urgence la possibilité de censurer la presse qui ne relate pas les événements sous l’angle que le gouvernement souhaite. La tentation autoritaire prend forme.

Le bruit des bottes demain

L’amendement Popelin n’est pas passé et l’état d’urgence se limite à des assignations à résidence et des fouilles d’ordinateur en cas de perquisition. Mais on a bien senti l’envie qui pointait, au sein de notre classe politique corrompue et dépassée par les événements, d’utiliser le terrorisme pour faire taire l’opinion publique. Le gouvernement s’y oppose aujourd’hui, mais les premières répétitions de la pièce qui se jouera demain ont eu lieu.

L’anecdote est amusante. Je me suis souvent demandé comment la Révolution de 1789 avait pu dégénérer en un bain de sang. Sous nos yeux, le même film commence. Des députés proposent isolément des mesures dont, implicitement, on sent bien que l’objectif est de conserver le pouvoir en remettant tout le monde au pas, et spécialement ces Français éduqués à qui il ne faut plus en conter. Peu à peu émergera l’idée que cette remise au pas est l’étape indispensable pour conserver les privilèges acquis au bénéfice de la décadence républicaine.

Entre l’aspiration populaire à une autre culture politique et une autre gouvernance, d’un côté, la détermination des élus à conserver leur siège et leur régime coûte-que-coûte, de l’autre, le frottement est inévitable. Nous en voyons les prémisses. Nul ne sait qui gagnera.

Bruit des bottes et bruit des fêtes

Une autre particularité m’a toujours étonné dans la Révolution Française. Il est connu que la vie à Paris, au plus fort de la Terreur, était restée festive et insouciante. En dehors de quelques journées d’émeute, la Révolution n’a concerné qu’un dixième des Parisiens. Le reste était occupé à survivre et à faire la fête.

La même fracture apparaît aujourd’hui. Partout fleurissent des appels à résister en buvant des verres aux terrasses des cafés ou en allant au théâtre. La mort rode et la joie est dans les cœurs. Plus la tragédie gronde, plus les esprits sont légers.

Le bruit des bottes cache l’orage

Les Parisiens ont bien raison de boire des canons tant qu’ils le peuvent. Comme l’actualité est monopolisée par les attentats, le pire ne leur est pas dit. Ainsi, le G20 s’est terminé dimanche sur le constat d’un ralentissement économique général. Aujourd’hui, et contre les conclusions du G20, la Réserve fédérale a quasiment annoncé le relèvement de ses taux en décembre. La nouvelle ne pouvait pas plus mal tomber. Dans un monde en crise, inquiété par le terrorisme, le fait que les Etats-Unis se remettent à rémunérer l’épargne va créer un appel d’air. Les liquidités qui circulent dans le monde vont être magnétiquement attirées vers New-York et Los Angeles.

La décision de la Réserve fédérale devrait assécher les économies mondiales, en tout cas toutes celles qui ont structurellement besoin des capitaux américains pour se développer. Pour l’Europe le coup sera rude à encaisser: les pays qui vivent d’un endettement à bas prix, comme la France, vont passer un sale quart d’heure. Mécaniquement, les taux d’emprunt devraient remonter et le gouvernement se trouvera dans la même position que Louis XVI finançant le corps expéditionnaires en Amérique: des caisses vides, un immense besoin d’argent et personne pour le dépanner.

Je ne parle pas ici de l’industrie financière qui peinera à suivre le mouvement. L’ère des risques systémiques approche.
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S’il m’arrive d’avoir des divergences avec Eric Verhaeghe, notamment sur l’immigration et l’intégration, je partage en l’occurrence son inquiétude. J’apprécie son retour à l’histoire.

Je l’ai écrit plusieurs fois : derrière le rideau de la communication, la responsabilité de ce gouvernement, ainsi que des précédents, est directement mise en cause par les récents attentats.

Malika Sorrel l’explique, il n’y a pas un mot à changer :

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LE FIGARO. - Les attentats de Paris ont tragiquement rappelé la détermination des ennemis de la France. Que vous inspirent-ils ?

Malika Sorel-Sutter. - L'État s'est révélé incapable de remplir sa mission première, protéger la France en assurant la sécurité de son territoire et de tous ceux qui s'y trouvent, citoyens français ou non. L'État et ceux qui participent à la gouvernance ont, dans les faits, créé les conditions de la guerre tout en désarmant progressivement moralement leur peuple. Dans le même temps, ils ont déshabillé nos armées comme en témoigne l'évolution des budgets de la Défense, alors que la menace ne cessait de croître non pas depuis hier, mais depuis l'époque de Gamal Abdel Nasser. Lui-même fut confronté à la montée en puissance de l'islam politique, celui qui entend régir la cité des hommes à la place des politiques. Dans un mépris total de la géopolitique, les gouvernements occidentaux n'ont rien trouvé de mieux que de faciliter l'ascension de cet islam politique au détriment d'un islam sécularisé que j'ai connu en Algérie.

Pour ne citer que quelques exemples, ils ont donné refuge à Khomeiny - l'avènement d'une République islamique a en effet constitué un puissant galvaniseur. Ils ont détruit les structures de l'État d'Irak avec les conséquences que nous savons sur l'ensemble de la région. Ils ont pulvérisé l'équilibre politique délicat qui régnait entre les tribus en Libye, et, plus récemment, ont profondément déstabilisé la Syrie. À tout cela, il convient de rajouter le comportement adopté en matière d'immigration. Malgré le retour engagé des sociétés d'origine vers leurs fondamentaux religieux, ils ont amplifié les flux migratoires et ont refusé de tirer les enseignements d'une assimilation qui ne se faisait plus qu'à la marge. Les élites occidentales décident, et ce sont leurs peuples, mais aussi les immigrés et leurs descendants, qui payent la lourde facture. *****************

Attentat de Paris, le grand gâchis : un premier bilan des ratés du gouvernement

Le jugement est sans appel et une forte majorité des Français l’approuve : nos politiciens sont responsables et même coupables. Certes, ils ne sont pas les seuls coupables, chacun de nous a sa part de responsabilité à son niveau. Mais, tout de même, nous ne les avons pas forcés à prendre les postes et les honneurs, qu’ils assument les responsabilités qui vont avec (note pour les politiciens et les journalistes : assumer ne signifie pas clamer « J’assume ! » dans les micros qui se tendent, ce qui ne veut rien dire. Cela consiste à démissionner quand on échoue).

Comme disait Montaigne « A ceux qui nous régissent et commandent, qui tiennent le monde en leur main, ce n'est pas assez d'avoir un entendement commun : de pouvoir ce que nous pouvons [au passage : et vlan pour le « président normal »]. Ils sont bien loing au dessoubs de nous, s'ils ne sont bien loing au dessus. Comme ils promettent plus, ils doivent aussi plus ».

La solution de bon sens démocratique pour le peuple est de virer les dirigeants qui échouent et de les remplacer par des nouveaux (quels qu’ils soient, c’est un autre débat). L’Union Sacrée ne l’empêche pas, c’est ainsi que Clemenceau est arrivé au pouvoir. Malheureusement, à cause de la fausse alternance UMPS , c’est l’ensemble de la classe politique qui est mouillée et qu’il faudrait éjecter. La solution de bon sens anti-démocratique pour les dirigeants faillis est de se serrer les coudes et de réprimer le peuple pour ne pas se faire éjecter. Ils ont un atout-maître : la servitude des medias, cela leur permet d’énoncer les tabous et d’orienter les débats (le plus sûr moyen d’éviter une réponse désagréable, c’est de ne pas poser la question ou de la désamorcer en la posant de manière biaisée).

Bien sûr, les bisounours peuvent prétendre qu’il existe une autre solution : que la classe dirigeante actuelle évolue, change d’idées, de vision du monde. C’est surhumain, donc illusoire. Cela peut arriver à un homme, pas à une classe, en tout cas pas à l’échelle du temps politique court. Non, à la vérité, nous avons deux certitudes :

1) Le seul moyen de changer vraiment de politique c’est de changer d’hommes.

2) Les politiciens s’accrochent au pouvoir tant qu’ils peuvent. L’Etat et les techniques de manipulation modernes leur donnent des moyens immenses.

Mon pronostic, c’est que nous ne changerons pas d’hommes, pas de politique, que la décadence continuera, sous surveillance policière, jusqu’à l’explosion (probablement financière). Le vent de l’histoire soufflera fort, le chaos et l’anarchie s’installeront. Ensuite seulement, peut-être, si nous avons de la chance, de la volonté et de l’intelligence, nous pourrons reconstruire à partir de la base. Ce n’est pas autrement que le moyen-âge s’est construit après la chute de l’empire romain d’occident.

Allez, concluons avec Houellebecq, lui aussi très remonté, à juste titre :

Attentats: le «J'accuse Hollande» de Michel Houellebecq

« La situation malheureuse dans laquelle nous nous trouvons est due à nos responsables politiques ; et ces responsabilités politiques devront être tôt au tard analysées. Il est très peu probable que l’insignifiant opportuniste qui occupe le poste de chef de l’Etat ou les actes dignes d’un retardé congénital du Premier ministre, sans citer les "ténors de l’opposition" (LOL), sortent avec les honneurs de cet épisode. »

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